AVANT-PROPOS XXI
fouillée, d'exécuter — et d'étrangler — comme l'a fait Sainte-Beuve, en quatre lignes les très belles Études historiques. Ici les scrupules et les habitudes de l'érudition contemporaine suffisent à nous mettre en garde contre les écarts et les préventions du goût individuel.
Mais sans doute il y aurait quelque injustice à insister davantage. Je suis d'ailleurs de ceux qui pensent qu'il ne faut être la dupe de personne, et des mots moins encore que des hommes ; que l'esprit scientifique, la méthode scientifique, admirables certes dans leur domaine propre qui est celui des sciences positives, ne sont pas tout, et qu'il est une foule de choses qui échappent à leurs prises. Tout ce qui est art, beauté, délicatesse ou élévation morale, ardeur religieuse, tout cela est «d'un autre ordre » ; l'érudition la plus exacte, — et l'érudition n'est pas la science, — la méthode la plus rigoureuse ne feront jamais comprendre à personne, si quelque autre chose ne vient pas s'y joindre, en quoi Racine l'emporte sur Campistron, et Newman sur Casanova. Partout où l'on enseigne ce qu'on a le tort d'appeler les « sciences morales », il faudrait, renversant le mot de Platon, inscrire sur la porte : « Que nul n'entre ici, s'il n'est que géomètre. » Or, la critique est l'une de ces « sciences » ; et en critique, pour parler comme Pascal, « l'esprit géométrique » est bien peu du chose,' s'il n'abdique devant « l'esprit de finesse ». Cet « esprit de finesse », on sait combien l'avait en partage