‹ Sainte-BeuveChapitre 4 sur 163 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

fois pour toutes dans un ensemble frappant, mais qui est plus successif, plein de retouches et de revisions, même minutieuses, plein de scrupules et de repentirs, cheminant petit à petit, avançant au fur et à mesure * » — Ce procédé d'ailleurs, comme fous les

procédés du monde, n'a-t-il pas ses inconvénients, que Sainte-Beuve lui-même n'a pas toujours évités ? Ne révèle-t-il pas quelquefois une certaine indécision de la part du peintre ? Est-ce que parfois tous ces traits accumulés, ces touches multipliées, ces coups de pinceau successifs, bien loin de se compléter et de se renforcer, ne s'effacent pas les uns les autres, et le portrait au total, au lieu d'être frappant de vérité et de vie, n'est-rl pas un peu brouillé? D'autres fois encore, à force de vouloir tout savoir et tout dire sur un personnage donné, de vouloir à tout prix atteindre le « tuf » et mettre le doigt sur la « gerçure indéfinissable », le biographe n'est-il pas tombé dans des subtilités, des minuties, des puérilités que l'art et le goût auraient dû également s'interdire? Enfin, et par une conséquence naturelle de tout ceci, le style, d'ordinaire si vivant, si fécond en heureuses trouvailles, si alerte et si pittoresque, ne devient-il pas parfois assez lourd, moins dépouillé et moins direct, précieux même, entortillé et obscur? — Ce sont là défauts inévitables, et qui sont l'envers et la rançon d'étonnantes qualités de peintre. On ne les signale ici que pour être complet. L'essentiel

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