‹ Sainte-BeuveChapitre 5 sur 163 · IV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

IV AVANT-PROPOS

en art est d'être quelqu'un, d'avoir une manière et de donner l'illusion de la vie. Tous ces mérites, Sainte- Beuve les possède, et à un haut degré. Et c'est pourquoi son œuvre critique compte dans l'histoire de l'art littéraire français, au même titre que les romans de Balzac ou les Mémoires de Saint-Simon.

Elle compte aussi, et peut-être plus encore, dans l'histoire des idées. Cet homme qui a écrit, je crois, presque autant que Voltaire, et qui a vécu près de vingt ans de moins, a eu certainement plus d'idées que son illustre devancier. « Quand on a lu vraiment tout Voltaire, a dit excellemment M. Faguet, on sait qu'il y a relativement peu d'idées et peu de questions dans cette encyclopédie. Il y en a plus dans Diderot et beaucoup plus dans Sainte-Beuve. » -. — II y a d'abord chez ce dernier toutes celles des autres. Lorsqu'on vient de lire les cinquante-deux volumes dont se compose actuellement l l'œuvre proprement critique de Sainte- Beuve, on est émerveillé de la prodigieuse variété des

1. Je dis : actuellement, parce que, sans parler des fameux Cahiers de Sainte-Beuve, dont quelques pages à peine ont été jusqu'à présent publiées, on n'a pas recueilli en volume absolument tout ce que le fécond critique a inséré dans les Revues ou journaux auxquels il collaborait. C'est ainsi que dans l'excellente Bibliographie des écrits de Sainte-Beuve, des débuts au 31 décembre 1830 que M. G. Michaut a publiée dans la

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