‹ Sainte-BeuveChapitre 8 sur 163 · AVANT-PROPOS VII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS VII

« Si, écrivait Sainte-Beuve, parmi mes lecteurs des dernières années, il en est qui se sont plu à relever chez moi des sentiments de méfiance et de scepticisme habituel, ils ne sauront jamais ce qu'il m'en a coûté et ce que j'ai eu secrètement à souffrir pour avoir porté dès l'abord toute ma sincérité et ma te)idresse d'âme dans mes relations politiques et littéraires. » Cette note, que le critique joignait à son article en le réimprimant pour la dernière fois, date de 1868, d'un an pa'r conséquent avant sa mort. Je ne sais si je ne m'abuse, mais il me semble qu'il y a là un accent d'amertume et d'involontaire émotion qui nous en dit long sur le « moi profond » de Sainte-Beuve, et qu'un pur sceptique aurait eu quelque peine à prendre.

D'autre part, même dans cette dernière période de sa carrière, celle qui commence à peu près à son retour de Liège, et où il passe pour avoir tenu ouvertement et constamment école de scepticisme, il me semble qu'à y regarder de près, Sainte-Beuve n'a eu bien souvent du scepticisme que l'apparence. On a dit très joliment qu'il avait eu « un excès de sévérité pour les vaincus du combat politique qui ne sont pas satisfaits de leur défaite, une insistance à les convertir, où le journaliste officiel, payé, protégé, se découvre trop, et qui fait que des Lundis, aies lire tout d'une pièce, émane un déplaisant parfum de servilité i. » Rien de plus exact : mais ne

1. Gustave Lanson, Histoire de la Littérature française, p. 1024.

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