CLERGÉ DE FRANCE
Messeicneurs ET Messieurs,
J'ose vous présenter cette nouvelle traduction de la Bible, fruit des travaux de vingt-cinq années de ma vie.
Depuis quatorze cents ans l'Église gallicane a concouru à défendre contre toutes les attaques des ennemis de Dieu et du genre humain ce dépót précieux de la révélation divine.
Les langues grecque et latine ont été long-temps les seules dans lesquelles ce livre divin fut transmis. Les langues modernes, d'abord barbares, n'ont pu servir à reproduire le texte sacré. Mais depuis que les plus beaux génies de l'Église de France, Bossuet, Fénelon, Bourdaloue, Massillon , Pascal, Mallebrauche, etc., ont fixé la langue francaise en la rendant classique, cette langue s'est répandue dans le monde entier, elle a depuis deux siècles la beauté, la logique, la précision des langues savantes. Elle a de plus, sur toutes les langues anciennes et modernes, l'avantage d'une plus grande clarté.
C'est ce qui m'a décidé, il y a longtemps, à entreprendre une traduction compléte de la Bible dans
‘notre langue, afin de mettre ce divin livre plus à la portée des hommes privés de la connaissance des
langues anciennes. Une traduction dans une langue moderne qui ne peut plus subir d'altérations, écrite avec la noble simplicité qui convient à ce livre si majestueux et si simple, manquait à notre époque.
C'est au Clergé de France qu'une traduction française de l'Écriture, faite dans cet esprit, devait être dédiée, Qui mieux que lui en mérite l'hommage, puisque c'est par lui que la langue s'est conservée aussi pure que la doctrine !
Je dois aussi à cet illustre corps les Commentaires et les Notes qui accompagnent cette traduction. Ils sont le fruit des travaux de tous les membres de l'Église de France qui ont concouru à la défense de la révélation.
L'esprit dans lequel ce travail a été conçu, le but que je me suis proposé, mes efforts constants pour le rendre digne de notre époque, me font espérer qu'il sera favorablement recu par un Clergé l'honneur de l'Église universelle et l'espérance du monde entier; un Clergé qui se distingue par sa sainteté autant que par ses lumières ; qui appartient à la nation la plus avancée de l'univers en civilisation, et dont le zéle et la charité semblent rappeler saint Paul, de méme que la sagesse et la constance du Clergé de Rome rappellent saint Pierre, le chef, le fondateur de l'Église et le gardien des traditions.
Le Clergé de France occupe une grande place dans l'ordre moral; il a une noble part dans l'œuvre providentielle qui doit ramener le monde à l'unité de l'Église de Jésus-Christ. C'est ce qui faisait dire à l'illustre et vénérable pontife qui gouverne aujourd'hui l'Église universelle, qu'il ne croyait pas une institution complète quand il ne s'y trouvait pas un prêtre francais. |
J'ose donc réclamer, Messeigneurs et Messieurs, votre protection en faveur d'un ouvrage destiné à soutenir les forts, à nourrir les faibles, à raffermir ceux qui chancèlent, à porter la lumière des livres
sacrés partout où se comprend notre langue devenue universelle.
J'ai l'honneur d'étre avec respect,
Messeigneurs et Messieurs,
Votre trés-humble et très-obéissant serviteur.