‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 2 sur 1035 · E. DE GENOUDE · texte numérisé non relu

E. DE GENOUDE

Au Plessis-les- Tournelles, le 14 juin 1838.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

ll existe dans le monde un livre qui vient de Dieu, sans lequel le monde serait replongé dans le chaos, un livre qui a brillé comme le soleil sur tous les âges, un livre fait pour tous les hommes et pour tous les temps, propre à enflammer le génie, à inspirer toutes les vertus , à soutenir la faiblesse, à consoler le malheur ; ce livre c'est la Bible, La première page nous montre le commencement des temps, la dernière page, la fin des siècles ; et toute l'histoire de l'humanité s'y trouve contenue.

Partout vous trouvez, dans ce livre, les principes les plus admirables de philosophie, de législation, de morale. ll n'existe nulle part une sagesse plus haute et plus pure, des maximes plus élevées pour la conduite de l'homme, des règles plus justes et plus applicables de gouvernement et de politique. Si vous ajoutez que ce livre est plein d'une poésie qu'aucune langue humaine n'a jamais pu égaler, vous serez forcés d'avouer que Dieu seul se révèle et parle dans la Bible. Le génie de l'homme a pénétré les profondeurs de la terre; il a étudié l'immensité des cieux, il a dérobé à la création un grand nombre de ses secrets. Rien de ce qu'il a découvert n'a contredit la parole divine. De nos jours encore la science, trouvant partout des témoignages de la création du premier homme dans un état d'innocence et de bonheur, de la chute, de la promesse d'un rédempteur, de la corruption de la race humaine, de l'universalité du déluge, est obligée de s'humilier devant ces preuves de la vérité et de l'antiquité des traditions recueillies par Moise *.

* Il n'existe chez aucune nation de monument comparable par lantiquité au Pentateuque, écrit par Moise environ quinze siécles avant Jésus-Christ. L'histoire certaine de la Grèce ne remonte pas plus haut que la première olympiade (775 avant Jésus-Christ). Hérodote vivait sous Artaxercés; Sanchoniaton, Manéthon, Mé-

Ce livre, dépositaire de la parole de Dieu , est donc le plus grand des bienfaits que nous trouvions dans ce monde, puisqu'il nous apprend ce que nous sommes, d'où nous venons , où nous allons. Grâce à ce livre, la parole, la vérité de Dieu , devient visible dans le monde comme sa puissance,

Simple et sublime, ce livre étonne l'esprit et parle au cœur, et l'on sent à toutes les pages qu'il vient de celui qui a formé le cœur et l'esprit de l'homme. Unique comme Dieu, immuable comme lui, toutes ses parties concourent à un méme but : il a traversé tous les temps et triomphé de toutes les attaques.

C'est à ces caractères que nous reconnaissons sa divinité, et, pour la faire ressortir, il nous suffira de montrer comment il a été conservé à travers les siècles, les attaques qu'il a subies, les vérités et les beautés qu'il renferme.

Comment douter que Dieu ait parlé à l'homme, et que le premier homme soit né avec le don de la parole? Que lui aurait servi d'exister, s'il n'avait pu communiquer ses pensées et ses sentiments à sa compagne et à ses enfants? Comment comprendre dès lors que Dieu ne lui eût pas dit pourquoi il l'avait créé? La vérité religieuse, ou ses rapports avec Dieu, lui était aussi nécessaire que la vie, et la connaissance de cette vérité supposait une parole, une révélation. Qu'importerait à l'homme l'existence, s'il ne connaissait ni son origine ni sa fin? Que serait-il sans le lien qui l'unit à Dieu, sans la religion? Aussi tous les peuples ont cru que Dieu a parlé à -

gosthére, dont il nous reste quelques fragments, ne peuvent guére étre plus anciens; quelques savants présument méme qu'ils ne sont pas antérieurs au règne de Ptolémée Philadelphe. Bérose écrivait au temps d'Alexandre. Il est également reconnu que les livres des Perses, des Indiens et des Chinois appartiennent à une époque beaucoup plus récente que le législateur des Juifs.

vitj l'homme, et qu'il lui a révélé son origine et sa fin en lui donnant une loi. Mais cette parole de Dieu où est-elle? Elle est dans la Bible.

La Bible n'est que la parole de Dieu écrite, et si Dieu a parlé à l'homme pour établir ses rapports avec lai, ila voulu que l'Écriture conservât cette parole, afin que les vérités divines ne fussent jamais altérées, que le lien entre Dieu et l'homme ne fût jamais rompu; mais en méme temps Dieu a confié l'Écriture à un corps, la Synagogue , puis à l'Église, afin qu'elle ne fût pas livrée à l'interprétation arbitraire des hommes *.

L'Écriture-Sainte étant la conservation de la parole de Dieu à notre premier pere, à Noé, à Abraham, à Moise, aux prophètes, et plus tard de la parole de Jésus-Christ à ses apôtres, la transmission de la Bible a dà être aussi importante aux yeux de Dieu que la propagation de la vie parmi les hommes. Aussi est-ce une histoire toute miraculeuse , que l'histoire de ce livre arrivant jusqu'à nous dans sa pureté, à travers les siècles, au milieu des vicissitudes des empires et des révolutions qui ont détruit ou défiguré les ouvrages des hommes!

Rien de plus obscur que tout ce que nous savons de l'antique Égypte, de Babylone, de Ninive : les origines de la Gréce paienne ne nous offrent que des fables, nos histoires modernes même ne nous présentent dans leurs commencements que l'incertitude de faits contestés. Mais les traditions des livres sacrés, les promesses et les prophéties qui s'accomplissent encore de nos jours embrassent dans leur ensemble , avec tous les caractères de Ja vérité et de la certitude, la longue chalne des faits divins qui intéressent tous les homines , depuis la création jusqu'au jour marqué pour la fin du monde.

Les moyens que Dieu a employés pour conserver sa

* Tout fut conservé d'abord par la tradition, mais toute la traditiou ne fut pas écrite. « Ce fut, dit Maimonide, une grande sa-

gesse et un moyen de prévenir les inconvénients où l'on est. tombé

dans la suite, c'est-à-dire la diversité des opinions , les perplexités

et les doutes mèmes que fait maitre ordinairement la parole écrite et

consignee dans un livre : de là proviennent les dissensions, les con--

troverses, les schismes , les sectes et une effroyable confusion ; mais autrefois tout se terminait par les décisions du grand Sanhédrin, comme je l'ai montré dans les commentaires sur le Talmud, et comme

la loi méme en rend témoignage, »

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

parole sont aussi simples que ceux dont il s'est. servi pour perpétuer la vie parmi les hommes. Par la longévité des patriarches, la parole de Dieu à Adam a pu se transmettre fidèlement à Moïse ; la longue vie des patriarches alors assurait la tradition, à défaut de l'Écriture. « La nature, dit Cuvier, nous tient partout le méme langage, partout elle nous dit que l'ordre actuel des choses ne remonte pas très-haut , et, ce qui est bien remarquable, partout l'homme nous parle comme la nature, soit que nous consultions les vraies traditions des peuples, soit que nous examinions leur état moral et politique et le développement intellectuel qu'ils avaient atteint au moment oà commencent leurs monuments authentiques. « Cinquanie hommes qui auraient vécu chacun un siècle suffisent pour nous mettre en rapport avec le premier homme, puisque Adam à vécu près de mille ans.

La parole fixée par l'Écriture et consacrée par la tradition, tel est donc le lien que Dien a établi avec l'homme depuis sa chute. C'est ainsi que la pensée de Dieu est en communication maintenant avec la pensée de [homme par le Verbe, la sagesse, l'intelligence, la raison de Dieu, communication qui existait avant le péché d'une manière plus immédiate. Comment l'homme aurait-il écrit s'il n'avait pas parlé, et comment auraitil parlé, si Dieu lui-méme ne lui avait enseigné la parole? « La parole, a dit Rousseau, est nécessaire à l'homme pour inventer la parole. »

Ainsi Dieu a donné à l'homme la vie et la vérité, et sa Providence a veillé constamment à la conservation de l'une et de l'autre. |

La loi donnée à Adam, renouvelée sur le mont Sinai, est devenue le dépôt divin que Diea a conservé lui-mème. Le Pentateuque , écrit par Moise sous l'inspiration divine, a été gardé dans le tabernacle. Le peuple hébreu est le premier peuple dépositaire de la parole méme de Dieu; ct de méme qu'avant et après le déluge il y avait une race patriarchale chargée de conserver et de transmettre la tradition, de méme Dieu établit chez les Hébreux uae wibu de prétres, de lévites et de pontifes chargés du dépôt sacré qui portait les titres de l'origine et de la destinée du genre humain. Comme la paternité transmet la vie, le sacerdoce transmet la vérité.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Quand Jacob descendit en Égypte, sa famille avait scule conservé le culte du vrai Dieu. Cette famille devint un peuple, suivant la promesse faite à Abraham, et ce peuple seul reconnaissait l'unité de Dieu. Voilà le fait le plus éclatant de l'histoire de l'univers. Pendant longtemps il n'y eut dans le monde qu'un livre et un temple où l'erreur et l'idolàtrie n'eussent pas pénétré.

Dans toutes les circonstances nous voyons la main de Dieu s'étendre pour protéger visiblement sa parole écrite, pour la préserver de toute atteinte. Quel plus grand miracle que cette transmission sous diverses formes de gouvernement et parmi tant de vicissitudes qui, chez les nations paiennes, anéantissaient jusqu'à leur nom! Et comment s'en étonner? Le peuple qui conservait la parole divine était le peuple d’où devait sortir le Christ, le Verbe incarné, la parole éternelle de Dieu.

Les tribus se divisent, Samarie se sépare de Jérusalem, deux royaumes se forment chez les Juifs, Juda et Israël. Samarie élève un autre temple à Dieu , mais Samarie vénère les livres de Moïse ; et sa séparation donne une date certaine au livre du grand législateur. Samarie ne reçoit pas les livres des prophètes qui ont écrit depuis le partage des tribus, mais elle garde le Pentateuque, et elle témoigne ainsi que le Pentateuque est de Moise. Comment douter de l'authenticité et de l'intégrité de ce livre ? Deux peuples ennemis, divisés sur tous les points, se réunissent pour nous offrir le Pentateuque comme l'ouvrage de Moise, et tous deux le conservant avec le méme respect et se surveillant l'an et l'autre, le présentent à la vénération de l'univers. Trois cents ans avant Jésus- Christ, Ptolémée désire connaître les livres des Hébreux, et soixante-dix Juifs envoyés par le grand- prétre traduisent en grec, la iangue la plus répandue dans l'univers, le Pentateuque et les Prophètes, afin que le monde entier puisse lire, écrits d'avance, les événements qui allaient s'accomplir à la face de l'univers. Ce livre a été traduit au moment où les prophètes se türent dans Israël. Depuis David jusqu'à Malachie, le règne du Messie, avait été annoncé avec des circonstances et des détails qui ne permettaient pas de se tromper sur sa venue; mais il importait que les Juifs ne pussent

altérer le sens des prophéties , et la Providence disposait '

tout pour faire connaitre à l'univers la parole divine à la faveur de la version des Septante.

Rien de douteux, rien d'obscur dans les diverses parties de la Bible. Si les premiers livres ont acquis une authenticité irrécusable par la séparation de Samarie, après la mort de Salomon, les prophéties de David, d'lsaie et de Daniel ont maintenant acquis une date infaillible par la traduction desSeptante, écrite trois siècles avant Jésus-Christ , et enfin par la dispersion des Juifs sur toute la terre. La dispersion des Juifs et la version des Septante, quelle base inébranlable , en effet, pour appuyer toute la prédication des Chrétiens devant les gentils ! La controverse allait s'établir egtre les Juifs et les Chrétiens à la face des nations ; il fallait que les livres sur lesquels cette controverse devait reposer fussent à l'abri de tout soupçon de supposilion ou d'altération. Et les Juifs, au milieu de toutes les révolutions , de toutes les vicissitudes qu'ils ont subies depuis dix-huit cents ans, conservent l'Écriture, la parole de Dieu dans la langue de Moise, miracle vivant qui n'a été fait pour aucun autre peuple; car où sont les annales des Assyriens, des Chaldéens, des Phéniciens , des Perses et des Égyptiens, si célebres sur la terre? Le temps les a ensevelies dans l'oubli.

L'ancien Testament, interrompu pour les Samaritaius après Moïse, continué pour les Juifs jusqu'au temps des Machabées, est un livre incomplet sans le nouveau Testament, car Dieu n'aurait parlé au peuple hébreu que pour se taire tout à coup.

Mais, grâce au nouveau Testament, le livre de Dici continue : à l'histoire du peuple juif vient se joindre l'liistoire de l'Église et de la fin du monde; aux promesses du Messie se réunissent sa vie et ses paroles, Un livre nouveau, complément de l'ancien, est confié à un peuple nouveau. Rome remplace Jérusalem; Pierre, le souverain pontife des Chrétiens, succede au grand-prètre des Juifs, Ananie. Le sacerdoce commencé à Aaron continae jusqu'à Grégoire XVI.

Le nouveau Testament, qui achéve la révélation, a été l'objet de la méme sollicitude de la part de Dieu : ce livre est l'accomplissement de la promesse , la fin de l'enseignement divin, la parole du Verbe incarné. réali-

x DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

sation des figures, la lumière qui éclaire toute la loi.

Pour le nouveau comme pour l'ancien Testament , Dieu a prodigué les miracles afin d'autoriser sa parole. L'Esprit saint qui inspirait les prophètes est descendu visiblement sur les apôtres. A la face de toutes les nations réunies, les disciples de Jésus-Christ parlent toutes les langues, parce qu'ils doivent convertir toutes les nations. Des hommes du peuple écrivent des livres sublimes ; des hommes séparés les uns des autres racontent ce qu'ils ont vu et entendu, sans aucune dissidence par rapport aux faits essentiels ; c'est aux Églises de Rome, d'Athènes, de Smyrne, des lieux les plus connus de l'univers, que ces livres sont adressés; des hérésies nombreuses s'élèvent et s'appuient sur les livres du nouveau Testament. De méme que le schisme de Samarie a servi à constater l'authenticité du Pentateuque, ainsi Dieu fait servir les hérésies à prouver l'authenticité de l'Évangile. La ruiue de Jérusalem donne à ces livres une date certaine. Des évéques , des philosophes convertis, écrivent aux Églises, aux empereurs; et leurs citations de tous les livres du nouveau Testament sont un témoignage irrécusable de son authenticité. Les Nestoriens, les Eutychéens, les Grecs, se séparent de l'Église, et retiennent l'Évangile pour attester son intégrité, tandis que l'Église, comme autrefois la Synagogue , maintient son infaillibilité.

Ainsi, Dieu a pris des précautions infinies pour assurer l'authenticité et l'inspiration de toute sa parole écrite, et deux peuples miraculeux lui servent, pour ainsi dire, de témoins : l'un échappé par des prodiges au glaive des Pharaons, et l'autre au glaive des empereurs par une suite de miracles. L'établissement du premier à Jérusalem , et du second à Rome , est l'effet de la puissance divine visiblement manifestée. La dispersion des Juifs répand une partie de l'Écriture en tous lieux , la conversion des nations propage l'autre dans l'univers, et la loi nouvelle, rattachée à l'ancienne, a conquis le monde à la suite des aigles romaines, Rome, après avoir subjugué les nations pour n'en faire qu'un seul peuple témoin de l'établissement du Christianisme, combat et triomphe pour que le Christianisme se propage plus rapidement dans l'univers, Voyez la puissance de la vérité contenue

dans ce livre! Sa lumière se répand dans les forêts de la Gaule et de la Germanie; elle s'étend jusqu'à l'extrémité de Ja Grande-Bretagne, jusqu'aux glaces du Nord, elle y développe les prodiges de la civilisation. Les peuples barbares accourent à la lumière du Christianisme, et se prosternent devant ce livre qui annonce leur conversion. Un monde nouveau est découvert, et l'Évangile est le flambeau qui lui apporte la lumière. La civilisation à son tour sert à propager la parole divine; cette parole franchit les mers et fait la conquéte de mondes nouveaux, et les prodiges de l'industrie , dont nous sommes aujourd'hui témoins, semblent destinés à achever ce que lcs aigles romaines et le génie de Charlemagne et de Louis XIV avaient commencé, c'est-à dire, à rendre définitives et complètes l'autorité de la révélation et les victoires du Verbe sur l'univers. Voilà que l'Angleterre qui étend son commerce dans toutes les parties du monde, établit des sociétés qui répandent l'ancien et le nouveau Testament dans le monde entier. Elle propage ainsi la parole que le catholicisme viendra ensuite féconder. Elle ouvre ainsi les voies à nos missionnaires, comme les Romains les avaient ouvertes à la prédication des apôtres.

Qui peut douter qu'un livre composé pendant seize siècles par des hommes différents, et qui ne renferme aucune erreur, ne soit sorti de la main de Dien. méme ? Dieu est la vérité pour tous les lieux et pour tous les temps ; le livre qui renferme la parole de Dieu ne devait donc étre en contradiction avec aucune vérité. Aussi, voyez si la Bible contient une seule erreur en philosophie, en histoire, en politique, en législation, en morale, en théologie, en astronomie, en physique. Le siècle dernier a vu une secte de philosophes attaquer toutes les parties de ce livre et en contester l'inspiration. On a nié non-seulement les miracles qu'il rapporte, mais-og a voulu convaincre de faux tout ce qu'il raconte de l'origine de la race humaine, de la création, du déluge, etc.

Les astronomes du siècle dernier s'étaient donné toutes les peines imaginables pour justifier la chronclogie des Indiens et soutenir l'exactitude et l'authenticité de leurs tables astronomiques, qui ne remontaient pas à moins de vingt millions d'années. L'incrédulité triomphait ,

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elle se flattait que la chronologie mosaïque ne se relè- | est un fluide répandu dans l'

, et mis en mouve-

verait jamais du coup qui lui était porté. Les Bentley, | ment par le soleil.

les Laplace, les Delambre, qui ne sont pas ici des témoins suspects, reprennent tous les caleuls, suivent toutes les observations et découvrent l'erreur. Ils démontrent jusqu'à la dernière évidence que ces tables astronomiques ne remontent pas au delà du deuxième siècle de l'ère chrétienne. C'est ainsi qu'à leur insu. les savants servirent à confondre l'imposture des hramines, la crédulité de leurs interprètes et à confirmer l'esactitude de la chronologie de Moise.

D'après les données superficielles du siècle dernier, les taturalistes avaient prétendu qu'il existait réellement plusieurs races d'hommes bien distinctes, alléguant la œuleur des nègres, leur front redressé sensiblement , tl la laine de leurs cheveux allongée: mais on sait maintenant que la couleur se modifie encore plus que la foeme.

Quel abus n'avait - on pas fait des premières notions de la géologie contre les livres-de Moïse ! Mais à peine cette science a-t-elle été plus étudiée, qu'elle a renversé toutes les théories d'une ignorance orgueilleuse.

La présence des fossiles gigantesques dans lesplus profendes entrailles de la terre s'explique par l'intervalle qui a existé entre la création et la première organisation de l'univers. La chronologie donne six ou sept mille ans à la race humaine, mais ne détermine pas l'époque de la tréation de la terre. Rien ne prouve méme que le récit de Moise ne soit pas l'histoire d'une restauration et non d'une création. Les jours dont il est question dans le premier chapitre de la Genèse ne peuvent être que des périodes indéfinies; et comment douter maintenant du déluge, lorsque Cuvier, d'accord avec Deluc et Dolomieu, a dit que « s'il y a quelque chose de constaté en géologie, c'est que la surface de notre globe a été victime d'une grande et subite révolution dont la date ne peut remonter au delà de cinq mille ans ».

Le dix-huitième siècle disait : Comment est-il possible que Dieu ait créé la lumière le premier jour et le soleil trois jours après, ainsi quele raconte Moïse ? Comment la lumière sans le soleil? Et voilà que tous les

Ainsi, le résultat de l'étude.des sciences, c'est la victoire de la religion, c'est le triomphe de notre foi; et effet, depuis quelques années les travaux des géologues, les découvertes des voyageurs, les calculs chronologiques, les études des polyglottes , les recherches des naturalistes; en un mot toutes les investigations de la curiosité humaine viennent chaque jour nous apporter un nouveau témoignage de leur concordance avec nos livres sacrés.

Tous les passages de la Bible ont été soumis aux controverses les plus vives : la seience humaine l'a sans cesse examinée dans tous les sens et dans toutes ses parties, et la Bible est sortie triomphante de toutes les épreuves.

Nous ne faisons que tracer légèrement les attaques et les réponses; les notes de la Bible, les Prolégomenes, la Raison du Christianisme , l'ouvrage du docteur Wiseman, offrent tous les développements. « Il n'est pas une science, dit un écrivain moderne, qui ne concoure à prouver l'exactitade tous les jours mieux reconnae des annales rédigées par Moïse. La philosophie du dernier siècle ne parlait que de la prodigieuse antiquité des Égyptiens, des Chaldéens, des Indiens, des Chinois. Aujourd'hui les écoliers méme se moquent de cette antiquité chimérique dont les Fréret, les Benneti, et autres savants du premier ordre, ont mis à découvert la fausseté. Plus on approfondit l'histoire de ces nations, plus on la voit se rapprocher, en ce qu'elle offre de certain, de la chronologie mosaique; celle des Indiens, ne remonte pas plus haut qu'Alexandre. Enfin, l'on sait comment le fameux zodiaque de Dendérah, transporté à grands frais d'Égypte en France, semble n'y avoir paru que pour détruire les objections de l'incrédulité. »

Il nous reste maintenant à montrer les vérités et les beautés que renferme l'Écriture.

Ce livre contient l'histoire du genre humain, la plus belle législation, la plus haute philosophie, la plus riche poésie; il nous offre en effet l'histoire de la création, du paradis terrestre, de la chute de l'homme

phwsiciens s'accordent aujourd'hai à dire que la lamière | et de la rédemption; il renferme toute l'histoire du

xij.

monde dans la prophétie de Daniel annoncant les grandes monarchies ; il se termine par l'Apocalypse; et, comme il n'y a rien dans la Bible au delà de cette prophétie dont le temps soulève tous les jours les voiles. i! n'y aura rien pour la terre au delà de ce que ce livre contient. Alors tout sera expliqué, le livre du temps sera fermé et le livre de l'éternité s'ouvrira.

La Bible contient les trois dogmes principaux de la religion universelle :

l'homme et la rédemption. Voilà tout le Catholicisme, ces croyances existaient avant Jésus-Christ comme après Jésus-Christ. La seule différence entre les patriarches , les Juifs et les Chrétiens, c'est que les uns attendaient

l'existence de Dieu, la chute de

le Rédempteur qui devait venir, tandis que nous adorons le Rédempteur venu.

Telles sont les croyances primitives du genre humain, telle est la tradition du monde entier.

Dans la Bible, nous trouvons l'étonnante vocation d'Abraham, si célèbre dans l'Orient; Abraham, le père des Arabes par Ismaël, des Juifs par Isaac, et des Chrétiens par Jésus-Christ. C'est ici une des plus grandes preuves qui aient jamais été données aux hommes de la vérité de la religion. La prédiction faite à Abrabam qu'en un fils de sa race toutes les nations de la terre seraient bénies ou séparées de l'idolàtrie, s'est accomplie à la lettre, et nous pouvons défier les adversaires du Christianisme de nous montrer aujourd'hui sur la terre une nation professant l'unité de Dieu, qui ne descende pas d'Abraham selon l'esprit ou selon la chair.

La Bible contient les lois religieuses, politiques et civiles des Juifs, modèle étonnant de législation au milieu de la barbarie qui couvrait alors la terre, et les prophéties qui annoncaient comment ce Rédempteur, fils d'Adam et d'Abraham , devait être reconnu. Tel est l'objet de l'ancien Testament. Le nouveau Testament contient l'histoire du Rédempteur et de ses apôtres.

Toutes les vérités, toutes les lois que Dieu a révé-

lées à l'homme, se trouvent dans l'Écriture; et depuis l'o-

rigine du monde, un seul livre forme un corps de doctrine toujours le méme et que rien n'a pu altérer. Où trouver un ensemble aussi imposant , aussi soutenu, aussi lié dans toutes ses parties?

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

« La belle philosophie, dit le grand évéque de Meaux: que celle qui nous donne des idées si pures de l'auteur de notre étre! La belle tradition, que celle qui nous conserve la mémoire de ses œuvres magnifiques! Que le peuple de Dieu est saint, puisque, par une suite non interrompue depuis l'origine du monde jusqu'à nos jours, il a toujours conservé une tradition et une philosophie si saintes! »

Les hommes qui ont réfléchi sur la marche des sociétés humaines voient qu'elles sont encore conduites secrètement dans leur gouvernement temporel, comme les Hébreux l'ont été, d'une manière miraculeuse et visible sous Moïse, les Juges et les Rois. Il est à remarquer que ce peuple a passé sous toutes les formes de gouvernement, afin que les nations trouvassent des exemples de la conduite de la Providence sur les différents états. Que l'on rapproche les situations semblables entre le peuple juif et les sociétés modernes, et l'on verra que la manière dont Dieu a agi ostensiblement par rapport aux Israélites se répète dans tous les événements qui arrivent chez les autres nations. Dieu est le conservateur des sociétés, il en est le chef véritable, il punit, il récompense; et parce que les peuples ne comparaitront point comme peuples à son tribunal, il les juge dés cette vie. Cette pensée sublime a été indiquée par saint Augustin dans la Cité de Dieu, et développée par Bossuet dans son Discours sur l'Histoire universelle et sa Politique tirée de l'Écriture- Sainte.

Ainsi, dans la primitive Église, Dieu s'est montré d'une maniere sensible. Les langues de feu du cénacle, les miracles, les prophéties, n'étaient que la manifestation visible de tout ce qui se fait aujourd'hui d'une maniere invisible. *

Le peuple hébreu n'a été qu'un grand tableau exposé à la face des nations, pour leur montrer par quels moyens Dieu les dirige encore aujourd'hui.

Que dirons-nous du langage de l'Écriture? Aucune littérature humaine ne peut être comparée à la littérature des Hébreux.

« Jusque dans le langage de l'Écriture, dit un de nos écrivains , son inspiration se manifeste. On pourrait dire des auteurs sacrés ce que disaient les pharisiens de Jé-

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

sus-Christ : Yul ne parla jamais comme cet homme. On voit en les lisant que le doigt de Dieu a touché leurs lèvres. Quelle simplicité naive dans les récits! Quel charme de candeur et de vérité! Quelle grâce ingénue! Cest la parole dans sa pureté et dans son innocence primitive ! Et puis quelle force ! quelle profondeur! quelle richesse d'images ! quel regard jeté jusqu'au fond de la

nature humaine ! Qui a mieux senti ses misères, qui a,

mieux connu sa grandeur? » — « L'écriture, dit Fénelon, surpasse infiniment les auteurs profanes en naiveté, en vivacité, en grandeur ! Jamais Homère n'a approché de la sublimité de Moïse dans ses rantiques, particulièrement le dernier que les enfants des Israélites devaient apprendre par cœur. Jamais nulle ode grecque ou latine n'a pu atteindre les hauteurs des psaumes. Par exemple, celui qui commence ainsi : le Dieu des dieux, le Seigneur, a parlé et il a appelé la terre, surpasse toute imagination humaine. Jamais Homère ni aucun poéte n'a égalé Isaïe peignant la majesté de Dieu, aux yeux duquel les royaumes ne sont qu'un grain de poussière, l'univers qu'une tente qu'on dresse aujourd'hui et qu'on enlèvera demain. Tantót ce prophète a toute la douceur et toute la tendresse d'une églogue dans les riantes peintures qu'il fait de la paix ; tantôt il s'élève jusqu'à laisser tout au-de:sous de lui. Mais qu'y a-1-il dans l'antiquité de comparable au tendre Jérémie déplorant les maux de son peuple, ou à Nahum, voyant de loin en esprit tomber la superbe Ninive sous les efforts d'une armée innombrable? On croit voir cette armée, on croit entendre le bruit des charriots. Tout est dépeint d'une manière vive qui saisit l'imagination. Il laisse Homère loin derrière lui. Lisez encore Daniel dénonçant à Balthasar la vengeance de Dieu toute préte à fondre sur lui, et cherchez dans les plus grands puètes de l'antiquité quelque chose que l'on puisse comparer à cet endroit-là. Au reste , tout se soutient dans l'Écriture; tout y garde le caractère qu'il doit avoir. L'histoire, le détail des lois, les descriptions, les endroits véhéments, les mystères, les discours de morale ; enfin il y a autant de différence entre les poètes profanes et les prophètes qu'il y en a entre le véritable enthousiasme et le faux. Les uns, véritablement inspirés, expriment sensiblement quelque chose de di-

mem mo

xiij vin ; les autres, s'efforcant de s'élever au-dessus d'euxmêmes, laissent toujours voir la faiblesse humaine. »

Qu'y a-t-il de plus touchant que l'histoire de Joseph ? Où trouver un drame plus sublime que celui de Job, des hymmes , des odes, des cantiques comparables à ceux de Débora, de David, d'Isaie? Quoi de plus gracieux que le Cantique des Cantiques, de plus attendrissant que le livre de Rath et d'Esther , de plus moral que le livre de Tobie? Quelle histoire plus élevée que celle des Machabées? Où rencontrer une mora'e plus baute et plus ornée que celle des Proverbes, de la Sagesse et de l'Ecclésiastique? Quclle peinture plus vraie du néant des choses humaines que l'Écclésiaste de salomon?

La simplicité de l'Évangile contraste admirablement avec la majesté de l'ancien Testament. On y voit le Diea caché. 11 semble que l'Esprit saint ait voulu tempérer l'éclat de la Divinité sous les formes les plus humbles da langage. Ce qu'il y a de plus admirable dans le style des évangélistes, c'est qu'ils ne s'étornent de rien ct qu'ils parlent des plus hautes merveilles comme familiarisés avec tous les secrets du ciel.

Mais ce qui confond d'admiration dans les épitres de saint Pierre et de saint Jean, c'est de penser que d'obscurs bateliers du lac de Génésareth aient pu s'élever à des pensées et à des sentiments si sublimes. Saint Paul suffirait pour persuader le Christianisme. Dans ses épitres . la religion présente le caractère le plus imposant. Les mystères y sont liés les uns aux autres, la chute, l'incarnation de l'homme, la rédemption, la grâce, toutes ces merveilles du monde nouveau sont expliquées. Ces épitres sont l'abrégé de toute la théologie chrétienne.

« J'ai lu avec beaucoup d'attention, disait le fondateur de la Société asiatique de Calcutta , les saintes Écritures. et je pense que ce volume, indépendamment de sa céleste origine, contient plus de vérités historiques, plus de morale, plus de richesses poétiques, en un mot plus de bezutés de tous les genres qu'on n'en pourrait recueillir de tous les autres livres ensemble, dans quelque langue et dans quelque siècle qu'ils aient été composés. »

Finissons par ces aveux d'un philosophe du sitc'e dernier :

« L'Écriture est ledépôt de toutesles vérités el la sol -

tion de toutes les difficultés; mais c'estla foi qui tient: la clé de ce dépôt, il est fermé pour la curiosité maligne et contentieuse. La foi n'y trouve que des lumières : l'incrédulité y porte ses propres ténèbres, d'autant plus épaisses qu'elles sont volontaires. Pour étre au-dessus des autres hommes, elle se place sur des hauteurs en précipice, d'où sa vue trouble et égarée confond tous les objets; elle croit avoir le vol et les yeux de l'aigle. quand ses yeux ne distinguent plus rien. N'avez-vous pas voyagé quelquefois vers le lever de l'aurore, sur une de ces routes taillées dans les montagnes, au moment et les vapeurs de la terre, élevées à mi-côtes, étendent de toutes parts autour de vous un rideau nébuleux qui vous dérobe l'horison , et où se trace une foule d'images formées par le mélange de l'ombre et de la lumière ? A mesure que vous descendez, cette espèce de nuce terrestre fond et se dissipe, et vous la traversez sans qu'il en reste rien que quelques traces humides et bientôt séchées. Alors sc rouvre et se prolonge devant vous le vaste horison ; vous découvrez les campagnes, les moissons et les troupeaux qui les couvrent, les habitations qui s'y élèvent , les coteaux qui les couronnent : toute la nature vous est rendue, C'est l'emblème de l'incrédulité et de la foi ! Descendez de ces sommets de l'orgueil où vous gravissez sur le bord des précipices, l'œil attaché sur des illusions; descendez, appelé et soutenu par l'humble foi ; allez droit vers ces nuages trompeurs qui moutent de la terre, et vous cachent les réalités en n'offrant que des fantômes; descendez et passez à travers cette lumière de vapeurs et d'illusions, et vous la verrez céder sans résistance et s'évanouir ; et vos yeux retrouveront l'immense perspective des vérités , toutes les consolations réelles de ce séjour terrestre, et le ciel au delà. »

Nous n'avons fait que tracer ici rapidement les attaques que l'Écriture a subies, les moyens que la Provideuce a pris pour la conserver, les vérités et les beautés qu'elle renferme ; ce simple exposé suffit pour exciter l'admiration en faveur de ce monument admirable de notre foi, et pour donner à tous les hommes de bonne volonté le désir de l'étudier, mais c'est dans la Bible elle-méme qu'il faut chercher toutes les beautés qui y sont contenues.

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« Quand les ouvrages-de Moïse, de David et des praphètes, ne nous auraient été transmis que comme des productions purement humaines, disait la Harpe , ils seraient encore, pour leur originalité et leur antiquité , dignes de tonte l'attention des hommes qui pensent, et, par les beautés uniques dont ils brillent, dignes de l'admiration et de l'étude de tous ceux qui ont le sentiment du beau. C'est l'hommage qu'on leur x toujours rendu. La mode de l'irréligion, qui date en France du milieu du dernier siècle n'a pas même détruit, parmi nos littérateurs., l'impression que doivent faire les poésies sacrées sur quiconque est capable de les sentir. On.a vu les plus déterminés ennemis de la Religion révérer comme poètes ceux qu'ils rejetaient comme prophètes . et Diderot laissait à la Bible une place, dans sa bibliothèque choisie, à cdté d'Homére. Voltaire seul affecta.le plus grand mépris pour l'Écriture , et n'a cessé de la travestir en prose et en vers pour se donner le droit de s'en moquer. 1l n'en fallait pas davantage pour entrainer à sa suite une foule d'ignorants et d'étourdis qui n'étaient pas méme en état d'entendre le latin de la.valgate. »

li faut l'avouer, les différentes versions qui ont été faites de la Bible dans notre langue n'étaient pas propres à détruire ce préjugé. Parmi les traducteurs, les uns, selon le jugement de notre plus célèbre critique, avaient plus ou moins paraphrasé, et effacé souvent le principal caractère de l'original, cette simplicité tonchante, d'où naît ce qu'on appelle onction ; les autres, en voulant être trop précis, avaient cessé d'être clairs. D'ailleurs, et c'est toujours la Harpe qui parle, presque tous manquent de cette espèce d'élégance qui s'accorde avec la simplicité.

Une traduction nouvelle qui reproduirait l'élévation, la force , la hardiesse de la poésie hébraïque. qui transporterait dans notre langue ses mouvements, ses images, ses sentiments, ses métaphores les plus audacieuses , sa majesté et sa douceur, qui rendrait enfin ce sublime des Livres saints, aussi loin de tout autre sublime que l'esprit de Dieu l'est de l'homme, serait donc la meilleure réponse à opposer au mépris de Voltaire et de ses adeptes.

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IL faut répondre à une objection qu'on entend souvent répéter contre une traduction de la Bible en langue vulgaire : « Doit-on livrer les secrets de Dieu à la multitude, et la provoquer à juger ce qu'elle est incapable de comprendre? L'ignorance et les passions n'abusent-elles pas des meilleures choses , et des précautions infinies ne sont-elles pas nécessaires pour instruire le peuple sans l'exposer aux périls qui naissent de la faiblesse de l'esprit et de l'orgueil du cœur ? ll ne doit rien rester d'obscur dans ses idées, d'incertain dans ses croyances, de douteux dans ses devoirs ; ainsi la doctrine chrétienne lui doit être enseignée par l'autorité vivante des pasteurs, et le vrai moyen de lui rendre l'Écriture utile n'est pas seulement de la lui faire lire, mais de la lui faire croire

et pratiquer. »

Nous pourrions à cela n'opposer qu'un seul fait. Ces Livres ont été traduits, et des lors il est à désirer qu'ils le soient le mieux possible. Mais il y a plus : depuis quelques années des sociétés appelées bibliques s'efforcent de répandre partout l'Écriture , et la livrent au peuple dans des traductions sans chaleur, sans onction, oü l'on ne trouve ni la simplicité, ni l'énergie, ni la magnificence du texte sacré. Publier une traduction de l'Écriture, qui en conserve l'esprit dans un langage simple et pur, est done une entreprise appropriée à ce temps-ci. Il ne faut pas croire d'ailleurs que ce soit quelque chose d'inoui dans l'Église, et il faudrait bien prendre garde, dans cette question, de confondre les temps.

Écoutons Fénelon , parlant dela discipline de l'Église dans les premiers siècles :

« Je crois qu'on s'est donné de nos jours une peine inutile pour prouver ce qui est incontestale, savoir, que les laïques lisaient les saintes Écritures dans les premiers siècles de l'Église. Pour s'en convaincre, il ne faut qu'ouvrir les livres de saint Chrysostóme. Il dit, par exemple, dans sa préface sur l'épitre aux Romains, qu'il ressent une vive douleur de ce que beaucoup de fidèles n'entendent pas Saint Paul comme il faudrait, et de ce que l'ignorance de quelques-uns va jusqu'à ne savoir pas le nombre de ses Épitres ; il ajoute que ce désordre vient de ce qu'ils ne veulent pas avoir assidument ses écrits dans leurs mains, et que l'ignorance des

saintes Écritures est la source de la contagion des hérésies et de la négligeuce dans les mœurs.

« En ces temp:-là les saintes Écritures et la Litargie étaient en langue vulgaire. Tout l'occident entendait le latin, dans lequel il avait l'ancienne version de la Dible que S. Augustin nomme /a 7 ieille Italique. L'occident avait aussi la liturgie dans la méme langue, qui était celle de tout le peuple. Pour l'orient, c'était la mème chose; tout le peuple y parlait le grec; il entendait la version des Septante et la Liturgie grecque, comme nos peuples entendraient une version française. Ainsi, sans entrer dans aucune question de critique, il est plus clair que le jour que tout le peuple avait dans sa langue naturelle la Bible et la Liturgie; qu'on faisait lire la Bible aux enfants pour les bien élever ; que les saints pasteurs leur expliquaient de suite, dans leurs sermons, les livres entiers de l'Écriture ; que le texte était tres-familier aux peuples; qu'on les exhortait à le lire continuellement ; qu'on les blàmait d'en négliger la lecture; enfin qu'on regardait cette négligence comme la source des hérésies et du relàchement des mœurs. Voilà ce qu'on n'avait aucun besoin de prouver, parce que cela est clair dans les monumeuts de l'antiquité.

« ll semble, ajoute Fénelon , que les vaudois et les albigeois ont obligé l'Église à user de son droit rigoureux pour né permettre la lecture du texte sacré qu'aux personnes qu'elle jugeait assez bien préparées pour le lire avec fruit. Rien ne prouve mieux la sagesse de cette mesure que ce qui arriva depuis. Wiclef, Luther, Calvin, et tous les chefs de secte du xvi* siecle, qui ont entrainé les peuples , abusaient de ces paroles, scru tamini Scripturam , approfondissez les Écritures, et ils achevèrent de mettre l'Église dans la nécessité de réduire les peuples à ne lire les Écritures qu'avec une permission expresse des pasteurs »

Mais aujourd'hui tout est changé. Ce ne sont plus des objections contre tel ou tel dogme, tirées des passages de l'Écriture mal interprétés; c'est l'Écriture elle-méme qui à été attaquée par une nouvelle hérésie plus funeste que toutes les autres, c'est sa vérité, qui a été niée avec acharnement. On a fait plus : on a tronqué une foule de passages, on l'a travestie; et les livres où sont contenues

xvj ces parodies indécentes sont jetés partout à profusion. Quel moyen existe-t-il de faire justice de ce nouveau scandale, et de venger la majesté de nos Livres saints outragée ? Pas d'autre que d'opposer la vérité au mensonge, 4: portrait à la caricature, à d'indécentes parodies une version fidèle.

Nous reconnaissons toutefois que le dépôt des saintes Écritures ayant été divinement confié à l'Église, qui seule a le droit de les interpréter avec une infaillible auturité , nu! ne doit en détourner le sens selon son esprit particulier ; que les simples fidèles ne doivent le lire qu'avec précaution, et d’après les conseils des pasteurs léfitimes ; que les plus habiles eux-mêmes ne doivent pas les regarder comme l'unique source où l'on puisse trouser les règles et les principes de la foi, la tradition transmise par l'enseignement de l'Église catholique étant également, et pour tous, le moyen le plus assuré comme le plus direct et le plus facile de recevoir et de conserver la sainte doctrine. La traduction que nous donnons aujourd'hui au public a été faite dans cet esprit, d'après

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la Vulgate; et les différences du texte hébreu et des Seplante se trouveront au bas des pages.

Puissions nons, dans cette traduction, avoir conservé quelque chose de la simplicité et de l'onction de loriginal ! Ce serait avuir déjà beaucoup fait contre l'incrédulité de ce siècle, que de Ini avoir montré /e sublime des Livres saints aussi loin de tout autre sublime que l'esprit de Dieu l'est de l'homme. Nous avons fait disparaitre dans cette édition un grand nombre de fautes qui se trouvaient dans les premières : nous serions heureux qu'on voulût bien nous indiquer toutes celles qui nous auraient encore échappé. Nous protestons d'avance comme nous l'avons déjà fait lors des premières éditions contre toute interprétation que nous aurions adoptée, et qui serait contraire à la foi de l'Église catholique, apostolique et romaine , dans le sein de laquelle nous voulons vivre et mourir. Il ne nous reste qu'à prier la divine providence de bénir un travail que nous n'avons entrepris que pour sa gloire, et que nous placons sous les auspices du Clergé de France.

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