A qui son pére avait donné une servante du nom de Bala
30. Jacob ayant obtenu enfin celle qu'il désirait, préféra l'amour de la seconde à la première, et servit Labon durant sept autres années,
31. Et le Seigneur, voyant qu'il dédaignait Lia, la rendit féconde, et sa sœur Rachel était stérile.
32. Et Lia concut et enfanta un fils, qu'elle appela du nom de Ruben; et elle dit: Le Seigneur a regardé mon humiliation, et maintenant mon mari m'aimera.
33. Et elle concut de nouveau, et enfanta un tils; et elle dit : Parce que le Seigneur a vu que j'étais méprisée, il m'a donné encore celui-ci. Et elle l'appela du nom de Siméon. ^
34. Elle conçut pour la troisième fois, et enfanta un autre fils, et elle dit: Maintenant mon mari sera plus uni à moi, parce que je lui ai enfanté trois fils. C'est pourquoi elle l'appela du nom de Lévi.
35. Elle concut pour la quatrième fois, et enfanta un fils, et elle dit: Maintenant je louerai le Seigneur. Et, à cause de cela, elle l'appela du nom de Juda; puis elle cessa d'enfanter.
est expliqué dans saint Mathieu par ces mots : Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi. ( Math. x, 37.)
X 33. Hebr. litt. : « Le Seigneur a entendu que j'étais haie... ; c'est pourquoi elle le nomma Siméon, » c'est-à-dire d'un nom qui signifie entendre.
Ancienne coutume concernant les mariages.
C'était autrefois la coutume que les hommes achetaient leurs femmes et donnaient une dot à leur bean-pére, au lieu de la recevoir de lui. C'est ce qu'on peut en effet prouver par le verset ra du chapitre xxxrv de la Genèse, où Sichem, amoureux de Dina, fille de Jacob, dit en la demandant pour femme : Augete dotem ; c'est-à-dire, faites monter bien haut ce que je dois vous donner pour sa dot.
TL
Conduite de Laban et de Lia.
On ne peut pas sans doute approuver ce que firent en cette occasion Laban et Lia; mais c'est exagérer leur faute, que de dire qu'ils commirent un trés-grand crime, et que Lia se rendit méme coupable d'adultére. Tout le tort qu'eurent Laban et Lia fut, ce me semble, de mettre Jacob dans une espéce de nécessilé de consentir à un mariage qui n'avait pas paru étre de son goüt; inais comme ce
premier mariage de Jacob n'empéchait pas que, suivant la liberté qu'on avait alors d'avoir en méme temps plusieurs femmes légitimes, il ne püt encore épouser Rachel qu'il aimait, le mal n'était pas sans remède; aussi Laban ne fit-il aucune difficulté, aprés que Jacob eût consenti à son mariage avec Lia, de lui donner encore au bout de sept jours seulement Rachel pour sa seconde femme, sans même que Jacob edt la peine de la lui demander; d'où il est aimé de conclure que quand Laban, à la faveur de l'obscurité de la nuit, mit dans le lit nuptial Lia à la place de Rachel, il n'avait nullement intention de manquer de parole à Jacob au sujet de Rachel; mais il voulait seulement, comme il parait par le verset 26 de ce chapitre, faire passer Lia la première, et lui épargner par là le desagrement de voir sa sœur cadette mariée avant elle, contre la coutume de ce temps-là.
Cause qui empécha Jacob de reconnaitre Lia.
Dom Calmet remarque ici que Jacob ne reconnnt. pas Lia, parce qu'on le conduisit dans l'appartement où il devait coucher, lorsque Lia y était déja. 1l a apparemment voulu dire : parce que ce fut dans l'obscurité de la nuit que Jacob fut conduit dans le lieu où Lia l'attendait, Quoi qu'il en soit, dom Calmet fait observer en cet endroit que, contre « la coutume des Grecs, chez qui le mari entrait le premier dans le lieu où était le lit nuptial, apres quoi l'épouse y était ensuite amenée, ce fut Lia qui était entrée la première, et Jacob alla l'y trouver. » Mais dom Calmet n'a pas fait attention à ces paroles du verset 23 de ce chapitre : £t vespere Liam filiam suam introduxit ad eum , par lesquelles il est clair que ce fut Jacob qui se trouva le premier dans le lieu où était le lit nuptial , et que Lia n'y vint qu'après lui. Au reste, ce qui empécha Jacob de reconnaitre la tromperie qu'on lui fit en cette oceasion, c'est qu'on ne lui amena Lia que dans l'obscurité de la nuit, suivant la coutume de ees tempslà, qui l'ordonnait ainsi, apparemment pour épargner la pudeur des nouvelles mariées.
Sur les sept jours de la semaine.
Cette petite période de sept jours, qui porte le nom de semaine, a été, comme nous l'avons déjà dit, en usage de temps immémorial chez presque tous les peuples, et l'arrangement en a été parfaite. ment uniforme, Les Hébreux, les Assyriens, les Égyptiens, les Indiens, les Arabes, toutes les nations de l'Orient, en un mot, se sont toujours servies de semaines composées de sept jours. On retrouve aussi cet usage chez les Romains, chez les anciens habitants des Gaules, des iles Britanniques, de la Germanie, du Nord et de l'Amérique. C'est bien inuulement qu'on a voulu proposer plusieurs conjectures sur les motifs qui ont pu déterminer l'univers entier à s'accorder sur cette manière primitive de partager le temps. Il est visible que la tradition sur le temps qu'a duré la création du monde a
donné lien à l'usage universel et immémorial qui a partagé originairement la semaine en sept jours,
Noms donnés aux sept jours de la semaine.
La division des jours en semaines étant aussi universelle ct aussi ancienne que le monde, les peuples devenus idolàtres donnerent à ces jours des noms qui se rapportaient à leurs idées religieuses, Les Romains les appelaient du. nom des sept. planétes, qui étaient pour cux sept divinités supérieures, Ainsi le lundi fut consacré à la Lune, le mardi à Mars, le mercredi à Mercure, le jeudi à Jupiter, etc. Les Juifs employerent d'autres noms qui n'avaient rien de commun avec le polythèisme; et seuls entre les peuples ils conservérent sur Ja terre le souvenir et le culte d'un Dieu créateur dans le jour qu'ils appelérent, par excellenee, Je jour du sabbat, dont nous avons fait noire samedi, ayant trausporté au lendemain dimanche le double culie d'un Dieu créaleur et sauveur.
Mariage des patriarches avec leurs sœurs.
Si les patriarches qui vivaient avant la loi ont quelquefois épousé leurs sœurs, comme Abraham épousa Sara, fille de son père, mais d'une autre mere, ou les deux sœurs ensemble , comme Jacob épousa Rachel et Lia, ou leurs propres sœurs de père et de mére, comme Abel et Cain, ces cas ne sont point à proposer pour exemple, parce que dans les uns ils sont autorisés par la nécessité, et dans les autres par l'usage; et qu'alors la loi ne subsistait pas encore. Si l'on trouve quelques autres exemples avant la loi ou depais la loi, l'Éeriture les désapprouve expressément, comme l'inceste de Ruben avec Bala, concubine de son pére, et l'action d'Amnon avec Thamar sa sœur, et celle d'Hérode Antipas , qui épousa Hérodias sa belleswur, femme de son frère Philippe, qui était encore vivant.
Sur Rachel ét Lia.
« Mais le Seigneur voyant que Lia était méprisée, il la rendit feconde pendant que sa sœur demeurait stérile, »
Comme dans le style de l'Écriture on a coutume d'attribuer directement à Dieu, comme à une cause prochaine et immédiate, tout ce qui se fait dans le monde, on pourrait peut-être dire tout simplement : « Jacob se souciait peu de Lia; mais elle devint grosse, au lieu que Rachel restait stérile. »
Ces. mots , Sorore sterili permanente de la Vulgate, donnent lieu de croire que Lia fut aussi quelque temps stérile avant que d'avoir des enfants, Mais les Septante portent simplement, « au lieu que Rachel était stérile, » et non pas restait,
LA GENÈSE, CHAPITRE XXX