Jacob, prenant done des branches vertes de peu
mets }.
X 29. Hebr. autr. : « Votre bétail, » Les Septante ont pris ce sens. On a déjà vu qu'en hébreu le même mot signifie possession et bétail, ( Sup, xit, 2.)
COMMENTAIRE. 149
- amyedalinas, et ex platanis, ex parte decorticavit eas; plier, et d'amandier, et de platane, en enleva l'écorce, et detraetisque corticibus , in his qui spoliata fuerant | découvrit la couleur blanche; et celles qui étaient encandor apparuit; illa vero quz integra fuerant, viridia | tiéres restèrent vertes : et de cette manière la couleur permanserunt : atque in hunc modum color effectus est | était variée, varius.
38. Posuitque eas in canalibus ubi effundebatur aqua, 38. Et il les placa dans les canaux où l'eau coulait , ut, eüm venissent greges ad bibendum, ante oculos ha- | afin que les troupeaux, lorsqu'ils venaient boire, ayant berent virgas, et in aspectu earum conciperent. les branches sous les yeux , concussent en les regardant.
39. Factumque est ut, in ipso calore coitus, oves in- 39. Et il arriva qu'au temps oü les brebis concoivent tuerentur virgas, et parerent maculosa, et varia, et di- | elles regardaient ces branches, et enfantaient des agneaux verso colore respersa. marqués de différentes couleurs et parsemés de taches.
40. Divisitque gregem Jacob, et posuit virgas in ca- 40. Jacob sépara le troupeau, et placa dans les canalibus ante oculos arietum : erant autem alba et nigra | naux des branches sous les yeux des béliers; et tout ce quaeque, Laban; cætera vero, Jacob, separatis inter se | qui était blane ou noir appartenait à Laban, et tout le gregibus. reste à Jacob, apres le partage des troupeaux.
41. Igitur, quando primo tempore ascendebantur oves, 41. Or, quand les brebis concevaient en la premiere ponebat Jacob virgas in canalibus aquarum ante oculos | saison , Jacob placait les branches dans les eanaux , sous arietum et ovium, ut in earum contemplatione concipe- | les yeux des béliers et des brebis, pour qu'elles pussent rent concevoir en les regardant.
42. Quando veró serotina admissura erat, et concep- 42. Mais quand les brebis étaient tardives, et la contus extremus, non ponebat eas. Faetaque sunt ea quæ | ception en la dernière saison, Jacob ne mettait pas les. erant serotina, Laban; et que primi temporis, Jacob. | branches dans les canaux. Et les brebis tardives appar-
| tenaient à Laban, et les hâtives à Jacob.
43. Ditatusque est homo ultra modum, et habuit gre- 43. Ainsi Jacob prospéra beaucoup, et eut une mulges multos, ancillas et servos, camelos et asinos. titude de troupenux, de serviteurs et de servantes ,
d'ânes et de chameaux.
COMMENTAIRE
VERSET 4. cents ans avant que füt portée la loi qui défendait à un homme d'épouser les deux sœurs. Ces mariages n'étaient pas réputés inrestueux
Sur le nombre de femmes de Jacob. — Réflexions chez les Chaldéens, puisque ce fut Laban lui-méme qui donna ses
sur la polygamie. deux filles à Jacob. La polygamie n'était pas défendue par la loi naturelle avant l'état de société. civile, Les enfants d'Adam n'avaient
» Elle lui donna donc Bala sa servante, et il s'approcha d'elle. » | pas péché en épousant leurs sœurs. »
La Vulgate porte : Deditque illi Balam in conjugium. Les Sep- La plupart des théologiens ont conclu que la polygamie à toujours tante portent aussi urorem ; et la version de Le Clere, dedit ei | été défendue par la loi divine, mais que les anciens patriarches fu. in urorem. Ainsi Bala fut femme légitime de Jacob; il faut dire la | rent dispensés de cette loi par des vues particulieres de la Proviméme chose de Zelpha, dont la Vulgate dit simplement (X 9) Ze£- | dence. Cependant plusieurs pensent que la polygamie était générapham Lia marito tradidit ; mais les Septante portent aussi en cet | lement tolérée parmi les Juifs; saint Augustin parait être de ce senendroit, donna pour femme; et la version de Le Clerc, in «rorem | timent : il ne la condomue que parce qu'elle est interdite dans la loi dedit, I est done certain, par le texte de Moise, que Jacob eut à la | niuxelle et par les lois positives : « La polyzamie , dil ce Pire, n'éfois quatre femmes légitimes, parmi lesquelles il n'y a. pas lieu de | tait pas un crime lorsqu'elle était ex usage; si elle est aujourd'hui douter néanmoins que Lia et Rachel ne tinssent un rang tressupé- | criminelle, c'est que l'usage en est abali : il y a differentes sortes de rieur, en sorte qu'elles étaient à peu prés, par rapport à Bala et à | péchés, les uns contre la nature, les autres contre les lois, les usa- Zelpha, ce qu'était dans la maison d'Abraham Sara par rapport à | ges; de là, quel crime peut-on faire à Jacob d'avoir plusieurs fem- Agar; mais toutefois avec cette difference considérable qu'Ismaél, | mes? Si vous consultez la nature, il a eu plusieurs femmes pour fils d'Agar, né partagea point les biens d'Abraham avec Isaac, fils de | avoir des enfants, et non pas pour contenter sa passion; si vous Sara; au lieu que les fils de Bala et de Zelpha partagèrent avec les | avez égard à l'usage, il autorisait de son temps la polsgamie; si vous fils de Rachel et de Lia, et furent regardées en tout comme leurs | écoutez la loi, aucune loi ne defendait alors la pluralité des femmes.
égaux. Pourquoi donc la polygamie est-elle aujourd'hui un crime? C'est que = Jacob, dit Bergier, arrivé dans la Mésopotamie, épouse les | l'usage en est aboli par la loi, » ( Aug. Ji, HI, conr. faust, cap. 47.) deux sœurs, filles d'um père idolâtre, et prend encore leurs servan- La polygamie, plutôt tolérée que permise dans l'ancienne loi , eh
tes ; il est donc coupable d'inceste, de polrgamie et de désobéissanee | duritiam cordis , a ét€ hautement réprouvée par Jésus-Christ. ( Foyez à la loi, qui défendait aux patriarches ces sortes d'alliances. Mais il | saint Math. chap. xix.) L'Église, en conséquence, l'a toujours coufant faire attention que les mariages de Jacob ont été contractés trois | damnée.
Sur la loi qui défendait d'épouser les deux sœurs.
La loi qui défendait à um homme d'épouser les deux sœurs ne fut promulguée que trois cents ans aprés Jacob. La ps que ces mariages alors n'étaient pas regardés comme incestueux , c'est que Laban lui-même donna ses deux filles à Jacob. Cet usage, établi aprés le déluge pour favoriser la population, a subsisté longtemps après. On voit dans Homère qu'Éole avait deure enfans ( Odyss. liv, zx), six filles et six garçons, et qu'il maria ses six filles à ses six garçons, Il faut encore observer que, quoique Jacob vécüt dans un temps où la polygamie était permise , il n'épousa cependant Lia que par la ruse de son père, et que ce fut à la sollicitation de ses deux femmes qu'il se maria à Bala et à Zelpha.
Ce qu'il faut entendre par mandragores.
Il trouva des mandragores, Les Septante portent aussi : Poma mandragorarum, Mais Le Clere a jugé à propos de laisser dans sa version le mot hébreu dadaim, sur l'interprétation duquel les commentateurs sont fort partagés; dom Calmet prétend que par ce mot on peut fort bien entendre des citrons et des oranges , et nullement des mandragores, comme l'ont néanmoins entendu la Vulgate et les Septante ; il fait méme en cet endroit une assez longue dissertation sur la nature des mandragores , et sur celle des oranges , ou citrons, pour mieux appuyer sa conjecture. Le plus simple est, ce me semble, de dire avee Le Clerc qu'on ne sait pas au juste quelle espèce de fruit Moise a désigné par le mot hébreu dudaim.
Sens des paroles de Lia.
Sur quoi elle dit : « Dieu m'a récompensée, parce que j'ai donné ma servante à mon mari. »
Comme si Lia avait dit : Sachant l'envie que mon mari avait d'étre père d'un. grand nombre d'enfants, j'ai surmonté la répugnance que toute femme a naturellement de voir son mari épouser une autre femme ; et je lui ai donné moi-même Zelpha, ma servante, afin qu'il püt, par son moyen, devenir pére. C'est pour cela que Dieu m'a récompensée en permettant que j'eusse moi-même un cinquième fils, Telle est l'interprétation toute naturelle que Le Clerc donne à ce passage, qui, dans la rigeur de la lettre, parait avoir quelque chose de choquant.
Effets merveilleux révélés par Dieu seul.
» Or, Jacob prit des branches vertes de peuplier, d'amandier et de platane, et en óta une partie de l'écorce pour découvrir ce que les branches avaient de blanc. »
L'Écriture nous. fournit divers exemples que Dieu a prescrit cerlaines actions à quelques personnes pour leur faire obtenir des effets merveilleux qui n'auraient jamais été produits suivant le cours ordipaire de la nature.
COMMENTAIRE
Sur le miracle produit par les baguettes de Jacob.
I n'est pas bien prouvé qu'il suffit de mettre des couleurs devant les yeux des femelles pour avoir des petits de méme couleur. On a depuis essayé, mais en vain, de faire la mème chose par le même moyen. Ce préjngé trés-aneien servit à couvrir le miracle; mais le miracle n'en est pas moins réel.
Voici une remarque fournie par le Traité de Comstantin Porphyrogénéte sur les Thermes :
* Des critiques, phus hardis peut-être et plus malins que savants, ont attaqué le passage de la Genèse ( chap. xxx, Y 37) où il est dit que Jacob prit des branches de peuplier, d'amandier et de platane ; qu'il en óta en partie l'écorce, en sorte qu'elles étaient moitié blanches et moitié vertes, et que les ayant mises dans les canaux où s'abreuvaient les troupeaux qu'il gardait pour Laban, les femelles qui furent couvertes à la vue de ees branches bigarrées lui donnèrent des agneaux et des chevreaux bigarrés. On dit que ce secret n'a jamais réussi qu'au gendre de Laban. Mais voici un fait qui a quelque analogie avec celui-là : Justinien faisant une tournée dans l'Asie et étant venu en Arménie, le plus riche particulier de ee pays-là, nommé Thomas, le recut chez lui. La richesse de ce Thomas consistait en troupeaux , et il fit présent à son hôte de dix mille moutons dont chaque millier était d'une couleur différente : entre ces couleurs il y en avait de trés-extraordinaires, et, ce qui est bien plus singulier encore, on trouva toutes ces couleurs rassemblées dans les troupeaux d'un seul particulier et dans un même pays. Ne pourrait-on pas en conclure, avec quelque vraisemblance, que dans l'Arménie comme dans la Mésopotamie de Syrie, qui n'en était pas fort éloignée, on avait un secret pour varier la couleur des troupeaux ?
Il me semble du moins que ce n'est pas sur ee que l'on voit aujourd'hui en France qu'il faut juger de la possibilité de ce qui doit être arrivé en Asie il. y a quelques mille ans. » ( Gazette littéraire de l'Europe, 1764.)
Les commentateurs n'ont pas manqué de mettre tout en œuvre pour rendre raison de la conduite de Jacob : malheureusement lenrs raisonnements ne sont pas plus favorables à la probité du patriarche que conformes aux vrais principes de physique. Car enfin si le moyen qu'employa Jacob était purement naturel, comme ils le prétendent, comment le justifier d'un artifice contraire à l'honnéte homme? D'ailleurs, comment pourront-ils jamais nous persuader que ces baguettes pelées dont se servit Jacob aient pu par elles-mémes occasionner l'effet singulier que Moïse raconte? Ils ont beau nous citer Aristote, Pline et les autres naturalistes, pour faire voir l'influence que l'imagination des mères pent avoir sur leur fruit, ils ne réussiront jamais à établir que les impressions de ces branches ainsi Préparées aient pu physiquement produire un effet aussi constant et aussi uniforme que celui dont il est question. Ils seront encore bien moins en état de nous prouver que Jacob ait eu là-dessus des connaissances que n'avait sürement pas Laban. La physique expérimentale a fait trop de progrès, et les observations se sont trop multipliées pour que personne attribue aujourd'hui à un effet purement naturel la multiplication des tronpeaux de Jacob. Nous avouerons cependant, et tout physicien l'avouera avec nous, que l'imagination des mères, an temps de la conception, peut influer sur les fruits qu'elles portent; mais i faut convenir aussi que ces impressions, bien loin de produire des effets si uniformes, n'en produiront au contraire que de trés-accidentels. D'où vient cela ? C'est que les objets qui doivent les produire frappent quelquefois, et d'autres fois point du tout : tout physicien, tout curieux peut s'en convaincre aisément, en faisant l'expérience des baguettes pelées employées par Jacob pour varier la couleur des animaux,
LA GENÈSE, CHAPITRE XXXL
f. Nous ne croyons point qu'on doive attribuer au seul artifice de Jacob , et à la force de l'imagination dans les troupeaux, les taches et les marques des brebis et des chèvres. Il y à ici un miracle réel. Que l'on consulte le textesamaritain, dont il n'est pas douteux qu'on ne doire adopter la leçon, plus étendue que le texte hébreu : on y lit que Jacob eut une révélation avant de mettre en œuvre un moyen aussi simplé que celui des branches dont il avait enlevé l'écorce. Dieu, connaissant toute l'avarice de Laban et le désintéressement de Jacob, voulut récompenser l'un et punir l'autre, et révéla au patriarche que les anunaux seraient ainsi tachetés.
Ce n'est pas seulement en faveur de Jacob que Dieu a prescrit certaines actions à certaines personnes, pour leur faire obtenir des effets merveilleux qui n'auraient jamais été produits suivant le cours ordinaire de la nature. Naaman le Syrien ne ernt pas que, se laver sept fois dans le Jourdain, füt en soi un remède souverain contre la lépre; le roi Ézéchias ne eru! pas non plus qu'une simple application de figues, qui n'avait nul rapport à la maladie mortelle dont il était attaqué , füt capable de le guérir ; mais ils erurent l'un et l'autre à la parole de Lieu, ils obéimrent, et Dieu récompensa leur foi et leur obéissance en leur rendant la santé.
De méme Jacob, fidèle et obéissant, exéeuta ce qui lui fut prescrit, n'hésita point et crut à la parole de Dieu : e’est pourquoi Dieu récompensa sa foi el son obéissance,
Le moyen employé par Jacob étant miraculeux, c'est Dieu lui-:
méme, le maitre de l'univers, qui dépouillait le beau-père pour enrichir le gendre, punissant ainsi la dureté de l'un, et récompensant la fidélité de l'autre.
Richesse de Jacob et des autres patriarches.
« Il devint de cette sorte extrémement riche, et il eut de grands troupeaux, des serviteurs et des servantes, des chameaux et des ânes,»
Avec toutes ces richesses, les patriarches étaient fort laborieux, toujours à la campagne, logés sous des tentes, changeant de demeure suivant la commodité des pâturages; par conséquent souvent occupés à camper et à décamper, et souvent en marche : car ils ne pouvaient faire que de petites journées avec un si grand atürail. Ce n'est pas qu'ils n'eussent pu bâtir aussi bien que les autres habitants du méme pays; mais ils préféraient cette manière de vie. Elle est sans doute la plus ancienne, puisqu'il est plus aisé de dresser des Lentes que de bätir des maisons ; elle a toujours passé pour la plus parfaite, comme attachant moins les hommes à la terre. Aussi elle marquait mieux l'état des patriarches, qui n'babitaient celte terre que comme voyagenrs, attendant les promesses de Dieu, qui ne devaient s'accomplir qu'apres leur mort.