‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 183 sur 1035 · Et, ayant fait passer tout ce qu'il possédait · texte numérisé non relu

Et, ayant fait passer tout ce qu'il possédait

24. ll demeura seul; et voilà qu'un homme lutta avec lui jusqu'au matin.

25. Et quand cet homme vit qu'il ne pouvait le vainere, il toucha le nerf de sa cuisse, qui aussitót se sécha.

26. Et il dit : Laisse-moi; car voici l'aurore qui parait. Jacob répondit : Je ne vous laisserai point partir, si vous ne me bénissez.

27. Et l'inconnu lui dit: Quel est ton nom? Et il répondit : Jacob.

?8. Mais l'inconnu ajouta : Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël : ear, si tu as été fort contre Dieu, combien seras-tu plus fort contre les hommes?

29. Jacob demgnda quel était son nom, et il répondit: Pourquoi demandes-tu mon nom? Et il le bénit au méme lieu.

30. Jacob appela ce lieu du nom de Phanuel, disant : J'ai vu le Seigneur face à face, et mon âme a été sauvée.

31. Et le soleil se leva aussitót aprés qu'il eut passé Phanuel ; mais il boitait.

32. C'est pourquoi les enfants d'Israël ne mangent point aujourd'hui méme le nerf qui fut desséché en la cuisse de Jacob, à cause de celui que l'ange avait touché, et qui demeura sans mouvement.

rayons du soleil de Phanuel, Jésus-Christ, Ze soleil de justice, ne guérira Israël qu'elevé en haut comme le serpent d'airain.

Y 32. Hébr. autr. : « Ne maugent point du nerf qui est à i'endroit de la concavité de Ja hanche dans les bétes, ex qui fut affaibli dans Jacob lorsque d'ange toucha Jacob à l'endroit de cette concavité , et lui affaiblit ce nerf. »

COMMENTAIRE

Sur les anges qui apparurent à Jacob.

»'Jacob continua son chemin , et les anges de Dieu vinrent à sa rencontre. »

Les apparitions des anges, qui sont des êtres spirituels, surprennent les incrédules ; nous leur répondrons qu'il n'est pas moins aisé à Dieu de donner un corps à un ange, que d'en revètir une âme humaine. Ce moyen d'instruire les hommes et de les rendre dociles est un des plus frappants que Dieu emploie dans l'Écriture-Sainte.

Dom Calmet obserse ici que dans la suite on bátit une ville à l'endroit méme où Jacob avait vu une armée céleste assemblée pour sa sürelé, ete. ; que cette ville, qui se trouva dans le partage de la tribu de Gad, conserva le nom de Mahanatm.

Il est certaines personnes qui croient que nier la possibilité des apparitions est la marque d'un esprit fort. Bien n'est plus pi-

toyable que les raisonnements sur lesquels elles s'appuient, Comment eston assez téméraire pour meltre des bornes à la puissance de Dieu, pour régler ses décrets, el preserre la conduite qu'il a di tenir envers les hommes? Dien, sans doute, peut se resetir d'un corps, c'est-à-dire, rendre sx présence sensible par la parole et par l'action qu'il donne à un corps quelconque; el qui oserait soutenir que celte manière d'instruire Jes hommes est indigne de la sagesse et de la inajesté. divines? Dieu a donc pu s'en servir. Comment prouverait-on qu'il ne l'a pas fait?

Les apparitions des anges et des morts ne renferment pas plus de difficultés que les apparitions de Dieu. ll ne lui est pas moins aisé de donner un corps à un ange que d'en revétir une áàme humaine ; lorsque celle-ci est séparée de son corps, Dieu peut certainement la faire reparaitre, lui rendre le méme corps qu'elle avait ou un autre, la. remettre en état de faire ce qu'elle faisait avant la mort. On retrouve celte croyance dans les traditions de tous les anciens peuples,

Raison de l'apparition de l'ange à Jacob.

C'est un ange, un envoyé de Dieu, qui, sous une forme humaine, se présente pour lutter contre Jacob, afin de lui faire com-

prendre ce que peut l'homme le plus faible avec le secours du ciel.

Raison de la lutte de l'ange contre Jacob.

Ce verset et les suivants, jusqu'à la fin de ce chapitre, contiennent l'histoire de la lutte de Jacob contre nn ange. On peut metire cet endroit de la Genèse au rang de ces choses qu'on s'efforcerait eu

vain de vouloir expliquer.

Oh demande quel fut le but de cette lutte mystérieuse? La réponse

générale des interprétes est, que ce fnt de fortifier Jacob contre ses craintes, en le flattant que s'il avait été Je plus fort avec l'ange, il triompherait encore plus aisément de son frère Eraii. Dieu a souvent

instruit les hommes par des actions symboliques , aussi bien que par

des exhortations.

Réponses aux adversaires sur l'apparition de l'ange.

» Nos adversaires , dit Bergier, disent que le prétendu combat de Jacob contre un ange ou contre un spectre, pendant la nuit, ne fut qu'un réve de son imagination, ou que c'est une fable inventée par les Juifs, à l'imitation des autres nations, qui toutes se sont Îlattées d'avoir des oracles qui leur promettaient l'empire de l'univers.

« Mais l'effet du combat soutenu par Jacob, qui en demetrra hoiteux le reste de sa vie, prouve que ce ne fut pas un rêve; et l'usage des Israëlites de s'abstenir de manger le nerf de la cuisse des aniaux, prouve que eet événement n'était pas une fable, »

Sur les noms des patriarches.

« L'ange lui demanda : Comment vous appelez-vous? I1 répondit : Je m'appelle Jacob. » |

» Les noms des patriarches, dit Le Clerc, n'étaient pas des noms qui leur eussent été donnés, comme parmi nons, à leur naissance ; c'étaient plutôt des surnoms tirés de leurs actions, de leurstalents, de quelques circonstances de leur vie, Ainsi, un des fils d'Adam est appelé Ael, c'est-à-dire vanité, deuil, parce qu'en mourant à la fleur de son âge il trompa l'espérance de ses parents, qu'il laissa dans la douleur et dans le deuil : le premier roi de Babylone, que ses partisants et ses sujets nommaient Fe, le Seigneur, fut appelé par les Hébreux Nembrod, le rebelle à Dieu, parce qu'ils le croient l'auteur de V'idolátrie : Esañ est surnommé Edom, le roux, la couleur de ses lentilles, etc. Ainsi Methusala signifie, après sa mort le déloge; Agar, la fugitive ; Balaam , l'avare ; Jephté, le viclorienx, ete. Tel a été de tont temps l'usage des Orientaux de désigner les hommes célebres par de semblables surnoms ; cet usage subsiste encore aujourd'hui. Les auteurs persans ne nomment ordinairement Alexandre que Dulcarnaim , Vhomme aux denx cornes. Hénoch est appelé par les Arabes idris, le savant, paree qu'ils le croient l'inventeur des lettres, de l'astronomie, etc. Heber est nommé Æud, parce qu'ils le rezardent comme le père des Juifs, etc. »

COMMENTAIRE

Sur le non d'Israël donné à Jacob.

* On ne vous nommera plus seulement Jacob, répliqua l'ange, mais aussi [sraél; car si vous avez été fort contre Dieu {combien }, le serez ^ous (davantage) contre les hommes?»

Jacob prit, par ordre de l'ange qui avait lutté contre lui, le surnom d'Zsraél; c'est-à-dire vainqueur d'ange, d'où ses descendants furent appelés Zsraelites,

L'auteur de la Philosophié de l'Histoire, qui n'oublie aucune des difficultés que l'on peut proposer contre la religion , s'exprime ainsi :

* Philon, dans la felation de sa mission auprés de Caligula, commence par dire qu'Æsraël est un terme chaldéen ; que c'est un nom que les Chaldéens donnérent aux justes consacrés à Dieu ; qu'Zzraél signifie voyant Dieu : il parait done prouvé, par cela soul, que les Juifs n'appelerent Jacob Israël ; qu'ils ne se donnerent le nom d'Israélites, que lorsqu'ils eurent quelque connaissance du chaldéen, Or , ils ne purent avoir connaissance de celte langue que quand ils furent esclaves en Chaldée, Est-il vraisemblable que dans les déserts de l'Arabie-Pétrée ils eussent déjà appris le chaldéen ? »

Il suit de ce raisonnement, que tous les livres où se trouve le nom d'Israël ont été écrits après la captivité. Des lors le Pentateuque n'est plus de Moïse; le plus grand nombre des prophéties ne sont plus de ceux dont elles portent le nom : affreuse conséquence qui nous ravirait une des plus fortes preuves de la religion judaique ; heureusement l'argament dont on la tire n'a nucime force,

Le nom d'Israël est composé de ces trois mots : /s. rah. el, qui ont chacun la méme signification en hébreu et en chaldéen, Zr, homme ; rah, qui voit on voyant; e/, Dieu, Ainsi Zrahel où Zsracl signifie , dans ces deux langues, homme voyant Dien,

Le nom d'Israël, dans la signification méme que lui donne Phi. lon, se trouvant done dans l'hébreu comme dans le chaldéen, les Juifs en ont pu avoir connaissance dans tous les temps; ce qui détruit absolument la conjecture de l'historien philosophe, qui n'est fondée que sur l'ignorance où il prétend qu'était ee peuple, du nom d'Isracl, avant la captivité. On. demandera peut-étre ce qu'on doit penser de l'étymologie de Philon. Nous répondrons qu'elle est fausse, puisqu'elle est différente de celle que présente le texte sacré, dont voici les paroles traduites de l'hébreu :

* Jacob demeura seul, et i/ paru! un homme qui lutta contre lui jusqu'au lever de l'aurore; et cet homme voyant qu'il ne le surmontait point, le toucha à l'endroit où s'emboite l'os de la cüisse, et il y ent une espèce de luxation dans cette partie de la hanche de Jacob, contre qui il luttait, et cet homme lui dit: laissez-moi aller , car l'aurore commence déjà à paraître ; et Jacob lui dit , je ne vous laisserai point aller que vous ne m'avez béni. Cet homme lui dit: quel est votre nom? Et il Ini dit : je m'appelle Jacob ; et cet homme dit, Jacob ne sera plus désormais votre nom , mais Israel; parce que vous avez été supérieur à Dieu , vous le serez aussi aux hommes, »

Ce récit nous apprend que le nom d'Israël a été donné à Jacob, parce qu'en lutiant avec le Seigneur il prévalut, il lui fut supérieur; il faut donc que l'étymologie de ee nom présente l'événement qui l'a occasioné, et c'est ce qu'on trouve dans ln suivante : is, homme ; sarahh, qui prévaut, qui est supérieur; e/, Dieu, issarahhel, et par contraction Israël, homme qui prévaut, qui est supérieur à Dieu,

VERSET 32, Usage des Juifs.

= C'est pour cette raison que jusqu'à ce jour les enfants d'Israël ne mangent point, dans les Bétes, du nerf qui est à l'endroit de la

LA GENÈSE, CHAPITRE XXXIII

concavité de la hanche, parce que l'ange toucha Jaeob à l'endroit de cette concavité et de ce nerf. »

Ces paroles de Moise donnent lieu de croire que de son temps Ja tradition de /a lutte de Jacob contre l'ange, avec les circonstances rapportées dans le chap. xxxi: de la Genèse était reçue et approuvée parmi les Israélites, qui méme, en mémoire de l'accident arrivé en eette occasion à Jacob, pratjquaient l'abstinence dont il est

parlé dans le Y 32 de ce méme chapitre. Au reste, cette abstinence n'était sans doute que de dévotion , puisque Moise n'en dit rien dans ses lois. Dom Calmet observe qu'encore aujourd'hui les Juifs ne mangent point ordinairement du quartier de derriere. des animaux, et que ceux qui en mangent ne manquent pas d'en ôter le nerf qui est vers l'aine.

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