Et j'ai donné leur pâture à tous les animaux de la
cœli, et universis quz moventur in terra et in quibus est | terre, à tous les oiseaux du ciel, à tout ee qui vitet se meut
anima vivens, ut habeant ad vescendum. Et factum cst ità. 31. Viditque Deus euneta quie fecerat; et erant valdé bona. Et faetum est vespere et mane , dies sextus.
X 29. L'hébreu réunit ces deux idées, gua habet in semetipsd Jructur: , et facit sementem. Nraisemblablement on a lu originairement ainsi dans la. Vulgate, puisqu'elle est faite sur l'hiébreu.
Y. 3o. L'hébren ajoute dans ce verset trois mots omis dans la Vul-
gate : Omne olus herba: ; c'est-à-dire : « Et j'ai donné à tous les ani-
Du mot Deus, Elohim.
Le terme hébreu Elohim, traduit dans le premier verset de la Genese par Dens, est, à la vérité, pluriel; mais il s'emploie aussi pour désigner le singulier. Non-seulement le pluriel Elohim s'attribue au Dien unique, mais méme on y joint quelqu un adjectif pluriel, Edohiza n'est pas le seul pluriel qui, dans l , $e Inelte au singulier : on trouve encore dans cette langue efr, la vie; phanim , la face; main , l'eau; s'amaim , le ciel. :
On pent aussi entendre par le ciel et la terre, selon la remarque de saint Augustin, là matière et comme la semence dont Dieu a forme toutes les ertatures du ciel et de la terre dans la suite des six jours.
Plusieurs des saints Pères ont entendu, par le ciel, le ciel appelé dans VEcriture le ciel des cieux, qui, selon ces saints, à été créé d'a-
' bard avec tous les anges qui le devaient habiter; et par la terre, ils entendent la masse informe de terre et d'eau qui fut débrouille lc troisième jour,
La raison principale qui a porté ces saints docteurs à croire que le mot de ciel marque d'abord le ciel des cieux, et non le firmament où sont les étoiles, est que l'Ecriture dit dans la suite, en termes
armels, que le firmament a été fait au second jour.
COMMENTAIRE
sur la terre, Et il fut ainsi.
31. Dieu vit toutes ses œuvres, et elles étaient trèsbonnes. 11 y eut un soir et un matin : ce fut le sixième jour.
maux de la terre, etc., toutes les menues herbes pour leur nourriture, «
C'est le sens des Septante ; l'hébreu pent aussi signifier : « avec toute leur armée, » c'est-à-dire: avec tout ce qu'ils contiennent. C’est ainsi que les astres sont appelés dans l'Eeriture l'armec du cicl. Deut. XVII, 3, et alibi.
qu'il parlait aux Juifs, qui étaient un peuple si grossier et si porté à l'idolátrie, qu'ils auraient fait aisément des dieux de ces purs esprits.
Sur le mot bara, créa.
Moïse, d'un mot, a exprimé la création de toutes choses par la seule volonté de Dieu, et détruit ainsi le système insensé de l'éternité de la matière, On a voulu incidenter sur le mot era, et l'on a prétendu qu'il ne signifiait pas la eréation de la matière, On a dit qu'il. n'était question là que de l'arrangement et de 1a disposition d'une matière preexistante, Aucune langue connue n'a aucun terme consacré uniquement à exprimer la création d'une manière rigoureuse, Cette idée ne peut être rendue que par une périphrase. Les verbes qui désignent la création en hébreu, en grec, en latin, en français, peuvent avoir un autre sens, Dans l'origine, ils signifient pousser dehors, produire, enfanter; saint Augustin l'a remarque au sujet du latin creare. Quand nous disons: Dieu a crée le monde, nous n'exprimons pas nom plus en français la création d'une maniére rigoureuse, puisque nous disons aussi ercer une rente, une pension, ete. Dans ces façons de parler, créer ne signifie point produire de rien ou opérer par le seul vouloir. Donc Moïse a dû se servir de ce mot comme nous nous en servons nous-mêmes pour ex primer la méme idée, et tout ce qui va suivre prouve que l'idée de la création de la matière était continuellement présente à son es-
Moïse n'a point parlé distinctement de la création des anges, parce | prit. Dieu seul est nommé dans la création, parce qu'il ne s'est servi
4 COMMENTAIRE
pour créer. d'aucun être intermédiaire, mais de son Verbe et de son Esprit. Ainsi se trouve réfutée l'erreur de ceux qui ont dit que le monde avait été fait par les anges.
Sur les mols ciel et terre. — Des anges.
Saint Augustin comprend les anges dans la création du ciel. Les anges, qui sont des substances intelligentes et spirituelles, furent créés libres et dans un état de parfait bonheur , mais dépendants de la volonté de Dieu. Parmi eux, il y en ent qui, voulant s'élever au-dessus de cet état, abusérent de leur liberté et se révoltérent contre le plan de leur Créateur qui leur fut révélé, Dieu punit ces anges orgueilleux et rebelles, d'autant plus sévérement, que leur nature plus excellente et leur crime plus grand : il les chassa du ciel où du séjour de la lumière, et les précipita dans les téncbres, c'está-dire dans l'enfer, où depuis ce temps ils soufirent des peines qui ne finiront jamais (Juda, 6). Ces anges déchus sont ceux que nous connaissons sous le nom de démons. Ceux qui ont su adorer les desseins de Dieu jouissent toujours du bonheur et de la gloire de leur état primitif.
Observation astronomique digne de remarque.
Une époque astronomique remarquable est celle où le grand axe de l'orbe terrestre coincidait avec la ligne des équinoxes; car alors l'équinoxe vrai et l'équinoxe moyen étaient réunis.« Je trouve, dit M. de Laplace, que ce phénomene a eu lieu vers l'an 4004 avant l'ére chrétienne, époque où la plupart de nos chronologistes placent la création du monde, et qui, sous ce point de vue, doit être considérée comme une époque astronomique, Celle coïncidence de l'époque astronomique la plus digne de remarque, avec le moment où Moïse place la création, est propre à appeler l'attention des hommes éclairés. » (Mecanique céleste, p. 113.)
Sur l'état de la terre.
La malière destinée à composer ce monde sensible était informe el nue (Fulgate), dans une grande confusion (Septante), sans mouvement et en désordre (Srmmaque), à l'état de molécules élementaires, comme disent les physiciens, et divisée jusqu'à l'impalpabilité ( Samaritain); mais rien ne revient mieux à l'idée de Moïse, dit Dom Calmet , que le chaos décrit par les poètes. Un abime d'eaux pénéuait et enveloppait cette matière de toutes parts, et au-dessus était l'Esprit de Dieu, Les eaux, étant ainsi sous l'action du Créateur, furent dans une agitation violente qui, conduite par sa vertu, servit à tirer de la confusion la matière créée , et contribua à lui donner la forme.
H faut remarquer ici que la cosmogonie mosaique est, de toutes les cosmogonies anciennes, celle qui est la. plus conforme aux découvertes physiques. Moïse dit qu'au commencement la terre était side et sans forme, et toute couverte d'eau; ce qui pouvait bien signifier que la terre, dans son état primitif, était pénétrée par l'eau, qui tenait ses parties en’dissolution ; et voilà ce qu'a dà être la terre, non-seulement d'après les traditions des peuples, inais encore d'aprés les plus célebres naturalistes, Dolomieu, Saussure , ete, Cet état de la terre, que suppose la Genèse, explique encore naturellement son applatissement vers les pôles, ll n'y a qu'à supposer que Dieu, en la créant, lui imprima un mouveuent de rotation: ce mouvement, combiné avec l'attraction, a ‘dû nécessairement amener la forine sphéroïdale de la terre et son renflement vers l'équateur,
Les deux premiers versets de la Genése méritent la plus grande attention par les choses importantes qu'ils supposent. Le premier indique la création de toutes les subétaers spirituelles et corporelles, et le second nous fait passer brusquementà un état de désolation de Ja
terre, car le mot thoou-Loou, que la Vulgate rend par inanis et vacua , ne se re rouve qu'une seule fois dans la Bible ( Jerémie , 14, 23), pour signifier la dévastation de Babylone. C'est là qu'on peut placer la chute des anges ; et, en effet, on voit, au troisième chapiire, Satan, auge déchu, venant tenter la femme, sans qu'il ait été question de sa création autrement que par ces mots : Crearit celum et terram,
Ce second. verset semble marquer comme un rétablissement d'un monde qui arrait été bouleversé par la chute des anges, comme il fut changé après la chute d'Adam. On voit iei opérant l'Elohim, les dieux , c'est-à-dire le Pere et son Verbe, l'un par sa puissance et l'autre par sa sagesse, et l'Esprit porté sur les eaux , c'est-à-dire donnant à tout Ia. fécondité, Nous voyons ici la régénération du monde physique se faire par l'union. du Père et du Fils unis à l'Esprit, comme plus tard nous verrons le monde moral régénéré par le Verbe s'offrant au Père, et par l'Esprit-Saint se répandant sur toute la terre.
Action de l'Esprit-Saint sur la création.
Les Juifs, comme nous l'avons dit, ont donné plusieurs seus à ce passage, Spíritus Dei, parce qu'ils ignoraient l'action de l'Esprit-Saint dans la création comme dans la régénération du monde. Le mot esprit, pour eux , signiliait vent, souffle. Ils prenaient ainsi toujours la fi» gure pour la réalité.
Tous les saints Péres expliquent ces paroles, Spiritus Dei, du Saint-Esprit, qui est la troisième personne de la Sainte-Trinilé. « L'Esprit de Dieu, c'est-à-dire le Saint-Esprit, dit saint Augustin, était porté sur les eaux , non comme dans un lieu et dans un espace corporel; mais il était au-dessus des eaux par la souveraineté de sa puissance infinie, pour en former tout ce qu'il y a de grand et d'admirable dans le cie et sur La terre : comme l'esprit d'un. savaut architecte est élevé audessus d'un grand amas de pierres, dont il doit former un palais superbe selon toutes les règles de son art. Saperferebatur Spiritus, non loco sed omnia superante ac. præcellente potentia, sicut. siperfertur voluntas artificis, ligno, vel cuique rei subjecti ad operaimdum, »
Saint Jérôme remarque qu'au lieu de superferebatur, on doit dire incubabat, il couvait, c'est-à-dire que le Saint-Esprit se reposait sur les eaux, comme pour les animer en quelque sorte par la vertu et la fécondité divine, et pour en produire toutes les créatures de l'umivers: comme un oiseau se repose sur ses œufs, et les anime peu à peu par sa chaleur, pour en faire éclore les petits.
Création de la lumière.
La séperation de la lumière du soleil est uue preuve trésforle que ee récit n'est. point une invention de Moïse, Accoutumé comme tous les hommes à regarder le soleil comme le principe et le foyer de la lumiere, i| n'aurait jamais pensé à séparer ces deux choses, s'il n'avait écrit que d'apres ses propres idées,
On a répété, dans le dernier siècle, assez longtemps, que Moïse s'était trompé en rapportant la création de la lumière avant celle du soleil, et en supposant un jour, un soir et un matin avant la création de cet astre. Mais , aujourd'hui, les physiciens reconnaissent que la lumière est un fluide lumineux tres-distinet du soleil. Le récit de Moïse est done justifié. Au reste, la nalure dz la lumiere n'est pas assez connue pour que l'on puisse en tirer une objection méme purement spécieuse contre le récit de Moïse, « Il ne nous reste, dit un grand chimiste, qu'à avouer que nous avons besoin encore d'un grand nombre de déeouvertes, pour pouvoir assurer que nous savons quelque chose de certain touchant la nature de la lumiere. »
Tous les physiciens reconnaissent aujourd'hui que la lumiere
est un corps indépendant du soleil. Dans le siècle dernier, l'opinion contraire avait prévalu, Alors on faisait de cette opinion une arme contre l'autorité du récit de Moise , el maintenant ces savants ont été confondus et la révélation a triomphe. Que penser done de ceux qui viennent, avec des opinions particubières de tel ou tel géologue, attaquer nos livres saints? Quand nous n'aurions pas les opinions de Cuvier, de Beudant, pour les combattre, et que tous les géologuts se réuniraicnt pour donner une explication contraire au texte sacré, il faudrait encore suspendre son jugement, pour ne pas s'exposer à la méme erreur et au méme démenti dont nous venons de parler au sujet de la lumiere.
Cenx qui ne verraient pas l'idée de la création dans le premier verset ne pourraient la. méconnaitre dans le troisieme. Dieu dit : Que la lumiére soit , et la lumière fut. Moise n'a pas dit que l'univers est fait de rien, il ne devait pas le dire, puisque l'univers a une cause, C'est Dieu qui l'a fait. Moïse a sagement ainsi prévenu l'abus de ce prétenda axióme: « Rien ne se fait de rien, ez nilo nili, »
VERSET 4 Approbation de Dieu donnée à ses œuvres.
TG on voit encore, dans cette approbation donnée à chacune des cuvres de la création, le concours des trois personnes de la. Trinité agissant de concert : la. puissance, l'intelligence et l'amour; le Pere, le Fils et le Saint-Esprit sont completement satisfaits.
Sur le mot yom, jour.
Le moti vom, jour, ne signifie point l'espace compris entre l'aurore et le coucher du soleil: la langue hébraïque l'emploie souvent pour un temps indéterminé. Moïse ne pouvait appeler jour, dans notre acception usuelle, des époques où les astres lumineux n'étant pas encore. D'ailleurs la Genèse emploie aussi le méme mot jur pour tout le temps où le Seigneur Dieu fit le ciel et la terre, - Pour déterminer le sens véritable du mot joxr dans la Genèse, dit un merabre de la faculté des sciences physiques de Paris, il suffit de coasiderer que les mots qu'on a traduits par soir, matin, ont unc iogt autre signifieation. L'expression Aere, qu'on a rendue signifie melauge , confusion, désordre, et est employée freq
en ce sens dans l'Écriture (Exod, ch. v:, Y 24, et ch. xc&,] €t le mot Paguer , qu'ona traduit littéralement par matin, p. ila époque où les objets commencent à être éclairés, à n'être plus confus, signifie, par antithese avec l'expression précédente, ordre, dispotion régulière des objets, Ainsi done, dans la Genise, le soir n'exprime que le désordre existant avant une création, le matin, que l'ordre qui y stcccede; et le jour est la création achevée, ou bien l'époque où elle a eu lieu, » (M. Blaud, Archives universelles de la Religion, août 1:832.) Saint Augustin avait également remarque que, dans le stile. bébraique, souvent le mot jour est pris pour temps ; et qu'il ne faut pas juger, d'après le cours du soleil, les six premiers jeurs qui n'ont aucune analogie dans l'ordre actuel des choses. Chez Ves Iudiens , et généralement en Orient, ce mot que nous rendons par jour a une signification. primitive que donne le mot ehalléen sara, révolution. Les six jours peuvent done désigner six revolutions ou six epoques distinctes,
On dit: Moïse se contredit dans sa narration, car i admet une sucression de jours et de nuits avant la création du soleil, qu'il dit néanmoins n'avoir êté produit que pour séparer le jour d'avec hi nuit.
Moise dit seulement qu'il y eut un soir et un matin qui formerent ks trois premiers jours; mais comme il dit que le soleil, destiné à séparer Je jour d'avec la nuit, ne fut créé qu'au quatricme jour, ou
peut entendre par ces mots les intervalles de temps qui correspondent au lever. et au coucher du soleil, lesquels étaient successivement marqués par la rotation diurne de la terre, Mais, si l'on veut absolument prendre ces mots, vespere et mane, dans le méme sens où ils sont pris dans les autres jours, rien n'empéche de dire que Dien, par sa toute-puissance, sapplea l'absence du soleil, et produisit celte émission ou cette. agitation. du fluide lumineux nécessaire pour produire la sensation de la. lumiere; et il avait une raison d'agir ainsi, pour convaincre tous les homines qu'il sait suppléer, quand ille veut, l'action des eauses naturelles, et que, comme le remarque Duguet, tout est lumineux quand il le. veut, et que rien ne l'est par sa nature; que ce qui est lumineux peut cesser de l'être, et que la mème chose qui sert de lumiere peut dans la suite ne répandre que des ténébres : ib voulait encore nous apprendre que cet astre, que les hommes devaient adorer comme un dieu, était dependant de la main du Créateur; qu'il ne tirait point sa lumiere de lui-mème, puisqu'elle avait existe avant lui, et qu'il y avait eu des jours avaut sa création,
Sur le inot firmament.
Le mot rachcch signifie étendre, et raquia , son dériwe, signifie l'espace , l'étendue qui soutient les corps lances sur sa surface. Ce nom est bien appliqué, par Moise, à l'atmosphére qui porte les nuées chargées d'eaux, et au fluide immense qui supporte les planutes, sans qu'il soit nécessaire de supposer que lui ou ses contemporains aient admis des ciens solides , comme le eroyaient les Grecs, ce qui a fait que les Septante ont traduit par sfereoma , qui veut dire corps solide , firmamentum,
Le mot frmament doit s'entendre de l'espace, de l'étendue des cieux. C'est le sens du mot hébreu, rendu dans la Vulgate par firmemenzum. A faut remarquer que les régions de l'air séparent visiblement les eaux des nuces que les vapeurs v forment de celles qui coulent sur la terre , ce qui établit une difference entre les eaux qui sont au-dessus du firmament et celles qui sont au-dessous,
Moïse dit que Dieu fit une substance étendue, propre à séparer les eaux des eaux : or, cette substance étendue pourrait être l'atmosphère, dont l'usage principal est de recevoir et d'élever, selon leur pesanteur spécifique, toutes les vapeurs qui s'exhalent de la terre.
De la végétation et de la lumière, idée conforme à la science.
Muise fait naitre les arbres, les plantes et les fruits avant la création du soleil; et sa narration, que doivent contrarier les idées populaires, est conforme aux lois de la nature, qui n'a besoin que de la lumiere et du calorique, déjà créés au premier jour, pour opérer la germination de tous les végétaux.
Moïse dit que la lumière était créée des le premier jour, et il ne place la création du soleil qu'au quatritme; donc la lumiere primitive n'est point une émanalion du soleil. C'est cependant la. présence de cet astre qui rend tous les objets visibles, et tous les objets disparaissent avec lui. Moïse avait-il done le télescope d' Herschiel, pour savoir que la masse du soleil. était opaque et obscure au centre d'une atmosphère en perpétuelle incandesceice ? Moïse avait-il épuisé la science des Newton , des Priestley , des Saussure, des Lavoisier, des Deluc et des Dolomieu ?
. On objecte, contre le récit. de Moise, quil nous donne
6 COMMENTAIRE
coume les plus grands de tous les astres, le soleil et la hme, qui cependant ne sont pas les plus grands corps célestes, Mais il est aisé de répondre que le soleil et la hime sont de tous les astres ceux qui repandeni le plus de lumiere sur la terre ; cola sufüsait pour les appeler ainsi ; car une bougie qui m'éclaire de prés est pour moi un plus grand luminaire que cent flambeaux éloignés.
On dit que Moise donne à entendre que les étoiles furent visibles suf la terre apres leur création : or , c'est ce qui est, dit-on, impossible, puisqu'elles sont à une distamce si prodigieuse de nous, qu'il faudrait plusieurs années, et mème peut-être plusieurs sveles, pour que leur lumiere parvint jnsqu'à nous. On répond aisément que Dieu, au moment de leur creation, les forma avec le fluide lumineux qu'elles nous transmettent, (Voyez Letires d' Euler sur la ficlizios , publiées par M. Émer;.)
De la formation des divers animaux et plantes.
Moise nous dit que les poissons durent formés de l'élément de l'eau; les annnaux, de celui de la terre, et les oiseaux, de l'un et de l'autre éléments : c'est-à-dire que les parties aqueuses et terrestres sont également réparties dans l'aise, tandis que les parties aqueuses dominent dans les poissons , et les terrestres dans les quadrupedes. La création simultanée des poissons et des oiseaux semble expliquer les analogies frappantes que la soulogie découvre tous les jours dans leur organisation.
Meise nous dit que les plantes furent ereees en premier lieu; ensuite les poissons et les. oiseaux ; enfin , les qnadrapèdes : or, cet ordre de création est attesié par les phénomènes géologiques, puisque l'observation prouve que les débris des quadrupedes se trouvent en général plus rapprochés de la suríaee de la terre que ceux des
poissons et des oiseaux, de manière que ces dépouilles végétales et
animales suivent dans leurs degrés de profondeur l'ordre des jours
9u époques de la création, tels que Moise les a déterminés. Cette
conformité du récit de Moise avec les observations géologiques a
fait dire an célebre. Cuvier qne. de toutes les cosmogonies celle de
Moise seule est conforme à la nature, « L'ordre des créations qui sont énumérées dans la Genèse, dit
M. de Férussac ( Bulletin universel des Sciences, tome x ), est par« faitement d'accord avec l'ordre dans lequel on trouve les débris:
fossiles des diverses races d'animaux. La wie animale se dével
d'abord au sein des mers, puis dans les airs; les reptiles terrestres
vinrent ensuite, les quadrupedes et l'homme enfin. Celle succession, outre qu'elle est prouvée par des faits directs, est conforme aux diverses phases par lesquelles ln surface terrestre à dit passer pour ètre successivement disposée à recevoir les différentes races d'êtres Yivatits, »
- esten. effet trésremarquable, dit M. Beudant (Forage minéral. et géolog. en Hongrie, ch. xx), et cela ne peut manquer de conduire à de profondes méditations, que l'apparition des oiseaux et des quadrupedes, suivant l'ordre de la création que nous retrace Ia Genese, n'a eu lieu. qu'après celle des végétaux et des animaux aquatiques, des poissons et des reptiles, c'est-à-dire précisément dans l'ordre où leurs dépouilles se présentent au milieu des terrains, Concordance extraordinaire qui ne peut être l'effet du hasard, et qui, en nous conduisant à admettre des fails que les livres saints ont voulu nous cacher, nous entraine aussi à reconnaitre dans les details qu'ils nous ont laissés une profondeur de connaissances qui contraste d'une manière frappante avec l'ignorance des temps où ils ont été écrits ! »
D'ailleurs, on peut croire que les six jours de la création furent six époques, et leur. supposer une durée aussi cousidérable qu'on le voudra. Quant aux révolutions antérieures au déluge, rien n'eu-
péche méme de croire que ce monde für confié à Satan, et ravagé , lorsqu'il se révolta contre Dieu, par de grandes inondations. Cette explication rendrait suffisamment raison des révolutions arrivées sur notre planete avant le déluge, et des dépôts de ces corps d'animaux qui ont disparu entiérement. Quelques Pères ont été dr ce sentiment,
Le terme hébreu rendu par le mot produxerant doit être traduit par produxerunt, prodaisirent , ct non pas avaient produit, ee qui signifie que les eaux prodnisirent ces animaux par la volonté toute-puissante du Créateur; et la raison pour laquelle ce mot doit étre traduit comme nous l'indiquons , c'est que le verbe est préterit, et que les Hébreux n'ayant pes de plusque-parfait, chez eux le prétérit ne doit étre rendu par le plusque - parfait que lorsque le sens du discours le demande, ce qui n'a point lieu en cet endroit.
Sur les inots jumenta e£ bestiæ.
Sous le nom de jumenta on entend communément dans la langue sainteles animaux domestiques, mais surtout lorsqu'il est oppose à bestie, los bètes sauvages.
Sur Adam.
À son image et à sa ressemblance. Ces deux termes, joints ensemble, marquent une trés-grande ressemblance.
Le texte porte : « Et Dieu dit: Faisons Adam à notre image et à notre ressemblance, alin qu'ils président aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel et aux bètes de la terre. Et Dieu créa Ha- Adem, et ille créa à l'image de Dieu, et il le créa mále et femelle. » Dans ee passage, le mot Adam, Ha - Adam, m'est pas un nom propre, um nom personnel, restreint uniquement au premier pere du genre humain ; c'est un nom commun aux deux sexes, et qui, dans l'hébreu comme le mot 4omo dans le latin et le mot homme dans le francais, comprend l'homme el la femme. Le sens est donc, non pas que Dieu eréa le père du genre humain mâle et femelle, mais qu'il créa les deux individus appelés Lommes, Ha- Adam ; qu'il les créa tous deux à son image, et qu'il créa l'un mâle et l'autre femelle, zie api est singulier, c'est que le Védam des anciens brachmanes ib que le premier hpmine fut Adimo, et la première femme, Adima siguifitlit Seigneur, et Procriti voulait dire la vie, Eve signifiait da "ie.
On peut remarquer dans cette. expression. faisons, ainsi que dans le conseil que Diei semble tenir avec lui-même; et dans cette approbation donnée à toutes les œuvres à mesure qu'elles sont achevces, la distinction des personnes en Dieu et une marque du mystère de la Sainte-Trinité,
* Dieu tient conseil en lui-méme , Dieu s'excite hui - méme; comme pour nous faire voir que l'ouvrage qu'il va entreprendre surpasse tous les ouvages qu'il avait faits jusqu'alors. ®
» Faisons l'homme. » Dieu parle en hui-ménme; il parle à quelqu'un qui fait comme lui, à quelqu'un dont l'homme est la erdature et l'image ; il parle à un autre lui-méme; il parle à celui par qui toutes choses ont été faites, à celui qui dit dans son évangile: « Tout ce que le Pere fait, le Fils le fait semblablement, » En parlant à son Fils, ou avee son Fils, il parle en mème temps avec l'Esprit tout-puissant , égal et eocternel à l'un et à l'autre,
« C'est nae chose inouie duns tout le langage de l'Écriture , qu'un autre que Dieu ait parle. de lui-même en nombre pluriel : Faisons. Dieu inéme, dans l'Écriture, ne parle ainsi que deux ou trois fois; et ce langage extraordinaire commence à paraître lorsqu'il s'agit de créer l'homme. ‘
,.* Quand Dieu change de langage et en quelque façon de conduite ,
ce n'est pas qu'il change en lui-méme; mais il nous montre qu'il va commencer, suivant des conseils éternels, un nouvel ordre de chascs.
» Ainsi l'homme, si fort élevé au-dessus des autres créatures dont Moïse nous avait déerit la. génération, est produit d'une facon toute nouvelle. La Trinité commence à se déclarer en faisant la créature raisoanable , dont les opérations intellectuelles sont une image imparfaite de ces éternelles opérations par lesquelles Dieu est fécond <a lui-même,
* La parole de conseil dont Dieu se sert marque que la créature qui va être faite est la seule qui peut agir par conseil et par intelligenee.
* Tout le reste n'est pas moins extraordinaire. Jusque là nous n'avians point vu dans l'histoire de la Genèse le doigt de Dieu appliqué sur une malière corruptible. Pour former le corps de l'homme, luiméme prend de la terre; el cetle terre, arrangée sous une telle main, reçoit la plus belle figure qui zit encore paru dans le monde.
- Cette attention particulière qui parait en Dieu quand il fait Fhomme nous montre qu'il a pour lui un égard particulier , quoique d'ailleurs tout soit conduit immédiatement par sa sagesse.
- Mais la maniere dont il produit l'áme est beaucoup plus merveilleuse : il ne la tire point de la matière; il l'inspire d'en haut; c'est un souffle de vie qui vient de lui-méme.
* Quand il eréa les bétes, il dit : « Que l'eau produise les poissons ; » el il eréa de cette sorte les monstres marins et toute âme vivante et montante qui devait remplir les eaux. Il dit encore : « Que la terre * produise toute áme vivante, les bétes à quatre pieds et les rep- * lies. »
- C'est ainsi que devaient naitre ces âmes vivantes d'une viebrute, à qui Dieu ne daune pour toute action que des mouvements dépendants du corps. Dieu les tire du sein des eaus et de la terre. Mais cette ime dont la vie devait être une imitation de la sienne, qui devait vnre comme lui de raison et d'intelligence, qui lui devait être unie en Le contemplant et en l'aimant, et qui, pour cette raison, était late à som image, ne pouvait être tirée de la matière, Dieu, en fa- «onnant la matière, peut bien former un beau corps ; mais , en quelque sorte quil la tourne et la faconne, jamais il n'y trouvera son image el sa ressemblance. L'âme, faite à son image, et qui peut être heureuse en le édant , doit être produite par une nouvelle création : elle doit venir d'en haut, et c'est ce que signifie ce souffle de ie que Dieu tire de sa bouche,
- Souvenons-nous que Moise propose aux hommes charnels, par des mages sensibles, des vérités pures et intellectuelles. Ne croyons pas que Dieu souffle à la manière des animaux ; ne eroyons pas que notre áme soit un air subtil ni une vapeur déliée : le soufile que Dieu inspire, et qui porte en lui-même l'image de Dieu, n'est ni air ni vapeur. Ne eroyons pas que notre âme soit une partie de la nature dmine, conne l'ont-rèvé quelques philosophes : Dieu n'est pas un Wat qui se partage. Quand Dieu aurait des parties, elles ne seraent pas faites ; car le créateur, l'être incréé , ne serait pas composé de créatures. L'âme est faite, el tellement faite, qu'elle n'est rien de k nature divine, mais seulement une chose faite à l'image et ressem- Lance de la nature divine; une chose qui doit toujours demeurer "nie à celui qui l'a formée ; c'est ce que veut dire ee souffle divin ; c'est ee que nous représente cet esprit de vie.
- Voilà donc l'homme formé. Dieu forme encore de lui la compague qu'il veut lui donner. Tous les hommes naissent d'un seul mariage, afin d'être à jamais , quelque dispersés et multipliés qu'ils soient , une seule et méme famille. « ( Bossuet. )
Sur la diversité des nègres et des blancs.
Si tous les hommes, dit-on, sortent du méme père, comme nous le dit Moïse, d'où vient done cette diversité de nègres et de Manes ?
. De savants naturalistes ant remarqué, méme de notre temps, que
cette différence accidentelle de couleur n'était pas suffisante pour détexminer une différence d'espéce, « Tout concourt, dit Buffon, à prouver que le genre humain n'est pas composé d'espèces essentiellement! difiérentes entre elles; qu'au contraire, il n'y a. eu originairement qu'une seule espèce d'hommes , qui, s'étant multiplice et répandue sur toute la terre, a subi différents changements par l'influence du climat, par la différence de la nourriture, par celle de la maniere de vire, par les maladies épidémiques, et aussi par le mélange varie à l'infini des individus plus ou moins semblables ; que d'abord ces alterations n'élaient pas si marquées et ne produisaient que des variétés individuelles ; qu'elles sont ensuite devenues variétés de l'espeec. parce qu'elles sont devenues plus générales, plus sensibles, plus cozstantes, par l'action continnée de ces mêmes causes; qu'elles se sont perpetuées et qu'elles se perpétuent de génération en génération , connne les difformités et les maladies des pères et des mères passent : leurs enfants ; et qu'enfin, comme elles n'ont été produites originairement que par le concours de causes extérieures ct accidentelles, qu'elles n'ont été confirmées et rendues constantes que par le temps «t Vaction de ces mêmes causes, il est. tres-probable qu'elles dispars:iraient aussi peu à peu où avec le temps, ou mème qu'elles deviez iraient differentes de ce qu'elles soul aujourd'hui, si ces mêmes cicses ne subsistaient plus, ou si elles venaient à varier dans d'autres circonstances et par d'autres combinaisons. » (Hist, natur,, tom. v. |
L'auteur des Hecherches historiques sur le nouveau monde à fait sur le méme sujet une suite d'observations qui viennent à l'appui de celles de Buffon. Elles expliquent en méme temps la cause physique qui contribue à rendre les levees des nègres beaucoup plis grosses que les nôtres et leurs cheveux très-crépus. (Foy, ch. viti, p. 186.)
Enlim, Cuvier est du mème sentiment: « Rien n'empêche d'admettre, dit ce grand naturaliste, que de l'espèce primitive se soient formées, par des causes accidentelles, des espèces caractérisées dont les trails ne se perdent plus. »
Si tous les peuples, dit-on encore, sont sortis d'un seul Lomme, qui done a peuplé l'Amérique, séparée du reste du monde par une mer immense qu'il était impossible de traverser dans l'enfance de la navigation ?
1l faudrait premierement démontrer que le nouveau monde, qui est aujourd'hui séparé de l'ancien, n'y à jamais été uni : or, C'est ce qu'il serait assez difficile de démontrer, puisque des savants tres-distingués ont apporté de si fortes preuves de l'assertion opposée, (Fovez Roland, Maupertuis, Robertson, et l'auteur des Rrcferches historiques sur le nouveau monde.) Mais, quoi qu'il en soit, il est certain, par les voyages du capitaine Cook, que l'Amérique, si elle ne tient. pas à l'ancien continent, n'en est du moins séparée. que par un trés-petit bras de mer, qui pouvait être moins considérable au moment où se fit l'émigration; et une preuve frappante du passage de l'ancien au nouveau continent, c'est que les peuples voisins du detroit de Rehring qui sépare l'Amérique de l'Asie ont à peu pres la inéme langue, les mêmes mœurs que les peuples de l'Asie qui sont de l'autre cûté de ce détroit. ( Foyez Buffou , les Foyages de Cook et de Pallas. ) |
Empire de l'homme sur les animaux.
Adam est le nom du premier homme, il est aussi en hébreu le nom appelatif de l'homme en général; il parait formé de a augmentatif, et de ]a racine dem, dom, élevé, supericur.
L'empire de l'homme s'exerce mème depuis la chute d'Adam, car, sur toute la surface du globe, les animaux, pour le plus grand nombre, sont dociles; ils s'accoutument aisément à l'homme, recherchent souvent sa compagnie, et implorent sa protection. L'homme seul est servi et obéi par l'animal; et si le requin engloutit quelquefois le matelot qui tremble à sa vue, si le crocodile dévore l'Égyptien qu'il peut atteindre, cela ne prouve pas que l'homme ait perdu toute sa domination sur les animaux, inais seulement que,
8 | COMMENTAIRE
depuis qu'il a désobéi à son créateur et s'est révolté contre. Dieu, il a trouvé quelquefois, en punition de son esprit d'indépendance, des rebelles parmi les sujets qui lui avaient été soumis. D'ailleurs, pour un matelot englouti par un requin , il y à mille requins harponnés par les hommes. Pour un, Égsptien dévoré par les crocodiles , il v a mille crocodiles tués par les Égyptiens. Les animaux, mêtne ennemis de l'homme, n'existent que pour lui, Dieu les a tous destinés à nous servir; enfin, il a donné à l'homme l'adresse et l'industrie contre les plus forts, la force contre les faibles, l'intelligence contre tous, Supposez seulement un animal qui eût pu se servir du feu, tout le domaine de l'homme pouvait être embrásé et le roi détróné.
VERSET 30, Sur ces mots anima vivens.
Dans lesquels est un principe de vie, anima vivens. Moïse exprime ainsi le principe immatériel qui est dans les animaux , et qu'on appelle l'énstinet, La pensée, la parole, la réflexion, sont les attributs de l'esprit de l'homme; mais dans l'homme, outre l'âme qui vit de Dieu, il y a encore un principe de vie qui fait circuler son sang, qui est le principe de la vie animale, anima vivens, el c'est ce principe qui lui est commun avec les animaux.
Observations géologiques et chronologiques sur l’œuvre des sir jours.
On objecte deux phénomènes géologiques qui semblent supposer dans la terre une ancienneté bien plus grande que celle que Moise lui donne. Le premier phénoméne est la formation des couches intérieures du globe, des blocs de granit des montagnes, qui, d'après les lois générales, demandent des périodes de temps très- considérables; certains désordres dans ces couches qui, ne pouvant provenir du déluge, supposent des révolutions arrivées sur notre planète depuis des temps trés-reculés. ( Forez M. Delue. ) Le second phénomène est celui des dépouilles végétales et animales placées dans ces couches à des profondeurs considérables et jusque dans les fondements des montagnes.
Quant au premier phénomène, nous répondons que le texte de Moïse suppose que la terre, dans son état, primitif, a été couverte d'eau, et méine toute pénétrée par cet élément, qui tenait ses parties en dissolution; et il ne détermine point le temps qui s'est écoulé iis cette époque jusqu'à celle de l'œuvre- des six jours. Il a iuc are tel. qu'il était nécessaire pour former la cristallisation de cs énormes masses de granit qui font le noyau de la terre et opérer la formation primordiale de ses couches les plus intérieures, Nous pouvons dire, en second lieu, que Dieu a pu háter l'effet des causes générales et produire le monde adulte, comme ila créé l'homme , les plantes et les animaux; et puisque les montagnes, les vallées et les irrégularités du globe servent à le rendre plus propre à nos usages, rien n'empéche de dire que Dieu a créé la terre dans cet état, Il serait ridicule de vouloir, dans l'hypothèse d'une création, tout expliquer d'après les lois générales; autrement il faudrait aussi faire former les pierres et les cailloux.
Quant au second phénomène, qui regarde les substances végétales et animales, il faudrait démontrer que le dépôt qui s'en est fait dans le sein de la terre n'a pas pu venir de toutes ces causes naturelles qui ont agi avant ou aprés le déluge, et surtout. par la cause surnaturelle de cette grande catastrophe, qui a dû produire de si grandes ruptures, de si profondes excavations et des amoncellemens si prodigieux dans plusieurs endroits du globe. Qui pent calculer ce qu'a pu produire, non pas une cause naturelle, mais l'action immédiate de la toute-puissance divine, qui, pour imprimer dans tous les esprits un profond souvenir de sa justice et de sa sainteté infinies, a voulu, non-seulement châtier les hommes, mais faire porter à l'u-
nivers entier une empreinte ineffacable de ses terribles vengeances ? Au reste, il n'est pas prouvé que ces phénomènes ne puissent venir du déluge: quelques savants regardent encore tous ees coquillages comme des médailles de ce grand événement; et, au commencement de ce siècle, le P. André, dans un ouvrage dont M. Cuvier a rendu compte à l'Instiit avec éloge, ne veut pas d'autre cause que celle du déluge pour expliquer tous les effets de l'organisation du globe. Quoique son sentiment ne soit pas celui de nos grands géologues, cependant M. Cuvier ne fait pas difficulté d'avouer que les faits géologiques recueillis jusqu'ici ne nous permettent pas encore de répondre positivement àcette question ; « et cé qu'il v a de bien singulier; reprendil, c'est que personne n'a songé qu'il serait bon de pouvoir y répondre avant de vouloir faire un systeme, »
Mais, füt-il démontre que tous ces dépôts ne peuvent venir du déluge, ni de toutes les causes naturelles qui ont pu agir avant ou aprés ce grand événement, il y aurait beaucoup moins d'inconvénient à dire que Dieu a créé le globe avec tous ces dépôts, que de regarder comme faux un récit dont tant d'autres preuves constatent la vérité. D'ailleurs, en quoi répugne-t-il que Dieu, par sa volonté immédiate, ait mis tout de suite dans son ouvrage ce que les loix générales ne devaient amener qu'après bien des temps? « C'est une vhose admirable , remarque M. Cuvier, que les dépóts suivent. absolument, dans les degrés de leur enfoncement dans le sein de la terre, l'ordre des jours où les substances auxquelles elles ont rapport furent créées d'après le récit de Moïse. » Au reste, il n'est pas méme nécessaire de dire que ces dépôts ont existé avant les substances dont ils semblent tirer leur origine; car on peut supposer que Dieu, au moment qu'il les créa, produisit en méme temps, par un acte immédiat de sa puissance, tous les phénomènes qu'elles doivent amener dans l'organisation du globe en vertu des lois générales. N'est-il pas plus conforme à la puissance divine, qui agissait immédiatement au moment de la création, de hâter tout de suite l'action des lois générales, que d'attendre, avec nos géologues, des milliers de siècles pour obtenir ces phénomènes? Le défant de leurs explications est de bannir de l'œuvre des six jours l'action immédiate de Dieu, que Moise suppose avec tant d'évidence, pour avoir recours à des causes mécaniques dont il ne parle pas. Le Dieu de Moïse n'est pas un Dieu qui agisse de cette maniere lente et mécanique : tout se fait par sa parole toute-puissante : Dixif,, et facta sunt; et ce. n'est qu'après avoir agi d'une maniere immédiate et à plusieurs reprises , pour montrer qu'il est libre dans l'exercice de sa puissance, qu'il entre dans son repos pour laisser agir les lois générales de l'ordre que sa sagesse a établi dans cet univers,
En quel sens tout était parfait.
Et tout était parfait, I| eu était ainsi avant la chute de l'homme. Tout était coordonné alors à son état d'innocence, et, par conséquent , pour son bonheur. Maintenant tout est coordonné à son état. nouveau, Comme le bonheur n'est plus pour lui sur la terre, et qu'il doit travailler à le ressaisir, tout est calculé pour lui servir d'épreuve, d'expiation, de satisfaction, c'est-à-dire de salut : Omnia propter salutem. Tout est parfait encore, mais le point de vue est changé. Le paradis n'est plus sur la terre, il est dans le ciel.
Ce n'est pas sans motif, comme on l'a dit, que cette expression est répétée sept fois dans ce chapitre. En inculquant que Dieu n'a rien fait que de bon, Moïse, ou plutôt l'Esprit-Saint qui l'inspirait , célèbre la sagesse du Créateur aussi bien que sa puissance, et renverse le système des deux principes fondé sur la tradition de la révolte des anges, que quelques philosophes avaient défigurée, Ce système, ancien dans l'Orient et renouvelé par Manés, qui y méla des réveries nouvelles, ne s'est répandu que parce que l'homme coupable, en voyant le mal dans l'univers, a eru que l'univers lui-même était mauvais, et par conséquent l'ouvrage d'un mauvais principe. Si Rousseau avait dit : Tout était bien (au lieu de tout est hien) sortant de la main de l'auteur des êtres, il aurait parlé comme Moise et n'eüt pas
COMMENTAIRE. 9
nié la chute de l'homme, qui seule a dérangé l'harmonie de la création, .
Rapports entre toutes les tradilions et celle de Moïse. .
Ouvrez le premier livre des Metemorphoses d'Ovide : vous y verrez * le chaos et les éléments débrouillés par l'intelligence supreme, les * astres supendus à la voûte des cieux, les campagnes couvertes de * verdure, les animaux de toute espèce penplant le ciel, la terre et * les eaux; et un être doué d'un esprit supérieur, l'homme, naissant « enfin pour régner sur eux. Il est l'ouvrage du grand artisan de tou- « tes choses, et fait à l'image des dieux : il conserve pendant quelque * temps son innocence, et le bonheur en est le fruit, C'est l'âge d'or, « si celebre dans toute l'antiquité : le printemps est éternel; la terre, « sans être cultivée, se couvre de moissons; les arbres se chargent de « fruits; des ruisseaux de miel et de lait coulent de toutes parts, etc. » Mais bientôt, les crimes répandus sur la terre irritant la Divinile, « un déluge engloutit les coupables humains ; deux mortels échap- » pent seuls à l'inondalion générale, » On reconnait ici des traces frappantes de l'origine du monde et de l'histoire de nos premiers parents , telle que Moïse la raconte.
Ces idées, sÉeonformes à celles de Moise, l'auteur des Metamorphoses les tenait des Grecs, ses devanciers cteses modeles, où sans doute nous les retrouverions toutes , si nous n'avions pas perdu un si grand nombre de leurs ouvrages. Malgré ces pertes, on peut encore montrer dans Phérécide l'ancien serpent , ennemi de Dieu et des hommes; dans Platon, la femme tirée de l'homme; dans Hésiode , le chaos et l'Erebe, le jour né de la nuit, c'est-à-dire la lumière succédant aux tenébres et destinée à les dissiper; le septième jour consaere, l'homme formé du limon de la terre, la vie des premiers hommes beaucoup plus longue que la nôtre, un âge d'innocence oà. l'homme était heureux, un âge de crime, ete. L'Égypte et la Phénicie avaient été l'école de la Grèce; c'est de là que les Grecs avaient tiré, avec la connaissance des lettres, ces anciennes traditions sur l'origine du monde et du genre humain: aussi les trouve-L-on, du moins en partie, dans les fragments qui nous restent de ees deux nations. Malgré l'obscurité de la. Cosmogonie allégorique de Sanchoniathon , obscurité qu'augmente encore le traducteur grec, on y apperçoit « le « Trés-Haut , de qui naissent {c'est-à-dire par qui sont crés) le ciel « etla terre, un chaos ténébreix , l'esprit qui l'agite et l'échauffe, la * matiere qui résulte de ce mouvement, deux premiers humains nés = du vent Colpiah (c'est-à-dire de la voix, de la bouche de Dieu, - où formés à sa voix et animés de son souffle), et placés dans le = jardin d'Aden ou d'Éden, pour le défendre contre le grand serpent * Ophionée. « Dans tous les pays voisins des Hébreux, on trouve les mémes traditions. Fréret nous assure que les traditions des Chaldéens supposaient aussi notre monde tiré du chaos par une intelligenee suprétne qu'elles nomment Bel ou. Haa! (le Seigneur), et qui était regardée comme le principe de l'ordre et de l'arrangement des diverses parties de l'univers, « Ces traditions, dit-il, supposaient encore que toutes les nations descendaient d'un seul et mème homme formé par Bel, et doué d'une intelligence que le Dieu supréme avait unie à la matière dont il avait formé le corps de ce premier homme. Ces traditions ajoutaient que les descendants de cet homme, qu'elles nommaient -/orus, s'étant corrompus, Bel, le Seigneur, les fit périr, à la dixième génération, parun déluge dont il présersa cependant Xisutrus et sa famille par une protection particuliere; cette famille repeupla la terre, et c'est d'elle que descendent toutes les nations.» Et, dans sa Défense de la chronologie contre Newton, Fréret remarque qu'entre Alorus et Xisutrus les Babyloniens comptaient dix génerations. Ces dix générations donnent, pour le commencement du regne d'Alorus, le méme temps que la Genèse,
Si des Babyloniens nous passons chez les Perses, nous y trouverons des conformités encore plus frappantes. On trouve dans le Zend- Avesta : « nn Être suprème, l'Éternel, créateur du monde et principe
« de tous les êtres; un seul homme et une seule femme, dernier ou- « vrage de la création et premiers parents du genre humain, placés * dans un jardin; leur tentation, leur chute; le grand serpent, leur - ennemi et l'ennemi de toute leur postérité, »
1l en est de méme des Indiens. Strabon assure que l'âge d'or, si vanité par les poétes de Rome et de la Grèce, ce temps heureux qui précéda la chute de l'homme, était connu des Indiens. Maimonides, Fernand Mendès, Abraham Roger qui avait passé vingt ans dans les Indes, attestent qu'ils y ont trouvé l'histoire des premiers auteurs du genre humáin telle à peu prés pour le fond que ce que Moise en raconte, Les recherches de la société de Calcutta ont porté cette vérité jusqu'à l'evidence, ( Voir Faber, Raison du Christianisme.)
Les noms mémces de nos premiers parents n'ont pas été inconnus aux autres peuples, Maimonides assure avoir lu dans les livres des anciens Zabiens le nom d'Adam; Hyde et Prideaux l'ont vu dans les livres des anciens Perses; les Arabes modernes prétendent qu'il n'était point ignoré de leurs anciens écrivains,
APPENDICE
Toutes les découvertes de la science moderne sont d'accord ici avec le récit de Moise, Nous allons rapporter quelques passages des écrits des hommes les plus distingués dans les sciences physiques, pour prouver que la terre a été d'abord couverte d'eaux :
L'Esprit de Dieu était porté sur les eaux.
» La Genese, qui nous fait connaitre l'histoire dela création, est un ouvrage au seus duquel l'histoire naturelle prête tout l'appui de ses vérités... À l'origine, les eaux couvrirent évidemment le globe. Tout raisonnement par lequel on voudrait attaquer cette vérité ne saurait tenir contre l'annonce de la loi qui contraint les fluides à chercher l'équilibre. Les sciences physiques nous donnent la preuve irrécusable que l'Océan, vieux pere du monde, comme l'appelaient les anciens, fut aussi Je berceau de la vie. » (M. Bory de Saint-Vincent. )
* cr est précisément laplatissement indiqué par les lois de l'hydrostatique; c'est-à-dire que la terre a exactement la méme figure qu'elle devrait avoir, si elle eût été originairement fluide. Elle a cette forme singulière; et pour qu'elle ait pu l'avoir, il a fallu de toute necessité que ses molécules aient été indépendantes les unes des autres, c'est-à-dire qu'elle ait formé une masse fluide, » (M. d'Aubusson de Voisins.)
» Si nous nous élevons vers les sommets des hautes montagnes, les débris d'animaux marinus, les innombrables coquilles, que nous trouverons dans certaines couches du globe , disparaitront peu à peu, puis tout à fait, Nous arriverons à des couches d'une autre nature, qui ne contiendront point de vestiges d'êtres vivants, Cependant elles montreront, par leur cristallisation et par leur stratification méme , qu'elles étaient dans un état liquide quand elles se sont formées, et, par la manière dont elles s'enfoncent obliquement sous les couches coquillieres , qu'elles ont été formées avant elles. Ces fameuses montagnes forment en quelque sorte le squelette et comme la grosse charpente de la terre, » ( M. Cuvier.)
= Eu parcourant l'immense série des substances solides qui forment la croüte de notre globe, depuis le sommet granitique des Alpes jusqu'au sein des mines les plus profondes , tout rappelle une substance fluide sans laquelle les masses solides n'auraient pu éprouver ni ces dissolutions, ui ces réunions dont on apperçoit les traces les plus évidentes, » (M. Malte-Drun.)
« Un fait qui n'est pas encore contesté (s'il l'est, ce n'est que par de prétendus philosophes ) et qui est incontestable, c'est que les diverses masses et couches qui composent la partie minérale du globe étaient fluides à l'origine. » (M, d'Aubusson de Voisins.)
* Ainsi, on ne peut le nier, les masses qui forment aujourd'hui nos plus hautes montagnes ont été primitivement dans un état liquide, et elles ont été recouvertes par des eaux qui n'alimentaient point de corps vivants. » ( M. Cuvier.)
* Quelle que soit la brieveté du récit de Moïse, où la terre est représentée comme une agglomération confuse de molécules élémentaires et de toutes parts enveloppés par là masse des eaux, il n'en faut pas davantage. Ces deux faits essentiels, aidés de la saine physique, suffisent pour expliquer tous les phénomènes des terrains primitifs, et méme, en y joignant la lumiere dont la création les suit immédiatement dans le récit, pour expliquer les principaux phénomenes de l'univers, » (M. Chaubard.}
La lumiére indépendante du soleil.
- Des physiciens admettent que la lumiere $c propage par translation , ou émanation , out émission, et d'autres croient qu'elle se propage par vibration ou ondulation. Dans ce dernier systéme, la substance lumineuse aurait une existence indépendante du corps lumineux, comme l'air a une existence indépendante des corps sonores. Ce systeme est fondé sur des bases tellement solides, que maintenant on peut affirmer que le systeme de l'émission n'est pas vrai. » (M, Pouillet.)
* Les découvertes expérimentales et les recherches théoriques que M. Fresnel a faites sur la. diffraction de la lumiere sont tout à fuit inexplicables dans l'hypothese de l'émanation; elles s'expliquent, au contraire, avec la plus grande facilité dans l'hypothèsedes vibrations. » (M. Beudant.)
= D'après cette derniere hypothèse, la eréation du fluide, qui peut devenir lumineux, était indépendante de la création du soleil; cet astre étant méme considéré depuis Herschell comme un corps opaque, dés lors ln lumiere a pu, en effet, être produite déslorigine. » (M. de Fégussac.)
* Nous ignorons ee qu'est, à proprement parler, le calorique. Plusieurs. expériences mènent à conjecturer que la chaleur et la lumiere ne sont qu'une seule et méme substance, qui nous apparait sous la forme de lumiere, quand elle se propage avec une grande vélocité, et sous celle de chaleur, lorsque la propagation a lieu d'une maniere moins rapide, » (M. Berzélius.)
* Le terme hébreu traduit par Zur, lumiere (Genese, 1, 3), signifie aussi feu, calorique. C'est un fait bien remarquable que le sens de calorique et de lumiere soit exprimé par un seul et méme mot, comme si c'était une seule et méme. chose, On doit done comprendre ici, dans le sens de l'hébreu, non-seulement la lumiere, mais encore le calorique; au reste, le terme hébren Zuiére, calorique, pris dans son sens radical, porte avec soi l'idée d'un fluide sortant par effluves… Depuis les brillants progrès qu'a faits laphysique de nos jours, le calorique, l'électricité, lemagnétisme, ne sont trés-vraisemblablement que divers attributs où manières d'être de la humiere. Les naturalistes physiciens ne peuvent, il est vrai, le démontrer encore avec toute la précision qu'exige maintenant la science; mais presque tous sont à peu prés convaineus que ln majorité des phénomènes de la nature organique et inorganique sont dus, en tout ou en parlie, à cet élément pour ainsi dire universel; du moins, la plupart ne penvent s'empécher de coneexoir l'espérance de le démontrer 1m jour, Jl parait, en effet, être l'organe de la nature sensitive, celui de la nutrition végétale; il est tres-vraisemblablement la cause de la. gravitation, de la rotation diurne de la terre sur son axe; peut-etre est-il cause de la rotation des planètes autour du soleil, ainsi que de tous les autres phénomènes attribués à l'attraction hypothétique de Newton.
* La création de la lumière avant toutes choses, aprés avoir choqué jusqu'à présent toutes les idées reçues, se trouve si merveilleusement d'aeco: d avec les nouvelles découvertes, que nous n'avons pu résister an. désir de faire remnrquer ici cette coincidence mattendue.» (M. Chaubard, )
COMMENTAIRE
Création du firmament ou de l'atmosphère. Division des eaux et formalion des mers.
« Parmi les divers points de ressemblance entre les traditions égyptiennes comparées avec le récit de Moise, se trouve celui-ci : c'est que l'immensité des eaux recguvrait là terre, et que les continents se sont moutrés lorsque les eaux se retirerent dans leurs bassins et formerent la mer,
* Or, cette retraite des eaux eut lieu ainsi que lerapporte Moïse, lorsqu'il nous dit que, la terre étant de toutes parts enveloppée par la masse des eaux, Dieu commanda qu'une matière aériforme fût faite pour séparer les eaux des eaux, en élevant les unes à la partie supérieure de cette matière aëriforme ou de l'atmosphère, et en rassemblant les autres au-dessons d'elles dans le bassin des mers.
* La Bible n'a pu nous apprendre ni pourquoi, ni comment cela s'est fait ainsi; car il eût fallu dire que la terre s'était mise tout à coup à tourner sur son axe, ct que cette rotation avait produit, entre autres effets, des affaissements dans lesquels les eaux s'étaient retirées, et des soulevements qui avaient formé les continents, Pour éviter cet éeucil, on s'est contenté de dire que la volonté de Dieu a fait rassembler l'eau dans le bassin des mers, ce qui est toujours vrai au fond et suffit à ceux qui, étrangers aux méfiances scientifiques, ne s'imaginent même pas qu'il puisse y avoir là autre chose que ce que leur esprit peu eullivé y voit, Mais, pour que le savant qui se tient sur ses gardes ne s'égarát point avec ce texte, l'Écriture a eu soin de ne rapporter le fait de la retraite des eaux dans leurs bassins qu'apres plusieurs grandes opérations de la création, celle de la lumitre, celle de l'atmosphère, et eclle des vapeurs qui doivent rester au-dessus de la terre, De la sorte, l'érudit se trouve forcé de se demander à lui-même : «Eh! comment les eaux ne sc sont-elles pas retirées des le premier moment dans ces bassins? Est-ce que les bassins des mers n'existuieut pas encore? Sans doute, ils ne devaient point exister, car autrement les eanx s'y seraient rendues dés le premier instant, en vertu des lois de la nature, par lesquelles les liquides tendent toujours à gagner les lieux les plus bas et à se mettre de niveau. Elles ne s'y sont pas rendues, donc ces bassins n'existaient pas alors : ils out dû se former ensuite; mais comment ecla a-t-il pu se faire? » Tci l'idée de la terre commencant à tourner tout à coup sur son axe se présente à son esprit avec les affaissements, les soulèvements et les ruptures de la croûte du globe qui en sont les résultats nécessaires, ainsi que ecla est. prouvé,
« C'est ainsi qu'avec le secours des seuls documents que la Bible ait pu leur fournir, les gens habilegaqri se tiennent sur leurs gardes, et ne jugent qu'après un mûr examen , peuvent, en s'aidant du raisonnement et du secours de la science, parvenir jusqu'à la vérité, qui n'a pu leur être entièrement dévoilée dans un pareil livre,
« Un commentaire sur la. Bible, dans de pareilles vues, serait un travail fort intéressent; mais, jusqu'à présent, les sciences physiques avaient fait trop peu de progrès pour qu'on ait pu le tenter, D'après les applications de ce genre, il n'est pas possible de se refuser à voir que l'Écriinre confirme eu quelque sorte le véritable système du monde, » (M. Chaubard. )
Création des végétaux avant le soleil.
« Le troisième jour, Dieu créa les herhes et les plantes; mais anparavant il avait cree la terre, l'eau, la chaleur, la lumière, l'air. Or; pour que les phénomènes qui constituent. la vie végétale eommencent, il faut In réunion de ees choses; l'action imunédiate des rayons solaires est nuisible à la germination, Partout, dans la nature, nous trouvons que les premiers phénomènes de la vie, parmi les êtres organisés, prennent leur origine dans l'obscurité, et qu'ils n'ont besoin de l'infinence de la lumière du soleil et ne cherchent celle-ci qu'aprés être arrivés à un certain degré de developpement.» ( M. Berzélius. )
COMMENTAIRE
* Tous les terrains de sediment, tous ceux par conséquent dont la fommation est postérieure à celle des terrains primordiaux, contiennent des débris de végélaux en plus.ou moins grand nombre, Ces végétans sont le plus souvent terrestres, et l'ancienneté des terrains dans lesquels on les rencontre prouve que la vie a commencé sur la teme par le règne végétal. «( M. Bertrand, d'apres M. Adolphe Bronmuart.) |
- Ici on a besoin d'éclaircir une diffienlé qui a souvent été reproduite comme un argument fort embarrassant, et que les obserservations récentes peuvent permettre de résoudre dans un sens absolu. Comment les plantes ont-elles pu craitre et se reproduire, lorsque le soleil ne brillait point encore au frmament? La chaleur propre acquise au globe par son état primitif d'incandescence suflisait pour développer et entretenir cette végétation et pour rendre compte de eette difficulté apparente. Le feu central de la terre est aujourd'hui au nombre des données les plus accréditées; tous les faits géologiques «t physiques viennent l'appuver. De plus, un savant anglais a prouvé, i] n'y a pas longtemps, l'indépendance dans laquelle le climat primitfí de la terre a dû se trouver de la. chaleur solaire. Toutes les preuves qu'il réunit forment un faisceau de lumieres qui ne laissent aveun doste sur cette question. » (M. de Férussuc. }
Créglion des poissons, des oiseaux et des animaux terrestres.
*» C'est uniquement dans les debris amoncelés dans le terrain ter- Uae que se trouvent les ossements de quadrupedes vivipares et d'oiseaux. 11 n'en existe amenun dans les débris aceumulés dans le lerraia secondaire, el à plus forte raison dans le terrain de transition qu repose immédiatement sur le premier sol qui ait paru lors de la retraite des eamx qui préceda lucréation des plantes.» (ML Beudant, )
* On reconnait évidemment que les poissons et les reptiles aquatiques precedent les oiseaux, ceux-ci les quadrupedes terrestres, et ces derniers l'homme, » ( M. Demerson. )
Création de l'homme.
* Si les cavernes sonteurieuses par les débris de toutes les esphcef d'animaux antédiluviens que les hyènes y entrainaient pour les vorer, elles ne le sont pas moins par l'absence des ossements humains quon y chercherait inutilement : or, pourquoi, s'il avait existé des hommes à l'époque où les anciennes hyénes fouillaient dans la terre poar enlever et transporter dans leurs repaires les cadavres de tous lcs animaux, auraient-elles plus epargué leurs dépouilles qu'elles ne le font maintenant? » (M. Bertrand.)
* On n'a pas encore trouvé d'os humains parmi les fossiles on dans les conches régulières de la surface du globe; car, dans les tourbivres, Hans les alluvions , comme dans les cimetieres, an pourrait aussi bien deterrer des os humains que des os de chevaux on. d'autres espèces vulgsires, I] pourrait s'en trouver également dans les fentes de roche On ailleurs. Mais dans les lieux qui recélent les anciennes races, mme parmi les éléphants et les rhinocéras, on n'a jamais découvert le moindre ossement humain, Cependant les os humains se conservent
aussi bien que ceux des animaux; quand ils sont dans les mêmes circonstantes. » (M. Cusier.)
+ Ainsi, puisque l'on ne retrouve pas ses débris fossiles parmi ceux des antres êtres vivants qui abondent dans les couches solides, méme les plus superficielles du globe, il est certain que l'espèce humaine est la derniere création. » (M. de Férussac.)
* En effet, l'homme, vivant de plantes et de chair, est plus moderne que les autres animaux, et n'a dû être créé qu'à l'époque où les plantes et la chair existant déjà pouvaient fournir à ses besoins.» "M. Eory de Saint-V incent. )
1i Jiésume selon les sciences.
» Sept espaces de temps suffisent dans l'histoire mystérieuse de la création pour l'exécution du plan magnifique dont le genre humain complete l'ensemble, La voix du Créateur retentit dans les ténebres qui couvrent la fnce de l'abime; la lumière brille, la matière est émue, le mouvement commence, et le premiur jour a lui, Alors les mets commentent à mugir dans les bassins que cireonserit l'aride ou la terre, et les plantes parent cette terre qui cesse d'être aride; le temps est successivement marqué par la révolution des eorps célestes lancés dans les vastes orbites qui leur sont tacés; les poissons animent les eaux, les oiseaux du ciel succèdent à ceux-ci, les bótes des champs et des forêts naissent à leur tour, l'homme apparait le dernier.
« Eh bien! telle à dá être la marche des choses.
* Les plus inerédules ne sauraient disconvenir que tout oe qui tient à la création est rapporté dans la Genèse avec la plus minutiense exactitude, ct conformément à ce que nous enseigne l'étude bien entendue de l'histoire naturelle, » (M. Bory de Saint-Vincent. }
Voltaire a dit, en parlant de la Genèse : « C'est toujours la méme ignorance de la nature. » Et Dupuis :« La raison se refuse à voir des faits historiques dans cette cosmogonie, » Voltaire et Dupuis sont également eonfondus par la science,
Fragments de L'histoire primitive des nations.
7 V n'est aucune nation qui n'offre dans ses mythes religieux et ses livres primitifs des traces parfaitement visibles de toutes les vérités renfermées dans la Bible, Nous nous bornerons à en citer les traits les plus frappants.
« D'apres les Chinois, le premier homme fut formé de terre jaune et placé, comme dans fa Genèse, au milieu d'un paradis arrosé par quatre fleuves, en face de l'arbre de vie. Alors eut lieu l'âge d'or dit woude, puis sn chute, « causée, dit Hoinantsée, par le désir immodéré de connaître, qui précipita l'humanité dans sa perte, » Un ancien proverbe chinois dit : « N'ajoute point foi aux paroles de la femme, car elle est la source et la racine du mal, »
» Lopi dit encore: « Après que l'homme eut été corrompu, les bêtes
(Babvages, les oiseaux, les insectes et les serpents commencerent la
guerre. contre lui, À peine eut-il acquis la science, que toutes les eiétfares lui devinrent ennemies. En peu d'heures, le ciel sechangea et l'homime ne se trouva plus le mème.» Enfin, peut-on oublier les belles paroles de Hoinantsée: + Quand l'innocence eut été perdue, la miséricorde parut.» Chez les Chinois, se retrouve, comme chez presque tous les peuples, la tradition de la longue vie des patriarches primitifs, le souvenir de la chute des mauvais anges et de leur chef, le dragon, dout l'Y-King, un des livres sacrés, dit : « Il gémit sur son * orgueil, qui l'a privé de la lumière; car, en voulant monter jusqu'aux « cieux, il s'est précipité dans les abimes de la terre.
* D'après le récit des Indous, le premier homme sortit du côté droit du dieu Brahma, et la premiére femme naquit de son côté gauche. firahiua bénit le premier homme, et lui commanda de multiplier son espèce : le premier couple engendra deux fils et trois filles, et alors la Divinité descendit sur la terre pour faire un sacrifice, Une tradition indienne nomme le premier homme Kardam, c'est-à-dire argile ou boue; et en sanscrit, Adim signifie le premier; la langue des anciens Perses appelait aussi Adam, Adamah, qui veut dire terre rouge.
« D'après l'Edda des Seandinaves, trois dieux, qui étaient frères, détruisireut la race des géants primitifs jusqu'au dernier, qui, échappé du carnage, s'était sauvé dans une nacelle; et à leur place, ils eréerent les premiers hommes, nos pères. L'Edda appelle le premier homme Aska, qui, en langue gothique, signifie cendre, et la femme Emla, qui veut dire saule. Ainsi, quelque dénaturées qu'elles soient, on retrouve encore ici les traditions de l'origine des hommes par un premier couple, le mystère obseurci de la sainte. "Trinité, les gcants
primitifs, le déluge et les nouveaux habitants de la terre.
* Toutes les nations, Chinois, Indous, Perses, Grecs, Romains, Scandinaves, ont cru à un áge d'or, áge de bonheur, d'innocence et de longue vie de l'espèce humaine, qui a été suivi, d'apres la foi de tous ces peuples, d'un état de chute et de misère, et de la nécessité de sacrifices expiatoires pourappaiser la justice divine. L'extermination entière du monde primitif, à l'exception d'une seule famille, a dà laisser aussi dans la mémoire des descendants de cette famille une ineffacable trace, Et, en effet, nous retrouvons cet événement, avec ses diverses circonstances plus ou moins altérées, chez toutes les races humaines,
* Lorsque la destruction des hommes eut été résolue par les dieux, au moyen d'un déluge universel, Brabma apparut au pieux roi Satyavrata, qu'on nomme aussi Menou, fidele serviteur de l'Esprit qui Jlottait sur les eaux; WM lui annonça qu'apres sept jours, les trois mondes, c'est-à-dire le ciel, la terre et l'enfer, seraient engloutis dans l'océan de la mort; mais que Dieu lui enverrait un grand navire sur lequel il se réfugierait avec sept pieux brahmanes et un couple de chaque espèce d'animaux; et tout arriva comme l'avait annoncé le dieu qui, sous la forme d'un poisson à longue corne, conduisit luimème sur les flots l'arche, qui était attachée à sa corne par un gros serpent servant comme de câble à Satyavrata.
* L'histoire chaldéenne nomme Xisutrus le pere de l'humanité renouvelée par le déluge, et dit que c'était le dixième roi après Alorus, de méme que, dans la Bible, Noé est le dixieme patriarche après Adam. Kronos, dieu du temps, le Saturne des Italiens, avertit en rève Xisutrus que le genre humain ayant comblé la mesure des crimes, allait être exterminé par une grande inondation; il lui ordonna de construire une arche pour se sauver, lui, les siens et ses amis, avec des couples de chaque espèce d'oiseaux et de quadrupedes. Le saint patriarche obéit, et pendant le déluge fit envoler à trois différentes reprises des oiseaux qui, la. premiere fois, revinrent bien vite; la seconde fois demeurérent plus longtemps dehors, et avaient, lorsqu'ils rentrérent dans l'arche, de la fange à leurs pattes; puis, la troisième fois, ils ne revinrent plus. Xisutrus en conclut que la terre était séchée, onvrit l'arche, et voyant qu'elle était arrêtée sur une montagne, en sortit avec ses enfants, adora la terre, éleva un autel, offrit un sacrifice aux dieux, puis disparut avec ses enfants et le pilote qui les avait guidés. .
« Ses anis, restés dans le navire, l'ayant attendu en vain, descendirent et le cherchérent partout, en l'appelant par son nom : alors retentit une voix qui disait que Xisutrus, à cause de sa piété, avait été enlevé aux cieux avec sa femme, ses filles et son pilote, Et les hommes, entendant cela, offrirent un sacrifice aux dieux. » Tel est le récit du chaldéen Dérose.
* Lucien nous a conservé une tradition syrienne dans son livre sur la déesse de Syrie, que l'on vénérait aux bords del'Euphrate, dans Hiérapolis, sa ville natale. Il dit de son temple, qu'il avait été construit, selon la croyance populaire, par Deucalion de Seythie, qu'il distingue du second Deucalion le Thessalien, sous lequel arriva l'inondation de la Thessalie connue des Grecs. Écoutons-le :
* La race humaine actuelle n'est pas la première; elle reconnait pour pere Deucalion, qui recueillit l'héritage d'un monde primitüf, corrompu et dissous par toute sorte de crimes. Les homines de ce monde impie n'observaient plus la foi du serment, n'exercaient plus l'hospitalité, rejetaient l'étranger et le malheureux suppliant; c'est pourquoi le ciel décida leur destruction. Une abondance d'eaux se répandit sur la terre; la pluie tomba par torrents, et la mer grossit et monta jusqu'à ce qu'elle eût tout couvert. De tous les humains, Deucalion seul fut conservé à cause de sa sagesse ct de scs vertus, pour devenir pére d'un monde nouveau, Il entra dans un grand vaisseau avec sa femme et ses enfants; alors vinrent à lui, deux à deux, chevaux, lions, sangliers, serpents, toutes les espèces d'animaux que la terre nourrit : tous furent. regus, devinrent familiers et amis de l'homme; et protégé par Jupiter, le vaisscau du salut flotta aussi longtemps que durerent les grandes eaux, »
COMMENTAIRE
“ Les Syriens racontaient, en outre, qu'à la fin du déluge un grand abime s'était ouvert et avait absorbé les eaux... Il est de plus remarquable que le dieu égyptien Ichthon, le Dagon des Philistins, la déesse phénicienne Dercéto, le législateur de Chaldée Oannés, sont tous représentés avec un buste d'homme ou. de femme, et la partie inférieure du corps se terminant en poisson, c'est-à-dire dans la furme que le verbe des Bralimanes, Vischnou, revétit lorsqu'il dirigea le navire de Satyavrata à travers l'océan du déluge.
* M est frappant encore que la fille de la déesse des eaux primitives, de Dercéto, Sémiramis, dont l'histoire fait une reine de Babylone, se trouve, par la fable, transformée en colombe. L'Orient offre plusieurs autres souvenirs des colombes de Noé. Plutarque dit : “Une colombe sortie du vaisseau donna à Deucalion, par son prompt retour, la preuve que les grandes eaux duraient toujours; puis, làchée une seconde fois, et n'étant point revenue, cela annonca que le ciel était devenu plus pur et que l'inondation s'écoulait. »
* Le nom de Deucalion est indien et se compose de Deu, qui qui signifie esprit, génie, et de had, temps; ainsi l'esprit, le dieu du temps. La formidable déesse Kali, à laquelle, depuis des milliers d'années, l'Indostan offre des victimes humaines, est l'épouse du dieu destrueteur nommé Siva. Dans l'Asie occidentale, nous avons vu également Kronos, le dieu du temps ou Saturne, annoncer de déluge au chaldéen Xisutrus. .
* Or, tandis que les Indiens et les Perses souillaient par un culte supersutieux des eaux leur religion primitivement pure, les Égyptiens, au contraire, prenaient la mer en horreur, la regardaient comme source du mal et de la mort, comme le mauvais principe dans la nature. Sous le nom de Tsphon, il poursuivait son frere Osiris, le faisait entrer dans un navire et l'engloutissait sous les eaux; et en commémoration de cette catastrophe, chaque année les Égyptiens plagaient sur une nacelle une statue d'Osiris, qu'ils livraient à la mer, Pocock a vu, en Egypte, une représentation d'Osiris, assis en pilote sur un navire et faisant le tour de la terre. Moïse dit de Noé qu'il planta la signe et perfectionna l'agriculture; les Égyptiens racontaient aussi d'Osiris, qu'après avoir achevé ses voyages à travers le monde, il s'acquit une grande gloire en plantant la vigne et les arbres fruitiers, et enseignant aux hommes la manière de préparer la bière, qui était le breuvage favori de l'Egypte.
« On ne peut méconnaitre Noë dans tous ces dieux à noms différents et à attributs semblables, Osiris, Kronos, Saturne, Del, unanimement représentés avec des corps d'hommes terminés en poisson. Sur le revers d'une monnaie de Saturne, on trouve Ja poupe d'un vaisseau. Janus méme n'est pas autre chose que Noé divinise; et loin d'être, comme on l'avait cru, d'origine italienne, il vient de l'Inde, où, sous le nom de Ganesa, il a également deux visages, parce que Noé voyait d'un cóté l'ancien monde englouti et de l'autre le nouveau qui sortait de lui, c'est-à-dire l'avenir et le passé. Les Indiens écriv core le nom de Janus ou Ganesa sur leurs portes, et, chez les Romains aussi, porte se disait jaa. Enfin, cet ancien dieu régne encore sur le temps jusqu'à un certain point, puisque nous commençons l'année par le mois qui reçoit de lui son nom.
« Les nations primitives d'Amérique ne sont pas moins riches que les Orientaux en traditions toutes bibliques, Interrogés sur leur origine, les habitants de l'ile de Cuba répondirent aux Espagnols que leurs pères leur avaient dit que Dieu avait créé le ciel, la terre et toutes choses; que les hommes étaient tombés dans des péchés graves, et qu'alors un vieillard, entrevoyant le châtiment prochain des hommes par un déluge universel, avait construit une barque, et s'y était enfermé avec sa famille et beaucoup d'animaux. Les eaux du déluge ayant baissé, il avait fait partir un corbeau, lequel, trouvant beaucoup de corps morts, n'était point revenu. Voyant cela, le patriarche avait laissé s'envoler une colombe, qui bientôt après avait reparu, apportant dans son bec un rameau de hoba, arbre à fruit d'Amérique. Le vieillard, concluant de là que la terre commençait à montrer
COMMENTAIRE
ses flanes à découvert, était peu de temps après descendu de son es-
quif, avait fait du vin avec des grappes sauvages, et s'était enivré; puis étant tombe dans le sommeil, ses deux fils l'avaient trouvé nu: l'an s'était moqué de son père, et l'autre avait respectueusement eouvert sa nudité, Le vieillard, s'éxeillant, avait béni le premier et maudit le second; et eux, Indiens, descendaient de ce dernier : c'est pourquoi ils allaient presque nus.
* Les Mexicains racontent qu'il n'y eut qu'un homme et une femme d'arrachés au déluge universel, après l'écoulement duquel, se trouvant sur une haute montagne, ils descendirent de leur nacelle, et engendrérent de nombreux enfants qui demeurerent privés de la parole jusqu'a ce qu'une colombe, s'abattant du haut d'un grand arbre, leur enseigna le langage; mais il était différent pour chacun, de maniere qu'ils ne se enmprenaient point entre eux, Ainsi, dans les deux récits américains du déluge universel, nous retrouvons en Orient la colombe jouant un rôle; quoique dans le second récit son action s'écarte un peu de celle de la Bible, néanmoins on. v retrouve d'une maniere claire le grand événement de la confusion des langues.
* Les Chiapanais, tribu mexicaine, parlent aussi d'un vieillard qu'ils venerent comme leur premier pére, et qui fut sauvé avec les siens d'un déluge où tout disparut. Son petit-fils, par l'ordre de son grand-pére, commence la construction d'un grand édifice dans le but d'escalader le ciel, et c'est à cette époque que chaque tribu particuliére se trouva séparée des autres par une langue différente,
* Beaucoup d'autres récits tout aussi remarquables se trouvent rassemblés dans Clavigero, Mexicain qui, vers le milieu du siecle dernier, a écrit en langnes espagnole el italienne une précieuse histoire de son pars, d'antant moins suspecte qu'elle à été par lui soumise et dédiée à la savante université de Mexico, fondée par l'empereur Charles-Quint. Longtemps auparavant, Acosta, Herrera, et d'autres écrivains espagnols, avaient déjà recueilli des traditions semblables, qui montrent toutes une grande ressemblance avec celles que les Anglais nous ont rapportées des iles de la mer du Sud,
* Sur sept ou huit monnaies differentes frappées à Apamée, en Phrygie, an commencement du troisieme siècle de notre ére, sous le regne de l'empereur Septime-Sévère ou de ses premiers successeurs, on voit une arche flottante sur les eaux, qui porte un homme et une femme; nn oiseau est perché devant cux sur le bord de l'esquif, et par derriere un autre oiseau, tenant entre ses pattes une branche, vole pour les rejoindre. Tout pres, le méme homme et la mème femme, descendus à terre, sont debout, la main droite levée en action de grâce, et à l'entour de la barque on lit clairement en let grecques le nom de No. .
* De méme que les traditions de la guerre des Titans contre Dieux sont le souvenir obscurci de la révolte des anges déchus, de mème aussi probablement l'histoire homérique d'Otos et d'Ephialtes, pigantesques fils dela mer, qui, pour monter au ciel, entassent le Pélion sur l'Ossa et l'Ossa sur l'Olympe, n'est que le vestige resté chez les Hellenes de la construction de la tour de Babel.
« Dans les caractères hiéroglyphiques des Chinois, l'idée de la séparation, surtout d'un fils qui s'éloigne de son pére, est figurée par une tour. Si ce n'était la mémoire de la dispersion des peuples causée par la folle entreprise de Babel, comment l'image d'une tour immobile et fixe aurait-elle pu en venir à signifier séparation, chose qui entraine nécessairement avec elle l'idée du mouvement?
* Je pourrais citer encore une foule d'autres témoignages, mais il me semble que ceux-là suffisent pour des esprits mienx disposés que n'étaient ceux de la génération qui vient de finir; car bien des présages heureux annoneent déjà comme prochain Je temps où, pour les intelligences désabusées, va s'évanouir pour toujours cette philosophie fastueusement appelée critique, qui, faisant consister toute sa force à séparer et à douter, rendait inutiles et vaines les plus sublimes tentatives de réunion provoquées par l'esprit catholique. On reconnait enfin que cette philosophie , forte seulement pour détruire et pour séparer les choses, ne peut être une philoso-
phie, puisqu'elle n'a ni la sagesse pour but, ni l'amour pour résuliat.
* Le principe du mal, Typhon, avec soixante-douze conjures, ne se contenta pas de placer daus un esquif son frere Osiris, tue par lui, et de le jeter à la mer : lorsque la sage Isis ent retrouvé sur les grèves le. cadavre de son époux et se préparait à l'adorer, Typhon l'ayant surprise, coupa ee cadavre en morceaux; et ce n'est qu'apres que la fidele épouse en eut réuni les lambeaux et les eut tous mis dans un méme cereueil, qu'Osiris put ressusciter et engendrer encore des enfants avec Isis, Ainsi, dans l'empire de la vérité, tout doit se Lenir, parce que tout vient de Dieu et y retourne; et la philosophie qui sépare et isole est la philosophie qui tue : la seule synthèse a la vie.
Les étoiles, le zodiaque.
= Jusqu'ici on a considéré les Chaldéens, c'est-à-dire les prètres de ce peuple à Babylone, comme les premiers observateurs du firmament, de méme que trés-probablement ils furent aussi les plus anciens savants qui aient fait tomber la haute science astronomique dans la frivole astrologie, base du culte idolätrique des étoiles, appelé sabéisme, Les réveries fatalistes sur les influences morales des astres flatteut le penchant inné dans l'homme à s'élancer vers l'avenir et à s'enivrer d'espérances.
* Quoi qu'il en soit, les prétres de la Chaldée, comme eeux de l'Inde et de l'Egypte, paraissent avoir découvert, dés les plus anciens temps, plusieurs planètes qui n'ont été connues des Européens que depuis la derniere moitié du dix-huitieme siècle; l'anneau de Saturne méme ne leur. échappa pas, puisque cet astre est représenté chez les Indiens, dans les anciens temples, environné d'un cercle forme par deux serpents.
« Qne, sans le secours de nos instruments d'optique perfectionnés,
ils aient pu porter leurs regards si avant dans les cienx, ceci est confirmé par plus d'une expérience; car, méme parmi les Européens, il y a eu des hommes qui voyaient à l'œil nu les satellites de Jupiter. En outre, plus l'on s'avance vers l'Orient, plus le ciel est pur et transparent; les horizons d'Italie sont infiniment. plus diaphanes que ceux de la nébuleuse Germanic. D'ailleurs le regard si pénétrant des Orientaux n'est pas plus extraordinaire que celui des artistes grecs, qui faisaient ces camées couverts de sculptures, dont nous ne pouvons plus admirer les beautés qu'au moyen de verres grossissants, qui "ant étaient ignores des Grecs.
"Quant au zodiaque, la preuve la plus irréeusable qu'il nous bide la Chaldée, c'est que ses douze sigues, représentés par les animaux, qui répondent aux douze mois, ne conviennent ni au cicl de l'Egypte, ni à celi de l'Inde, moins encore aux climats de la Grèce, mais exclusivement aux plaines bibliques de Sennaar ou de Chaldée, comme le démontre la déclinaison de l'écliptique. Car il est clair que les animaux du zodiaque avaient rapport aux événements naturels ow aux occupations champêtres de chaque mois : ainsi, le laureau designait l'époque des labourages; la vierge, le fléan à la main, exprimait la moisson. Ponrquoi les autres nations auraient-elles toutes adopté ce zodiaque, qui n'est propre pourtant qu'aux campagnes de Sennaar, si (comme le dit la sainte Écriture) cette plaine n'avait pas été le point de départ de l'espèce humaine et le lieu de séparation ?
= Hl est de plus remarquable que, dans toutes les traditions, Noé, père de l'agriculture, soit qu'il se nomme Bel, Osiris, Meuu, kronos, Saturne, Dagon, Janus ott autrement, est toujours accompazue d'un taureau. Le bœuf Apis est consacré à Osiris, comme le taureau Mnevis au législateur de l'Inde, Menu, le Minos de l'Asie mineure, comme la vache est auprès d'Odin, réorganisaut le monde chez les Scandinaves.
« En général, l'astronomie sntique est un vaste champ de symboles tout bibliques, où sont écrits, cn caractères qu'il est impossible
de ne pas comprendre, tous les événements du monde primitif. » ( SrorszAG. }
LA GENÈSE, CHAPITRE II