Reversusque Ruben ad cisternam , non invenit puerum
30. Et, scissis vestibus, pergens ad fratres suos, ait : Puer non comparet , et ego quó ibo?
31. Tulerunt autem tunicam ejus, et in sanguine hædi quem occiderant, tinxerunt ;
32. Mittentes qui ferrent ad patrem, et dicerent : Hane invenimus ; vide utrum tunica filii tui sit, an non.
33. Quam eum agnovisset pater, ait : Tunica filii mei est ; fera pessima comedit eum, bestia devoravit Joseph.
34. Scissisque vestibus, indutus est cilicio * , lugens filium suum multo tempore.
35. Congregatis autem cunctis liberis ejus * ut lenirent dolorem patris, noluit consolationem aceipere; sed ait : Descendam ad filium meum lugens in infernum. Et, illo perseverante in fletu,
36. Madianitæ vendiderunt Joseph in Ægypto Putiphari eunueho Pharaonis , magistro militum.
X 24. Hébr. : « Dans cette citerne qui était vide et sans cau. »
X 25. Hébr. : « Une troupe ou une caravane d'Ismaélites, » Le nom d'Zsmaclites , chez les Hébreux est aussi étendu que parmi nous celui d' Arabes.
COMMENTAIRE
23. Des qu'il fut arrivé à ses frères, ils le dépouillerent de sa longue tunique de diverses couleurs;
24. Et ils le descendirent dans la vieille citerne, où il n'y avait pas d'eau.
25. Et, s'asseyant pour manger du pain, ils virent des voyayeurs ismaélites qui venaient de Galaad avee leurs chameaux portant des aromates, de la gomme et de l'ambre en Égypte.
26. Or, Juda dit à ses frères : Que nous servira de tuer notre frere et de cacher son sang?
27. ll vaut mieux le vendre aux Ismaélites, et ne pas souiller nos mains: car il est notre frere et notre chair. Ses freres se rendirent à ses discours.
28. Et, lorsque les voyageurs madianites passirent , ils le retirérent dela citerne, et le vendirent vingt pieces d'argent aux Ismaélites, qui le menerent en Egypte.
29. Ruben, étant revenu à la citerne, n'y trouva pas l'enfant ,
30. Et, déchirant ses vétements, il retourna vers ses fréres , et dit: L'enfant ne parait pas, et moi ou irai-je?
31. Ils prirent donc sa tunique, et la plongèrent dans le sang d'un chevreau qu'ils avaient tué ;
32. Et ils envoyerent des gens la porter à leur pere, et lui dire: Nous avons trouvé cette tunique; voyez si ce n'est pas celle de votre fils.
33. Le père, l'ayant reconnue, dit : C'est la tunique de mon fils; une bête sauvage l'a dévoré, une bête a dévoré Joseph.
34. Et, déchirant ses vêtements, il se revétit d'un cilice, pleurant son fils pendant longtemps.
35. Et, tous ses enfants s'étant rassemblés pour adoucir la douleur du père, il ne voulut point recevoir de consolation; mais il dit : Je descendrai vers mon flls en pleuraut jusqu'au tombeau. Et, tandis qu'il persévérait dans les pleurs, |
36. Les Madianites vendirent Joseph en Egypte, à Putiphar, eunuque de Pharaon, chef des soldats.
X* 34. Hébr, litt, : « Hl se couvrit d'un sac. » On nommait lcs habits de deuil des sacs, parce qu'ils étaient élroits et serrés comme un sac.
X 33. Hebr. litt, : « Ses fils et ses filles, »
COMMENTAIRE
: Joseph fait connaître les crimes de ses frères.
La Vulgate ne porte que seize ans. On aura pu écrire seize pour dix-sept.
L'hébreu et les Septante mettent dix-sept ans.
« Et tout jeune qu'il était, ayant été avec les enfants de Pala et
de Zxlpha, femmes de son père, il rapporta à leur père leurs déréglements infimes, » a Comme l'Écriture ne dit point ce que c'était, on ne peut former là-dessus que des conjectures trés-incertaines, Il y a beaucoup d'apparence , selon le texte hébreu, que c'était quelqu'un de ces crimes honteux dont saint Paul ne veut point qu'on entende parler parmi les saints ( Ephes, Y 3), Joseph, quoique le plus jeune, ne fut point entrainé par l'exemple de ses frères. On peut bien penser
COMMENTAIRE
qu'il les reprit avant que de les acemser, Mais ses avis étant inutiles, il eut assez de courage pour les déférer à Jacob, et pour sacrifier à son devoir la crainte de leur ressentiment.
Age de Jacob et son affection pour Joseph.
Jacob avait quatre-vingt-dix ans quand Joseph naquit. Voici comment on le prouve : Par le X 9 du chap. xcvi: de la Genèse, Jacob avait cent trente ans la troisième année de la famine dont parle Moïse en cet endroit; et par le X 46 du chap. zur, Joseph, sept ans avant cette famine, avait trente ans. Donc, etc. Or, par le Y 25 du chap. xxx, Jacob, peu aprés Ja naissance de Joseph, avait fini ses quatorze ans de service , pour lesquels il s'était engagé envers Laban, aün d'obtenir ses deux filles Lia et Rachel: donc Jacob avait soixante-quatorze ans quand il passa en Mésopotamie.
Dom Calmet observe ici que les versions orientales et l'historien Joséphe ( Ant. liv. HH, chap. 1), portent : « Parce que e'était un enfant sage et prudent. »
Fecitque ei tunicam polymitam. Le Clerc a traduit polymitam avec la Vulgate. Les Septante portent tamicam arii coloris, Ainsi ces trois versions sont d'accord ; car po/ymita est un mot latinisé du grec qui signifie proprement, variam tramam habens; cui est trama varia, seu warii coloris. Ainsi, cette robe de Joseph était de différentes couleurs. Or, suivant la remarque de Le Clerc, ces sortes de robes étaient fort estimées chez les Orientaux.
VERSÉT 9.
Réflexions sur les songes.
« ]l eut encore un autre songe, et il le raconta à ses freres : J'ai vu, leur dit-il, dans un nouveau songe , que le soleil, la lune et onze étoiles zn'adoraient, =
Bayle a fait sur les songes des réflexions tres-sensées, « Je crois , fit-il, que l'on peut dire des songes la méme chose à pen près que des sortiléges; ils contiennent infiniment moins de mystères que le peuple ne le croit, et un peu plus que ne croient les esprits forts. Si vous établissez une fois que Dieu a trouvé à propos d'établir certains esprits cause occasionnelle de la conduite de l'homme à l'égard de quelques événements, toutes les difficultés qu'on fak contre les songes s'évanouiront. =
Joseph va chercher ses frères.
Il parait, par cet endroit de la Genèse, que Jacob demeurait dans la vallée d'Hébron, lorsque Joseph fut vendu par ses frères. Or, cette vallée, suivant dom Calmet, était éloignée d'environ vingt lieues de Sichem , où les fils de Jacob faisaient alors paitre ses tronpeaux : mais, ajoute fort judicieusement dom Culmet, cela ne doit pas paraitre surprenant, car on voit, par plusiears endroits de V'Écriture, qu'on menait souvent paitre les troupeaux fort loin du lieu où l'on demeurail; et, en effet, il en rapporte plusieurs exemples. 3
Situation de Dothain.
*. Ils se sont retirés d'ici, répliqua cet homme, et j'ai entendu
qu'ils se disaient : Allons vers Dothain. Joseph alla donc après ses frères ; et il les trouva dans la plaine de Dothain. »
Dothain, petite contrée de la terre de Chanaan, qui échut en partage à la tribu de Zabulon.
* Comme ce pays, dit le P. Colome, était abondant en páturages, les frères de Joseph y avaient conduit leurs troupeaux. La citerne où Joseph fut ris par ses frères subsiste encore, et est renfermée dans une mosquée pour laquelle les Turcs ont une singulière vénération. »
Marchandises que portent les marchands ismaélites.
Dom Calmet traduit : « Portant des aromates, de la résine et de la myrrhe. » Mais il observe en même temps qne les interprètes ne sont pas d'accord sur l'espèce ou nature de ces objets. La version de Le Clerc porte ; Styvacem, resinam et ladanun.
Madianites et Ismaelites.
* Et le vendirent vingt pièces d'argent aux Ismaélites, qui l'emmenérent en Égypte. »
Et pritereuntibus Madianitis, Pourquoi nomme-t-on ici Madianites ces marchands qu'on vient de nommer fsmaclites? Parce que, répond Le Clere, ces deux peuples élaient si voisins qu'on les prend assez souvent l'un pour l'autre dans l'Écriture.
Le texte sacré ne dit pas positivement quel áge avait Joseph quand il fut vendu par ses frères; mais on peut supposer qu'il avait l'âge marqué au second verset de ce chapitre, c'est-à-dire dix-sept ans selon les Septante, et seize ans selon la Vulgate.
VERSET 34, Vélements de deuil.
Dans ces temps-là, pour marque de douleur et de deuil, on déchirait ses vêtements et on se revétait d'un cilice, qui, suivant dom Colmet, était nn habit de deuil nommé cilice, parce qu'il était fait de poil de boues de Cilicie. Ces boues portaient un long poil que l'on tondait et dout on faisait de grosses étoffes, et d'une couleur sombre et noirâtre, Il n'y avait guère que les pauvres qui usaient de ces étoffes. On nommait aussi ses habits de deuil des sacs, parce qu'ils étaient étroits et serrés comme un sac; les Septante, au lieu de cilicio, portent sac.
Signification du 1not infernum.
« Et il leur dit : Je pleurerai toujours jusqu'à ce que je descende vers mon fils au fond de la terre. » à
Descendam ad filium meum lugens in infernum. Mot à mot : «Je descendrai avec mon fils dans le fond de la terre, c'est-à-dire dans le tombeau ; je mourrai comme est mort mon fils, ou je descendrai dans l'enfer vers mon fils. » Le mot hébreu, au rapport de Le Clere, peut signifier le tombeau ou la mort, et le lieu où les âmes demeurent aprés celte vie, sans distinction toutefois entre les âmes des bons et les âmes des méchants. Mais comme il croit que la dernière interprétation rend mieux le sens véritable et naturel du mot hébreu que la première, il a traduit dans sa version, descendam in inferos, en avertissant toutefois qu'il ne faut pas régler l'opinion
de Jacob touchant le lieu où les âmes des hommes demeurent apres cette vie, sur ce que nous en croyons aujourd'hui.
Le terme hébreu, comme celui des Septante et de la Vulgate, signifie proprement l'enfer; mais sous ce nom les Hébreux comprenaient et le lieu où les âmes des méchants sont tourmentées, et le lieu où les âmes des justes étaient détenues avant la venue de Jésus- Christ. *
Ce passage fournit une preuve sans réplique de la survivance des ámes aux corps.
Joseph vendu à Putiphar.
« Cependant les Madianites vendirent Joseph en Égypte. à Putiphar, eunuqne de Pharaon et général de ses armées. »
Le mot hébreu cavis, que les Septante et la. Vulgate ont interprété eunuque, a quelquefois celte signification; » mais il ne peut l'avoir en cet endroit, dit Le Clere, puisque Putiphar avait une femme. » Ainsi, suivant cet auteur, il faut interpréter ce mot par courtisan ou seigneur de la cour.
* La vente de Joseph, dit l'abbé Clémence, est pour Voltaire la matière de plusieurs observations ; voici la première : « Les mar-
LA GENÈSE, CHAPITRE XXX VIII
chands ismaélites faisaient déjà commerce d'aromates, d'esclaves; ce qui marque une extrême population : les douze enfants d'Ismael avaient déjà produit un peuple immense, et les douze enfants de son neveu Jacob étaient réduits à garder les moutons. » Il ignorait , cet homme universel, que la vie pastorale, si avilie parmi nous, était dans le plus grand honneur chez tous les anciens peuples; qu'ils jugeaient cette profession si noble, qu'ils en empruntaient le titre, qu'ils donnaient aux rois : Pasteurs des peuples, c'est le nom dont Homère se plait à décorer les souverains, Encore aujourd'hui les Arabes et les Tartares, à l'imitation des anciens Scythes, dont ils sont descendus, se glorifient de parcourir les principales régions de l'Asie, en faisant paitre leurs troupeaux. Les premiers témoiguent un souverain mépris pour les marchands de Damas, d'Alep et du Caire; et les seconds ne font pas plus de cas de ceux d'Astracan, de Pékin et de Moscou. Non, le critique n'ignorait pas ceci, mais il se jouait des dupes qui l'admirent, Le trafic d'aromates et d'esclases, que faisaient les Ismaélites, prouve bien la population de l'Égypte où ilsles vendaient, et son opulence; mais il ne prouvé nullement la grande population des Ismaélites ; il prouve seulement que les Ismaélites trouvaient dans le désert de Syrie qu'ils habitaient les drogues qu'ils vendaient aux Égyptiens pour embaumer lenrs morts, et que leurs courses. continuelles leur fournissaient des esclaves dont ils trafiqnaient. »