‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 25 sur 1035 · Et ils entendirent la voix du Seigneur Dicu qui · texte numérisé non relu

Et ils entendirent la voix du Seigneur Dicu qui

s'avaneait dans le jardin , à l'heure du jour où il s'élève un vent doux , et ils se enehérent parmi les arbres, pour

| éviter la présence de Dieu.

9. Mais le Seigneur Dieu appela Adam , et Jui dit : Où es-tu ?

10. Adam répondit : J'ai entendu votre voix dans le jardin, et, comme j'étais nu, j'ai été saisi de crainte et je me suis caché.

11. Alors Dieu lui dit : Qui t'a appris que tu étais nu; tu ne peux le savoir à moins que tu n'aies mangé du fruit de l'arbre dont je t'avais défendu de manger ?

Ibid. Le samaritain porte : Comederunt, et ils mangérent.

X 7. Au lieu de l'hébreu foin , on lit dans le samaritain folia. Il y a. des figuiers dont les feuilles sont d'une longueur prodigiense.

* 8. Méb. litt. : « Qui se promenait au vent du jour, » c'est-àdire au déclin du soleil, selon qu'il est dit dans le cantique : Donec aspiret dies et inclinentur umbra, Cant, 11, 12 et 4.

X 9. Dans l'Arabie, les chaleurs du jour sont excessives; mais, sur lé déclin du soleil, les zéphyrs s'élèvent et rendent l'air plus frais. Muise, écrivant dans l'Arabie, désigne ici le déclin du soleil par le lever des zéphyrs.

Y ir. Vulg.: Enim. Ce mot n'est pas dans l'hébreu,

12. Dixitque Adam : Mulier quam dedisti mihi sociam, dedit mihi de ligno, et comedi.

18. Et dixit Dominus Deus ad mulierem : Quare hoc fecisti? Qua respondit : Serpens decepit me, et comedi,

14. Et ait Dominus Deus ad serpentem : Quia fecisti hoe, maledietus es inter omnia animantia et bestias terrz; super pectus tuum gradieris, et terram comedes eunctis diebus vita: tum.

15. Inimieitias ponam inter te et mulierem, et semen tuum et semen illius : ipsa conteret eaput tuum, et tu insidiaberis ealeaneo ejus.

16. Mulieri quoque dixit : Multiplicabo zrumnas tuas et eonceptus tuos; in dolore paries filios , et sub viri postestate eris, et ipse dominabitur tui.

17. Adi vero dixit : Quia audisti voeem uxoris tue, et comedisti de ligno ex quo præceperam tibi ne comederes, maledicta terra in opere tuo; in laboribus comedes ex ea cunctis diebus vitæ tuæ.

18. Spinas et tribulos germinabit tibi et comedes herbam terræ.

19. In sudore vultüs tui vescèris pane, donee revertaris in terram de qua sumptus es : quia pulvis es, et in pulverem revertéris.

20. Et vocavit Adam nomen uxoris sum, Heva, eo quód mater esset eunctorum viventium.

21. Fecit quoque Dominus Deus Adæ et uxori ejus tunicas pelliceas, et induit eos.

22. Et ait : Ecce Adam quasi unus ex nobis facetus est, sciens bonum et malum : nune ergo ne forte mittat manum suam, et sumat etiam de ligno vitæ, et comedat , et vivat in æternum.

23. Et emisit eum Dominus Deus de paradiso voluptatis, ut operaretur terram de qua sumptus est.

24. Ejecitque Adam, et colloeavit ante paradisum voluptatis cherubim, et flammeum gladium atque versatilem, ad eustodiendam viam ligni vitz.

X 13. Hébr. autr.:« Qu'est-ce que vous avez fait? Quid est hoe quid fecisti? » Voyez une expression presque semblable dans le chapitre suivant, Ÿ ro.

X 14. Vulg La poitrine. » Héb.: « Le ventre, » La version des Septante met l'un et l'autre.

hid. Vulg.:« La terre. » Héb. : « La poussière, »

LA GENÈSE, CHAPITRE III

12. Adam répondit : La femme que vous m'avez donnée pour compagne m'a présenté du fruit de cet arbre , et j'en ai mangé.

13. Et le Seigneur Dieu dit à la femme : Pourquoi astu fait cela? Elle répondit : Le serpent m'a trompée, et jai mangé de ce fruit.

14. Le Seigneur Dieu dit alors au serpent : Parce que tu as fait cela, tu es maudit entre tous les animaux et toutes les bêtes de la terre; tu ramperas sur le ventre , et tu mangeras la poussiere durant tous les jours de ta vie.

15. Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne : elle te brisera la téte, et tu la blesseras insidieusement au talon.

16. ll dit aussi à la femme: Je multiplierai tes ealamités et tes enfantements ; tu enfanteras dans la douleur , tu seras sous la puissance de ton mari, et il te dominera.

17. Mais il dit à Adam: Parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé du fruit dont je t'avais ordonné de ne pas manger, la terre est maudite dans ton œuvre; et tu ne mangeras de ses fruits durant tous les jours de ta vie qu'avec un grand travail.

18. Elle ne produira pour toi que des épines et des chardons, et tu te nourriras de l'herbe de la terre.

19. Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, jusqu'à ee que tu retournes dans la terre d'où tu as été tiré : car tu es poussière, et tu retourneras en poussiere.

20. Adam donna à sa femmele nom d'Eve, parce qu'elle devait étre la mére de tous les vivants.

21. Le Seigneur Dieu fit à Adam et à sa femme des tuniques de peau, et les en revétit.

22. Et il dit : Voici Adam devenu comme l'un de nous, sachant le bien et le mal : maintenant done craignons quil n'avance la main et ne prenne aussi de l'arbre de vie,-et qu'il n'en mange et ne vive éternellement.

1 “Æt le Seigneur Dieu le mit hors du jardin de délifes; pour qu'il labourát la terre d'où il avait été tiré.

24. Et il chassa l'homme, et il placa à l'entrée du jardin de délices un chérubin avec un glaive flamboyant qui s'agitait toujours , pour garder la voie de l'arbre de vie.

X 16. Héb, litt. : Ad virum. tuum voluntas tue. Dans l'usage de la langue sainte, cette expression marque la dépendance et l'assujettissement, Znf. IV, 7.

X 17. Hébr. autr. :& A cause de vous.» Les Septante lisent et traduiseut comme la Vulgate , c'est-à-dire : /2 opere tuo, au lieu de:

propter te,

COMMENTAIRE

Du démon.

Moïse parle ici du démon d'une manière fort obscure, comme il avait parlé des anges dans le premier chapitre, Sans la tradition, on ne pourrait pas retrouver dans les ouvrages de Moïse auelques-unes des plus importantes vérités, telles que la créatiou dés anges, la chute

de Satan, l'immortalité de l'âme, L'Écriture ne peut jamais être considérée comme le seul moyen d'arriver à la connaissance complète de la révélation. La tradition n'était pas moins nécessaire à consul ter pour les Juifs que pour les Chrétiens, Moïse n'avait pas besoin de parler dela chute des anges, vérité universellement admise par les Hébreux,

Cette image du serpent, sous laquelle le démon est représenté par l'Esprit saint, montre le renversement causé par le péché, dans lj

nature des anges déchus ; car, quoique les démons aient conservé ane grande lumière naturelle, tout ce qui leur reste de leur première grandeur ne sert qu'à les rendre plus misérables, parce qu'ils n'en usent que pour satisfaire leur orgueil et s'élever de plus en plus contre Dieu. Les démons ont la science, mais la science sans la charité. Il y a deux sociétés d'anges toutes différentes : l'une bonne par sa nature et par sa volonté; l'autre obscurcie des vapeurs de son propre amour; l'une toujours tranquille, l'autre toujours inquiète ; l'une ministre de la bonté de Dieu pour les hommes, l'autre de sa

Du serpent, image du démon.

« Notre siecle rejette avec hauteur tout ce qui tient de la merveille, dit l'auteur du Génie du Christianisme; mais le serpent a souvent éte l'objet de nos observations, et, si nous osons le dire, nous avons cru reconnaitre en lui cet esprit pernicieux et cette subtilité que hui attribue l'Écriture, Tout est mystérieux, caché, étonnant dans cet incompréhensible reptile, Ses mouvements différent de ceux de tous les autres animaux; on ne saurait dire où git le principe de son déplacement, car il n'a ni nageoires, ni pieds, ni ailes, et cependant il fait comme une ombre, il s'évanouit magiquement, il reparait €t disparait eucore, semblable à une petite fumée d'azur ou aux éclairs d'un glaive dans les ténebres, Tantôt il se forme en cercle, et darde une langue de feu; tantôt, debout sur l'extrémité de sa queue, il marche dans une attitude perpendiculaire, comme par enchantewent. I] se jette en orbe, monte et abaisse en spirale, roule ses anneaux comme une onde, circule sur les branches des arbres, glisse sur l'herbe des prairies où sur la surface des eaux. Ses couleurs sont aussi pest déterminées que sa marche; elles changent aux divers aspecis de la lumiere, et, comme ses mouvements, elles ont les fauxbrillants et les variétés trompeuses de la sédncetion.

« Plus étonnant encore dans le reste de ses mœurs, il sait, ainsi qu'un homtuc souillé de meurtre, jeter à l'écart sa robe tachée de sang, dans la crainte. d'être reconnu. Par une étrange faculté, il peut fare rentrer dans son sein les petits monstres que l'amour en à fait sortir. 1 somimeille des mois entiers, fréquente des tombeaux, habite des lieux inconnus, compose des poisons qui glacent, brülent ou tachent Le corps de sa victime des couleurs dont il est lui-même marqué. Là, il lese deux têtes menacantes; ici, il fait entendre une sonnette : il siffle comme un aigle de montagne ; il rugit comme un taureau. lb s'associe naturellement aux idées morales et religieuses , comme par une suite de l'influence qu'il eut sur nos destinées : objet d'horreur ou d'adoration, les hommes out pour lui une haine implacable ou tombent devant son génie; le mensonge l'appelle, la prudence le réclame ; l'envie le porte dans son cœur et l'éloquence à son caducée, Aux enfers, il arme les fouels des furies ; au ciel, l'éternité en fait son symbole. Il. possède encore l'art de séduire l'innocence; ses regards enchantent les oiseaux dans les airs; et, sous la fougere de la crèche, la brebis lui donne son lait. Mais il se laisse lui-méme charmer par de doux sons, et pour le dompter, le berger n'a besoin que de sa flûte. »

Du serpent, ange rebelle, — Chute des anges.

On demande pourquoi, dans l'histoire de la création, il n'est fait aucune mention des anges. Quelques-uns répondent que les anges out été créés le premier jour, et que Moïse les comprend sous le nom de lumière. D'autres, en plus grand nombre, croient que les anges ont existé longtemps avant la création de la terre : en effet , la chute des anges rebelles est arrivée avant la création, Il y a des Pères qui ont cru que notre terre avait été d'abord habitée par Satan, et que la création dont parle Moïse n'aurait été qu'une nouvelle disposition aprés le désordre qu'aurait introduit Satan sur la

lerre par sa révolte. Mais, quoi qu'il en soit , il n'était pas nécessaire que Moise insistát sur ce point : son dessein principal était de détruire l'idolàtrie, C'est pour cela qu'il s'étend si fort sur la création du soleil, de la lune et des étoiles, premiers objets de l'idolàtrie des hommes, qui les crurent des êtres éternels et leur vouerent leurs adorations, Dans une note sur le premier verset, nous avons indiqué l'opinion de saint Augustin sur la création des anges.

» Dieu, dit Bossuet , avait fait au commencement les anges, esprits purs et séparés de toute matiere, et ils pouvaient assurer leur félicité en se donnant. volontairement à leur créateur. Mais tout ce qui est tiré du néant est défectueux : une partie de ces anges se laissa séduire à l'amour-propre. Malheur à la créature qui se plait en elleméme, et non pas en Dieu! elle perd en un moment tous ses dons. Étrange effet du péché! ces esprits lumineux devinrent esprits de ténébres : ils. n'eurent plus de lumières qui ne se tournassent en ruses malicieuses. Une maligne envie prit en eux la place de la charité; leur grandeur naturelle ne fut plus qu'orgueil ; leur félicité fat changée en la friste consolation de se faire des compagnons dans leur iniscre; et leurs bienbeureux exercices, an miserahile emploi de tenter les hommes. Le plus parfait de tous , qui avait aussi été le plus superbe, se trouva le plus malfaisant, comme le plus malheureux. L'homme, que Dieu avait mis un peu au-dessous des anges en l'uuissant à un corps, devint à un esprit si parfait un objet de jalousie : il voulut l'entrainer dans sa rébellion, pour ensuite l'envelopper dans sa perte. «

Divers sens donnés au récit de Moïse sur le serpent et l'Eden.

Quelques commentateurs, considérant que ce fut longtemps la coutume des sages de l'Orient d'enseigner la. vérité sous des allégories, des emblèmes et des énigmes, ont allégorisé ce récit, les uns plus, les autres moins : tels furent les esseniens, Philon, ete., parmi les Juifs; Origene, saint Ambroise, etc., parmi les. Chrétiens,

Pour Philou, le paradis d'Éden est un paradis spirituel : Adam

est l'esprit; Eve, la chair; le serpent, la volupté. Dés que, par la chair, le plaisir des sens a trompé l'esprit, l'homme, devenu criminel, perd sou innocence et son bonheur.

* Quel est, dit Origene, l'homme qui puisse penser que Dieu, comme un jardinier, ait planté un jardin, qu'il y ait placé reel- » lement un arbre de vie, qu'on püt acquérir la connaissance du bien * et du mal en mangeant du fruit d'un autre arbre, que Dieu se « soit promené dans ce jardin , et qu'Adam se soit caché de lui entre * des arbres? On ne peut douter, ajoute-t-il, que toutes ces choses * ne doivent être prises ligurément, et non à la lellre. »

Cette maniere. d'expliquer l'Éeriture, et d'en détourner les faits en allégories souvent arbitraires, fut portée à l'excès.

Le cardinal Cajétan se restreint à prendre ce récit dans un sens métaphorique : « Le serpent, ses ruses et ses discours sont des méta- * phores qui désignent le grand tentateur et ses suggestions perfides. * C'est cet ennemi du genre humain, appelé, dans le Nouvean- « Testament , l'ancien serpent, le grand dragon, l'homicide dés ie *» commencement, etc., qui, dans la sentence métaphorique pronoucée * contre lui, est condamné à être à jamais l'objet de l'horreur des * hommes et à avoir la téte écrasée par la postérité de la femme. »

L'allégorie d'un serpent qui a fait la guerre à l'homme et à Dieu était commune en Orient : elle était répandue chez les Phéniciens , les Chaldéens , les Indiens.

Le grand serpent des anciens Perses, l'Ahrimane, c'est-à-dire /c rusé, le menteur, ennemi des premiers parents du genre humain, leur ravit l'innocence et le bonheur, selon le Zend-Avesla, et, ks jetant daas la disgráce d'Ormusd , de l'Éternel, les plongea dans l'abime du péché et de la misere.

Chute d'Adam.

Tl y a un sens profond caché sous l'écorce de cette histoire. Bayle

lui-méme l'a reconnu. Voici comment il s'exprime dans ses ZVouved- |

les, juin 1686, art. 2, p. 592 :

* De la maniere, dit-il, dont Moïse raconte ce funeste évéme- « ment, il parait bien que son intention n'a pas été que nous sussions « comment la chose s'était passée, et eela seul doit persuader à toute - personae raisonnable que la plume de Moise a été sous la direc-

« tion particulière du Saint-Esprit. Em eflet, si Moise eût été le | * maitre de ses expressions et de ses pensées, i] n'aurait jamais en- ;

« veloppé d'une façon si étonnante le réeit d'une telle action , il en « aurait parlé d'un style un peu plus humain et plus propre à ins- « truire la postérité ; mais une force majeure, une sagesse infinie le « dirigeait de telle sorte qu'il n'éerivait pas selon ses vues, mais selon « les desseins cachés de la Providence, =

Des vélements portés par l'homme.

Toutes les histoires sont pleines d'exemples et de preuves de la pudeur naturelle et commune à tous les hommes, qui ne leur permet pas aujourd'hui de paraitre jamais nus; de l'uniformité de tout le genre humain dans la coutume de couvrir d'un voile de ténebres ou d'un impénétrable secret méme le commerce conjugal le plus légitime, quoique nul des autres animaux ne porte ces marques de confusion et que la nature ne puisse avoir rien mis en nous de quoi nous devions rougir. Les preuves de ces vérités sont trés-évidentes ct tres-fréquentes dans les histoires; mais la seule histoire de la Bible en découvre la véritable raison et la premiere origine. Ainsi tout ce qui se passe. dans le genre humain, et tout ce que les historiens ont écrit, est ume preuve générale et un affermissement dela vérité des Écritures. Nous verrons, dans le chapitre suivant, comment l'homme, ayant désobéi à Dieu, chercha à couvrir sa nudité, dont il ne rougissait pas auparavaut. Alors l'homme sentit en son corps des mouvements de rébellion qu'il ne put arréter; et cette désohéissance par laquelle le corps se révolte contre l'âme est upe juste peine de celle par laquelle l'âme du premier homme s'éleva contre Dieu.

Dieu parlant dans le Paradis.

Ce son d'une voix qui se fait entendre et ce bruit d'une personne qui se promene indiquent ou qu'uu ange, revètu d'une forme humaine , parlait et se promenait de la sorte , ou que Oieu parla à Adam comme Dieu fit entendre sa voix sur la moutague du Thabor et au baptéme de Jésns-Clrist,

Effets du péché.

» On voit dans Adam, dit sain! Augustin , trois effets du péché : là honte, la crainte, le renversement de la raison. La révalte de sou corps eoulre sou esprit le couvre de honte, l'image de la peine due à son péché le remplit de crainte, et sa raison est tellement renversée qu'il croit que l'ombre des arbres le mettra à couvert de la lumiere et de la puissance de celui qui est présent partout et qui peut tout. »

Des réponses d'Adam.

Voici comment saint Eernard juge la conduite d'Adam, dans son sermon sur la Toussaint ; « Adam, dit ce grand saint, ton amour

COMMENTAIRE

pour Êse l'a fait pécher, Voyons maintenant coment tu. l'aimes, Lorsque le Suigneur parait avec une épée de feu pour venger la violation de sa loi, que ne l'offres-tu pour elle au péril et que ne distu : Seigneur, la feume est faible et elle a été séduite; c'est moi qui ai fait la faute et qui ai péché, la vengeance doit tomber sur moi? Mais il parle bien autrement : La femme, dit-il, que vous m'avex donuée m'a présenté de ce fruit, O quel renversement! Tu ne veux pas pour elle souffrir la peine, et tu as bien voulu pour elle commettre la faute; lu changes. ainsi l'ardre de tout : quand tu devrais être sévère, tu n'as qu'une pitié pernicieuse; et quand il faudrait de la compassion, tu n'as que de la. cruauté; car tà ne devais jamais pécher pour lui plaire, mais tu devais subir le châtiment pour l'en délivrer, »

Des réponses d'Êve.

La femme rejette la faute sur le serpent, comme Adam avait accuse la femme. « Tous deux hardis à pécher, dit saint Augustin, tous deux inapéniteuts dansleur péché : le sexe les distingue, l'orgueil les égale. «

De la création des serpents et de tous les reptiles, et de leur condamnation à ramper sur la terre.

Dieu eréa les animaux qui rampent sur la terre, comme les couleuvres, les serpents, les lézards, et généralement tout ce que ren ferme le nom de reptiles,

Dien créa toutes les bètes que nous appelons sauvages, qui sont de deux sortes : les «mes vivent tellement dans les champs et dans les bois, sans s'apprivoiser avec les hommes, qu'elles ne leur font aucun mal, comme les cerfs, les daims, les lièvres et autres semblables ; les autres sont les hôtes faruuches et eruelles, qui se nourrissent du sang, non-senlement des animaux, mais des hommes, comme les lions , les tigres, les ours et plusienrs autres.

Si l'homme se fût conservé dans son immocence, toutes ces bêtes farouches auraient été parfaitement soumises à sa volonté, comme il l'était lui-mómne à celle de Dieu,

Hl y a des personnes qui &e sqnt imaginé autrefois que Dieu n'aurait pas dft créer les serpents, Ies crapands , et tous les animaux dont la seule vue nous fait horreur, Mais il est eertain que chaeune de ces bétes est belle et parfaite. en son genre, $1 on ]a considère dans sa nature et dans la perfertion et la proportion de ses membres.

C'est pourquoi David, dans les psmmes, invite les serpents et les dragons à louer Dieu; il ne dit pas, selon la remarque de saint Augustin : « Orguesl, euvie, avarice, ambition, louez Dieu;» parce que ce sont là proprement les œuvres du démon, qui s'est rendu maître du cœur de l'homme, qui ne peuvent. que déshonorer le créateur et défigurer son image dans st créature; mais il dit : « Serpents, dragons, louer Dien;» parce que ces animaux étant demeurés tels que Dieu les a. formés, l'homme ne les peut considérer dans leur nature, sans y admirer la bonté , la sagesse et la toute-puissance du créateur.

C'étaient là autrefois la plainte et l'impitté des manichéens, qui se rendaient les aecusateurs de Dieu dans un grand nombre de sus ouvrages, « Pourquoi, disaient ces hérétiques, Dieu. a-t-il fait tant d'animaux, ou trés-inuliles, où souvent méme incommodes , perniceux et mortels aux hommes? »

Mais saint Augustin leur répond. que ceux qui parlent de la sorte ne considerent pas que toutes les créatures ont leur beauté :

« J'avoue moiancme , ajoute ce saint, que je ne sais pas précisè- * ment pourquoi Dieu a créé les souris, les grenouilles, et taut « de sortes de mouches, de vers et d'insectes semblables qui sont * dans le monde. Mais je confesse en méme temps que je suis comme

« hors de moi, quand je considère de plus près la multiplicité, la VEBSET 16. «+ proportion , l'harmonie et la visacité toujours agissante ct presque . - imperceptible de toutes les parties de ces petits animaux ; et il Sentence portée contre la femme.

- me semble qu'un homme vraiment éclairé trouvera un aussi

- grand on peut-être un plus grand sujet de louer Dieu dans la pe-

» titesse d'une mouche à miel ou d'une fourmi, que dans la masse

» monstruense d'une haleine ou d'un éléphant. »

Ce saint donc renferme excellemment en peu de mots ce qui se peut dire sur cette matière: « Tous les animaux, dit4l, sont ou utiles - aux hommes, es inutiles, ou dangereux. S'ils vous sont utiles, * lomez-en Dieu; s'ils vous sont inutiles, laissez-les à la sagesse - de Dieu, comme vous laissez à un artisan les instruments de son «art; et s'ils vous sont incommodes et dangereux, souvenez-vous, ó = homme, de votre condition de pécheur et de mortel qui vous rend - digne de cette peine; et admirez la banté de Dieu. qui a changé * une juste punition en un sujet de mérite, et qui vous promet que, « vous étant soumis avec une foi humble aux incommodités de cette » vie, pendant laquelle vous êtes en certaines choses inférieur aux - animaux, j| vous fera passer dans une autre où vous deviendrez * égal aux anges.

VEBSET 15.

Promesse d'un rédempleur.

Le sens de l'hébreu est : « Le fils de la temme, Jésns-Clirist, fils de Diea et fils d'une vierge, vous brisera la tête, ó démon, et eta. blissant le règne de Dieu sur la terre, v détruira le vôtre, » Le sens de la Vulgate est : » La femme, ó démon , par laquelle vous avez vaincu l'homme, vous brisera |a tite, non par elle, mais par Jésus- Christ. » Ce qui revient an premier sens,

Cet oracle s'est accompli en Jésus-Christ qui, étant né d'une sierge, peut seul être appelé le fs de 13 femme dats un sens rigonreux, Mais, en cela méme qu'il a souffert, il a triomphe , puisque c'et par sa mort qu'il a détruit celui qui acait l'empire de la mort, idam et Exe ne purent prendre ect oracle dans un sens Bttéral. L'intention de Dieu était visiblement de les consoler, de leur donner quelques espérances qui pussent être le fondement raisonnable. des forts qu'ils devaient faire pour se réconcilier avec lui. La race linnaine dt croire, d'apres cette promesse, qu'un jour elle serait rétallie dans l'état d'où le démon l'avait fait dichoir.

Pendant que les rigueurs de Dieu sur le geure humain nous epouvantent, admirous comme il tourne nos veux à un. objet plus agrvable. Sous la figure du serpent, dont le rampement tortueux était ime vive image des dangereuses insinuations et des détotrs fallacieux de l'esprit malin, Dieu fait voir à Exe notre mére son ennemi vainen, *t lui montre cette semence benie par laquelle son vainqueur devait avoir la tète écrase, c'est-à-dire devant voir son orgueil dompté et son empire abatlu par toute la terre.

Cette semence hônie était Jésus-Christ, fils d'une vierge, ce Jésus-Christ en qui seul Adam n'avait point péché, parce qu'il devait sortir d' Adam d'une manière divine, congu, non de l'homme, mais du Saint-Esprit.

Mais, avant que de nous donner le Sauveur, il fallait que le genre humain connüt par une longue expérience le besoin qu'il avait d'un tel secours, L'homme fut done laissé à lui-même; ses inclinations se corrompirent , ses débordements allérent à l'exces, et l'iniquité couvrit toute la face de la terre.

Quelques interprètes conjecturent qu'aprés la. promesse de misénoorde qui venait d'être faite aux coupables, Dieu , pour la ratifier , institua les sacrifices ; qu'Adam et Exe en offrirent uu. à l'instant à Dieu, et que de la peau des animaux qu'ils immolerent ils se firent des vêtements. D'autres croient que ces xétements sont proprement l'euseloppe grossiere et animale dont notre corps est revétu , "et qui doit être enseveli dans la terre avant que l'homme recoive un corps spirituel et glorieux.

Comme le péché a eu la femme pour premiere. cause, la femmea été assujétie à son mari. « Quoique cette nécessité, dit saint Augus- « tin, soit une marque de la dépravation de la. nuture, si on ne « garde cet ordre dans l'état malheureux où nous sommes réduits, la « nature se déréglera davantage ei le péché se multipliera encore « plus. »

L'état de la femme, dans tous les pass qui ne sont pas Chrétiens, montre assez que la condamnation prononcée par Dieu ne s'est pas réalisée à la lettre. Le Christianisme a rétabli, par la dignité du wariage et son iadissolubilité, la situation primitive de la race humaine.

Suites de la malédiction portée contre la terre et contre l'homme.

Tout change pour l'homme. La terre ne lui rit plus comme auparavant; il n'en aura plus rien que par un travail opiniâire; le ciel n'a plus sa sérénité; les animaux, qui lui étaient tous, jusqu'aux plus odieux et aux plus farouches , un divertissement innocent, prennent pour lui des formes hideuses ; Dieu, qui avait tout fait pour son bonheur, tourne tout pour lui em supplice, 1l est à charge à lui-méme, lui qui s'était tant aimé, La rébellion de ses sens lui fait remarquer en lui je ne sais quoi de honteux. Ce n'est plus ce premier ouvrage du Créateur où tout était beau; le péché a fait un nouvel ouvrage qu'il faut cacher, L'hotume ne peut plus supporter sa honte, et voudrait pouvoir la couvrir à ses propres yeux. Mais Dieu lui devient encore plus insupportable. Ce grand Dieu, qui l'avait fait à sa ressemblance, et qui lui avait donné des sens comme un secours nécessaire à son esprit, se plaisait à se montrer à lui sous une forme sensible : l'homme ne peut plus souffrir sa présence; il cherche le fond des foréts pour se dérober à celui qui faisait auparavant tout son bonheur. Sa conscience l'accuse avant que Dieu parle; ses malheureuses excuses achesent de le confondre, 1 faut qu'il meure : le reméde d'immortalité lui est óté; et une mort plus afreuse, qui est celle de l'âme, lui est figurée par cette moit corporelle à laquelle il est condamné.

Mais voici notre sentence prononcée dans la sienne. Dieu, qui avait résolu de récompenser son obéissance daus toute sa postérité, le condamne aussitôt qu'il s'est révolte, et le frappe, non-seulemqnt en sa personne, mais encore daus tous ses enfants, comme dans la plus vive et la plus chère partie de lui-même : nous sommes tous maudits dans notre principe; notre naissance est gàtée et infectée dans sa source.

N'esaminons point ici ces règles terribles de la justice divine par lesquelles la race humaine est maudite dans son origine : adorous les jugements de Dien, qui regarde tous les hommes comme un seal homme daus celui dont il veut tous les faire sortir ; regardons-nous aussi comme dégradés dans notre pere rebelle, comune flétris à jamais par la sentence qui le condamne, comme Lannis avec lui, et exclus du Paradis où il devait nous faire naître.

Les règles de la justice humaine peuvent nous aider à entrer dans les profondeurs de la justice divine, dont elles sont une ombre; mais elles ne peuvent pas nous découvrir le fond de cet abime, Croyons que la justice aussi bien que la miséricorde de Dieu ne veulent pas être mesurées sur celles des hommes, et qu'elles ont toutes deux des effets bien plus étendus et bien plus intimes.

De la condamnation d'Adam à mort.

On peut dire avec saint Augustin qu'Adam est mort au moment

méme où il a mangé du fruit défendu, selon la menace de Dieu, car son corps fut frappé en même temps d'une corruption mortelle qui l'altéra dans toutes ses parties. Tout le reste de sa vie ne fut plus qu'une course non interrompue vers la mort. C'est ce qui a fait dire aux paiens que nous mourons en naissant, parce que nous ne naissons que pour mourir, « Vous mourez, dit Seneque, non parce que vous êtes malade, mais parce que vous vivez, et que votre vie n'est qu'une langeur continuelle qui mene à la mort, »

Effets de la malédiction.

Æ Il est impossible maintenant de ne pas reconnaitre dans toutes les familles ce tableau offert par Dieu à Adam, La femme enfante avec douleur, l'homme est condamné à gagner son pain à la sucur de son front, la terre ne produit naturellement que des ronces et des épines. Rien de pareil n'aurait pu exister si l'homme, créé dans l'état d'innocence, y avait persévéré, « Sous le gouvernement de Dien, qui e est la justice méme, dit saint. Augustin, il est impossible que la « créature souffre rien. sans l'avoir mérité et sans que le péché pré- * cede la peine, » Neque enim sub Dco justo. miser esse quisquam nisi miseratur. potest,

On est saisi d'admiration à cette vérité marquée dans les Écritures : L'homme mourant pour s'étre empoisonnmé avec le fruit de vie, l'homme perdu pour avoir goûté an fruit de science, pour avoir su trop connaitre et le bien et le mal, pour avoir cessé d'être semblable à l'enfant de l'Évangile. Qu'on suppose toute autre défense de Dieu, relative à un penchant quelconque de l'âme, que deviennent la sagesse et la profondeur de l'ordre du Très-Hant? Ce n'est plus qu'un caprice indigne de la Divinité, et aucune moralité ne résulte de Ja désobéissance d'Adam, Toute l'histoire du monde, au contraire, découle de la loi imposée à notre premier père. Dieu a mis la science à sa portée : il ne pouvait la lui refuser, puisque l'homme était né intelligent et libre; mais if lui prédit que s'il eut trop savoir, la connaissance des choses sera sa mort ct celle de sa postérité. Le secret de l'existence politique et morale des peuples, les mystères les plus profonds du cœur humain, sont renfermes dans la tradition de cet arbre admirable et funeste,

Or, voici une suite trés-merveilleuse à cette défense de la sagesse. L'homme tombe, et c'est le démon de l'orgueil qui cause sa chute, L'orgueil emprunte la voix de l'amour pour le séduire, et c'est pour une femme qu'Adam cherche à s'égaler à Dieu : profond développement des deux premieres passions du cœur, la vanité et l'amour,

« H nous semble, dit l'auteur du Génie du Christianisme, qu'on peut tirer de l'ordre de l'univers une preuve nouselle de notre dégénération primitive.

» Si l'on jette un regard sur le monde , on remarquera que, par une loi générale et en méme temps particuliére, les parties intégrantes , les mouvements intérieurs ou. extérieurs, et les qualités des êtres sont en un rapport parfait. Ainsi, les corps célestes accomplissent leurs révolutions dans une admirable unité, et chaque corps, sans se contrarier soi-même, décrit en particulier la courbe qui lui est propre.

* Dans les animaux , méme loi : il n'y a chez eux ni accroissement , ni diminution d'intelligence, Il sera aisé de suivre cette règle des accords dans les plantes et les minéraux.

» Par quelle incompréhensible destinée l'homme seul est-il excepté de cette loi, si nécessaire à l'ordre, à la conservation , à la paix, au bonheur des étres? Autant l'harmonie des quabiés et des mouvements est visible dans le reste de la nature, autant leur désunion est frappante dans l'homme. Un choc perpétuel existe. entre son. entendement et son désir, entre sa raison et son cœur,

= Il est done raisonnable de soupçonner que l'homme, dans sa constitution primitive, ressemblait au reste de la création, et que cette constitutiou se formait du parfait accord du sentiment et de la pen-

COMMENTAIRE

sée, de l'imagination et de l'entendement. On en sera peut-être convaincu , si l'on observe que cette réunion est encore nécessaire aujourd'hui pour goûter une ombre de cette félicité que nous avons perdue. Ainsi, par la seule chance du raisonnement et les probabilités de l'analogie, le péché originel est retrouvé, puisque l'homme, tel que nous le voyons, n'est vraisemblablement pas l'homme primitif. Il contredit la nature : déréglé, quand tout est réglé; double, quand tout est simple; mystérieux, changeant, implacable, il est visiblement dans l'état d'une chose qu'un accident a bouleversée ; c'est un palais écroulé et rebáti avec ses ruines : on y voit des parties sublimes et des parties hideuses, de magnifiques péristyles qui n'aboutissent à rien, de hauts portiques et des voûtes abaissées, de fortes lumiéres et de profondes ténébres ; en un mot, la confusion, le déssordre de toutes parts, surtout au sanctuaire,

* Mais comment le monde aurait-il pu contenir toutes les races, si elles n'avaient point été sujettes à la mort? Ceci n'est plus qu'une affaire d'imagination, c'est demander à Dieu compte de ses moyens qui sont infinis, Qui sait si les hommes eussent été aussi multipliés qu'ils le sont de nos jours? Qui sait si la plus grande partie des générations ne füt point demeurée vierge, on si ces millions d'astres qui roulent sur nos fêtes ne nous étaient point réservés comme des retraites délicicuses où nous eussions été transportés par les anges? On pourrait méme aller plus loin : il est impossible de calculer à quelle hauteur d'arts et de sciences l'homme parfait et toujours visant sur la terre eût pu aHeindre. S'il s'est rendu maitre de bonne heure de trois éléments; si, malgré les plus grandes difficultés, il dispute aujourd'hui l'empire des airs aux oiseaux, que n'eût-il pas tenté dans sa carrière immortc'te? La nature de l'air, qui forme aujourd'hui un obstacle invincible au changement de planète, était peut-être differente avant le déluge. Quoi qu'il en soit, il n'est pas indigne de la puissance de Dieu et de la grandeur de l'homme de supposer que la race d'Adam fut destinée à parcourir les espaces, et à animer tous ces soleils qui, privés de leuts habitants par le péché, ne sont restés que d'éclatantes solitudes. »

En quel sens il faut entendre les vétements donnés à L'homme.

Ce n'est point contre les injures de l'air qu'Adam et Exe se précautiounent, ce n'est que de leurs propres yeux qu'ils veulent se défendre. « Ils sentent, dit aprés saint Augustin un clé. bre interprète ( Duguet, Æzplication de la Genèse}, qu'une robe précieuse, quoiqu'invisible, leur a été enlevée, que la pureté et l'innocence ont abandonné l'ouvrage de Dieu, qu'il fant cacher unc image défigurée, qu'il n'y a plus moyen de laisser sans voile un tableau que le démon a souillé, et où l'on reconnait à peine la. main de son auteur. La révolte de leur chair contre leur esprit fut done une juste punition et un monument déplorable de la révolte de leur esprit contre Dieu. Tout est en désordre dans le cœur et dans le: corps du premier pécheur, D'épaisses ténèbres se répandent dans son esprit. Il croit pouvoir se cacher aux yeux du Dieu méme qui voit tout, et trouver un asile sous les arbres qui le couvrent. Sa volonté se dérègle, les passions y prennent la place de la raison et de la justice. Tous ses penchants se corrompent et le portent vers le mal. Sa liberté, combattue par les passions qui l'agitent, n'a plus la méme force pour y résister, et comme il avait été condamné à la mort, juste peine de son péché, en le commetiant , il perdit la double vie de l'âme et celle du corps; il perdit la vie de l'âme en perdant la justice, eLeu se séparant de Dieu méme. A l'égard dela vie du corps, on dut des lors le regarder comme mort, parce que la mort lui devint inévitable et que les infirmités et les maladies auxquelles il fut assujetti en furent le préparatif et le prélude.

« De méme qu'il y eut altération dans la terre par la chute de l'homme, puisqu'elle se couvrit de ronces et d'épines , au lieu de

COMMENTAIRE

produire les fleurs et les fruits sans culture, il y eut aussi dégradation dans le corps de l'homme. D'immortel il devint sujet à la mort, de pur et d'incorruptible il devint sujet à la corruption; les inürmites, les maladies, les sécrétions, etc,, tout vint déligurer ce corps admirable dont on pouvait dire qu'il était spirituel, Que de grandeur! que de vérités cachées sous quelques mots d'un verset ! Tunicas pelliceas! Ne voil-on pas là cette corruption intérieure qui a envahi l'homme, et qui a fait disparaître le corps céleste sous la peau d'un animal! Le nouvel Adam, Jésus-Christ, rézénérera tousles corps, comme il régénérera toutes les âmes. Elles reprendront leur innocence , et ils prendront leur incorruptibilité , et ils redeviendront des corps spirituels et glorieux à cause de l'union qu'ils ont contractée avec Ja chair du Christ, puisque nous serons les membres et qu'il sera la tête, »

Écoutons saint Bernard :

» Cette tunique de peaux qui nous environne c'est l'habillement de la première Eve, dont cette mère infortanée enveloppe tous ses enfants, qu'elle a revètus de sa propre honte comme d'une double robe. Toute la terre a recu de sa main comme la semence d'un double mal: elle a conçu et fait naitre dans nos âmes les ronces et les épines du péché, toutes sortes de maladies dans notre corps, et par ce moyen la mort dans l'un et dans l'autre, Oh! le malheureux héritage! O cruelle servitude de l'humanité, que vous nous tenez cruellement courbés vers la terre! que vous êtes pesante et qu'il y a longtemps que nous vous portons! Combien nous avez-vous mis au-dessous des anges! Nous voilà devenus semblables aux hétes; vous avez pris sur nous trop d'empire, puisqu'il n'a pas fallu moins que la mort d'un Dieu pour nous guérir. » E

De l'état d'Adam et d'Éve avant la chute.

« Le vétement d'Adam et d'Éve, dit saint Jean Chrysostôme, était alors la grâce ou plutôt la gloire de Dieu. «

État de l'homme avant son péché et suites de son péché.

L'état du premier homme, avant son péché, était un état tres-heureux, quoique son bonheur ne fût pas complet, puisqu'il pouvait perdre par sa désobéissance la justice dans laquelle il avait té créé, et tous les dons qui y étaient attachés. Un bonheur plus parfait devait être le fruit de sa persévérance libre dans le bien. S'il üt persévéré, ses enfants at t eu en naissant la justice originelle dans laquelle il avait été créé", mais chacun de ses descendants aurait été peut-être assujetti à des lois, exposé au danger de les violer, et de perdre, comme Adam, tous les privilèges de l'innocence, C'est le sentiment de saint Augustin.

* Le nœud de notre condition, dit Pascal, prend ses retours et ses replis dans cet abime du péché originel; de sorte que l'homme est plus inconcevable sans ce mystère, que ce mystére n'est inconcevable

à l'homme. »

» Le péché originel, dit M. de Maistre, est un mystère sans doute; cependant si l'homme vient à l'examiner de plus prés, il se trouve que ce mystére a, comme les autres, des côtés plausibles, méme pour notre intelligence bornéc..... Tenons-nous en à cette observation vulgaire qui s'accorde si bien avec nos idées les plus nouvelles : que tout être qui a la faculté de se propager ne saurait produire qu'un être semblable à lui. La règle ne souffre pas d'exception; elle est écrile sur toutes les parties de l'univers. Si donc un être est dégradé, sa postérité ne sera plus semblable à l'état. primitif de cet être, mais bien à l'état où il est descendu par une cause quelconque. Cela se conçoit trés-clairement, et la règle a lieu dans l'ordre physique comme dans l'ordre moral, »

» La chute de l'homme dégénéré, dit Voltaire, est le fondement de la théologie de presque toutes les nations, » :

Un sage chinois, Hoinantsié, a laissé deux maximes sublimes : « C'est, a-t-il dit, le désir immodéré de connaitre qui a jeté l'homme dans sa perte; lorsque l'innocence fut perdue, la miséricorde parut, »

La pénitence d'Adam a été fort longue, puisqu'il a vécu neuf cent trente ans.

Dieu lui accorda cette longue vie, afin de perpétuer parmi ses descendants la certitude des grandes vérités dont il avait été témoin ou qu'il avait reçues de la propre bouche de Dies méme. Les hommes pouvaient-ils avoir un maitre plus respectable et plus digne de foi? Mais sans la promesse qui lui avait été faite d'un libérateur, il aurait été souvent tenté de se livrer au désespoir, en voyant le déluge de maux de toute espéce que sa faute avait fait tomber sur la terre.

Aucun des Pères de l'Église n'a douté du salut d'Adam ; tous ont été persuadés qu'il a été sauvé par Jésus-Christ, Saint Augustin dit que c'est la croyance de l'Église, et l'on a taxé d'erreur "Taten qui ne voulait. pas admettre cette vérilé,

On a méme cru dans les. premiers siècles qu'Adam avait été enterré sur le Calvame, et que Jésus-Christ avait été crucifié sur sa sépulture, afin que le sang versé pour le salut du monde purifiàt les restes du premier pécheur. Quoique cette tradition ne paraisse fondé que sur un passage de l'Ecriture mal entendu, elle atteste toujours la haute. idée qu'on avait dans ces premiers temps de l'efficacité et de l'étendue de la rédemption.

APPENDICE

Rapports des traditions avec le récit de Moïse par rapport au péché originel ct au médiateur.

D'après la doctrine des Perses, Meschia et Meschiané, ou le premier homme et la premiere femme, étaient d'abord purs, soumis à Ormuzd leur auteur. Ahriman les vit, et fut jaloux de leur bonheur. I les aborda sous la forme d'une couleuvre , leur présenta des fruits, et leur persuada qu'il était l'auteur de l'homme, des animaux, des plantes et de ce bel univers qu'ils habitaient. Ils le erurent; et des lors. Ahriman fut leur maitre. Leur nature fut corrompue; et celle corruption infecta toute leur postérité,

Ainsi le péché ne vient point d'Ormuzd; mais il a été produit, dit Zoroastre, par l'être caché dans le crime, où Ahriman, Hl y a, selon les Parsis, des souillures que l'homme apporte en naissant, L'Ezour-Vedam enseigne aussi que « Dieu ne créa jamais le vice. Il ne peut en être l'auteur; et ce Dieu , qui est la sagesse et la sainteté mème, ne le fut jamais que de la vertu, Il nous a donné sa loi, où il nous prescrit ce que nous devons faire; le péché est une transgression de cette loi, par laquelle il nous est expressément défendu. Si le péché règne sur la terre, c'est nous-mêmes qui en sommes les auteurs, Nos mauvaises inclinations nous ont portés à transgresser la loi de Dieu, De là est né le premier péché, lequel une fois commis en a entrainé bien d'autres, » L'auteur reconnait dans un autre endroit que le premier homme fut créé dans l'innocence, et qu'il vivait heureux, parce qu'il dominait ses passions et ses appétits.

Du reste, Maurice a prouvé que l'histoire d'Adam et de sa chute, telle que Moise la raconte, est confirmée par les monuments et les traditions des Indiens. Il prouve également que la doctrine du. péché originel était enseignée par les druides, Voltaire lui-même avoue que les brahmes « croyaient l'homme déchu et dégénéré; cette idée se trouve, ajoute-t-il, chez tous les anciens peuples. » Confucius, apres avoir dit que la raison est un présent du ciel, ajoute : « La concupiscence l'a déréglée, et il s'y est mêlé plusieurs impuretes, »

L'homme étant déchu de la perfection de sa nature, se trouve corrompu par des passions et par des préjugés; de sorte qu'il est nécessaire de le rappeler à la droite raison et de le renouveler.

Le philosophe Téhouangsé enseignait, conformément à la doctrine des King ou livres sacrés des Chinois,» que, dans l'état du premier ciel, l'homme était uni au dedans à la souveraine raison, ct qu'an dehors il pratiquait toutes les œuvres de la justice. Le cœur sv réjouissait dans la vérité. 11 n'v avait en lui auenn mélange de fausseté, Alors les quatre saisons de l'année suivaient un ordre réglé sms confusion... Rien ne nuisait à l'homme, et l'homme ne noisait à rien. Une harmonie universelle régnait dans toute la nature. » Mais, suivant la méme tradition, « les colonnes du ciel furent rompues ; la terre fut ébranlée jusqu'aux fondements, L'homme s'étant révolté. contre le ciel, le système de l'univers fut dérangé, et l'harmonie générale troublée, les maux et les crimes inonderent la face de la terre, ^

« Tous ces maux sont venus, dit le livre LikiÁi, parce que l'homme méprisa le souverain empire. I! vonlut disputer du vrai et du faux; et ces disputes bannirent la raison éternelle, Il regarda eusuite les objets terrestres, et les aima. trop; de là naquirent les passions. Voila la source primitive de tous les crimes; et ee fut pour les punir que le ciel envoya tous les maux. »

La mére de notre chair, ou la femme au serpent Ciliuacohuatl, est célèbre dans les traditions mexicaines, qui la représentent déchue de son premier état de bonheur et d'innocence, On a récemment découvert, près d'une ville de la Pensylvanie, un monument qui prouve que la méme traditiou était repandue dans toute l'Amérique, Mais deux seuls faits suffisent pour prouver que la. chute de l'homme et la corruption de notre nature. furent toujours une croyance universelle,

Et d'où viendrait sans cela l'usage des sacrifices? Quel en serait le fondement, la raison? Pourquoi répandre le sang, et trop souvent méme le sang humain, si lon n'avait été partout persuadé que l'homme devait à Dieu une grande satisfaction, et qu'il était pour lui un objet de colere? A quoi bon tant d'expialions, s'il n'y avait rien à expier; ot tant d'hosties, s'il n'existait point de conpables?

La conscience, éveillée en tous lieux par la tradition, tüchait par ces moyens d'appaiser le ciel irrité, de suspendre des châtiments dont elle sentait la justice; et le genre humain, condamné à mort, songeait moins, chose remarquable, à demander sa grâce, qu'à se racheter par la substitution d'une autre victime.

L'idée que nous naissons impurs ct criminels était, de toute antiquité , si profondément empreinte dans les esprits, qu'il existait chez tous les peuples des rites expiatoires pour purifier l'enfant à son entrée dans la vie, Ordinairement cette cérémonie avait lien le jour où l'on donnait un nom à l'enfant. Ce jour, chez les Romains, était le neuvième pour les garçons, et le haüitieme pour les filles, On l'appelait lustricus, à cause. de l'eau lustrale qu'on employait pour purifier le nouveau-né, Les Égyptiens, les Perses et les Grecs avaient ume coutume semblable,

Au Yucatan, on apportait l'enfant dans le temple, où le prétre lui versait sur la téte de l'eau destinée à cet usage, et lui donnait un nom. Aux Canaries, c'étaient les femmes qui remplissaient cette fonction à la place des prétres. Mémes expiations prescrites par la loi chez les Mexicains. La sage-femme, en invoquant de dieu Ometenctli et la déesse Omecihuatl, qui vivent dans le séjour des bienhearéux , jetait de l'eau sur le front el la poitrine du nouveau-né ; aprés avoir prononcé différentes prières, dans lesquelles l'eau était eonsidérée comme le symbole de la purification de l'âme, la sage-femme faisait approcher des enfants, qui avaient été invités pour donner ef nom au nouveau-né. Dans quelques provinces on allumait en mème temps un feu, et on faisait semblant de passer l'enfant par la flamme, comune pour le purifier à*la. fois par l'eau et le feu. Cette ærémenie rappelle des usages dont l'origine en Asie parait se per dre dans une haute antiquité.

Les Tibetaims ont aussi de pareilles expiations. Dans l'Inde, lorsque l'on donne le nom à un enfant, après avoir écrit ce nom sur son frent, et l'avoir plongé trois ‘fois dans de l'eau de riviére, lc

rs

6 eie

COMMENTAIRE

brahme s'éerie à haute voix : « O Dieu pur, unique, invisible, éternel et parfait! nous l'offrons cet. enfant issu d'une tribu sainte, oint d'une huile incorruptible et purifié aver de l'eau.»

Oni a vtt que la corruption de notre nature, par suite d'un premier péché, était un des points de la doctrine enseignée dans les mysteres,

Le sixième livre. de l'Énéide n'est guére qu'une brillante exposition de cette doctrine; et peut-être l'autiquité v'offre-t-elle rien qui prouve davantage le pouvoir de la tradition sur l'esprit humain, que le passage de cc livre où le pote, pénétrant axee T.née dans le séjour des mort, décrit en vers magnifiques le lugubre spectacle qui se presente d'abord à sa vie; ear, s'il v a quelque elicse au monde qui réveille en nous l'idée de l'innocence, assurément c'est l'enfant qui n'a pu encore commettre le mal, ni méme le connaitre; et suppaser qu'il soit soumis à des chätiments, des souffrances, est une pensée qui révolte toute l'ime. Cependant Virgile, le. tendre Virgile, place des enfants « moissonnés à la mamelle, avant d'avoir goüté k vie, à l'entrée des rosammes tristes, » où il les représente dans un état de peine, pleuraut et. porsent un long gémisesement, ogitus fu gens.

Poarquoi ees pleurs, ccs voix doslormeuses, ce eri déchirant? quelle faute expient ces jeunes enfants, à qui leurs mores. n'ont point sonri? Qui a pi suggérer an pocte cette étonnante fiction? Qnel en est le fondement? D'oi vient-elle, sinon de la croyance antique que l'homme nait dans le péché? Mais s'il a toujours conim. et avoué su dégradation, toujours aussi l'espérance d'être un jour rétabli dans son premier état a soutenu son courage; et, sois le poids du crime que tout lui rappelait, au dehors comme au dedans de lii-méme, il a pu encore lever les yeux an ciel sans effroi. Tuus les peuples ont attendu un libérateur, un personnage mystérieux, divin, qui, selon d'anciens oracles, devait leur apporter le salut et les reoncilier avec l'Éternel.

»« Malgré l'ignorance et la dépravation introduites par l'idolátzie, dit l'abbé Mignot, la tradition de cette promesse s'est encore assez conservée pour que l'on en appercoive les traces chez les anciens. L'opinion qui a régné parmi tus les peuples, et qui à encours chez eis dés le commencement, de la nécessité d'un médiateur, me parait en etre la suite, Tous les hommes, convaineus de lenr isnoranee et de lem misere, se sont jugés trop ils et trap imipurs pour oser se flatter de pouvoir communiquer par eix-nieures avec Dieu; ils ont été universal. lement persuadés qu'il leur fallait nn médiateur, par lequel ils passent lui présenter leurs vœux, en être favorablenient écontés, et recevoir les secours dont 5 avaient besoin. Mais la révélation s'étant obscurcie chez euxl, et les hommes ayant perdu de vue le sel. médiatesr qui leur asait. été promis, ils lui ont substitué des médiateurs de leur propre choix; de là est venu le culte des planètes et des étoiles qu'ils ont regardées comme les tabernactes et ba. demeure des intelligenees qui en réglaient les mouvements, Prenant ces intelligenccs pour des êtres mituyens entre Dieu et eus, ils ont eru. qu'elles ponvaient leur servir de médiatenrs; en conséquence, ils se sont adressés à elles pour entretenir le. commerce toujours nécessaire. entre Dien et sa créature; ils leur ont offert leurs vers et leurs privres, datus Tespérauee que par leir canal ils obtiendraient de Dieu les biens qu'ils lui demandaient. Télles ont été les idées généralement reçues parmi les peuples de tout pays et de tout. temps.

» Mais ceux qui étaient plus iustruits des premières traditions du genre humain ont parfaitement senti l'insuffisance de tels médiateurs; ils ont non-seulement désiré d'être instruits de Dieu, ils ont méme espéré que l'Étre suprême viendrait un jour à leur secours, qu'il leur enverrait nn docteur qui dissiperait les ténébres de leur ignorance, qui les éclairerait sur là natare du culte qu'il exige et qui leur fournirait les moyens de réparer la. nature corrompue. «

COMMENTAIRE

De la promesse d'un médiateur conservée chez tous les peuples.

Le savant Prideuux reconnait que « la nécessité d'un médiateur care Diea et les houunes était depuis le commencement une opinion regnante parmi tous les peuples, »

Job, plus ancien que Moise, et Iduméen de nation, mettait toute son espérance dans ce médiateur nécessaire , qui était en méme temps lc libérateur promis. « Je sais, dit-il, que mon rédempteur est vivant, et que je ressuscilerai de la lerre au dernier jour, et que je serai de nouveau revétu de ma chair, et dans ma chair je verrai ien Dies. Je le verrai moi-mème et non pas un antre, ct Ies veux le eontesupleront : cette espérance repose dans inou sein. »

La tradition du rédempteur, répandue, comme on le voit, en Orient dés les premiers âges, remoutait par. Noé et les patriarches. jusqu'à l'engine du monde; et pour prévenir l'oubli où elle aurait pu tom- Ir peut-être, Die la rappelait aux hommes dans les temps anciens par des prophéties successives, C'est ainsi que le fils de Etor, prétre du vrai Dieu, comme il parait, révélant aux nalions sa parole, la doctrine du Tres-Haut et la vision du Tont-Pnissant, s'écriait quinze siecles avant Jésus-Christ: « Je le verrai, mais non à present; je le céntemplerai, mais non de pres. L'étoile s'élevera de Jacob, ei le seeptre d'Israel ; de Jacob sortira celui qui doit régner, »

Les termes mèmes de la prophétie marquent clairement qu'elle se rapporte à une croyance antérieure et à in personuage connu , mais enscloppe d'une obscurité mystérieuse ; car, avant l'accomplissement des promesses, les houunes ne pornaient ni ne devaient avoir du Messie une connaissance aussi parfaite qu'apres sa venue. Gependant Job l'appelle Dieu trés-espressement, et il indique que Dien ra pevétu d'un corps, puisqu'il le verra dans sa chair et que ses veus le conteipleront,

«En anuoncant l'apparition d'un Sauveur victorieux, le Tres-Haut , dit Faber , voulait empécher que les nations tombassent dans le désespoir ou dans l'ignorance, Nous trouvons, en. effet, qu'une vive attente d'un liberateur et réparateur, vainqueur du serpent et fils du ihecu supréme, attente dérivée en. partie de la prophétie de Balaain et en parte de la tradition plus ancienne d'Abraham et de Noé, ne cessa junais de prévaloir, d'une maniere plus ou moins précise ei distincte, dans loute l'étendue du sonde paien ; jusqu'à ve que les mages, guidés par un météore surnaturel, vinrent d'Orient "hereher l'étoile destinée à relever Dsrarl. et à renverser l'idolàirse, 5

Elle n'était presque tout. estiere qu'une corruption, un abus du dogme méme de la meditation, et elle prouve invineiblenent la vériié de ec dogme, lie d'une maniere. inséparable à celui de la dézradation de notre nature, comme la multitude des remèdes ridicules et inpaissants prouve la réalité des maladies qui nous aflligent 7t le besoin senti d'un remède efficace.

Ces considérations, qu'appuient les nombreuses autorités déjà produites, pourraient nous dispenser d'en alléguer de nouvelles.

Cependant, sur mu point d'une si haute importance, il nous parit convenable d'entrer encore dans quelques détails, qui acheveront de montrer combien tait universelle la tradition antique dont nüus venons de constater l'existence.

Les zabiens au sabeens étaient divisés en plusieurs sectes ; mais elles reconnaissaient toutes la nécessité de quelque médiateur entre Vhomaaec et la Divine.

Les Égyptiens enseignaient aussi, suivant Hermès, cité par Jam- Hique, « que le Dieu supréme avait préposé un autre dieu comme chef de tous lex esprits célestes ; que cc second dieu, qu'il appelle Conducteur, est une sagesse qui transforme et convertit un elle toutes les intciligences.»

» Il est manifeste, observe Ramsay, que les Égyptiens admettaient uu seul principe et un Dieu mitoyeu semblable au Mithra des Pers. L'idée d'un esprit préposé par la Divinité suprème pour étre lc

chef et le conducteur de tous les esprits est très-ancienne. Les doc teurs hébreux croyaient que l'âme du Messie avait été créée dés le

commencement du monde, et préposée à tous les ordres des intel. * ligences. » :

Parmi les différents Hermés révérés en Égypte, il y en. avait un que les Chaldeens appelaient Dhoavanai, c'est-à-dire le Sauveur des hommes,

* Ce surnom, observe d'Herbelot, pourrait fort bien convenir au patriarche Joseph, que les Égyptiens qualifierent Psonihom Phanecs, ce qui signifie dans leur laugue Sauveur du monde; d'où il résulte. que ces peuples attendaient un 'sauveur, et qu'ils donnaient d'avance ce titre à ceux desquels ils recevaient de grands bienfaits, ignorant celui qui devait porter ce nom par excellence, »

* ll y a dit, dit Plutarque, une opiniou de la plus baute autiquite , et qui à passé des théologiens et des législateurs aux poètes et aux philosophes; l'auteur eu est inconnu, mais elle repose sur une foi constante et inebraulable , et elle est consacrée non-seulement dans les discours et dans les traditions du genre humain, mais encore dans les mystères et dans les sacrifices, chez les Grecs et chez les harbares universellement, s

Celle. opinian, c'est que l'univers n'est point abandonné au hasard, et qu'il n'est pas non plus sous l'empire d'une raison unique; mis qu'il existe deux principes vivants, l'un du bien, l'autre. du mal: le premier qu'on appelle Dieu, le second. que l'on nomme Démon.

Plutarque ajoute que Zoroastre donme au bon principe le nom d'Oromaze, et au. mauxais le nom d'Ahriman; et qu'entre ces deux principes est Mithra, que les Perses appellent le Médiateur, et à qui Zoroastre ordonne d'offrir des sacrifices d'impétration et d'actions de grâces.

Les livres zends confirment le témoignage de Plutarque : « J'adresse, y est-il dit, ma prière à Mitlira , que le grand Ormuzd a créé médiateur sur la montagne élevée, en faveur des nombreuses âmes de la terre, »

« Mithra, observe Auquetil, est mitoyen, c’est-à-dire placé entre Ormuzd et Ahrimau, parce qu'il combat pour le premier contre le second ; il est. médiateur entre Ormuzd , dont il reçoit les ordres , ut les hommes qui sont confiés à ses soins. »

Le génie de la droiture accompagne Mithra. Il est appelé dans plusieurs inscriptions , Dieu invincible, Dieu tout-puissant. Les oracles claldaiques , qui contiennent la doctrine de l'école d'Alexandrie, et où il est fait une allusion continuelle aux principes de Zoroastre , distinguent denx intelligenees : l'une principe de toutes choses, et l'autre engendrée de la première, Cette seconde intelligence, à qui le Pere a donné le gouvernement de l'univers, est le Demiurge des Grecs, et suivant Pléthon, le Mithra des Perses. Mithra est en effet établi par Ormuzd sur le monde pour le gouverner, 1l. vient de lui, et l'on voit dans les livres zends une parole qui vient du premier principe, « qui était avant le ciel, avant l'eau, avant la terre, avant les troupeaux , avant les arbres, avant le feu fils d'Ormuzd , avant les Dors, les Aharfesiers (produetions) des Deves, avant lout le monde existant, avant tous les biens, tout les purs germes donnés par Ormuzd, »

Son nom est : Je suis, « Je la prononce continuellement et dans toute son étendue, dit Ormuzd, et l'abondance se multiplie. »

Aliriman balançaut un moment entre le bien et le mal : « Quelle est, dit-il à Ormuzd, cette parole qui doit donner la vie à mog peuple, qui doit l'augmenter, si je la regarde avec respoct , si je fais des vœux avec celte parole? »

Ormazd lui répond : « C'est moi qui, par cette parole, augmente le Hehescht (le ciel}, C'est en regardant cette parole avec respect , en faisant des vœux avec cette parole, que tu auras la vie et le bonheur, Ahriman, maitre de la mauvaise loi. » ;

Cette parole médiatrice, qui, selon la doctrine des Perses , aurait pu sauver Ahrimau luiméme et son peuple, s'ils avaient voulu

"l'inviquer et lui obeir; cette parole engendrée de Dieu avant tous les temps, et dont le nom est Je suis, ressemble beaucoup an Logos, ,pu au Verbe de Platóh, qui n'a eu qu'une notion obseurede la plurálité des personnes divines, mais qui attendait, avec tous les peuples, un Dieu libérateur qui devait venir sauver les hommes et leur enseigner le véritable culte. Ce Dieu, que dans le Fangtet, il appelle l'Amour, et qui, suivant Parménide et des anciens poetes , avait été engendré avant tous les dieux, participe à la nature de Dieu et à la nature de l'homme, de sorte qu'il est comme le centre d'union et le bien universel de toutes choses. C'est de lui que procedent l'esprit prophétique, le sacerdoce, les sacrifices et les expiations, Plein de bienveillance pour les hommes, il vient à leur secours, il est leur médecin; et, quand il les aura guéris, le genre humain jouira du plus haut. degré de bonheur. » C'est ce Dieu qui, comme il est dit dans certains vers, donne la. paix au genre humain. Il inspire la douceur et chasse l'inimitié, »

Miséricordieux , bon, réveré des sages, admiré des dieux, ceux qui ne le possèdent pas doivent désirer de le posséder, et ceux qui le possédent le conserver. précieusement, Les gens de bien lui sont chers, et il s'éloigne des méchants.

Il nous soutient dans nos travaux , il nous rassure dans nos craintes, il gouverne nos désirs et notre raison ; il est le Sauveur par excellence, Gloire des dieux et des hommes, et leur chef tres-beau et trés-bon, nous devons le suivre toujours et le célébrer dans nos hymnes. »

Parlant ailleurs des sacrifices, des purifications, du culte divin : « Nul, dit-il, ne nous enscignera quel est le véritable, si Dieu luiméme n'est son guide, » Il croyait qu'un envoyé de Dieu pourrait seul réformer les maurs des hommes,

Dans le second Alcibiade, Socrate, après avoir montré que Dieu n'a point d'égard à la multiplicité et à la magnificence des sacrifices, mais qu'il regarde uniquement la disposition du cœur de celui qui les offre, n'ose pas entreprendre d'expliquer. quelles sont ces dispositions, et ce qu'il faut demander à Dieu. « Il serait à craindre, dit-il, qu'on sc trompát, en demandant à Dieu. de véritables maux, que l'on prendrait pour des biens. 11 faut donc attendre jusqu'à ce que quelqu'un nous enseigne quels doivent être nos sentiments envers Dieu et les hommes. — Aicibiade, Quel sera ce * tre, et quand viendra-t-il ? Je verrai avec une grande joie cet hom quel qu'il soit. — Socrate, C'est celui à qui des à présent vous êtes cher; mais pour le connaitre, il faut que les ténèbres qui offusquent votre esprit, et. qui vous empéchent de discerner clairement le bien du mal, soient dissipées ; de méme que Minerve, dans Homére, ouvre les yeux de. Dioméde pour lui faire distinguer le dieu caché sous la figure d'un homme. — f/cibiade. Qu'il dissipe done cette nuée épaisse, car je suis prêt à faire tout ce qu'il m'ordonnera pour devenir meilleur. — Socrate, Je vous le dis encore, celui dont nous parlons désire infiniment votre bien, — Alcibiade, Alors il me semble que je ferai mieux de remettre mon sacrifice jusqu'au temps de sa venue, — Socrate, Certainement : cela est plus sûr que de vous exposer à déplaire à Dieu. — Alcibiade, Et bien ! nous offrirons des couronnes et les dons que la loi prescrira , lorsque je verrai ee jour désiré, et j'espere de la bonté des dieux qu'il ne tardera pas à venir, »

* On voit, dit l'abbé Foucher, par ce dialogue, que l'attente certaine d'un docteur universel du genre humain était un dogme recu qui ne souffrait point de contradiction, »

Alcibiade parle de cet envoyé céleste comme d'un homme; Socrate insinue clairement qu'un dien sera caché sous la figure de cet homine; et dans le Timée, Platon l'appelle Dieu trés-expressément : » Au commencement de ce discours, dit-il, invoquons le Dieu sauveur, afin que, par un enseignement extraordinaire et merveilleux , il nous sauve en nous instruisant de la doctrine véritable, »

Dans l'attente perpétuelle où ils étaient de cet envoyé céleste , les peuples croyaient le voir dans tous les personnages extraordinaires

COMMENTAIRE

qui paraissuent dans le monde. De là cette mulutude de dieux sauveurs et libérateurs, que créait partout la foi dans le Sauveur promis. Mais ces faux libérateurs ne répondant point aux espérances et aux besoins des hommes, ils en attendaient sans cesse de nouveaux, et le vrai Messie était toujours, sans qu'elles le sussent elles-mêmes, le désiré des nations.

A mesure qu'approchait son avénement , une lumière extraordinaire se répandait dans le monde; c'était comme les premiers rayons de l'étoile de Jacob. Elle va paraitre; et Cicéron annonce une loi éternelle, universelle, la loi de toutes les nations et de tous les temps, un seul maitre commun, qui serait Dieu méme, dont le règue allait commencer. Virgile, rappelant les anciens oracles, célebre le retour de la Vierge, la naissance du grand ordre que va bientót établir le fils de Dieu descendu du ciel, « La grande époque s'avanee ; tous les vestiges de notre crime étant effacés , la terre sera pour jamais délivrée de la crainte, L'enfant divin qui doit régner sur le monde pacifié recevra pour premiers présents de simples fruits de la terre, et le serpent expirera prés de son berceau. »

Un demi-sieele après, Suétone et Tacite nous montrent tous les peuples les veux fixés sur la Judée, « d'où, disent-ils, une antique et constante tradition annoncauit que devait sortir en ce temps-là le dominateur du monde. »

Cette attente était si vive, que, suivant une tradition des Juifs consignée dans le Talmud et dans plusieurs autres ouvrages anciens, un grand nombre de gentils se rendirent à Jérnsalem vers l'époque de la naissance de Jésus-Christ, afin de voir le Sauveur du monde, quand il viendrait racheter la maison dv Jacob.

Il est parlé dans la mythologie des Goths d'un. premier-né. du Dieu supréme , et il y est représenté comme une divinité moyenne, comme un médiateur entre Dieu et Vhommne. Il cumbattit avec la mort, et il écrasa la tête du grand serpent; mais il n'obtint la victoire qu'aux dépens de sa vie,

Le savant Maurice a prouvé jusqu'au dernier degré d'évidence que, « des traditions immémoriales, dérivées des patriarches et repaudues dans tout l'Orient, touchant la chute de l'homme et la promesse d'un futur médiateur, avaient appris à tout le. monde paien attendre l'apparition d'un personnage illustre et sacré, vers le temps ue de Jésus-Christ. »

sur une tradition antique, les Arabes attendaient égale- Aut liberateur qui, devait venir sauver les peuples. C'était à la Chinegmne ancienne croyance, qu'à la religion des idoles, qui avait corrompu la religion primitive, succéderait la derniere religion, celle qui devait durer jusqu'à la destruction du moude. Les habitants de Pile de Ceylan attendaient aussi une loi nouvelle, qui devait un jour leur tre apportée des régions de l'Occident et qui deviendrait la loi de tous les hommes.

Les livres Likiyki parlent d'un temps où tout doit être rétabli dans la première splendeur, par l'arrivée d'un héros nommé Kiuntsé, qui signifie pasteur et prince, à qui ils donnent aussi le nom de tres-saint, de docteur universel, et de vérité souveraine; c'est le Mithra des Perses, l'Orus des Égypliens, et le Brama des Indiens,

Les livres chinois parlent méme des souffrances et des combats de Kiuntsé... Il parait que la source des toutes ces allégories (les travaux d'Hercule, ete.) est une trés-ancienne tradition commune à toutes les nations, que le Dieu mitoyen , à qui elles donnent toutes le nom de Soter ou Sauveur, me détruirait les crimes qu'en souffrant lui-méme beaucoup de maux, »

Confucius disait que le saint envoyé du ciel saurait toutes choses, et qu'il aurait tout pouvoir au ciel et sur la terre, « Qu'elle est grande! s'écrie-t-il, la voie du saint! Elle est comme l'Océan; elle produit et conserve toutes choses; sa sublimité touche au ciel. Qu'elle est grande et riche!... Attendons un homme qui soit tel qu'il puisse suivre celle voie; car il est dit oue, si l'on n'est doué de la supréme vertu, on ne peut parvenir au sommet ae la voie du saint. »

COMMENTAIRE

Après avoir rappelé plusieurs fois ce samt homme qui doit venir, il ajoute : « Il n'y a dans l'univers qu'un saint qui puisse comprendre, éclairer, pénétrer, savoir, et suffire pour gouverner; dont la magnanimité, laffabilité, la bonté, contiennent tous les hommes; dent l'éuergie, le courage, la force et la constance puissent suffire pour commander; dont la pureté, la gravité, l'équité, la droiture, suffisent pour tout discerner, Son esprit vaste et étendu est une source profonde de choses qui paraissent chacune en leur temps. Vaste et étendu comme le ciel, profond comme l'abime, le peuple, quand il se montre, ne peut manquer de le respecter ; s'il parle, il n'est personne qui ne le croie; s'il agit, il n'est personne qui ne l'applaudisse, Aussi, son nom et sa gloire inondérent bientôt l'empire, etse répandront jusque chez les babares du Midi et du Nord, pariout où les vaisseaux et les chars pouvent aborder, où les forces de l'homme peuvent pénétrer, dans tous les lieux que le ciel couvre et que la terre supporte, éclaires par le soleil et la lune, fertilisés per la rosée et le brouillard. Tous les êtres qui ont du sang et qui respirent l'honoreront et l'aimeront, et l'on. pourra le comparer au ciel ( à Dien. )»

M. Rerausat eile un traité fort curieux de la religion musulmane, écrit en chinois par un auteur musulman, et où on lit ces paroles :

«Le ministre Phi consulta Confucius, et lui dit : O maitre, n'étesvous pas un homme? Il répondit : Quelque effort que je fasse, ma mémoire ne me rappelle personne qui soit digne de ce nom. Mais, reprit le ministre, les trois rois n'ont «ils pas été des saints? Les trois rois, répondit Confucius, doués d'une excellente bonté, ont été remplis d'une prudence éclairée et d'une force invincible, Mais moi, Khiéou, je ne sais pas s'ils ont été des saints. Le ministre reprit: Les cinq seigneurs n'ont-ils pas été des saints ? Les cinq seigneurs, dit Confucius, doués d'une excellente bonté, ont fait usage d'une charité divine et d'une justice inaltérable. Mais moi, Khiéou, je ne sais pas s'ils ont été des saints? Le ministre lui demanda encore : Les trois Augustes n'ont-ils pas été des saints? Les trois Augustes, répondit Confneius ont pu faire usage de leur temps; mais moi, Khi£&ou, j'iguore s'ils ont été des saints. Le ministre, saisi de surprise, lui dit enfin : S'il en est ainsi, quel est donc celui que l'on peut appeler saint? Confucius ému répondit pourtant avec douceur à cette question : Moi, Khiéou, j'ai entendu dire que, dans les contrées occidentales, il. y avait (ou il y aurait) un saint homme, qui, sans exercer aucun acte de gouvernemént, préviendrait les troubles; qui, sans parler, inspirerait une foi spontanee; qui, sans executer de changements, produirait naturellement un océan d'actions

[méritoires). Aucun homme ne saurait dire son nom ; mais moi, Klüéon, j'ai entendu dire que c'était là le véritable saint. »

Le père Intorcetta rapporte aussi, dans sa vie de Confucius, que ee philosophe parlait d'un saint qui existait ou qui devait exister dans l'Occident. « Cette particularité, dit M. Remusat, ne se trouve ni dans les King, ni dans les Tséchou; et le missionnaire ne s'appuvant d'aucune autorité, on aurait pu le soupçouner de préter à Confucius nn langage convenable à ses vues. Mais cette parole du philosophe chinois se trouve consignée dans le S5é wén oui thai, au chapitre xxiv; dans le Chén tháng si khaü-tchimg tsi, au chapitre 1**; et dans le Lièi tseit thsioudn choi, »

L'auteur chinois de la glose sur le Tchoung-voüng, dit que «le saint homme des cent générations ( pé chi) est trés-éloigné, et qu'il est difficile de se former à son sujet une idée nette. Dans l'attente où il est du saint homme des cent générations, le sage se propose luiméme une doctrine qu'il a sérieusement examinée; et s'il parvient à ne comynettre aucun péché contre cette doctrine, qui est celle des saints, il ne pent plus avoir de doutes sur lui-même, »

Selon M. Remusat, pe ch, cent generations, est ici une expression indéfinie qui marque un long espace de temps. « Mais, ajoute-t-il, un ché est l'espace de trente ans, cent ché font donc trois mille ans, et à l'époque où vivait Confucius, il serait bien extrordinaire qu'il

eût dit que le samt homme était attendu depuis trois mille ans.

« J'abandonne, au reste, aux réflexions du lecteur ce passage, qui, à ne le prendre méme que dans le sens ordinaire, prouve du moins que l'idée de la venue da saint était répandue à la Chine dés le sixième siecle avant l'ere vulgaire. »

La doctrine de Confucius et des lettrés s'accordait à cet égard avec celle de For ou Xaca, adoptée par le peuple, non-senlement à la Chine, mais au Thibet, son siége principal, à la Cochinchine, au Tonquin, dans le royaume de Siam, à Cevlan et jusqu'au Japon. En ces pays idolátres, on eroyait universeilement qu'un Dieu devait sauver le genre humain, en satisfaisant au Dieu sipréme pour les péchés des hommes.

La méme tradition existait dans le nouveau-monde, Les Salives de l'Amérique disaient que le Paru envoya son fils du ciel pour tuer un serpent horrible qui dévorait le peuple de l'Amérique; que le fils de Puru vainquit ce serpent et le tua; qu'alors Puru dit au démon : * Va-t-en à l'enfer, maudit, Tu ne rentreras jamais dans mn maison, »

Dans les peintures mexicaines, la femme au serpent, appelée aussi femme de notre chair, parce que les Mexicains la regardaient comme la mere du genre humain, et toujours représentée en rapport avec un grand serpent; et d'autres peintures nous offrent ane couleuvre panachée, mise en pièces par le grand Tezeatlipoca , ou par le solel personnifié, le dieu Tonatiuh, qui parait être identique, dit M. de Humboldt, avec le Arischna des Hindoux, chanté dansle Jhagavata pourdna, el avec le Mithra des Perses, Or, Mithra, comme le remarque Faber et comme nous l'avons prouvé, était le médiateur attendu, depuis l'origine du monde, par toutes les nations.

» Une prophétie ancienne,ajoute M. de Humboldt , faisait espérer aux Mexicains une réforme bienfaisante dans les cérémonies rehgienses : eette. cérémonie portait que Centeotl. triompherait à la fin de la ferocité des autres dieux, et que les sacrifices humains feraient place aux offrandes inocentes des prémices des moissons, »

Ceci nous conduit à une autre preuve de l'attente universelle d'un réparateur promis, Saint Paul, expliquant aux Hébreux le dogme de la rédemption, fondement de tout le Christianisme : « Point de rémission, dit-il, sans l'effusion du sang. » Et en parlant ainsi, l'apótre n'aunonce point une doctrine nouvelle; i| ne fait qu'exposer Ja croyance du genre humain depuis l'origine du monde. « C'était, comme le remarque Bryant, une opinion uniforme et qni avait prévalu de toute. part, que [a rémission ne pouvait s'obtenir que par le sang, et que quelqu'un devait mourir pour le bonheur d'un autre, »

« Aucune nation n'a doute, dit le comte de Maistre, qu'il n'y eût dans Feffusion du sang une vertu expiatoire... L'histoire, sur ce point, ne présente pas une seule dissonnance dans l'univers. La théorie entière reposait sur le dogme de la réversibilité, On etoyait, comme on a toujours cru, comme on croira toujours, que l'innocent pouvait payer pour le coupable. »

Tous les anciens attribuent l'origine du sacrifice à un commandement divin, et ils s'accordaient également à ne regarder leurs sacrifices que comme de simples types. De là vient. que les animaux carnassiers où stupides, ou étranges à l'homme , comme les bétes fouves , les serpents, les poissons, les oiseaux de proie, etc., n'étaient point immolés. On choisissait toujours parmi les animaux les plus précieux par leur utilité, les plus doux, les plus innocents, les plus en rapport avec l'homme par leur instinet et leurs habitudes, Ne pouvant enfin immoler l'homme pour sauver l'homme, on choisissait dans l'espece animale les victimes les plus humaines, s'il est permis de s'exprimer ainsi.

Les anciens Perses immolaient une victime couronnée. On trouve dans plusieurs rituels des anciens Mesicains la figure d'un animal inconnu , orné d'un collier et d'une espèce de harnais, mais percé de dards. « D'après les traditions qui se sont conservées jusqu'à nos jours , cit M, de Humboldt, c'est un sympa ae innocente souf-

frante : sous ce rapport, cette représentation rappelle l'agaeau. des Hébreux, ou l'idée mystique d'un sacrilice expiatoire. destiné à calmer la colère de la Dixinité, ^

Mais rien ne prouve davantage combien le dogme de la. réversibilité et du salut par le sang était profondémeut empreint dans l'esprit des peuples que l'exécrable coutume des sacrifices humains, leur origine, leur but, leur nature typique, sont marques d'une maniere frappaute, surtout chez les nations d'Orient.

Les Babsloniens et les Perses célébraient une fête distinguée par un sacrifiee parficulier trés-remarquable; on prenait dans les pri« sons un homme condamné à mort, on le faisait asseoir sur be tronc du roi, on le revètait de ses habits, on ne fui refusait auçuue jouissance, et l'on obéissait, pendant plusieurs jouys, à toutes ses voloutés ; ensuite on le dépouillait, et apres l'avoir Fcappé de verges, au l'attachait à un gibet.

Les Danois sacrilixient leur roi mème dans les calamités publibles; en Suede et en Norwège, les rois imwolrient leurs propres enfants. Dans l'Inde, ils se dévouaient quelquefois eux-mêmes, Philou de Biblos rapporte, d'après Sanchonialon, qu'il y avait chez les ihe niciens des sacriices qui renfermaient um. mystere, « C'était, dit-il la cu:tume des ancieus, que daus les jrérils insminents, les princes des nations ou dex cités, afin de prévenir la ruine de tout le peuple, inupolassent celui de leurs fils qu'ils aimaient le plus, pour ajppuiser la colère des dieux. Ceux qu'on dévouait en cem occastons. elaient , ajoute-t-il, offerts mystiquement, +

Celle coutume suivant, le méme auteur, était foudee sur l'escusple de Kronos, appelé Z/ par les Phéniciens, ct qui, déilié après sa mort, préside à la planete qui porte son now, Lorsqu'il régnai en Phénicie, il eut de la nyniphe Anobret un fils utique nommé Icoud, Le pass étant menacé d'un grand danger de guerre et de peste, Kronos revêt sou fils des ornements royaux, et l'inmala, comme "me victime de propitialion , à son pére Urauus, sur un autel qu'il avait éleye, "

On découvre aisément dans ce récil une ancienne tradition. de l'Orient, défigurce par l'historien grec, IE ous dit luj-méne que Kronos était appelé Z£ par les Phéniciens, et sou témoignage est confrarm pur celui de Damascius, Qr, suivant saint Jérôme, 177 des Phéniciens est le méme que lE des Juifs, c'est-à-dire. un des dix noms de Dieu, et c'est en effet le nom que toules les nations d'Orient donnaient origiuairement au Dieu, suprème, Il est donc chair que Kronos n'était pas un roi qui eût régné sur un pelit canton. de

la S«rie, et cette partie du récit de Philon est évidemment une.

fable. .

« 1 résulte de fà, dit un savant Anglais, que le sacrifice dont il s'agit ne fut point. primitiveinen] une imilation, mais un type, ou la représentation d'une chose à venir, C'est, dans le monde paien , le seul exemple d'un. suenlice que l'on ait appelé mystique, et il est scconpagné de circonstances tres-extraordiuaipes.

« Aronos que nous venons de voir être le méme que 4 et Eliona, est nome le Tres-Haut, celui qui est élevé au-dessus des cicux, Il est dit, en ontre, que les Ælohim combaltent avec lui L'auteur :nàme. du récit l'appelle le seiguour du ciel, Ces sacrifices n'avaieul done, comme je l'ai déjà dit, aucun rapport à une chose passée, tauis faisaient allusion à, un grand événement qui devait s'aceomplir daus la suite, Probablement ils furent iustitucs en conséquence uue tradition prophétique conservée dans la famille d'Esaü et transmise par ele au peuple de-Chanaan, Le-récil est sans doute mélangé do choses Clrangires et accommodé au goût des Grees ; mais dégazeons-le de la, fable autant que nous le pourrons, ct peut-etre erriverons-nous à la sérité qu'elle cache.

» Le saerifiw mystique des Phéniaiens exigeait que ce ft un prince qui l'offrit, el que la viele füt. son fils unique. Or, comme j'ai montré que ees ciroonstances ne peuvent se rapporter à rien d'anléeur, considirens-les comme futures, et voyons quelles consequences il en résultera ; ear si le sacrifice des Fhéniciens était le type d'un

pn————————————————————————————————————————————————————— à — Md

COMMENTAIRE

saerilice à venir, lanature decelui.ci sera connue par la représentation qua le ligure. Aiusi donc ££, la Divinité supréme, qui a pour associe les. Elohim, devait, dans le progres des temps, avoir unfils bien-aimé , unique, qui serait conçu, couaune l'expliquent quelques-uns, de la grüee ei selon mon interprétation, de la fontaine de lumiere, Il devait ètre appelé leoud , u'impor!e à quoi ce nom puisse se rapporter, et ètre allert en saeriliee à son pere, par voic de satisfaction et de rédemplion, pour expáer les. péchés des autres, détourner la juste ven geance de Dieu, prévenir la corruption universelle, et en mème

‘temps la rnine générale, Et ce qui n'est. pas moins remarquable, il

devait accomplir ee grand sacrifice, rewétu des embilèmes de la rovauteé. Gertes, ce sont là de fortes expressions; et cet casemble de circonstances, dont chocuue offre un sens profond, ne saurait Être. l'elfet du hasard. Toul-ee que j'ai demande qu'on m'accordát , c'est que ce saerilire mistique était le type d'une chose à venir, Jusqu'à quel point correspouid-il à la chose à laquelle je peuse qu'il fuit allusion , jeu laisse le jugement au lectenr. »

Ainsi l'attente d'un hosmme-dieu, sauveur et docteur du gence humain, es aussi ancienne que le monde; et soit que l'on cousidere lcs crovances des peuples, les témoignages des potes et des philosophes, les institutions religieuses, les riles expiatcires, et particulieri mont le sacrifice chez toutes les nations, il est manifeste qu'il "^s eut jamais de iradition plus universelle. Malgré sa haine pour ie Ghristimnisme, Doidanger luianétne n'a pu a'onpécher de le recounailre, Ib asoue que les anciens attendaient des dieux liberateurs, qui doivent reguer sous une forme humaine; et que des im postenre ont souvent profite de cette disposilion pour se faire honerer corume des dieux. descendus du ciel, IL trouve cette opinion profondément enracinée dans l'esprit de tous les peuples, et il en cile. dus exemples frappants,

«Les Romatus , dit-il, tout républicains qu'ils étaient, attendaient du temps. de Cicéron vu roi prédit par les sybilles, comme on le: voit dans le live de la Divination de cet orateur philosophe; les miseres de leur république en devaient dire les annonces, et la mo narchic universelle la sue, C'est une amecdota de l'histoire rowaine à laquelle on n'a pas fait toute l'attention. qu'elle mérite...

«Les Hébrens allemlaient tantôt un couquérant, et tantôt un être indefinissable, heureux et malheureux; ils l'attendent encore...

«L'orarle de Delphes, comme on lo voit dans Plntarque, était depositaire. d'une ancienne et secrète prophétie sur la future naissanez d'un fils d'Apollon, qui aménerait le règne de la. justice; et tout lo Juganisme grec et égyptien. avait une multitude d'oracles qu'il na: comprenait pas, mais qui tous déeidiient de méme cette chimére wniserselle, C'était elle qui donnait lieu à la folle vanité de tant de rois et de princes qui pretendaitent. se faire passer pour fils de Jupiter.

« Les autres nations. de la terre n'ont pas moins donné dans ces éiranges visions. Les Chinois attendent un Phelo, les Japonais un Peyrum et un Combadozi, les Siamois un, Sommona-codom... Tous les Américnius atlendaient du coté de l'Ofient, qu'ou pourrait appeler le pôle de l'espérance de toutes les nations, des enfants du soleil; eb les Mexicains, en particulier, attendaient un de leurs auciens rois, qui devait. les.rewenir voir pate le côté de l'aurore, apres avoir fait le tour du monde, Enfin, iln aen aucun. peuple qui n'ait eu sin expeetalive de cette espeoecc«

Voltaire confirme cette remarque, et ses paroles meritent une serieuse attention, « C'était, de temps immenunal, une maxime chez les Indiens et les Chinois, que lo Sage viendrait de l'Oecnlent. L'Europe, au contraire, disait que le Sage viendrait de l'Occident, Toutes les naiieus out toujours eu besoin d'un Sage, »

Et sur quoi reposait cette attente générale? La philosophie nous l'appreudra-telle ? Écoutez Volney : « Les tradilions sacrecs et mythologiques des temps antérieurs. avaient répandu dans toute l'Asie la croyanoc d'un graud médiateur qui devait venir, d'un juge Anal, d'un. sauveur futur, roi, Dies, conquérant et législateur, qui rame-

COMMENTAIRE. 1

nerait l'âge d'or sur la terre, et délivrerait les hommes de l'empire |. révolter contre lui, et engager ensuite toujours la. nature humaine du mal. « dans son péché et dans sa révolte?

Certes on ne tronvera pas ces témoignages suspects, Ainsi la vé- Pourquoi, dit saint Augustin, Dieu n'aurait-il pas créé le premier rit «e suscite partout des témoins pour confondre ceux qui refn- | ange, puisqu'il l'a créé dans une beanté et unc sainteté parfaite, et sent dela reconnaitre, quels que soient leurs préventions et lenr aveti- | qu'avant été par sa eréation ange et le premier des anges, il n'est #ement, Elle force Jes lèvres menteuses à lui rendre hommage, et | devenu démon et le ehef des démons que. par son orgneil et une l'erreur à s'accuser et à se condamner elle-même. Mais adimirez tout ! malice toute volontaire ? Si l'on s'étonne que Dieu lui ait perensemble le comble de l'orgaeil et la déraison. Philosophe, est-il vrai

mis de tenter Adam et Eve, pourquoi ne considérera-t-on pas

que tons les peuples aient attendu. un réparateur? — Oui, rien au qu'il lui à permis de tenter David, de tenter sant Pierre, de monde n'est plus certain. — Athée, eonvenez-vous que toutes les | tenter saint Paul, et qu'il lui permet généralement-de tenter tous les nations ont cru à l'existence de Dieu? — Oui, l'on ne saurait le con- | fidèles? Et cependant Dieu usc avec une si admirable sagesse et une tester. — Il faut dose eroire à ce Dies et à ce réparateur promis. | puissance si invinrihle de tons les efforts que fait. le démon pour

Ainsi le déiste et l'athée avouent qu'ils ne peuvent renoncer à la | pre pour fortifier les faibles, pour perfectionner les forts, et pour augreligion qu'en renonçant à la tradition universelle, eten rompant avec | menter la gloire et multiplier les couronnes des plus grands saintsl3 parole humaine. IH faut, pour ainsi dire, que leur esprit sorte de l'univers pour nier sou auteur et son sauveur, qu'il se retire dans je me sais quelles ténebres, pour y prononcer la parole de crime, qui retombe d'abime en abime dans l'enfer qui l'inspira, ( Essai sur l'Andifférence.)

Ainsi c'est avec une admirable. conduite, dit ailleurs. le. méme saint, que Dieu à permis au démon de tenter Adam; parre qu'il avait ereé ee chef de tons les hommes avec une volonté si droite et si pure, que s'il eût mis sa confiance comme il le devait dans le secours de Dien qui lui était toujours présent, l'homme fidéle aurait xaineu l'ange infidcle; mais, au contraire, s'il abandounait Dien, son créateur et son protecteur, par tme désohéissane: pleine d'ocgneil et d'ingratitide, alors l'homme superbe devait être vaineu par l'ange superbe,

I] est done indubitable, selon la pensée du méme saiut , qu'il était au pouvoir de Dieu, qui n'a point de bornes, de créer l'ange et l'hoinme d'une telle sorte, qu'ils n'auraient jamais pu déchoir de cet état bienheureux dans lequel il les aurait établis d'abor.. Mais sa sagesse, qui est inséparable de sa puissance, à jugé plus à propos de les créer en la maniere qu'il les a créés, pour des raison trés-grandes et trés-dignes de sa justice et de sa bonté.

Le méme saint nous représente admirablement cette sérite en ces tenes : Nous publions par une confession trés-salittaire re que nous croyons par une foi trés-eertaine, que Dieu qui est le principe ‘de toutes choses a eréc d'abord les anges et Jes hommes dans un état trés-saint et Ués-heureux; qu'il a bien prévu que le premier unge et le premier homme. tomberaient de cette innocence et de cette félicité qu'il leur avait donnée, en une révolte toute volontaire; mais qu'il

De quelle maniere on peut répondre, selon saint Augustin, aux objections des manichéens, touchant le péché du premier homme.

Les manichéens, qui se sont. déclarés les ennemis des vérités saintes renfermées dans l'Ancien-Testament, ont fait diverses ahjections contre ee. commencement du livre de la Genise, que saint Angusmsn rapporte et auxquelles il joint ses réponses en peu de mots, réponses qu'il a depuis étendues et éclaircies en divers endraits de *cs cuxTages.

Pourquoi, disaient ees hérétiques, Dieu a-tib crc le premier homme, puisqu'il savait qu'il devait tomber dans le péché? Saint Augustin répond : Dieu a créé le premier homme, parce que comme 31 prévoyait sa chute et les maux qui la devaient suivre, il prévoyait aussi les grands biens qu'il eu devait tirer, et qu'il gouvernait cette multitude d'hommes nés pécheurs d'un pere pécheur, avec nue sa | a su en mème temps qu'il était plus digne de sa bonté toute puissante, de se servir des maux où il n'aurait aucune part, pour en &rer de trés-grands biens, que d'empêcher qu'il n'arrivát aucun mal.

Nous savons de plus, ajoute ce saint, que Dieu a mis mn tel ordre en la nature des anges et des hommes, que, dans le. prenier état ob il les a créés, ila voulu faire voir ec que pouvait Ia volonté libre en une natcre intelligente et parfaitement saine; et, dans lv second qii a suivi le péché de l'ange erde. l'homme, ce que pouvait sa grâce d'une part, et de l'autre la sévérité de ses jugemetits.

Le premier ange s’est révolte. d'abord contre Dieu. avec une partie des anges, et il est tombé par celte méme volonté libre que Dieu lui avait donnée pour l'aimer et pour le louer. Mais s'étant ainsi déclaré l'ennemi de Dien qui l'avait comblé de biens, au lien de faire tort en quelque chose à cette majesté souveraine, tout le mal qu'il a. fait est retombé sar lui-même, Car, après s'être soustrait volontairement à la bonté du créateur qui l'avait rendu si heureux, il n'a pii éviter la souveraineté de sa justice par laquelle il est devenu infiniment malheureux.

Si tous les anges fussent tombés comme Lucifer, on aurait pu croire que la volonté libre, aidée de la grâce en une autre nature tonte saine, n'aurait pas été capable de maintenir ces purs esprits dans lu première intégrité qu'ils avaient reçue, Mais lorsque ces onges rebelles, abusant de leur volonté libre, se sont jetés volontairement dans le mal, et que le premier d'entre eux et le chef de cette

messe si profonde et si incompréhensible, que sans avoir la. moindre part à la malice et au déréglement de leur cœur, il ferait éclater la «ewrnité de sa justice. dans les uns et les richesses de sa. grice et de sa miséricorde daus les autres.

Les manichéens ajsutaent encore : Pourquoi Dieu a-1-il perinis an démon de tenter la. femine et de la surprendre? Mais pourquoi , r*ponm] le méme saint, la. femme s'estelle tentée et. s'est-elle trom pee elle-niéme, puisque Dien l'avait créée si pure et si forte, qu'esle n'avait ren daus elle qui la püt porter à s'écarter de ce qu'elle desait à Dieu, ct qu'elle eût pu, si elle eût voulu, rejeter d'abord. et surmonter le démon avec une facilité merovalile?

Pourquoi, rontinuaient ces hérétiques, Dien créait-il la femme, puisqu'il prévoyait qu'elle devait se laisser séduire, et qu'elle entrainerait avec elle dans la méme faute le premier homme, qui n'avait pu être sédnit, et qui n'aurait pofht péché s'il eût été senl?

Dieu a créé la femme, répond saint Augustin, paree qu'elle est clie-méme un bien, et uu si grand bien, que saint Paul dit qu'elle est la gloire de l'homme, Et si elle eût été aussi dépendante d'Adam qu'elle devait être, elle se fût bien gardée de se rendre aux promesses trompeuses du démon avant que d'avoir consulté celui qui lui tenait lieu de chef et de conducteur ; et se conservant daus les avantages que Dieu lui avait donnés en la créant, elle ne fát point devenme la souree du malheur d'Adam et de la ruine générale de toute sees, révolte a dit dans son cœur: Je serai semblable au Très-Hatit ,

Puisque c'est le démon qui a été la première cause de tous ces | tous les saints anges sont demesrés fermes dans la sowmission à maux, ajoutaient encore ces hévétiqnes, pourgnoi Dieu l'a-t-il | Dieu par cette même volonté libre par laquelle les mauvais étaient créé, fai qui savait que cet esprit de malice devait pécher et se | tombés; et saint Michel, chef des saints anges, a dit dans toute T'é-

| Non, ce sont des chimeres universelles. perdre les hommes, qu'il s'en sert. comme du moyen. le plus pro- |

tendue de som cœur, ainsi que le dit son nom en la langue sainte. Qui est semblable à Dieu? Et qu'est-ce que le néant de la créature, lorsqu'on la. compare à l'éternité du créateur ?

C'est ce qui nous fait voir qu'Adam, qui avait pour soutien et pour lumiere la méme volonté libre et la méme grâce de la création qu'ont eue les anges, est entierement inexeusable dans sa chute, puisqu'il devait résister à l'ange apostat , lorsqu'il l'a tenté par sa femme, comme les saints anges lui ont résisté par la méme volonté libre et par le secours de la méme grâce qui était dans le premier homme.

LA GENÈSE, CHAPITRE IV

Car il avait reçu de Dicu, comme les saints anges, le secours d'una grâce attachée à sa nature, sans laquelle il n'aurait pu persévérer dans le bien, quand méme il l'aurait voulu, Parce que l'homme , quelque pur qu'il soit, a toujours besoin, pour être bon et pour persévérer dans la. bonne voie, du secours de celui qui est souverainement bon, Par cette grâce il pouvait persévérer dans la justice avec une extrème facilité, et cette grâce était soumise à sa libre volonté, afin qu'il en usát comme il lui plairait.

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