‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 280 sur 1035 · Et praecepit eis, dicens : Ego congregor ad popu · texte numérisé non relu

Et praecepit eis, dicens : Ego congregor ad popu

mane comedet praedam,

lum meum : sepelite me cum patribus meis in spelunca * |

duplici, quie est in agro Ephron Hetluei,

30. Contra Mambre in terra Chanaan, quam emit Abraham eum agro ab Ephron Hethæo in possessionem sepuleri.

31. Ibi sepelierunt eum, et Saram uxorem ejus; ibi sepultus est Isaac cum Rebecca conjuge sua; ibi et Lia condita jacet.

32. Finitisque mandatis quibus filios instruebat , collegit pedes suos super leetulum, et obiit; appositusque est ad populum suum.

À 28. Hébr. : « Ce sont là les douze tribus. d'Israël. » Sept. : « Les douze enfants de Jacob. + Comme ils ne formaient pas encore des tribus il est vraisemblable que Moise avait écrit : Ce sont là les

sur la tête de Joseph, sur la iéie du Nazaréen, prince de ses freres.

27. Benjamin est un loup ravissant : le matin il dévorera sa proie, et le soir il partagera les dépouilles.

28. Ce sont là les chefs des douze tribus d'Israël. Leur père leur parla ainsi, et les bénit les uns apres les autres des bénédictions propres à chacun d'eux ;

29, Et il leur ordonna, disant : Je vais me réunir à mon peuple : ensevelissez-moi avec mon père dans la double caverne qui est dans le chimp d'Ephron l'Héthéen ,

30. Vis-à-vis de Mambré, en la terre de Chanaan , et qu'Abraham acheta d'Ephron l'Héthéen, avec le champ, pour en faire le lieu de sa sépulture.

31. C'est là qu'il a été enseveli avec Sara sa femme ; | là a été enseveli Isaac avec Rébecea sa femme ; là re-

pose Lia.

32, Ayant donné ses ordres et ses instructions à ses fils, il rapprocha ses pieds sur sa couche, et mourut ; et il fut réuni à son peuple.

douze enfants d'Israël, c'est-à-dire, fiii, comme lisent les Septante, au lieu de tribus.

X 39. Hebr. : » Dans la caverne, »

COMMENTAIRE

Opinions des anciens sur les dernières paroles des :3nourants.

Ce chapitre contient les derniéres paroles que Jacob, pres de mourir, adresse à tous ses fils assemblés, les bénédictions dont il comble les uns, et les reproches qu'il fait aux autres; en un mot, la déclaration de ses dernières volontés par rapport à toute sa famille, Personne n'ignore que , dans ces temps reculés, c'était l'usage qu'un chef de famille, au lit de la mort, dounát sa bénédiction à toute sa famille et lui déclarát ses dernieres volontés. « On avait, suivant la remarque de dom Calnet, pour ces dernieres paroles une vénération toute particulière, on les croyait méme prophétiques et accompagnées d'une lumière surnaturelle. « Nous voyons par le premier hvre de Giré-on , de Divinatione, el par la Cyropedie de Xenophon, que c'était une opinion assez autorisée « qu'un homme, au lit de la mort, savait quelque chose de l'avenir. » + Je suis arrivé au temps, dit Socrate près de mourir, où les hommes ont coutume de prédire l'avenir. »

A quel temps se rapportent les prédictions de Jacob.

* Or, Jacob appela ses enfants et leur dil: Assemhlez-vous , et je vous annoncerai ce qui vous arrivera dans la suite des temps, »

Focavit autem Jacob filios suos, et ait eis: Congregamini , ut anauntiem que ventura sunt vobis in diebus novissimis, Les Septante sont ici entièrement conformes à la Vulgate. Ils ont interprété ce verset, suivant l'opinion communément reçue , que les dernières pa-

roles de Jacob contenues dans ce chapitre regardaient un avenir trés-éloigné de son temps, et cette interprétation n'a pas peu contribué à donner un grand crédit à eetle opinion.

Prophétie annonçant que le Messie sortira de Juda.

» Le sceptre ne se retirera point de Juda , ni le législateur de sa postérité, jusqu'à la venue de celui qui doit étre envoyé et à qui les peuples obéiront, »

Non auferetur scepirum de Juda, et dus de femore ejus , donec veniat qui mittendus est , et ipse erit expectatio gentium.

Les commentateurs ont beaucoup disputé sur l'intelligence du mot bébreu SILH, que l'an prononce xi/oh , et que la Vulgate rend par ces mots : mittendus eit; mais de quelque maniere qu'on le traduise, il (nut toujours l'entendre de Jésus-Christ. Ainsi, sait qu'on le rende, avec saint Jérôme et la Vulgate, par celui qui doit étre envoyé; eu par le Pacificateur, comme Mercerus, ete; ou par le Fils, comme Willet ; où par la Fin, comme Le Clerc; ou par celui qui doit souffrir, comme Gousset; ou, ce qui est plus probable, par celui à qui il est réservé, c'est-à-dire à qui appartient le royaume, comme les Septante et Onkelos l'ont. compris; de quelque manière, dis-je , qu'on rende le mot siok , l'on convient généralement qu'il doit être entenda du Messie.

Or, le sceptre est óté de Juda, et il n'y a plus de chef de sa race; par conséquent celui qui devait. être envoyé est venu. Celui qui devait àtre envoyé est le Messie ; par conséquent le Messie est venu.

Le targum d'Onkélos, le mamud de Babylone, toutes les para-

phrases chaldaiques reconnaissent que le Messie est désigné dans celle prophètie, Le savant rabbin Kimchi convient qu'il n'y a plus de roi ni de sceptre en Israël, et que Juda est maintenant sous le pouvoir des nations, Or, ce fut sous Jésus-Christ que le sceptre fut tout à fait arraché à la maison d'Israël, qu'il passa à Herode l'Tduméen, el de là aux Romains : ce fut done seus Jésus-Christ que celui qui devait être envoyé est réellement venu.

Les Juifs mêmes alors étaient tellement dans l'attente de cet événement, que les uns attribuaieut les caractères du Messie à Hérode , les autres à Jean-Baptiste, et peu de temps après, Josephe à Vespasien.

Il est cuiieux de voir toutes les distinctions grammaticales auxquelles ont recours les Juifs, pour faire violence à ce verset. Mais, d'apres les expressions d'un auteur, c'est bien le cas de dire « que tien ne montre mieux la force de la vérité que les égarements visibles auxquels la haine de la verité les engage. »

« La simple citation des différents textes, dit l'abbé Clémence, suffit pour prouver qu'il n'y a entre eux aucune différence essentielle, On a vu la Vulgate, voici l'hébreu des Juifs :

* La verge ne sera point ôtée de Juda, ni le législateur d'entre ses pieds, jusqu'à ce que sifoh vienne, et les peuples lui rendront obéissance,

“ La paraphrase chaldaique d'Onkelos l'explique ainsi: « Le prince ne sera point óte de la maison de Juda, ni le Seribe, des fils de ses fils à jamais, jusqu'à ce que le Messie vienne, à qui le règne appartient, et les peuples lui abéiront.

* Voici le texte hébreu des Samaritains : « Le seeptre ne sera point óté de Juda, ni le chef d'entre ses drapeaux, jusqu'à ce que le pacificateur vienne, et les peuples lui obéiront, »

* Les Septante ont traduit : « Le commaudant de Juda ne manquera point, ni le chef de sa race, jusqu'à ce que vienne ce qui lai est réservé, el celui-là est l'attente des nations, » Selon Eusébe de Césarée, Théodotion était entierement conforme aux Septante, dont la version syriaque ne diffère presque en rien,

* On voit d'un coup d'œil que ces différents textes conviennent en deux points essentiels : le premier, qu'ils assurent à la famille de Juda un chef, un gouvernement jusqu'au temps de la venue de celui qui est annoncé dans la prédiction ; l'autre, que ce personnage sera le chef et le gouverneur des nations.

“ On voit de plus que les différences qui se trouvent enire ces textes ne sont presque que dans les termes. Le texte hébreu des Juifs nomme silok celui dont la. venue est prédite; le texte des Sa maritains le nomme Pacificateur ; Yes Seplante, celui qui est réservé à Juda, ou plutôt celai à qui la puissance est réservée : la Vulgate le nomme l'Envoyé; la paraphrase chaldaique, le Messie, qualifications non-seulement compatibles entre elles, mais qui semblent faites pour une seule et méme personne, que les nations aitendent selon les Septante, la Vulgate, la version syriaque, et celle de Théodotion; à qui. elles obéissent selon les deux textes, celui des Juifs et celui des Samaritains, et selon la paraphrase d'Onkelos. Ainsi nulle contrariété réelle entre les différents monuments qui nous ont conservé la prophétie de Jacob. »

Revenons aux differentes prophéties qu'on a cru étre renfermées dans les versets 8, 9, 10 et 12 de ce chapitre de la Genèse.

On y a trouvé la valeur, la force et l'humeur guerriere de la tribu de Juda, les belles et abondantes vignes qui lui échurent dans le partage de la terre de Chanaan, et la royauté de David qui était de cette tribu, avec celle de ses descendants et successeurs,

L'accomplissement de ces paroles du verset 8, adorabunt te filii fratris tui, se vit lorsque toutes les tribus vinrent reconnaitre David pour roi, aprés la mort d'Isboseth, fils de Saül. Le verset 9 s'explique ainsi de David et de Salomon : « David, dit-on, fut un prince belliqueux très-bien comparé à un lion qui cherche sa proie ; Salomon fut un roi pacifique, mais puissant et redoutable à ses ennemis, semblable à un grand lion rassasié de sa proie et endormi

COMMENTAIRE

dans son antre, » On trouve enfin dans le verset ro, et suivant les Juifs et suivant les Chrétiens, une prédiction trés-claire et tres-circonstanciée de la venue du Messie.

Le sens de ce fameux verset, disent les Juifs, est celui-ci : « La verge de Dieu ne se relirera point de dessus les Juifs; l'oppression dans laquelle ils sont, leur soumission à des rois et princes étrangers, toutes ces disgráces de leur nation ne finiront point jusqu'à la venue du Messie, qui fait toute leur attente, et qui les délivrera des maux qu'ils souffrent depuis tant de siécles, »

Si on leur objecte que leur interprétation ne peut avoir lieu , puisqu'il est faux que les Juifs aient toujours été dans l'oppression depuis la mort de Jacob jusqu'à présent, ils répondent que, pendant cette longue suite de siecles, les années de calme et de tranquillité pour les Juifs ont été en si petit nombre, en comparaison du temps qu'ils ont passé dans la peine et dans la misère, que, mème exactement parlant, elles doivent étre comptées pour rien.

C'est ainsi qu'il faut entendre ce verset, disent les Chrétiens : * Le sceptre ne sera point óté de la tribu.de Juda, et le prince ou roi sera toujours pris parmi ses descendants jusqu'à la venue du Messie, qui fait l'attente de toutes les nations, »

Mais comment peut-on dire que la souveraine puissance ne soit point sortie de la tribu de Juda, depuis la mort de Jacob, ou du moins depuis David, jusqu'à la venue de Jésus-Christ? Il n'y à qu'à lire l'histoire des Juifs, et on sera aisément convaincu du contraire.

On répond à cette objection, 1° qu'il ne faut pas demander ici une succession non interrompue de princes et de rois tirés de la race de Juda, Dans une suite de tant. d'années, l'interruption de quelques temps doit être comptée pour rien ; il faut donc entendre moralement, et avec quelques restrictions, ces paroles : « Le sceptre ne sortira point de Juda jusqu'à la venue du Messie, »

2? L'issujettissement passager des Juifs aux Bubyloniens, aux rois de Syrie et d'Égypte, aux Romains et à Hérode, n'empéchait pas que la tribu de Juda ne possédát toujours la souveraine puissance à quelque égard ; elle avait toujours le droit de juger, au moins dans les matieres de religion et dans ee qui regardait l'obsersance de la loi; c'était à la vérité un pouvoir limité et emprunté; mais ne suffitil pas qu'il y ait toujours eu des princes, ou chefs de cette tribu, qui l'auront gouvernée d'une maniere proportionnée à l'état d'élévation ou d'abaissement où elle aura pu se trouver, c'est-à-dire ou absolus et indépendants, ou subordonnés et soumis à quelque autre puissance? On peut done ainsi prouver la continuité de l'autorité qui a été dans lu tribu de Juda, depuis Jacob jusqu'à la venue du Messie, Il est constant' par les saintes Écritures que cette tribu eut dans les temps les plus anciens la prééminence sur les autres tribus, Dans les campements du désert, on la distinguait d'une facon particulière ( Nomb., ch. x et x1); elle marcha la première à l'offrande des présents au tabernacle ( Nomb., ch. vit ). Sous Josué, on lui donna le premier lot ( Jos, ch, xvc). Toutes ces prérogatives étaient dues à la valeur, à la puissance et au grand nombre de ceux qui la composaient. On voit par le chapitre 1°° du Livre des Juges que cette tribu était alors réputée la première tribu des Israélites, David fut sacré roi par Samuel du vivant de Saül, Depuis David jusqu'à Sédécias et à la coptivité de Babylone, l'Écriture fournit une succession non interrompue de princes de la tribu de Juda. Durant la captivité, les Juifs eurent des juges de cette tribu, comme il parait par l'histoire de Suzanne. Depuis le retour de la captivité la tribu de Juda eut tellement le dessus, qu'on ne connaissait le peuple revenu de Babylone que sous le nom de Jr;fs. Si les grands prétres y eurent la principale autorité, ce fat toujours le sceptre de Juda qu'ils portéreat , puisque c'était cette tribu qui le leur mettail en main. Sans parler de Jéchonias, élevé par Evilmerodach au-dessus des autres rois de sa cour ; ni de Salathiel qui, à ce que l'on veut, succéda à Jéchonias dans le gouvernement du peuple captif; ni de Zorobabel, qu'on assure avoir été de la famille de Dasid, Néhémias lui-méme était de cette tribu , selon plusieurs auteurs. Il est vrai qu'on forme

COMMENTAIRE

quelques difficultés sur cela; il est vrai encore qu'on ne peut assurer que le sanhédrin ait toujours été de la tribu, comme le prétendent quelques-uns qui vont chercher dans les chefs de cette asseinblée la suile des princes de Juda ; il. est encore vrai que les grands-prètres gouvernérent depuis la. captivité jusqu'au temps des Machabées, et que les Machabées sortis de Lévi gouvernérent jusqu'au temps d'Hérode. Mais, dit dom Calinet, de qui j'emprunte toujours ces réponses, il ne faut point se mettre en peine de tout cela, ni recourir, comme quelques-uns, à cette solution que les Asmonéens étaient de la tribu de Juda, au moins par leurs mères. 11 suffit de montrer dans Juda des princes établis, agréés, reconnus par cette tribu; des princes connus sous le nom de princes. des Juifs, et de méme religion que les Juifs ; c'est ce qu'on a vu "dans tous eeux qui ont gouverné Juda depuis le retour de la captivité jusqu'à la venue de Jésus-Christ, apres Ja mort duquel la république des Juifs fut entièremeat ruinée,

Au reste, quelques Juifs, qui veulent bien adopter l'interprétation que les Chrétiens donvent à ce verset, pour faire voir que le sceplre n'est point encore sorti de la tribu de Juda, vont chercher des princes de cette tribu, les uns à Bagdad et dans d'autres pays; les autres dans les pères de famille qui gouvernent leur intérieur avec autoriié,

Les anciens Peres entendaieut le verset 10 de ce chapitre xcix. de la Genèse d'une manière qui sauvait one grañde partie des objections qu'on a coutume de faire, el que nous avons rapporté ci-dessus; car, au lieu de restreindre à la seule tribu de Juda ces paroles du verset en question: non auferetur sceptrum de Juda, ils prenaient ici Juda pour toute la nation des Juifs et pour tous les descendants de Jacob, qui, disaient-ils, ont lonjours fait un peuple à part, distingué de tous les autres, et gouverné par des princes naturels où étrangers jusqu'an temps de Jésus-Christ, aprés la. mort duquel les Juifs ont cessé d'être un peuple particulier et d'avoir des chefs sur toute leur mation. Dom Culmet convient que ce sentiment des anciens Peres est le plus aisé à soutenir; mais il remarque en méme, temps qu'il est détruit par deux objections qu'il eroit insolubles; car, dit-il, ce qui persuade que Jaeob ne parte iei que des prérogatives de la tribu

. de Juda eu particulier, c'est que, dans ce mème chapitre xx, ver set 28, Moïse remarque que Jacob donna à chacun de ses fils une bénédiction particulière , benedizit singulis, benedictionibus propriis, De plus, si dans cette prophétie Juda ne signifie pas la tribu de ca nom, mais tout Israel, il s'en suivra qu'il n'est pas nécessaire que le Messie soit de la tribu de Juda, ce qui est contre la tradition des Juifs et des Chrétiens, qui ont toujours inféré de ce passage que le Messie devait naître de cette tribu.

Voici encore une nouvelle explication de ce fameux passage, donnée par dom Calmet, qui prétend que non-seulement elle est littérale, mais encore qu'elle n'est point sujette aux diffieultés qu'on forme contre les autres interprétations : « Le sceptre ou la houlette de Dieu, sa puissance et sa prolection, n'abandouueront point la tribu de Juda, ne seront point ôtés de dessus elle; Dieu sera son roi, son législateur, jusqu'à ce que de cette méme tribu vienne silok, C'est à-dire le Messie, »

Les Pères, qui ont aussi entendu du Messie le verset 11 de ce chapitre, ont trouvé que Jésus-Christ s'est laiss& attacher comme un cep de vigne au bois, et qu'il a donné soa sang comme un raisin pressé sous le pressoir, Saint Justin s'est servi de ces mots, lavabit in vino slolam suam , et in sanguine tear pallium suum , pour montrer que Jésus-Christ a tiré son sang d'une vierge: ce sang, dit-il, est comparé au vin pour marquer qu'il n'est point produit par les voies ordinaires; mais on croit assez communément mjourd'hai que des cinq versets qui regardent Juda dans ce chapitre, il n'y en a qu'un, qui est le dixième, qui concerne le Messie, et que les quatre autres prédisent ce qui devait arriver dans la suite des temps à la tribu de Juda.

Prophétie relative à Zabulon.

Ceux qui croient que ce verset 13 contient une prédiction de ce qui devait arriver dans la suite à la tribu de Zabulon, y trouvent qu'elle devait avoir en parlage un pays qni abontissait, par son extrémilé occidentale, à la mer Méditerranée ; et par son extrémité orientale, à la mer de Tibériade, Si ou leur objecte que les terres de la Wibu de Zabulon n'allaient point jusqu'à la ville de Sidon , mais seulement jusqu'aux frontières de la Phénicie , ils répondent que cette province est quelquefois désignée dans l'Écriture par le nom de Sidon, qui en était La capitale, et les Phéniciens par celui de Sidoniens; et en effet, avant la fondation ou l'agrandissement de Tyr, Sidon dominail sur toute la Phénicie, Or, l'Écriture met souvent la capitale d'une province pour la province même; Babylone, par exemple, pour la Chaldée; Ninive pow l'Asssrie, Samarie pour le royaume des dix tribus, et Sidon pôur le pays de Sidon, ou la Phénicie.

Prophétie relative à Issachar.

« Issachar est comme un âne fort et robaste ; il se tiendra dans les bornes de son partage. »

: Suite de la prophétie relative à Issachar.

* Ha vu que le lieu de so2 repos est bon , et que sa lerre est agréable; c'est pourquoi il a baissé l'épaule sous les farde&ux, et s'est assujetli à payer les tributs, »

Dans la supposilion que les versels 14 et 15 de ce chapitre contiennent ce qui devait arriver daus la suite des temps à la tribu d'Issachar, quelques interpretes y ont trouvé une prédiction de la paresse et de la lácheté de cette tribu, qui aimia mieux vivre en repos dans un bon pays, qui était en effet le plus beau et le plus fertile de toute la Galilée, et demeurer assujettie et tributaire de ses ennemis, que de s'en délivrer par les armes, ou de se conserver en liberté par une résistance vigoureuse,

VERSET 16, Prophétie relative à Dan.

Ceux qui tiennent ce passage pour prophétique l'entendent de Sam son, qui, en effet , était de la tribu de Dan, et fut juge d'Israel pendaat vingt ans ; il fit, disent-ils, la guerre aux Philistius plutôt avec la ruse d'un serpent qu'à force ouverte, Quelques-uns, par le serpent, entendent Dalila, et par le cavalier terrassé, Samson, Plusieurs an-ciens Péres entendent cette prophétie de l'antechrist, qui doit, diton, naître de la tribu de Dan: ainsi l'ont entendu saint Irenée , saint Ambroise, saint Augustin, Théodoret, saint Grégoire le grand , etc.; il y en a enfin qui veulent que Jacob, en cet endroit, eût le dessein de marquer la manière dont ceux de Dan se saisirent de la ville de Lais (Juges , ch. xvrir).

VERSET f8.

Aspiration de Jacob vers Dieu.”

| = Seigneur, j'attendrai le salut qui vient de vous, »

Salutare tuum expectabo, domine. C'est ici, disent les uns, une aspiration de Jacob , qui interrompt son discours pour dire à Dieu qu'il n'attend le salut et la délivrance de son peuple que du Messie; d'autres entendent ainsi tout simplement ce verset 18: « C'est en vain, à mori Dieu! que je m'épuise en souhaits pour mes enfants, Il n'appartient qu'à vous de les sauver et de les préserver de tout mal par votre toute-puissance, »

Prophétie relative à Nephtali.

La Vulgate traduit : JVephtali cervus emissus. dans eloquia. pulchritudinis, L'hébreu est susceptible d'un meilleur sens: « Nephtali sera comme un grand arbre qui étendra ses belles branches. « C'est ainsi que les Septante l'ont entendu.

Quelques interprétes expliquent ce verset de Barac, qui (comme nous lapprend le Livre des Juges) était de la tribu de Nephtali, et qui marqua d'abord la timidité d'un cerf, en refusant d'aller attaquer les Chananéens, à moins que la prophétesse Débora n'y allàt avec lui, mais qui ensuite se signala par sa valeur, et imita la vitesse d'un cerf par sa diligence pour suivre l'ennemi, Ce que la prophétie ajoute, « qu'il parle avec beaucoup de grâce, » regarde, disent-ils, le beau cantique qui fut chanté par Barac et par Débora, apres la victoire remporiée sur Jabin.

D'autres croient que cette expression, « un cerf échappé ou tuis en liberté ,» marque la forte passion que ceux de cette tribu devaient avoir pour la liberté.

Saint Jéróme traduit ainsi ce passage dans ses questions hebraiques : JNephtali ager irriguus, dans eloquia pulchritudinis. 11 entend la première partie de ce passage des eaux chaudes qui étaient dans les terres de cette tribu, et de la situation de ces terres sur la mer de Tibériade et sur le Jourdain. Pour la seconde partie, il l'entend de la ville de Tibériade, où l'on enseignait la loi de Moïse.

* Cette prophétie, dit Rondet, peut regarder non-seulement Barac et Débora, mais dans un sens plus élevé et relatif à Jésus- Christ, les apótres originaires de cette tribu , et spécialement saint Pierre, le premier d'entre eux, qui était de Bethsaide en Galilée, sur les confins de Nephtali. On verra bientôt saint Paul caractérisé dans la prophétie qui concerne Benjamin , ce qui confirme que saint Pierre pourrait bien tre marqué dans celle-ci. »

Prophetie relative à Benjamin.

Benjamin lupus rapaz, manè comedet prirdam , ct vespere dividet spolia. Quelques Peres ont expliqué cette prophétie de saint Paul, qui était de la tribu de Benjamin ; il fut d'abord comme un loup ravissant qui persécuta l'Église naissante, mané comedet predam ; mais s'étant converti , il enrichit l'Église des dépouilles qu'il prit sur ses ennemis, vespere dividet spolia,

APPENDICE

Sur la prophétie de Jacob relative au Messie.

La promesse faite originairement à Abrabam d'un descendant en qui seraient bénies Loutes les nations était passée à Isaac, exclusivement à Ismaël, et à Jacob de préférence à Esaü. Jacob la transmet à Juda, choisi entre tous ses fréres pour en devenir le déposi- Jaire. Au moment où il va finir ses jours, ce saint patriarche assem-

COMMENTAIRE

ble autour de lui tous ses fils, etleur déclare qu'il va leur annoncer ce qui leur arrivera dans les derniers jours, c'est-à-dire quelles seront les destinées de leur postérité, Apres avoir donné à ses trois fils aînés, Ruben, Siméon et Lévi, des marques de mécontentement pour les crimes dont ils s'étaient rendus coupables, il prend axec Juda, le quatrième de ses enfants, un ton différent, et lui prédit de grandes prospérités. Le commencement de sa prédiction annonce la force de Juda et ses victoires; la fin a rapport à la fertilité de son territoires. spécialement en vin. C'est le milieu de cette prophétie qui nous intéresse; en voici les termes ; « Le sceptre ne sera point enlevé à Juda, ainsi que le chef descendu de lui, jusqu'à ce que vienne celui qui doit être envoyé, et qui sera l'attente des nations. »

Il est évident que c'est ici une prédiction. Si l'on examine ces paroles en elles-mêmes , elles annoncent des événements futurs; si on les considère dans la suite du discours du patriarche Jacob , on voit qu'elles font partie d'une suite de prédictions qu’il fait à chacun de ses fils : enfin son intention de leur prédire ce qui doit arriver à leur postérilé est positivement marquée par lui-méme. Il cst également évident , et il serait ridicule de s'arréter à le prouver, que les événements prédits par Jacob à Juda ne pouvaient pus étre prévus par des causes naturelles, et n'ont pas pu se réaliser par hasard. Si done on voit ces prédictions s'accomplir pleinement et littéralement, on sera forcé de convenir que ce sont de véritables prophéties divines ; si on les voit accomplies ainsi dans Jésus-Christ, on ne pourra révoquer en doute que ce ne soit lui dont la venue a. été prophe- Usée par Jacob. Nous avous deux choses à prouver ici: la premiere, que cette prophétie annonce la venue d'un envoyé céleste dont elle fixe le temps; la seconde, que cette prophétie a été pleinement accomplie en Jésus-Christ,

Sur le premier point, nous sommes d'accord avec les Juifs anciens : ils regardaient, ainsi que nous , les paroles de Jacob à Juda comme une prophétie du futur Messie ; ils niaient seulement qu'elle se lüt accomplie en Jésus-Christ, Les Juifs modernes, méprisant l'autorité de leurs anciens, rapporient cette prophétie à d'autres personnages qu'au Messie. 1l n'est pas difficile de voir quel est l'intérét qui a changé l'opinion de la Synagogue.

Jacob donne trois caraciéres au personnage qu'il annonce : il l'appelle Kilo ; ce que notre Vulgate rend par les mots : « celui qui doit étre envoyé ; » il dit qu'il sera l'attente des nations; il promet que le sceptre et le chef ne sortiront pas de la tribu de Juda jusqu'à la venue de cet envoyé.

Relativement au premier de ces caractères, les rabbins actuels prétendent que nous traduisons mal le mot Ao , et qu'il ne signifie pas l'envoyé futur ; mais l'autorité de leurs anciens docteurs est contre eux d'un poids inunense. Ceux-là connaissaient bien mieux que ceux-ci la valeur des termes et le sens qu'y attachait la tradition, Toutes les ancienues versions rendent le mot kilo d'une manière qui ne peut convenir qu'au Messie : il y a quelque différence dans les terines; mais la signification est, au lond, la méme. Les trois paraphrases chaldaiques sont précises et nomment positivement le Messie. Le texte samaritain rend le mot Aïlo par /e pacifique, ce qui est un caractère du Messie. La version des Septante porte, « jusqu'à ee que vienne celui à qui les choses sont réservées; » et les anciennes traductions orientales, e jusqu'à ce que vienne celui à qui appartient la chose, »

. Ce qui montre combien peu est fondée la difficulté des rabbins actuels, c'est Jeur embarras, leur division, la faiblesse de leurs conjeetures, lorsqu'il s'agit de déterminer le personnage autre que le Messie indiqué par le mot &i/o. Les uns l'appliquent à Jéroboam ; les autres, à Nabuchodonosor; ceux-ci à Saül, ceux-là à Ahias le Silonite. Sans entrer dans la discussion de ces diverses explications, une seule"considération les réfute toutes. Quel est de tous ces hommes celui de qui il peut étre dit, avec quelque apparence de fondement, qu'il a été l'attente des nalions ?

COMMENTAIRE

Ce second caractère donné par Jacob au personnage qu'il annonce présente une considération imposante, Tl lie cet oracle avec les promesses précédemment faites à Abraham, à Isaac. et à Jacob luiméme. Hl y a entre ces promesses et cette prophétie une analogie précieuse; c'est évidemment du méme objet qu'il est parlé : Dieu promet aux patriarches que dans leur postérité seront bénies toutes les nations. Jacob annonce à Juda que sa postérité sera l'attente des mations. Jacob avait été fait héritier de la promesse, à l'exclusion d'Ésaü ; il transinet cet héritage à Juda, de préférence à ses frères. Cette prophétie, rapprochée de celles qui l'ont précédée et de celles qui doivent la suivre, leur donne et en recoil.une force et une clarté nouvelles, C'est une succession d'oracles depuis Abraham jusqu'aux derniers prophètes, dans un intervalle de quatorze cents ans, annonçant un personnage qui réunira à lui toutes les nations. Tl est absurde aux Juifs actuels de prétendre que cette prophétie de Jacob n'a pas trait au Messie, tandis qu'ils admettent que d'autres prophéties semblables , et qui ont le méme sens, lui sont relatives.

Il est bon, au reste, d'observer que ces mots, « il sera l'attente des nations, « sont un peu différents dans les différentes versions. Le teste hébren porie , «toutes les nations lui obéiront; » le samaritain et la traduction arabe, « autour de lui se réuniront les peuples; » le syriaque, « les nations l'attendront. » Mais toutes ces expressions reviennent au méme : elles ne peuvent convenir qu'à un envoyé céleste reconnu par tous les peaples. Cette. variété dans les expressions, en conservant l'uniformité dans le sens, contribue à montrer quelle a été la manière unanime d'entendre le texte : tous s'accordent sans s'être concertés.

Le troisième caractère donné par Jacob au personnage qu'il predit est qu'il ne viendra que lorsque le sceptre sortira de Juda , et qu'il n'y aura plus de chef descendu de lui, Le mot hébreu que nous traduisons par scepfre est scheber, qui, dans son sens littéral , signifie la verge du commandement. Le mot hébreu que la Vulgate rend par le mot dur ou chef, est metokek, dont la signification littérale est um chef, ou un législateur, ou un juge, ou un scribe, un docteur de la loi.

Les Juifs, pour se soustraire à la preuve victorieuse qui résulte contre eux de cette. prophétie, ont imaginé de détourner le mot schebet de la signification que nous Ini donnons. Ils disent done que ce mot signifie aussi souvent une verge de châtiment qu'une verge de domination; qu'ainsi le sens de la prophétie est que Juda ne cessera d'être affligé que lorsque le personnage annoncé arrivera; ce que l'on voil, ajoutent-ils, dans l'état malheureux où se trouve actuellement cette nation.

Mais la fausseté de cette interprétation est facile à démontrer:

2° Tl s'agit ici de l'interprétation. d'un mot hébreu, et sur ce point l'autorité des Juifs anciens est immense. Or, tous unanimement entendaient, comme nous, le mot sche^er, d'une verge, signe du commandement. Tous les fargum, toutes les versions anciennes , portent ce sens ; tous les anciens rabbins l'adoptent. Comment peuton, aprés une longue suite de siècles, lorsqu'une langue est devenue morte, venir contredire ceux à qui elle était familiere? Que dirait-on d'un pédant de collége qui disputerait à Cicéron et aux autres auteurs romains la signification d'un mot latin ? | 2* En voulant interpréter le mot schelet dans un sens différent de celui qu'y attachaient leurs anciens, les rabbins modernes devraient prouver par des exemples que ce mot est susceptible de la signification qu'ils lui donnent ; mais , au lieu de cela , nous voyons le mot schebet, tontes les fois qu'il est employé seul et sans addition, signifier le sceptre ou le bâton de commandement, Quand il s'agit d'une verge de correction, c'est ordinairement le mot mofteh qui est employé ; ou si c'est le mot schehet qui est placé, c'est toujours avec quelque addition qui exprime l'usage sévére de la verge: ainsi il est dit quelquefois « la verge de fer, la verge de colère, visiter dans la verge. »

3° En supposant, contre la vérité, que le mot schehet est suscep-

M —— M ——— M —————M— — MÀ —9— LLLA EIL uM ——————————————-—

tible de deux sens, son sens véritable, dans le texte dont il s'agit, doit ètre déterminé par ce qui précède et ce qui suit, Or, dans toute cette prophétie, Jacob ne prédit à son fils que des prospérités; il ne parle que de sa force, de ses victoires, de la fertilité de son pays : il lui dit non-seulement que la verge, mais aussi que ke chef ne cessera d'être de sa race. Le second membre de la phrase suflirait pour fixer le sens du premier. Il est absurde de supposer que la méme phrase réunisse deux choses contradictoires : l'annonce d'une suite d'humiliations et la promesse d'une continuité du pouvoir sonverain.

« Quelques autres rabbins nous opposent deux autres misérables difficultés; les uns disent que le mot hébreu atki est mal rendu par les mots jusqu'à ee que, et qu'il signifie après que, Tel est, selon cenx-là, le sens du discours: « Le sceptre ne sortira plus de Juda après la venue du Messie.» Les autres prétendent que cette promesse de Jacob à Juda est conditionnelle, que son accomplissement devait dépendre de Ja fidélité des Juifs à la loi de Dieu, et que leurs péchés ont empêché la venue du Messie.

Pour réfnter la première de ces allégations , il suffit de renvoyer les Juifs modernes à leurs onciens , qui connaissaient mieux qu'eux leur laugue. 11 n'y en a pas un qui ait entendu comme eux le mot aki; il n'y a pas une version, pas une paraphrase qui ne l'ait interprété comme la Vulgale. Quant à la seconde de ces explications , elle est absolument gratuite, et il n'y a rien dans le sens qui la favorise : elle est de plus contraire au sens donné par tous les anciens à cette prophétie ; elle forme méme disparate avec le reste du discours. Dira-t-on que toutes les autres prédictions de Jacob à ses enfants, que la prédiction méme faite à Juda, dont la phrase en question fait partie, sont faites sous condition, ou soutiendra-t-on que, dans un méme discours suivi et formant un seul contexte, une seule partie est conditionnelle, tandis que tout le reste est absolu, sans que rien annonce cette différence ? Et où en serait-on sur l'intelligence des discours les plus clairs, avec cette licence de les détourner ainsi de leur sens littéral, sans autre fondement que l'intérét qu'on y a?

Ii est donc certain que, par son discours à Juda, Jacob promet la venue d'un envoyé céleste ; qu'il donne à cet envoyé le méme caractére que Dieu avait assigné dans les promesses qu'il avait faites aux patriarches , et qu'il fixe le temps de sa venue à celui où la nation descendue de Juda cesserait de posséder l'autorité supréme et des chefs sortis d'elle-même. Il nous reste à examiner si cette prédiction a été accomplie en Jésus-Christ.

D'abord il est évident que Jésus-Christ s'est donné pour un envosé de Dieu; ce qui est, comme nous l'avons vu, le premier caractére indiqué par Jacob : sur ce point, il ne peut y avoir et il n'y a pas de difficulté ; nos adversaires, soit Juifs, soit incrédules, ne le contestent pas.

Ensuite il est également certain qu'il a accompli la seconde partie de la prophétie, En traitant des promesses faites aux patriarches, nous avons montré que toutes les nations avaient été bénies en lui, puisqu'elles étaient venues se réunir dans sa religion, C'est ici la même chose. Quelle que soit celle des versions que l'on veuille adopter, on verra qu'elles s'appliquent toutes à Jésus-Christ. Toutes les nations lui ont obéi, comme portent le texte hébreu et les paraphrases; toutes se sont réunies autour de lui, comme disent le samaritain et l'arabe; il a été l'attente de tontes, selon notre Vulgate et le syriaque,

Sur cette. dernière expression, quelques ennemis de la religion élévent une difficulté : « Comment, disent-ils, le Messie pouvaitl être l'attente des nations, puisqu'elles n'en avaient pas la contiaissance ? » Je pourrais observer que, si la Vulgate présentait ici quelque inexactitude, on la corrigerait facilement en la rapprochant du texte original et des autres traductions, dont les termes expriment plus positivement la soumission de tous les peuples au. personnage annoncé. Mais, d'ailleurs , pour justifier, soit dans cette prophétie , soit dans les autres, ces expressions, « l'attente des nations, le désiré des nations, » ou d'autres semblables, il n'est pas nécessaire

que les nations fussent actuellement dans le désir, dans l'espoir, dans l'attente : il suffit que le personnage destiné à faire leur boaheur dût être l'objet de leurs désirs et de leur attente,

Enfin Jésus-Christ présente dans sa personne le troisième caractere attribué par Jacob à l'envosé divin qu'il annonce. Il est arrivé au lemps où le sceptre sortait de Juda, qui cessait d'avoir un chef tiré de son sein, Depuis lui, non-seulement cette tribu n'a plus de souverain , de chef, elle ne forme plus méme un état, une république. C'est contre ce dernier point que porte l'opposition des ennemis du Chistianisme : il est donc nécessaire de l'éclaircir et de le prouver.

* La tribu de Juda, disent-ils, n'a donné des chefs au peuple hé-

breu que pendant le gouvernement d'un ou de deux juges, et depuis David jusqu'à la captivité de Babylone. Encore faut-il observer que, depuis Roboam, les rois de la tribu de Juda n'ont régné que sur la moindre partie des Israclites. Il faut done, disent les Juifs, trouver un autre que Jésus-Christ à qui l'on applique la prophétie, Il faut, disent les incrédules, du défaut d'aecomplissement, conclure que ce n'est pas là une prophétie, et qu'il n'y est pas question de Jésus-Christ, »

S Le vice de cette objection est que l'on veut faire signifier au mot schebet, que la Vulgate a rendu par le mot sceptre, une autorité royale, et une autorité qui s'étende sur les autres tribus, On veut de méme que le mot metokek, rendu par le mot dux ou chef, soit entendu d'un roi issu de Juda. Ainsi le sens que l'on donne à zetie prophétie est que, jusqu'à l'arrivée du personnage annoncé, il y aura une suile de rois descendus de Juda qui gouverneront tout le peuple d'Isracl, Si tel était véritablement le sens de cette prédiction, nous conviendrions qu'elle n'est pas une prédiction de Jésus-Christ ; mais nous avons déjà observé que le mot schebet exprime seulement une verge ou un bäton de commandement; il ne signifie donc pas nécessairement une autorité monarchique; il peut s'entendre de toute autorité politique analogue aux divers états d'une nation. Dé méme, le mot metokek ne s'applique pas toujours à un monarque, pas méme à un souverain ; il désigne quelquefois un chef quelconque, quelquefois un législateur, ou un juge, ou un greflier, ou un docteur de la loi. C'est done à tort que l'on prétend que ces expressions sont absolument relatives à une autorité royale, et que l'on veut que, dans leur signification naturelle, elles promettent à Juda une suite continue de rois de son sang, qui ne cessera qu'à l'époque marquée.

Ti ne s'ensuit pas non plus des paroles de Jacob que la puissance, l'autorité promise à Juda, doive s'étendre constamment sur les autres tribus : elles peuvent aussi bien s'entendre d'une autorité politique sur ellemème, En admettant ce sens, l'objection tombe, et la prophétie se trouve pleinement accomplie , d'abord jusqu'à Jésus- Christ, et ensuite dans sa personne. C'est ce qu'il s'agit de développer.

La prophétie de Jacob a pour objet les descendants de Juda; la tribu qui doit naitre de lui, de méme que les prédictions qu'il fait à ses autres enfants, sont relatives aux tribus dont ils doivent être les peres, Ces tribus devaient former autant de corps politiques, ayant chacun leurs chefs, leurs magistrats, leurs juges. Cela se voit assez clairement dans la prophétie faite à Dan, ou Jacob lui annonee qu'il jugera son peuple, de méme que les autres tribus d'Israél. Je sais que beaucoup d'interprétes entendent autrement ce passage , et disent qu'il a rapport au temps où la tribu de Dan donna à la nation un juge dans la personne de Samson. Mais il parait que Jacob annonce à Dan une chose qui doit lui étre commune avec toutes les autres tribus, et l'on ne voit pas de chefs de la nation entiere dans toutes les tribus. D'ailleurs, s'il est naturel d'expliquer une prophétie par l'événement, en voyant chaque tribu avoir son régime particulier, nous pouvons avec fondement juger que c'est là ce qu'a prédit Jacob. Ses paroles à Juda, prises en elles-méme, n'expriment pas plus une autorité sur les autres tribus qu'une autorité

COMMENTAIRE

sur elle-même ; mais, entendues dans ce dernier sens, elles sont conformes aux paroles adressées dansla méme suite de discours à son frere Dan, Il est done naturel de leur donner cette signification; et voici quelle est alors la prophétie : entre les douze tribus , qui toutes formeront des sociétés politiques, ayant chacune leurs chefs et leurs magistrats, la tribu de Juda aura cela de particulier, qu'elle conservera son aulorité civile, schebet , et ses chefs pris dans elle, metokek , jusqu'au temps où viendra l'envoyé, Il paraît que c'est dans ce sens que saint Jean-Chrysostóme a entendu cet oracle; et il. est d'autant plus juste de l'entendre dans ce sens simple et nalurel , qu'eatendu ainsi il a eu son accomplissement plein et exact. Les autres tribus ont cessé d'exister en corps d'état et d'avoir des chefs pris dans leur sein : Juda à conservé constamment la prérogative qui lui avait été annoncée; celle tribu n'a perdu la verge de commandement et le chef tire d'elle qu'au temps de la venue de Jésus-Christ. La suite de son histoire le montre clairement,

Quelques interpretes ont eru trouver, des le temps où les Israélites étaient dans l'Égypte en état de servitude, des traces de l'autorilé qu'exerçaient dans chaque tribu des chefs qui en étaient tirés. Ils se fondent sur ce que, dous l'Exode, Dieu ordonne à Moïse de rassembler les anciens d'Israël, ou, selon la version des Septante, le sénat des enfanis d'Israel; mais cette opinion parait difficile à admettre. Il est contre toute vraisemblance que les Égyptiens, qui tenaient les Hébreux dans la pauvreté et l'humiliation , qui s'étaient méme fait un système de Jes opprimer pour empêcher qu'ils ne devinssent trop puissants, leur aient laissé la liberté de former un corps d'état parmi eux, et d'avoir des chefs qui les gouvernassent. Le texte que l'on cite n'annouce point que ces anciens dont Moïse devait faire le rassemblement eussent de l'autorité sur leurs compatriotes. I1 était impossible que Moïse rassemblát tout ce peuple si nombreux, et il est tout simple que Dieu le chargeát de parler à ceux qui avaient le plus de considération dans la nation.

« Mais, objectent quelques-uns de nos adversaires, si le sceptre n'a pas été dans Juda dés le premier moment, la prophétie s'est done trouvée fausse immédiatement après qu'elle a été faite. Les mots non deficiet annoncent que le sceptre sera en tout temps dans la tribu, qu'il ne manquera jamais. »

Cette interprétation n'est pas exacte. Les mots non deficie! signifieut seulement que lorsque le sceptre sera entré dans Juda, il n'en sortira plus; mais le temps où il doit y entrer n'est pas fixé. Dans un discours prophétiqne, on ne doit pas regarder la chose comme présente: Jacob promet une puissance à son fils; il ne la lui donne pas actuellement.

Après la sortie d'Égypte, et lorsque les Israélites étaient encore dans le désert, on trouve des marques plus positives de l'autorité des chefs dans les tribus. Non-seulement ou voit en plusicurs endroils des hommes appelés princes de la multitude, mais, au commencement du livre des Nombres , ils sont désignés par leurs noms et par leurs tribus : ils sont appelés princes des tribus et des maisons, chacun dans sa parenté; princes de la multitude dans leurs tribus, et chefs de l'armée d'Israel : ils sont associés à Moise pour faire le recensement de tous les hommes en état de porter les armes; on les voit ensuite, dans l'ordre du campement, placés chacun à la téte de sa tribu, et la commandant; enfin on les retrouve dans beaucoup d'occasions associés à Moise et Aaron, et toujours avec ce méme titre de princes des tribus.

Si cependant on veul que cet ordre de choses n'ait pas existé dans le désert, et que les tribus n'y aient pas eu un gouvernement particulier, nous n'avons pas d'intérêt à soutenir le contraire. Il S'ensuivra seulement que cette forme de gouvernement par tribus a commencé plus tard, et lorsque les Israélites , ayant passé le désert, se furent établis sur la terre de Chanaan. Il n'en sera pas moins vrai que, du moment où elle a commencé , elle s'est perpétuée jusqu'au temps de Jésus-Christ dans la tribu de Juda, malgré les diverses révolutions par lesquelles elle a passé.

COMMENTAIRE

Immédiatement après l'établissement du peuple hébreu dans la terre qui lui avait été promise, les douze tribus formèrent douze cantons séparés, ayant chacun son gouvernement , et, sous les lois communes que Moïse leur avait données, composérent une sorte de république fédérative. Au premier chapitre du Livre des Juges , on voit ces diverses tribus avoir, chacune de son côté, des guerres contre les nations qui étaient voisines ou qui occupaient leur territoire. On les voit ensuite avoir entre elles des guerres civiles , ce qui suppose dans toutes un gouvernement et des chefs particuliers. 1l est vrai que, dans cet intervalle, fa nation a eu de temps en terups des chefs communs sous le nom de Juges. C'est principalement dans le temps où, en punilion de ses fautes, elle avait été asservie à des puissances étrangeres, que Dieu, en considération de son repentir, lui envoyait des libérateurs qui jouissaient sur elle d'une autorité générale. Mais, oulre ces juges communs, qui n'existaient que de temps en temps, les tribus avaient leurs chefs particuliers qui regissaient et jugeaient chacune d'elles : Moïse le leur avait ainsi ordonné, et nous trouvons dans plusieurs endroits une mention expresse de ces chefs, Deux tribus qui élaient restées en deçà du Jourdain, ayant donné de l'inquiétude aux autres, il fut député vers elies dix princes ou chefs, un de chaque tribu, avec Phinées, fils du grand-prétre. Débora parle dans son cantique de ces princes, qui siégeaient sur les tribunaux. Il serait facile de produire bien d'auwes exemples, Ainsi, dans ce premier intervalle de quatre cents ans, la prophétie de Jacob a été accomplie.

Il ne peut y avoir de difficulté sur l'état politique de la triba de Juda pendant le temps de ses rois, surtout depuis David. Il est bon cependant d'observer que, quelle que fût l'autorité supréme des rois, les tribus formaient des corps séparés et avaient des chefs, A la mort de Saül , la tribu de Juda vint trouver David, et l'oiguit pour régner sur elle. Abner, général des armées de Saül, engagea toutes les autres tribus à reconnaitre pour ]eur roi Isboseth, fils de Saül; et ce ne fut qu'à la mort de ce prince que ces tribus vinrent trouver David, et firent avec lui un pacte d'après lequel elles l'oignirent roi sur tout Israël. Roboam ayant irrilé les Israélites par sa dureté, le peuple dit : Qu'avons-nous de commun avec David ? Pourquoi serions-nous l'héritage du fils d'Isai? Retournez dans vos maisons, Israël; David, conservez votre maison, De ce moment, les destinées de la tribu de Juda furent différentes de celles des autres tribus : tandis qu'elles étaient régies suecessivement par des rois de différentes dynasties et de différentes tribus, Juda fut toujours goüverné par des rois du sang de David. Remarquous cependant que ce royaume de Juda n'était pas absolument formé de cette seule tribu : il renfermait la tribu de Benjamin , beaucoup de membres de la tribu de Lévi, et quelques individus des autres tribus. Mais la majeure partie de l'état, on peut méme dire la totalité morale, était la tribu de Juda, le reste étant, en comparaison d'elle, tres-peu nombreux : aussi voyons-nous , dans plusieurs endroits, les auteurs sacrés dire qu'il n'était resté dans ce royaume que la tribu de Juda. Le prophète Ahias, prédisant à Jéroboam sa royauté, lui annonce que le Seigneur le fera régner sur dix tribus, et n'en laissera qu'une au fils de David; et il est dit ailleurs, au sujet de la destruction du royaume d'Israël, que Dieu, irrité contre Israel, l'a rejeté de sa présence, et qu'il n'est resté que la seule tribu de Juda.

Ces deux royaumes finirent d'exister, parce qu'ils furent conquis, et leurs peuples emmenés en caplitité ; savoir, le royaume d'Israël, par Salmanasar, et celui de Juda, quatre-vingt-cinq ans aprés , par Nabuchodonosor. Mais le sort de ces deux nations fut bien different. La ruine d'Israël fut totale, absolue, sans retour. De ce moment, les dix tribus ont cessé de former un état politique; elles sont restées assujetlies à leurs vainqueurs, et n'ont jamais été rétablies; il est méme rapporté que les rois d'Assyrie donnérent leur pays à de nouveaux habitants , qui prirent possession de Samarie et des autres villes. Quant aux individus des dix tribus, ils furent transportés au delà de l'Euphrate, d'oü ils ne revinrent plus, et Joséphe

alleste que leurs descendants y étaient encore de son temps.

Mais il en fut tout autrement de la tribu de Juda et de la eaptivité qu'elle éprouva, Elle cessa, il est vrai, d'avoir des sonverains du sang de David portant le titre de rui; mais elle ne cessa pas pour cela de former un corps de nation, de se régir par*ses lois et d'avoir des chefs de son sang. Si l'on veut absolument que, pendant les soixante-dix ans de la eaplivité de Babylone, cette tribu n'ait consersé aucune autorité sur elle-même, nous pouvons, sans inconvénient, l'accorder. Un intervalle aussi court dans l'espace de quinze siecles ne peut pas ètre regardé comme une cessation; ce n'est qu'une interruption momentanée, Dira-t-on que le Portugal a cessé d'étre un royaume, parce que pendant soixante ans il a été assujetti à la couronne d'Espagne? Ou peut d'autant moins le dire de la tribu de Juda, que, pendant cette captivité, elle a tonjours conservé l'espérance du rétablissement daus son pass, espérance fondée sur les prophéties qui le lui promettaient, Mais est-il méme vrai que, dans eet intervalle, Ja tribu de Juda ait cessé de faire nn corps de nation, d'étre régie par ses lois et jugee par ses chefs? Nous avons un témoignage du contraire dans l'histoire de Suzanne: nous y voyons deux vieillards de la nation constitués juges pour une année; nous les voyons accuser celle sainte femme devant l'assemblée du peuple, qui d'abord la condamue et ensuite l'absout, et qui punit de mort ses impurs calomnialeurs. L'histoire d'Esther nous présente aussi une idée de l'état de la nation juive sous l'empire des rois de Perse.

Assuérus, trompé par Aman, avait donné contre les Juifs un pre-

mier édit qui les proserivait : il y était dit qu'ils se gouvernaient par des lois nouvelles ; qu'ils agissaient contre les coutumes de toutes les nations ; qu'ils avaient des lois perverses. Mais ce prince, désabusé par Esther, publia une autre loi favorable aux Juifs , dans laquelle il déclarait qu'ils se conduisaient selan de justes lois. I! paraît done que, méme sous l'empire des rois de Babylone et de Perse, la tribu de Juda avait conservé ses lois, ses juges, son droit de glaive, son élal en corps de nation , et qu'elle formait, dans l'empire où elle avait été transportée, ce que les publicistes appellent status in statu,

Ce fut aprés le retour de la captisité que le pays fut appelé Judée, et ses habitants, Juifs, du nom de la tribu qui formait la presque totalité du peuple, Nous n'avons pas l'édit par lequel Cyrus permettait aux Juifs de retourner habiter leur ancienne patrie; mais nous ne pouvons pas douter qu'ils n'y aient formé de nouveau un corps de nalion régi par ses magistrats, puisque nous voyons, dés ce moment, Zorobabel, issu du sang royal, recounu chef du peuple conjointement avec les principaux de la nation. L'édit accordé par Artaxerxes à Esdras est positif : il l'autorise à établir des juges, des présidents, qui fassent observer la loi de Moïse, et qui prononcent des jugements , mème capilaux. Ainsi furent perpétués dans la tribu de Juda, conformément à la prophétie de Jacob, le droit de glaise, et la prérogative d'être régie par des chefs pris dans clle. méme. Le régime de cet état était aristocratique ; et l'autorité, soit administrative, soit judiciaire, était exercée par les principaux d'entre les Juifs. Cet ordre de choses dura pendant l'espace d'environ trois cent soixante-dix ans, jusqu'au temps des Machabées. Alors la nécessité de résister à la violente persécution d'Antiochus fit changer quelque chose à la constitution : il fallut se donner un chef guermer; ce qui rapprocba l'état du gouvernement monarchique. Judas Machabée, ensuite ses frères, et apres eux les descendants de Simon, eurent la priacipale part à l'autorité; mais le corps de la tribu ne la perdit pas pour cela; ce fut le peuple qui élut pour ses chefs successivement Jonalhas et Simon. Antérieurement et du temps de Judas Machabée, une ambassade avait été envoyée à Rome, non pas seulement par lui et par ses frères, mais par tout Je peuple des Juifs. Une lettre écrite aux Spartiates l'est aussi par Jonathas, souverain pontife, par les anciens de la nation, par les prétres et par tout le reste du peuple. Il est done clair que, depuis la captivité, et jusque sous les Asmonéens , qui étaient de la tribu de Lévi, la tribu

de Juda avait conservé, avee son état de mation, son autorité propre.

« On prétend qu'il n'est pas vrai que, depuis leur retour de la captivité, les Jaifs aient conservé l'autorité sur leur république. On dit qu'ils payaient un tribut aux rois de Perse; qu'ils eontinuérent de le payer aux rois de Syrie, et qu'ils étaient soumis à leur puissante, »

Nous ne disconvenons pas entièrement du fait ; mais un état peut être tributaire d'un autre , étre méme à quelques égards dans sa dé pendanee , et cependant conserver son existence politique , le droit d'user de ses propres lois, d'être régi par ses chefs, de juger les procès , d'infliger aux coupables des peines, méme celle de mort, d'administrer ses affaires. Dans ce cas, nous disons qu'il est véritablement une puissance de l'ordre politique. La république judaique, dans le temps qui s'est éroulé depuis le retour de la captivité, n'a pas toujours joui d'une indépendance entière; mais elle n'a pas cessé d'étre une république, On peut dire d'elle, avec une entiere vérité, que, dans cet intervalle, comme dans les précédents, elle a conservé la verge, symbole d'autorité, et les chefs tires d'elle-même que lui avait promis Jacob.

Environ soixante-trois ans avant Jésus-Christ, Pompée, s'étant empare de Jérusalem , y établit roi Hircan , issu du sang asmonéen, et il rendit les Juifs tributaires des Romains. Vingt-cinq ans aprés, Hérode, Iduméen de naissance, fut fait par les Romains roi de la Judée, Plusieurs de ses descendants lui succédérent dans la souveraineté, soit de tout le pays, soit d'une partie. Des gonverneurs romains furent aprés cela charges du gouvernement de la Judée, jusqu'au temps de la destruction par Vespasien et Tite. Les docteurs ne sont pas absolument d'accord sur celle de ces diverses époques où le sceptre a cessé d'être dans la tribu de Juda. Nous n'avons pas intérêt d'entrer dans cette discussion. Quelle que soit l'opinion qu'ou adopte, il est toujours certain que la tribu issue de Juda a cesse d'avoir sa forme de gouvernement régi par ses lois et par des chefs pris parmi elle, seulement nn peu de temps avant où un peu de temps après que Jésus-Christ a paru dans le monde; ce qui accamplit la prophétie de Jacob. I] n'est cependant pas inutile de faire, relativement à ces temps de dépérissement de la république judaique, une observation : c'est que, même sous les Hérodes, du temps de Jésus-Christ et jusqu'aprés lui, les Juifs avaient conservé le droit de glaive, qui est une portion essentielle de la souveraineté. Nous en avons diverses preuves: l'histoire de la femme adultere emenée à Jésus-Christ pour savoir si on devait la lapider; l'inforraalion faite par le sanhédrin au sujet d'un aveugle-né que le Sauveur avait guéri; la réponse de Pilate aux Juifs dans la passion, » Prenez-le vous-mémes , et jugez-le selon votre loi; » le proces fait aux apôtres et leur flagellation, parce qu'ils préchaient au nom de Jésus-Christ; le martyre de saint Étienne; celui de saint Jacques le mineur. Peut-être, d'aprés ces faits, l'opinion la plus vraie est-elle que ce n'est pas tout d'un coup et à une seule époque que le sceptre a cessé d'étre dans la tribu de Juda; mais qu'elle a perdu suecessivement les diverses prérogatives qui constituent l'autorité souveraine, et cela depuis les temps qui ont un peu précédé la naissance de Jésus-Christ, jusqu'à l'entière ruine de l'état, environ quarante ans apres son ascension.

Si nous avions encore affaire aux Juifs anciens, qui reconnaissaient dans les paroles du patriarche Jacob à son fils Juda une prophétie du Messie, il suffirit de leur montrer que depuis longtemps ils n'ont plus aucune forme d'état politique, aucune sorte d'autorité, aucun chef pris parmi eux; et nous en conclurions que les Juifs modernes , et surtout les incrédules de nos jours, refusant de voir dans ces paroles une prophétie, il faut reprendre les choses de plus haut, et leur montrer que c'en est une qui a été littéralement accomplie en Jésus-Christ,

Le caractere le plus certain d'une prophétie est, comme nous

COMMENTAIRE

noncé un événement futur, que la prudence humaine ne pouvait aucunement prévoir, et qui se réalise avec une exactitude entière, sans que le hasard ait pu former cette conformité entre l'événement et la prédiction, on ne peut pas s'empécher de croire que c'est une vraie prophétie.

Or, il est évident, r* que Jacob prédit à Juda, de méme qu'à ses autres enfants, des choses futures relatives à sa postérité.

Il est évident, 2° que les choses qu'il lui prédit sont que ses descendants formeront une nation , une société politique; que cette nation sera régie par des cheís pris au-dedans d'elle; qu'il viendra un personnage désigné par le nom de Ki/o; que la nation conservera son autorité politique et ses chefs jusqu'à l'arrivée de ce personnage ; enfin que ce personnage sera l'attente des nations, ou que les natians se réuniront à lui, ou que les nations lui obéiront.

Il est évident, 3" qu'il était impossible à Jacob de prévoir par ses seules lumiéres naturelles toutes ces destinées futures de sa postérité ; que de chaeun de ses enfants il sortirait une tribu; que chacune de ces tribus jugerait son peuple et aurait sur lui l'autorité; que cette autorité cesserait plutôt dans les autres tribus que dans celle de Juda; que cette autorité se conserverait dans la tribu de Juda jusqu'à l'arrivée de Kifo; que toutes les nations viendraient se réunir à Kilo.

Il est évident, 4° qu'il serait également absurde d'attribuer au hasard le rapport avec la prédiction d'événements aussi éloignés, aussi compliqués, aussi perpétués dans le cours de plusieurs siècles, aussi dépendants de causes diverses, libres et inconnues.

Il est évident, 5° et nous venons de le démontrer, que la partie de la prédiction relative à la permanence de la tribu de Juda s'est littéralement accomplie pendant un intervalle de prés de quinze siècles, et malgré les révolutions à travers lesquelles à passé cette tribu,

Il est évident, 6° que, vers le temps où les Juifs ont perdu leur autorité et leurs chefs pris parmi eux, Jésus-Christ a. paru dans le monde,

Hl est évident, 7° qu'aprés la venue de Jésus-Christ il a été annoncé aux nations, qui l'ont reconnu et qui se sont soumises à sa loi. |

Il est évident, 8° qu'il ne s'est élevé, ni à cette époque, ni auparavant, ni depuis, aucun autre personnage qui réunisse ces caraclères.

Il est done évident, enfin, que les paroles de Jacob à Juda sont une vraie prophétie de Jésus-Christ, qui a eu dans Jésus-Christ son accomplissement littéral, exaet et parfait.

On demande pourquoi cette prophétie, qui aurait été si puissante pour convainere les Juifs, n'a été citée ni par Jésus-Christ ni par ses apôtres, À cette interrogation nous avons plusieurs réponses à donner. En premier lieu, l'objet principal de la prophétie était de montrer le temps où le Messie devait venir; mais, lorsque Jésus- Christ est venu publier sa loi , c'était, comme nous le verrons, une opinion générale et constante, que le temps de l'apparition du Messie était arrivé, On n'avait pas à prouver ce point, et l'emploi de la prophétie de Jacob eût été superflu. En second lieu, il aurait été encore inutile par une autre raison : c'est que la république des Juifs subsistait encore, et que rien n'annoncait qu'elle dût finir. L'argument tiré de ce qu'elle devait peu apres étre détruite n'aurait pas eu encore de force. En troisième lieu , la partie de la prophétie qui aunonce que les nations reconnaitront le Messie n'était pas encore accomplie ; il était donc encore, à cet égard, impossible d'en faire une preuve de la mission de Jésus-Christ.

Nous finirons ee qui concerne cet oracle sacré par deux réflexions. Entre la première et la dernière partie de la prophétie il y a un rapport intime, L'autorité doit cesser dans Juda quand l'autorité sur toutes les nations doit passer au personnage annoncé, Un empire doit suecéder à l'autre, C'est. qu'alors il sera inutile que la ré-

l'avons vu, son accomplissement, Lorsque de la part de Dieu est an- { publique judaique subsiste: elle n'est établie que pour amener le

LA GENÈSE

Messie, qui donnera sa loi à toutes les nations. Le Messie venn , la tribu de Juda n'a plus d'objet; elle ne sert plus aux vues de Dieu. Son état est anéanti.

De là résulte encore contre le système des Juifs un très-fort argument. Si, comme ils le croient, le Messie doit être un roi victorieux, qui rétablisse leur empire et qui leur donne pour toujours

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