Et respexit Dominus filios Israél, et cognovit * eos
X 14. Hébr.: « Certainement cela est découvert ; » c'est-à-dire qu'on a confondu certe avec quomodo.
X 16, Hébr, autr. : « Or, le prêtre de Madian avait sept filles, »
X ar. Hébr. autr.: « Moïse consentit à demeurer avec lui; » c'est-à-dire qu'on a confondu et concuruit, qui se trouve dans l'hébreu, avec ef juravit, qui se trouve dans le samaritain.
Ibid, Wébr. autr, : « Moise consentit à demeurer avec lui; » c'est-à-dire qu'on a confondu, e! concurwit , qui se trouve dans l'hébreu, avec et juravit , qui se trouve dans le samaritaiu,
L'EXODE, CHAPITRE 7I
12. Et regardant cà et là, voyant qu'il n'y avait personne , il tua l'Egyptien et le cacha dans le sable.
13. Et, sortant un autre jour, il vit deux Hébreux qui se querellaient , et il dit à celui qui outrageait l'autre : Pourquoi frappes-tu ton frere?
14. Lequel répondit : Qui t'a établi prince et iuge audessus de nous? veux-tu me tuer comme, hier, tu as tué l'Égyptien? Moïse craignit, et dit : Comment cela est-il connu ?
15. Pharaon ayant appris ce discours, cherchait à faire périr Moïse, qui, fuyant la présence de Pharaon, habita la terre de Madian, et s'assit près d'un puits.
16. Or, le prêtre de Madian avait sept filles, qui vinrent pour puiser de l'eau et remplir les canaux, afin d'abreuver les troupeaux de leur pere.
17. Les pasteurs survinrent et chassèrent les jeunes filles, et Moise se leva et prenant leur défense , il donna à boire à leurs brebis ;
18. Celles-ci étant retournées vers Rague] leur père, Raguel leur dit : Pourquoi étes-vous venues aujourd'hui plus tót que de coutume?
19. Elles répondirent : Un Égyptien nous a délivrées de la main des pasteurs, et il a puisé de l'eau pour nous, et il a donné à boire à nos brebis.
20. Et Raguel : Où est-il? pourquoi avez-vous laissé cet homme? Appelez-le, afin qu'il mange notre pain.
21. Moïse jura qu'il habiterait avec lui, et prit pour femme Séphora sa fille ;
22. Elle lui donna un fils qu'il appela Gersam, disant : J'ai été voyageur dans une terre étrangere. Elle en enfanta un autre qu'il appela Eliezer, disant : Parce que le Dieu de mon père, mon secours, m'a délivré de la main de Pharaon.
23. Et il arriva, longtemps aprés, que le roi d'Égypte mourut; et les fils d'Israël gémissaient à cause de leurs travaux, et ils eriaient , et le cri de leur servitude monta jusqu'à Dieu ;
24. Et il entendit leurs gémissements, et il se souvint de l'alliance qu'il avait faite avec Abraham, Isaac et Jacob.
25. Et le Seigneur regarda les enfants d'Israël, et il les reconnut.
Ibid. Hèbr, : « Et il donna Séphora sa fille à Moïse. » Le samaritain ajoute : «Pour femme, »
X 22. Allerum vero... de manu Pharaonis, Tout cela n'est point dans l'hébreu, mais on le voit dans les Septante de l'édition d'Alde. La méme étymologie des noms de Gersam et d'Éliézer se trouve répétée au chap. xvirz, Y 3 et 4.
X 25. Hébr. litt. ; « Et Dieu connut. » Sept, : « Et il fut connu d'eux , » c'est-à-dire , il se fit connaitre à eux. Au lieu de, ef cognovit , ils ont lu, et innoluit ; et au lieu de Deus, ils ont lu eis,
COMMENTAIRE
COMMENTAIRE
Sur les motifs qui firent agir la fille de Pharaon.
Le landgrase de Hesse-Cassel, adepte de Voltaire, écrivail un jour à son maitre: « J'ai fait depuis quelque temps des réflexions sur Moïse et sur quelques historiens du nouveau Testament, qui m'ont paru trés-justes, Est-ce que Moïse ne serait pas un bâtard de la fille de Pharaon , que cette princesse aurait fait élever? Il n'est pas à croire qu'une fille de roi ait eu tant de soin d'un enfant israélite, dont la nation était en horreur aux Égyptiens (Lett. 66). » Voltaire eût aisément pu dissiper ce doute en faisant observer à son élève que son altesse calomniait assez gratuitement un sexe bienfaisant, sensible, porté à s'attendrir sur le sort d'un enfant exposé à un pareil danger; plusieurs feraient encore trés-naturellement ce qu'avait fait la fille de Pharaon, et le feraient précisément méme avee plus de soins et plus d'attention encore, si des haines nationales ajoutaient au danger de cet enfant. Si Voltaire avait eu l'intention d'éclairer son illustre éléve et de lui donner les règles d'une saine critique, il aurait observé qu'au lieu. d'un fait tres-simple et trés-naturel, son altesse en imaginait un véritablement incroyable. Une princesse qu veut donner à son enfant une éducation brillante, et qui commence par le faire exposer à être submergé pour avoir le plaisir d'aller le chercher et le trouver à point nomme sur les rives du Nil; une princesse égyptienne qui aime son enfant , qui sait toute l'horreur que les Égyptiens ont pour les Israélites, et qui, faisant allaiter cet enfant par une mere israélite, lui laisse croire à luiméme qu'il naquit de cette nation qu'elle déteste, et le persuade méme dans la suite aux Égyptiens, pour leur rendre cet enfant odieux, détestable ; et ce qui semblerait un mystère bien plus étrange encore, un enfant qui devient l'homme le plus terrible aux Égyptiens, et dont personne ne découvre l'origine; un enfant que toute la cour de Pharaon s'obstine à croire un Israëlite, dans un temps où il aurait suffi de dire que Moïse était Égyptien, pour lui óter toute la confiance des Israelites et délivrer l'Égypte : voilà bien des choses que Voltaire aurait pu répondre à son altesse , pour lui faire sentir qu'il n'est pas dans les règles de la critique d'opposer à un fait trèsnaturel, trés-simple, des suppositions véritablement incroyables. Mais ces suppositions servaient la haine de Voltaire contre Moïse, contre Jes livres des Chrétiens : il aimait bien mieux voir les progrès de ses disciples dans l'inerédulité, que leur exposer les règles d'une saine critique,
Traditions de l'historien Joséphe.
Joséphe (Ant., liv, IT, ch. 1x) insinue que l'adoption faite par la fille du roi d'Égypte fut trés-réelle; il rapporte méme que cette princesse ayant amené le jeune Moise au roi son pére, afin qu'il le désignát son successeur à la couronne d'Égypte, le roi, pour faire plaisir à sa fille, mit à l'enfant son. diadéme sur la tête, lequel Moïse jeta aussitôt à terre, et le foula aux pieds. Josèphe rapporte encore touchant Moise des circonstances qui ne se trouvent point dans les Tisres saints, et qu'il avait apparemment tirées des traditions reçues de son temps parmi les Juifs.
Age de Moise lors de sa fuite d'Égypte.
Le texte sacré de l'ancien Testament ne marque point l'âge qu'a vaut Moïse lorsqu'il se sauva de l'Égyple; mais saint Étienne, dans, . le chapitre vit des Actes des Apôtres , dit expressément qu'il était alors âgé de quarante ans.
Meurtre d'un Égyptien par Moise.
* Et le eacha dans le sable; il le couvrit de terre à la hâte, le terrain de l'Égypte étant sablonneux. »
Peut-être que Moïse poussa trop loin en cette occasion son zèle pour ses frères. Au reste, le texte sacré rapporte ce meurtre sans l'approuver en aucune façon.
Saint Thomas soutient que Moise put défendre son frère, injustement attaqué, et qu'il put sans crime tuer l'Égyptien , en défendant un innocent avec la modération d'une juste défense,
Qu'était le beau-père de Moïse ?
Plusieurs croient que cet homme qui, comme il parait par le verset ar de ce chapitre, fut le beau-père de Moïse, était en méme temps prêtre et roi de la ville de Madian; et, en effet, suivant la remarque de Le Clerc et de dom Calmet, le mot hébreu cohen est équivoque et peut signifier également prince et prétre : sur quoi l'on fait ordinairement cette question qu'il est difficile de résoudre. On demande si le beau-pére de Moise était prétre du vrai Dieu ou pré- . tre des idoles : l'opimon commune veut qu'il ait été prétre du vrai Dieu, comme Melchisédech, dont nous avons parlé dans la Genése; mais l'Éeriture ne s'explique point là-dessus.
Au reste, on ne peut guère douter qu'après l'entrevue du beaupère de Moïse avec ce législateur, laquelle est rapportée dans le chapitre xvrrt de l'Exode, le beau-père de Moïse ne devint adorateur du vrai Dieu, s'il ne l'était pas auparavant.
Nom du beau-père de Moïse.
Tel était , suivant le chapitre rr de l'Exode , verset 18, le nom du beau-père de Moïse; mais dans les chapitres tr et xvri1 de l'Exode , il est nommé jéthro; puis, au chapitre 10 des Nombres, il est appelé Hobab, fils de Raguel. Ces variations ont fait dire aux uns que le beau-père de Moïse avait plusieurs noms, savoir : celui de Raguel, celui de Jéthro et celui de Hobab ; d'autres veulent que Raguel, dont il est parlé dans ce chapitre 11 de l'Exode, fût père de Jéthro , ou Hobab beau-père de Moïse et aïeul seulement des filles, dont il est nommé le pére dans ce méme chapitre par une licence de la langue hébraïque, qui confond souvent les noms de père, aieul et ancétre, de méme que ceux de As, petit-fils et descendant.
Epoque de la mort du roi d'Égypte.
« Longtemps après, le roi d'Égypte mourut. »
Post multüm vero. temporis, c'est-à-dire vers la fin du séjour que Moise fit dans la terre de Madian. Le texte sacré de l'ancien Testament ne dit point combien Moise passa de temps dans la terre de Madian , ni quel âge il avait quand il y alla. Mais en supposant avec saint Etienne, dans le chapitre vir des Actes des Apótres, que Moïse avait quarante ans quand il se sauva de l'Egypte pour se réfugier à
L'EXODE, CHAPITRE IIT.
Madian , il est aisé de conclure qu'il resta quarante ans à Madian , puisque, dans le verset 7 du chapitre vir de l'Exode, il est dit que Moïse avait quatre-vingts ans quand il vint de la part de Dieu en Egypte pour délivrer les Israélites de leur oppression,
Mortuus est rez Ægypti. Ces paroles générales marquent bien à la vérité la mort d'un roi d'Egypte; mais quel était ce roi? Le Clerc veut que ce fut celui sous le règne duquel Moïse se sauva d'Egypte; mais l Ecriture ne le dit pas; tout ce qu'elle semble insinuer, c'est que le prince qui régnait en Egypte, quand Moise vint de la part de Dieu lui ordonner de laisser sortir de ses états les Israélites, ne règnait que depuis peu de temps.