‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 30 sur 1035 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

et je me déroberai à votre présence, et je serai errant et fugitif sur la terre, et quiconque me trouvera me tuera.

15. Et le Seigneur lui dit: l| n'en sera pas ainsi ; mais quiconque tuera Cain sera puni sept fois. Et le Seigneur mit un signe sur Cain , afin que quiconque le trouverait ne le tuát pas

16. Cain sortit done de la présence du Seigneur, et habita en fugitif la terre qui est vers l'orient d'Éden.

17. Et Cain connut sa femme, laquelle concut et enfanta Énoch ; et il bátit une ville, et il l'appela Enoch du nom de son fils.

18. Or, Énoch engendra Irad , et Irad engendra Maviaël, et Maviaël engendra Mathusaël, et Mathusaél engendra Lamech ,

19. Lequel eut deux femmes : l'une avait nom Ada, et l'autre avait nom Sella.

20. Et Ada enfanta Jabel, qui fut pére de ceux qui habitaient sous la tente et des pasteurs.

21. Et le nom de son frère était Jubal : c'est le père de ceux qui jouent de la harpe et de la citharc.

22. Et Sella engendra Tubalcain, habile dans tous les ouvrages de fer et d'airain. La sœur de Tubalcain fut Noéma.

23. Or, Lamech dit à ses femmes Ada et Sella : Femmes de Lamech, entendez ma voix ; prétez l'oreille à mes paroles : j'ai tué un homme d'une blessure, et un jeune homme d'une plaie que je lui ai faite.

24. Cain sera vengé sept fois, mais Lamech septante fois sept fois.

25. Et Adam connut encore sa femme; et elle enfanta un fils, et elle lui donna le nom de Seth, disant : Dieu m'a donné un autre fils, au lieu d'Abel que Caïn a tué.

26. Et Seth aussi eut un fils, qu'il appela Enos : celuici commenea d'invoquer le nom du Seigneur.

Ibid, Héh. : « Du jardin d'Eden. »

Y 19. Lamech est le premier homme qui eut deux femmes à la fois. I viola la loi primitive du mariage, qui voulait qu'un homme ne pütavoir qu'une seule épouse, comme une femme ne devait avoir qu'un seul mari,

Y 23. Heb. autr. : « Or, Lamech dit à ses femmes : Ada et Sella, écoutez ma voix ; femmes de Lamech, prétez l'oreille à ce que je vais vous dire, »

ÿ 26. Héb, :« Alors on commença d'appeler du nom de l'Étre supréme. » C'est qu'en effet, comme la suite l'insinue, les descendants de Seth porterent le nom d'enfants de Dieu, pour se distinguer des descendants de Cain, qui furent simplement nommés enfants de: hommes, On a lu iste, au lieu de tunc.

COMMENTAIRE

De l'antiquité du monde.

Ici commence la chronologie de la race humaine.

On lit dans l'Atlas de Lesage la. note suivante sur l'antiquité du

moude :

|: = Le monde, suivant nos livres saints, n'a pas au delà de six ou sept mille ans d'antiquité, et chaque jour nos lumiéres acquises viennent à l'appui de ce texte précis de la révélation, | « C'est une chose bien remarquable que l'aurore de chaque science exacte semble devoir heurter d'abord ce principe essentiel de notre foi religieuse, mais "que leurs progrès finissent toujours par lui don-

ner une autorité nouvelle, Ainsi, l'histoire, l'astronomie, la physique, la géologie, ont d'abord donné aux peuples et à la terre des millions d'années; la science perfectionnée a bientôt prouvé que ces exagérations premières venaient du vice des expressions chronolologiques des peuples anciens, ou du défaut de ceux qui plus tard les ont mal interprétées, Ainsi les myriades d'années voulues par les nombreuses dynasties qui ont gouverné l'Égypte ont disparu des qu'il a été prouvé que ees dynasties étaient contemporaines et non successives, On s'est assuré de méme que l'antiquité chinoise ne s'élevait pas au delà de huit cents ans avant Jésus-Christ, et que celle des Hindous demeurait fort au-dessous, On a vérifié que les ohservations astronomiques chaldéennes et celles des Indiens ne vont les unes qu'à sept cent cinquante ans avant, et les autres sept cent cinquante ans apres l'ere chrétienne,

« Méme hommage de la part de la physique et de la géologie. Les premieres notions de ces sciences demaudaient des millions d'années pour amener la formation matérielle que nous présentent les entrailles du globe; mais depuis l'idée heureuse d'y reconnaitre des couches successives, étrangères entre elles, vieilles peut-étre en effet de millions d'années, mais qui, par une observation remarquable et décisive, ne présentent nul vestige quelconque de l'espece humaine; depuis ce moment, disons-nous, qui a conduit naturellement aisoler la couche qui forme notre sol, et daas laquelle tout proclame à chaque pas la catastrophe diluvienue que nous apprend Moïse, alors les dépouilles des animaux enfouis, et le calcul analogique du creusement des fleuves et de l'attérissement des côtes, dont nous sommes les témoins, sont venus certifier et garantir que les travaux physiques de la couche que nous habitons sont tres-certainement en dedans des époques indiquées par nos livres saints. Enfin, il n'est pas jusqu'aux progres de notre civilisation, et à la nomenclature de nos découvertes méme , dont on ne puisse faire une échelle approxumative pour mesurer avec quelque exactitude les temps qui nous ont précédés. Tout ce que nous avons fait dans l'espace de trois ou quatre cents ans nous fait juger de ce qu'on a dà faire avant nous, et nous affirme la jeunesse des nations attestée par Moïse. Mais du reste, comment ne pas appercevoir dans ce patriarche de la révélation les signes éclatants de sa mission divine? Les écrits les plus anciens dela terre sont arrivés jusqu'a nous en dépit des siecles et de leurs nombreux accidents, et les lois dont il fut l'interpréte régisseat encore aujourd'hui un peuple qui, vaincu, proscrit et dispersé parmi toutes les nations, n'a pu cesser d'être une nation.

« Oui, reconnaissons-le, Moise domine au-dessus des générations et des siècles comme une colonne imperissable de vérité, Hérodote, Manéthon, les marbres de Paros, les historiens chinois, le sanskhrit, toutes ces sources les plus anciennes du monde, demeurent de cinq cents, de mille ans au-dessous de lui, Aucun de ees témoignages antiques ne peut l'atteindre, le contredire ni l'affaiblir; au contraire, la nature et les hommes se trouvent. en harmonie parfaite avec ce qu'il dit. Aussi, touchée de ect accord merveilleux, la foi religieuse triomphe; et, frappée d'un tel résultat, l'incrédulité philosophique chancelle : vaineue par ses propres lumières, elle se voit contrainte d'avouer qu'il y a dans tout cela quelque chose de surnaturel qu'elle ne comprend pas, mais qu'elle ne saurait nier, »

Terminons ces réflexions sur la chronologie par le morceau suivant, emprunté au celebre auteur du Genie du Christianisme:

a Depuis que quelques savants ont avancé que le monde portait daus l'histoire de l'homme, ou dans celle de la nature , des marques d'uue trop grande antiquilé, on s'est mis à citer Sanchoniathon, Porphyre, les livres sanskrits, etc. Ceux qui font valoir ces autorités les ont-ils toujours consultées dans leurs sources?

«D'abord il est un pen téméraire de vouloir nous persuader qu'Origéne, Eusthe, Bossuet, Pascal, Fénelon, Bacon, Newton, Leibnitz, Huet et tant d'autres étaient ou des ignorants, ou des simples, ou des pervers parlant coutre leur conviction intime, Cepen-

dant ils ont cru à la sérité de l'histoire de Moïse, et l'on ne peut

COMMENTATRE.

disconvenir que ces hommes n'eussent une doctrine auprès de laquelle notre érudition est bien peu de chose.

« Mais, pour commencer par la chronologie, les savants modernes ont donc dévoré, en se jouant, les insurmontables difficultés qui ont fait pálir Scaliger, Pétan, Usher, Grotius? Ils riraient de notre ignorance, si nous leur demandions quand ont commencé les olympiades; comment elles s'accordent avec les manières de compter par archontes, par éphores, par édiles, par consuls, par regnes, jeux pythiques , néméens, séculaires; comment se réunissent tous les calendriers des nations ; de quelle maniere. il faut opérer pour faire tomber l'ancienne année de Romulus, de dix mois et de trois cent cinquante-quatre jours, avec l'année de Numa, de trois cent emquante-cinq jours, et celle de Jules-Cesar, de trois cents soixantecinq; par quel moyeu on évitera les erreurs, en rapportant ces mémes années à la commune année celtique de trois cent cinquante-quatre jours, et à l'année embolismique de trois ceut quatrevingt-quatre.

» Kt cependant ce ne sont pas Li les seules perplexités touchant les années. L'ancienne année juive n'avait que trois cent cinquantequatre jours ; on ajoutait quelquefois douze jours à la fin de l'an, et quelquefois un mois de trente jours apres le mois Ador, an d'avoir l'année solaire, L'année juive moderne compte douze mois, et proud sept années de treize mois en dix neuf ans. L'année syriaque varie également, et se forme de trois cents soixante-cinq jours, L'année turque ou arabe reconnait trois cent cinquante-quatre jours, el recoit onze mois intercalaires en. vingt-neuf ans. L'année égyptienne se divise en douze mois de trente jours , et ajoute cinq jours au dernier ; l'année persanne , nommé yezdegardic , lui ressemble,

“Outre ces mille manieres de mesurer le temps, toutes ces années n'ont ni les mémes commencements, ni les iémes heures, ni les mêmes jours, ni les mêmes divisions. L'année civile des Juifs (ainsi que toutes celles des Orientaux } s'ouvre à la nouvelle lune de septembre , et leur année ecclésiastique à la nouvelle lune de mars. Les Grecs comptent le premier mois de leur année de la nouvelle lune qui suit le solstice d'été, C'est à notre mois de juin que correspond le premier mois de l'année des Perses, et là Chine et l'Inde parlent de la premiere lune de mars. Nous voyons ensuite des mois astronomiques et civils qui se subdivisent eu lunaires et solaires ,th synodiques et périodiques ; nous voyons des sections de mois en kalendes , iles , décades, semaines ; nous voyons des jours de deux especes, artiliciels el mortels, et qui commencent, ceux-ci, au soleil levant, comme chez les anciens Babyloniens, Syriens , Perses; ceuxlà , au soleil coueliant , ainsi qu'en Chine, dans l'Italie moderne, et comme autrefois chez les Athéniens, les Juifs, et les barbares du Nord. Les Arabes commencent leurs jours à midi, et la Frauce actuelle à minuit, de méme que l'Angleterre, l'Allemagne , l'Espagne, ei le Portugal. Enfiu, il n'y a pas jusqu'aux heures qui ne soient einbarrassantes en. chronologie, en se distinguant en babyloniennes , italiennes et astronomiques ; et si l'on voulait insister davantage , nous ne verrions plus soixante minutes dans une heure européenne, mais mille quatre-vingts scrupules dans l'heure chaldéenne et arabe.

“Que serait-ce, si, par surcroit de perplexité , nous allions nous engager dans les périodes , les éres ou les époques? La periode victorienne , qui parcourt cinq cent trente-deux annees, est formée de la multiplication des égales du soleil et de la lune. Les mêmes égales, mulüpliées par celui d'indiction , produisent les sept mille neuf cent quatre-vingl années de la période julienne. La période de Constantinople, à son tour , renferme un égal nombre d'années à celui de la. période julienne, mais ne. commence pas à la. méme époque. Quant aux éres, ici on compte par l'année de la création, là par olympiade, par la.fondation de Rome, par la naissance de Jésus- Christ , par l'époque d'Eusebe, par celle des Séleucides , celle de Nabonassar , celle des martyrs. Les Tures ont leur hégire, les Persans leur yezdegerdic. On compute encore par les eres. julienne, grégorienne , ibérienne et aclienne, Nous ne parlerons point des marbres

COMMENTAIRE

d'Arundel , des médailles et des monuments de toutes sortes, qui introduisent de nouveaux désordres dans la chronologie. Est-il un bomme de bonne foi qui, en jelant seulement un coup-d'œil sur ces pues, ne convienne que tant de manières indécises de calculer les temps suffisent pour faire de l'histoire un épouvantable chaos ? Les annales des Juifs, de l'aveu même des savants, sont les seules dont la chronologie soit simple, régulière et lumineuse, Pourquoi donc aller, par un zèle ardent d'impiété, se consumer l'esprit sur des chicanes de temps aussi arides qu'indéchiffrables, lorsque nous avons le fil le plus certain pour nous guider dans l'histoire? Nouvelle évidence en faveur des Écritures. »

Origine des arts, des lois et des sciences.

Un éerivain judicieux, M. Goguet, dans son livre de lOrigine des lois, a prouvé que c'est dans la Genèse qu'il faut chercher l'origine des arts, des lois et des sciences.

* Quoique nous soyions bien éloigne, dit ce savant académicien , d'adopter le système de ceux qui prétendent retrouver les héros de la fable dans les patriarches dont parle l'Ecriture, nous ne pouvons méconnaitre, entre quelques-unes des fictions de la mythologie et certains traits conservés dans la Genise, un rapport assez sensible. Le siecle d'or, les iles enchantées, toutes les allégories sous lesquelles on nous représente la féheité du premier âge et les charmes de la nature dans son printemps, toutes celles où l'on a prétendu expliquer l'introduction du mal moral et du mal physique sur la terre, ne sont qne des copies défigurées du tableau que les premiers chapitres de la Genèse offrent à nos regrets...

» Toutes les sectes du paganisme ne sont, à le bien prendre, que des héresies de la religion primitive, puisqu'en supposant toutes l'existenee d'un ou de plusieurs êtres supérieurs à l'homme, auteurs ou conservateurs de l'univers, admettant toutes des peines et des rétompenses aprés la mort, elles prouvent au moins que les hommes connaissent les vérités dont elles sont des abus... La religion naturelle étant du ressort de la raison, et l'étude s'en trouvant liée néeessairement avec celle de l'histoire... c'est dans les livres de Moise qu'il faut commencer cette étude; c'est là que nous trouvons le vrai systeme présenté sans mélange, que nous découvrons les premières traces de La mythologie et de la philosophie ancienne... Moïse n'est pas seulement le plus éclairé des philosophes, il est encore le premier des historiens et le plus sage des législateurs, Sans les secours que nous tirons des livres sacrés, il n'y aurait point de chronologie.

- Les écrits de Moïse ouvrent les sources de l'histoire : ils présentent le spectacle intéressant de la dispersion des hommes , dela naissance des sociétés, de l'établissement des lois, de l'invention et du progres des arts; en éclaircissant l'arigine de tous les/peuples, ils détruisent les prétentions de ceux dont l'histoire va se perdre dans l'abime des siecles, En vain l'incrédulité prétendrait faire revivre ces

abscures chimeres enfantées par l'orgueil et l'ignorance. Tous les fragments des annales du monde, réunis avec soin et diseutés de bonne foi, eoncourent à faire regarder la Genèse comme le plus authentique des anciens monuments. »

Du nom de Cain.

Le nom de Cain est dérivé en hébren d'un verbe qui signifie posséder; i] veut dire possession, richesse, ll parait, par ce nom qu'Éve donna à son fils ainé, qu'elle eut une grande joie de se voir devenue mère. Plusieurs interprètes ont cru qu'Eve s'était imaginée que ce premier enfant était le Rédempteur qui avait été promis et qui devait naitre de la femme. Jonathas, fils d'Uzil, traduit : « J'ai engendré cet homme qui est l'ange du Seigneur, c'est-à-dire le Mcsse commu parmi les Juifs sous le nom d'ange, »

Du nom d'Abel.

Le nom d'Abel signifie vanité, et l'on croit qu'Éxe le donna à son second fils quand elle comprit l'illusion de ses espérances sur l'arrivée aussi prochaine du Redempteur.

Du sacrifice.

Si l'offrande d'Abel fut agréable à Dieu, c'est qu'il présenta à son créateur les prémices du produit de ses troupeaux et qu'il préleva sur ce qui lui était nécessaire ce qu'il consacra au culle de Dieu. Cain, au contraire, réserva les prémices pour lui, et offrit son sacrifice du surplus de ses fruits. C'est ce que l'Écriture remarque en disant simplement de Cain qu'il offrit des fruits de la terre; mais non pas, comme d'Abel , qu'il offrit e meilleur. Si Voffrande d'Abel a été plus généreuse, elle a été plus digne de Dieu, comme saint Paul l'atteste dans ce passage : Fide plurimam. hostiam Abel quäm Cain obtuli Dro. Et Moïse, qui devait prescrire aux Israélites l'offrande des prémices, rapporte cet ‘exemple fort à propos pour faire entrer le peuple dans l'esprit de la loi.

La liberté aprés la chute.

On s'est donné bien de la peine pour expliquer les paroles de Dieu à Cain. Rien de plus naturel que le sens de ces paroles. Dieu dit à Cain : « Pourquoi es-tu triste? Ton sacrifice n'a pas été accepté comme celui d'Abel, parce que tu n'y a pas apporté le méme sentiment. Agis avec la même générosité que lui, et tu auras la méme récompense. N'es-tu pas libre? ne peux-tu pas te commander à toimême ? Tu es toujours libre de faire mieux ; malgré le péché originel, tu as toujours l'empire sur toi-même, quels que soient tes mauvais penchants. » N'est-ce pas là le langage que tous les jours un père de famille tiendrait à ses enfamis pour les corriger? Dieu fait sentir à Cuin qu'Abel et lui ayant les mêmes moyens de se proourer les mêmes faveurs, celui qui ne les ohtient pas ne peut s'en prendre qu'à luiméme et nou à une injuste aceeption de personnes de la part de Dien.

Du bien et du mal.

Le bien et le mal, la notion du juste et de l'injuste, la conscience, toutes ces vérités si essentielles à l'homme, se trouvent confirmées par ces paroles de Dieu. Après la malédiction du paradis terrestre, l'intervention de Dieu était nécessaire pour que l'homme füt persuadé qu'il était toujours libre et capable de mérite et de démérite, bien que sa nature eût été altérée par le péché originel. Ainsi l'homme apres sa chute est demeuré maitre de ses actions, et Dieu le junit très - justement lorsqu'il fait le mal, parce qu'il le fait avec une pleine volonté,

Dieu, dans ces premiers temps, instruisait les hommes par luiméme, soit qu'il le fit par un ange qui le représentait, ou par une voix seusible qu'il leur faisait entendre , ou par une impression vive qu'il formait dans leur esprit.

Des rapports entre Dieu et l'homme.

ce qu'in-

Dieu était resté en communication avec l'homme. C'est

dique ce sacrifice qui ne fut point favorable à Caïn; et nous allons voir dans les versets suivants que Dieu parle à Caïn.

VERSET 11, Malédiction de Cain.

Après la premiére malédiction donnée à la terre, en voici une nouvelle adressée à Cain. La malédiction de Dieu est allée en croissant jusqu'au déluge. Il parait, par différents autres passages, que le premier état de la terre a souffert des alterations successives, De là V'idée des áges d'or, d'argent, de fer, chez tous les peuples. La dernière malédiction, le déluge, porta la dévastation de la terre au point où nous la voyons. Frappée de tant de coups, la terre a souf-

* fert duns elle-même et dans plusieurs de ses productions des changements apportés à l'état et aux besoins de l'homme condamné à une vie de travail. Saint Pierre regardait la terre apres le déluge comme une nouvelle terre, Saint Paul nous représente toute la nature comme aflligée d'avoir perdu sa premiére situation, qu'elle espere. reprendre lorsque l'homme, reproduit de ses cendres, recouvrera V'immortalite.

Désespoir et orgueil de Cain.

La parole de Cain marque la disposition d'une âme qui est tellement plongée dans l'abime de son péché et de ses ténebres, qu'elle ne se met plus en peine d'en sortir et qu'elle renonce ainsi à son salut en perdant l'espérance qui en est la base.

Tout ce dialogue entre Dieu et Cain montre l'orgueil de l'homme dans toute sa nudité, Cain ne veut pas méme fléchir devant Dieu, il ne confesse pas son crime, il cherche à le cacher à Dieu, « M'avez-vous fait le gardien de mon frère? » Yl s'arme contre Dieu de prétextes, On voit ici la marque de cette grandeur pour laquelle Dieu avait créé l'homme , puisque l'homme ne veut pas étre coupable aux yeux de Dieu méme. 1l se fait semblable à Dien, et tend à se montrer indépendant comme lui.

« Quiconque me rencontrera me fuera, » Caïn n'est touché ni d'aucun respect pour la grandeur de Dieu, ni d'aucun amour pour sa bonté. Il ne se met en peine que de lui-même, Il n'aime que lui.

Le poids du péché n'abat point son cœur ; il est accablé, mais il n'est point humilié. I] est en proie au remords; mais il n'appréhende que la justice du ciel, qu'il voit préte à fondre sur lui. Il ne se re-

pent pas.

Sur la malédiction de Cain.

On se demande : Qui est-ce que Cain pouvait craindre? La terre était-elle done alors trés-peuplée? On n'en saurait douter; ear on croit, d'apres des observations tres-exactes, que les hommes s'augmentent du double dans l'espace de trois cent soixante ou trois cent soixante-dix aus. Or, selon cette règle de progression, Abel ayant été tué l'an du monde 128 ou 129, il devait alors y avoir plus de quatre mille âmes : c'est le calcul de M. Whiston. D'autres poussent le calcul beaucoup plus loin : comparant la multiplication connue de la famille de Jacob en Égypte, dans l'espace de cent dix ans, avec la multiplication possible des descendants de Cain, d'Abel et des autres enfants d'Adam, dans l'intervalle de cent trente années, ils en concluent qu'il pouvait y avoir au moins cent mille âmes sur la terre lorsque Cain fit perir Abel.

L'Écriture, dans ce qu'elle dit de la généalogie d'Adam, n'a marqué qu'en passant les descendants de Cain, dont elle ne parle plus

COMMENTAIRE

ensuite, ct s'est contentée de nommer les chefs de la tige des patriarches et de Jésus-Christ. Mais il est certain qu'Adam outre ceux-ci a eu un très-grand nombre d'enfants, qui, pendant sa vie qui a été de plus de neuf cents ans, ont composé des peuples entiers.

Sur le signe de Cain.

Le nombre de sept est pris pour un nombre indéterminée. La plupart des Pères ont cru que ce signe était le trouble de son âme paraissant au dehors, la tristesse et l'abattement de son visage, le tremblement continuel de son corps. Les Septante ont traduit ce passage par ces paroles : « Vous serez gémissant et tremblant, au lieu de fugitif et vagabond, »

VERSET 16, De l'Eden.

4 l'arient d'Éden. Nous avons dit plus haut que la terre entière était le paradis terrestre avant la chute, mais il y avait dans ce paradis un lieu plus beau , le jardin de délices , l'Eden ; et d'apres la Vulgate ce serait à l'orient de ce jardin que Caïn aurait habité. L'htbreu dit: Au pays de Nod,

De la ville bâtie par Caïn.

Cain n'osa donner son nom à la ville qu'il bátit, parce qu'il était en exécration à la terre, « Les deux cités, dit saint Augustin, la cité du siècle et la cité de Dieu sont marquées dès le commencement du monde dans les deux freres : Cuin et Abel. Caïn est l'image des citoyens du monde, Abel est l'image des citoyens du ciel qui se regardent comme étrangers sur la terre. Cain cultive la terre et s'attache à la terre, il bátit une ville, et s'établit dans le ‘monde. Abel, au eontraire, est détaché de la terre ; il choisit le soin des troupeaux comme une occupation plus propre à celui qui ne cherche ici-bas aucun établissement ; il est bien éloigné de bâtir une ville, parce que toutes ses pensées sont dans le ciel, » Tous les saints Pères ont remarqué que Cain est la figure des Juifs et Abel la figure de Jésus-Christ. Cain tue Abel par envie, parce qu'il était juste; les Juifs font mourir Jésus-Christ par envie, parce que la sainteté de sa vie et de sa doctrine leur. était insupportable. Cain, aprés avoir tué son frére, est fugitif et vagabond; les Juifs, ayant fait mourir Jésus-Christ, sont vagabonds sur toute la terre.

De la polygamie.

Lamech est le premier qui épousa deux femmes, contre la première loi que Dieu donna à l'homme dans le paradis terrestre, Après le déluge, la polygamie fut permise pour réparer plutôt le genre humain ; mais Jésus-Christ établissant la loi nouvelle a condamné la polygamie, et il a rétabli la sainteté du mariage telle qu'elle était dans l'origine par l'union indissoluble de l'homme et de la femme.

De Lamech.

Le Père Houbigant traduit ainsi ce passage : « J'ai tué un homme

COMMENTAIRE

qui m'avait blessé, un jeune homme qui m'avait meurtri de coups. Les jours d'un homme qui tue un injuste agresseur doivent être plus en sûreté que ceux d'un làche assassin; rassurez-vous sur mon sort.»

Ballet donne un autre sens. Voici comment il s'exprime : « Rapprochons les circonstances où se trouvait Lamech, étudions l'hébreu, rendons-en le sens. ll ne restera pas la plus légère apparence de diffieulté. Lamech, dit tonjours Bullet, ne s'est point rendu coupable d'homicide; il à épousé deux femmes, contre l'institution primitive du mariage. Voilà son crime, et tout ce que l'auteur sacré lui reproche, Du reste, il à donné le jour à une nombreuse famille où les arts ont été cultivés, Cette infraction contre l'ordre de Dieu a dû contrister Adam et tous les justes. Il à dû esciter contre Lamech la haine et la jalousie. Les épouses de ce premier polygame sont effravees, elles craignent que l'on ne tue Lamech comme Cain a tué antrefois Abel. Lamech, pour les rassurer, leur dit : « Femmes de Lamech, écoutez ma voix. Pourquoi tant vous alarmer? ai-je donc tué un homme par colere? ai-je trempé les mains daus le sang de mon frère? S'il n'est pas permis de tuer Caïn tout meurtrier qu'il est, moi qui, par la polygamie, n'ai fait après tout que donner nuissance à une nombreuse famille, sera-t il permis de me faire mourir? Si eclui qui viendrait à tuer Cain doit être puni sept fois, celui qui me donnerait la mort doit être puni soixante-dix-sept fois sept fois. » Bullet établit toute cette interprétation sur l'hébreu, qui peut préter en effet à ce sens qui n'est cependant pas le plus généralement suivi.

C'est une tradition des Hébreux rapportee par saint Jérôme, que Lamech étant à la chasse, et un jeune homme qui l'accompagnait lui ayant dit qu'une bète était devant lui, la perça à coups de fleches, et que s'en étant approché, il reconnut Cain et tua. le jeune homme, Ona dit que Cain a été tué par Lamech, à la septieme génération, en exéention de la sentence que Dieu avait portée contre lui. « Ge sentiment , dit dom Calmet, a été fort suivi dans l'antiquité, C'est sur cela principalement qu'est fondée l'opinion que Cain a été tué par Lamech , qui forme la septième génération depuis Adam. »

Sur la punition de Lamech.

Lamech dit que si Cain avait été puni sept fois, lui devait l'être septante fois sept fois, parce que Cain n'avait pas eu d'exemple de la maniere dont Dieu devait punir l'homicide, au lieu que la punition de Cain, que Lamech avait eue devant les yeux, ne l'avait pas détonrué de commettre un semblable crime.

Naissance de Seth.

L'Écriture, après avoir donné la généalogie de Cain, dont elle ne doit plus parler, revient à Adam et dit que Dieu, pour réparer la perte qu'il avait faite de son fils Abel, lui donna? Seth qu'il avait choisi pour étre la tige de toute la race des saints, d'où Jésus-Christ devait naître, Son nom*méme marquait ce dessein de Dieu, car Seth signifie fondement dans la langue hébraïque, parce que ce patriarche était la figure du fils de Dieu qui devait être le fondement du monde nouveau, l'Église.

Sur Enos , culle public et religion primitive. Un savant interprète traduit ainsi les premiers mots de ce verset :

* Enos commença à étre appelé ministre de Dieu, parce qu'il apprit aux hommes à honorer Dieu par un eulte public.» Enos n'inventa pas

la religion, parce que la religion n'est pas une. invention humaine ; elle est aussi ancienne que l'homme. Le dex.ir d'honorer Dieu est gravé au fond de no're cœur; mais la manière de l'honorer, lcs cérémonies qui regardent le temps et le lieu, la nature des offrandes et des sacrifices qu'on peut faire à Dieu, et tout cet extériear dela religion , pent être réglé par les hommes. Les Égyptiens se vantaient d'avoir les premiers bâti des temples, érigé des autels On pourrait plus justement les accuser d'avoir corrompu la vraie religion en introduisant dans le monde la superstition avec la pluralité des dieux, On ervit que c'est alors que l'idolitrie commenca, et qu'Enas eut pour but, dans le culte qu'il établit, de séparer les. enfants de Dieu des fils de Satan.

Tous fes chapitres qui precedent le déluge nous montrent la rcligion primitive des hommes, Nous avons vu la liberté, la conscience, les sacrifices, toutes ces grandes vérités. consacrées chez tous les peuples. Nous remarquous iei qme. Dien ne laisse vivre Cain aprés son crime que pour Jui laisser le temps de se repentir. Dieu vent nous prouver par là qu'il ne refuse le. pardon à aucun. des descendants d'Adam, s'ils profitent des moves de salut qui leur sont offerts, On voit aussi que les hommes connaissaient déjà les chátiments qui attendent apres leur mort les conpables qui ne se sont pas repentis, Aussi Tolingbroke avoue que la doctrine de l'immortalité de l'àme et d'un état fulur de récompenses et de châtiments se perd dans les ténebres de la plus haute antiquité. « Elle precede, dit-il, tout ce que nous avons de certain. Dès que nous commencons à débrouiller le chaos de l'histoire ancienne, nous trouvons cette crosance établie de la manière la plus solide dans l'esprit des premières nations que nous connaissons. » Apres le péché d'Adam, avant dele condamner à la mort, Dieu lui promet un rédempteur. En quoi cette promesse pouvait-elle l'intéresser, s'il eût dû mourir tout entier, puisqu'elle ne devait pas s'accomplir pendant sa vie? Dieu dit à Cain : «Si tu fais le bien, n'en recevras-tu pas la récompense? » Cependant Abel, loin de recevoir la récompense de ses vertus en ce monde, a péri par une mort violente et prématurée, Dieu l'auraitil permis, si les hommes n'avaient pas su qu'il existait une autre vie?

APPENDICE

De l'unité de la race humaine, — Des nègres ct de la couleur noire.

Depuis le Cap Out, jusqu'au Cap de Bonne Espérance, tous les habitants de l'Afrique ont la peau noire, mais tons ne sont pas nègres, La couleur chez les uns et chez les. autres tient à l'existence d'un tissu placé sous la peau, et qu'en raison de sa forme ou appelle le corps reticulaire :les mailles de cetissu sont remplies par une liqueus plus ou moins colorée qui détermine la nuance de la peau; mais le nègre proprement dit, outre sa couleur, a une forme de téte particuliere, le front étroit et déprimé, la mâchoire supérieure tres-saillantes, et les pommettes proéminentes, A quoi il faut ajouter des lévres épaisses, un nez écrasé, et de la laine frisée au lieu de cheveux. Cette race malheureuse est au plus bas degré de l'échelle de la civilisation, sans idées religieuses et livrée au plus grossier fétichisme; elle n'a que l'instinct de l'association, comme tous les animaux qui vivent en troupe, Mais les autres. Africains qui ont senlement la peau noire ont tous les traits de la race sémitique ; tous ont une civilisation, et tous surtout un culte quelconque. On ne trouve de negres qu'en Afrique, tandis qu'on rencontre des hommes à peau noire dans plusieurs parties de l'Asie,

Mais la couleur de la peau dépendant de la liqueur dont nous avons parlé, toutes les altérations que subit cette liqueur, par une cause physique ou morale, se montrent sur-le-champ à la peau. Les Albinos, que tout le monde connait, seraient beaucoup plus nombreux en Afrique, sans le soin que prennent les parents d'é'ouffer les

enfauts qui naissent avec cette difformité. C'est au quatrième jour que le petit nègre prend sa couleur , i/ est bane sortant de sa mère. Une soudaine frayeur fait passer au jaune la couleur du negre. Transplantés sur le continent ou dans iles de l'Amérique, où la température est en général moins élevée qu'en Afrique, les nègres ne tardaient pas à perdre cette couleur noire luisante qu'ils ont chez eux, et un observateur exercé distinguait à l'instant, à l'ensemble des traits, un nègre créole d'un nègre africain. Une génération suffisait pour amener des différences, et au bout de trois ou quatre ils devenaient couleur d'acajou.

La couleur est donc une chose purement accidentelle, et on remarque dans l'Inde que les Européens qui s'y. établissent prennent au bout de quelques années la teinte alivâtre qui caraciérise la couleur des gens du pays. Mais le climat seul ne peut pas étre la cause de l'altération de la couleur; car dans ce même pays l'on trouve toutes les nuances, depuis le noir le plus foncé jusqu'au blanc,

Si la couleur n'est qu'un accident, comment la couleur noire at-elle pu s'étendre sur une aussi grande espece dans le monde? Voici un fait qui s'est passé en quelque sorte sous nos veux, et qui nous aidera à concevoir comment les altérations de la peau. peuvent se propager. En 1731, on vit à Londres un homme nominé Lambert et désigné par l'epithéte de l'homme porc-cpic. Tout son corps était couvert d'excroissances dures, grosses comme une ficelle et d'un demi-pouce de long. 11 était né dans la province de Suffolk, et les

COMMENTAIRE

Transactions philosophiques de cette année contiennent la descriptien de cette singuliere apparence, En 1555, il se représente encore; mais alors il avait quaran'e ans, et avail eu six enfants, qui tous arrivés à neuf semaines avaient consamment présenté le méme phénomène que leur pere. Il ne restait qu'un de ces enfants, âgé de huit ans, qui se faisait voir en méme temps. En 1802, les enfants de ce dernier se (rent voir en Allemagne. C'étaient deux frères l'un de 2r ans, et l'autre de 13. Lo docteur Tilésius en a donné une description tres-détaillée; il dit que la totalité du carps, excepié la paume des mains ct la plante des pieds, était ceuverte d'une multitude d'excroissances cornées d'un rouge brun, du-

‘res, élastiques, faisant du bruit en se froissant l'une contre l'autre

lorsqu'on les fruissait avec la main. Les conelusions que M. Baker tire de ce phénomene sont très-justes, surtout lorsqu'on voit la méme forme se reproduire à la troisième génération. « Il parait, dit-il, indubitable qu'une race pourrait être produite par des hommes ayant comme eux une peau rugueuse. Si cela arrivait et que l'origine accidentelle füt onbliée, il n'est pas impossible que cette race ne füt regardée comme une espèce particulière et primitive. Cette considération nous aménerait à concevoir que si l'espèce bumaiue vient d'un seul couple, la peau noire des nègres et plusieurs autres différences de mème genre pourraient tenir aussi à quelque cause accidentelle, »

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