‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 343 sur 1035 · Dominus pugnabit pro vobis, et vos tacebitis · texte numérisé non relu

Dominus pugnabit pro vobis, et vos tacebitis

15. Dixitque Dominus ad Moisen : Quid elamas ad me? Loquere filiis Israél ut proficiscantur.

16. Tu autem eleva virzam tuam, et extende manum tuam super mare, et divide illud : ut gradiantur filii Israël in medio mari per siceum.

17. Ego autem. indurabo cor Ægyptiorum ut persequantur vos : et glorificabor in Pharaone, et in omni exereitu ejus , et in curribus, et in equitibus illius.

18. Et scient /Egvptii quia ego sum Dominus, eùm glorificatus fuero in Pharaone, et in curribus atque in equitibus ejus.

19. Tollensque se angelus Dei, qui przcedebat castra Israél, abiit post eos : et eum eo pariter columna nubis priora dimittens, post tergum

20. Stetit inter castra. Ægyptiorum et castra Israël, et erat nubes tenebrosa et illuminans noctem, ita ut ad se invicem toto noctis tempore accedere non valerent.

21. Cümque extendisset Moises manum super mare, abstulit iliud Dominus flante vento * vehementi et urente totá nocte , et vertit in siccum : divisaque est aqua.

22. Et ingressi sunt filii Israël per medium sicci maris : erat enim aqua quasi murus à dextra eorum et leva.

23. Persequentesque /Ægyptii ingressj sunt post eos, et omnis equitatus Pharaonis, currus ejus et equites per medium maris. |

24. Jamque advenerat vigilia matutina, et ecce respiciens Dominus super castra Ægyptiorum per columnam ignis et nubis, interfecit * exercitum eorum :

25. Etsubvertit * rotas curruum , ferebanturque in profundum. Dixerunt ergo Ægyptii : Fugiamus Israélem : Dominus enim pugnat pro eis contra nos.

26. Etait Dominus ad Moisen : Extende manum tuam super mare, ut revertantur aque ad Ægyptios super currus ét equites eorum.

27. Cümque extendisset Moises manum contra mare , reversum est primo diluculo ad priorem locum : fugientibusque Ægyptiis occurrerunt aqui, et involvit * cos Dominus in mediis fluctibus.

28. Reversæque sunt aqua, et operuerunt currus et equites euncti exercitüs Pharaonis, qui sequentes ingressi fuerant mare : nec unus quidem superfuit ex eis.

X 13. Hébr, : « Demeurez tranquilles à votre place et voyez ce que le Seigneur va faire aujourd'hui pour vous sauver et vous délivrer des mains des Égyptiens; ear, aprés avoir vu aujourd'hui les Égyptiens, vous ne les verrez plus jamais. » C'est le sens du sumaritain. |

ÿ 21. = L'hébreu, selon Rondet, dit par un vent d' Orient impétueux ; la construction du texte marque assez clairement que ce fut

L'EXODE, CHAPITRE XIV

13. Et Moïse répondit au peuple : Ne craignez point, arrétez-vous, et considérez les merveilles que le Seigneur fera aujourd'hui; ear les Egyptiens que vous voyez à présent, vous ne les verrez plus jamais.

14. LeSeigneur combattra pour vous, et vous demeurerez dans le silence.

15. Et le Seigneur dit à Moise : Pourquoi cries-tu vers moi? Dis aux enfants d'Israël qu'ils marchent.

16. Et toi, élève ta verge, et étends ta main sur la mer, et divise-la, afin que les enfants d'Israél marchent au milieu de la mer à pied sec.

17. Et j'endurcirai le cœur des Égyptiens, afin qu'ils vous poursuivent; et je serai glorifié en Pharaon, et en toute son armée, et en ses chars, et en ses cavaliers.

18. Et les Egyptiens connaitront que je suis le Seigneur, quand je serai glorifié en Pharaon, et en scs chars, et en sa cavalerie.

19. Or, l'ange de Dieu, qui marchait devant le camp d'Israël, alla derrière eux, et avec lui la colonne de nuée qui était devant parut derrière.

20. Elle s'établit entre l'armée des Égyptiens et l'armée d'Israël; et la nuée était ténébreuse et éclairait la nuit, de maniere que les deux armées ne purent approcher l'une de l'autre toute la nuit.

21. Et lorsque Moïse eut étendu sa main sur la mer, le Seigneur divisa les eaux par un vent impétueux et . brülant qui souffla toute la nuit, et il mit la mer à sec, et l'eau fut partagée.

22. Et les enfants d'Israël entrèrent au milieu de la mer à pied sec; et les eaux s'élevérent comme une muraille à droite et à gauche.

23. Les Ézvptiens, les poursuivant, entrèrent aprés eux au milieu de la mer, et toute la cavalerie de Phar&on, et ses chars et ses cavaliers.

24. Et déjà la veille du matin était venue, et voilà que le Seigneur regardant à travers la colonne de feu et de nuée le camp des Égyptiens, détruisit leur armée.

25. Etil renversa les roues des chars, et ils furent entraînés au fond de la mer. Les Égyptiens dirent donc : Fuyons ]sraél, car le Seigneur combat pour eux contre nous,

26. Et le Seigneur dit à Moise : Étends ta main sur la mer, afin que les eaux retournent sur les Égyptiens, et sur leurs chars , et sur leur cavaliers.

27. Et lorsque Moise eut étendu la main sur la mer, la mer retourna des le matin en son premier lieu; et les eaux vinrent à la rencontredes Égyptiensqui s'enfuyaient, et le Seigneur les enveloppa au milieu des flots.

28. Et les eaux retournérent et couvrirent les chars et les cavaliers de toute l'armée de Pharaon, qui, en poursuivant Israël, étaient entrés dans la mer, et il n'en demeura pas un seul.

par le souffle méme de ce vent que Dieu sépara les eaux , quoique par lui-même ce souffle ne füt pas capable d'un tel effet. »

X 24. Hébr. autr. : « Jeta l'épousante et la confusion dans toute leur armée. »

Ÿ 25, Hébr. : « I embarrasa les roues de lenrs chariots, en sorte qu'elles allaient lentement. »

X 27. Hébr, autr. : « Les renversa. »

COMMENTAIRE. 273

29. Filii autem Israël perrexerunt per medium sicci maris, et aque eis erant quasi pro muro a dextris et a sinistris :

30. Liberavitque Dominus in die illa Israël de manu AEgyptiorum.

31. Et viderunt Ægyptios mortuos super littus maris, et manum magnam quam exercuerat Dominus contra eos : timuitque populus Dominum, et crediderunt Domino et Moisi[servo ejus.

29. Mais les enfants d'Israél s'avancérent au milieu de la mer, et les eaux étaient comme une muraille à droite et à gauche.

30. Et en ce jour-là le Seigneur sauva Israël de la main des Exvptiens.

31. Et Israël vit les Égyptiens morts sur le rivage de la mer, et la grande puissance que le Seigneur avait déployée contre eux; et le peuple craignit le Seigneur, et crut en lui et en Moïse son serviteur.

COMMENTAIRE

Sur la direction que prirent les Israélites en sortant de l'Egypte.

» Dites aux enfants d'Israël qu'ils retournent sur. leurs pas, et qu'ils campent devant Phihahiroth, qui est entre Magdalum et la mer, vis-à-vis de Béelséphon : vous camperez à la vue de ce lieu sur le bord de la mer. «

Il serait assez inutile de rechercher la situation précise des lieux dont il est ici parlé, non plus que celle des autres endroits où campérent les Israélites dans le désert. Je me contenterai d'avertir ici qu'en lisant ee que dit le texte sacré des divers campements des Israélites , il est bon d'avoir devant les yeux la earte que Le Clerc a faite du chemin que tinrent les Israélites dans le désert jusqu'au passage du Jourdain : cette carte, qui se trouve jointe à son commentaire sur le Pentateuque, m'a paru nette et exacte,

Au reste, il parait, par le verset à du chapitre xiv de l'Exode , que les Israëlites, s'étant apparemment plus avancés vers le midi qu'il ne fallait, pour gagner l'Arabie déserte par l'isthme qui est situé entre la. Méditerranée et la mer Rouge, Moïse, instruit de celte erreur, leur ordonna de se diriger vers le septentrion; ce qu'ils firent, puis ils vinrent camper sur le bord de la mer Rouge, où ils arrivèrent le dix-septieme du premier mois, C'est ainsi que Le Clerc entend ce passage, et spécialement le mot reversi, auquel dom Calmet donne une interprétation trés-opposée à celle de Le Clerc, mais enlérement contraire à la raison. « Comme les Israëlites, dit ce Père, continuaient leur route par le chemin ordinaire qui conduit de la Basse-Égypte au mont Sinai par l'isthme, Moïse , par l'ordre de Dieu, fit retourner le peuple du septentrion au midi, et le fit camper sur le bord de la mer Rouge. « Mais comment dom Calmet, dans cette marche, peut-il dire que les Tsraélites. retournérent du septentrion au midi? N'est-il pas évident qu'ils n'avaient pas encore cessé de gagner le midi depuis qu'ils marchaient ? On voit bien que dom Calmet, uniquement occupé d'aller placer les Israéhites dans un lieu susceptible du passage miraculeux de la mer Rouge, leur fait, contre loute raison, chercher à mettre celte mer entre eux et l'Arabie déserte, oà ils avaient envie d'aller; au lieu qu'il est comme certain qu'ils cherchaient à éviter cette mer, qui leur devait paraitre un obstacle invincible à leur route, dans l'ignorance où on doit supposer qu'ils étaient du miracle que Dieu allait opérer en leur faveur.

Armee de Pharaon.

«Il fit donc préparer son chariot de guerre, et prit avec lui (tout) son peuple. »

On voit par ce verset que l'usage des chariots de guerre était trésancien, et que les Égyptiens s'en servaient dés le lemps de Moise ; car alors, comme remarque fort bien en cet endroit dom Calmet T l'Égypte n'était pas encore coupée par un grand nombre de canaux, qui y rendirent depuis la cavalerie et les chariots inutiles,

Et omnem. populum suum assumpsit secum. Expression hyperbo-, lique qui signifie seulement une grosse armée, Au reste, Moïse n'a pas jugé à propos de dire combien elle contenait de combattants. Josephe (Ant, liv. IT, chap. xs) la compose. de 600 chariots de guerre 50,000 cavaliers et 200,000 hommes de pied.

VERSET 16, Division des eaux de la mer Rouge.

Ces paroles semblent certainement annoncer un prodige qui va arriver; car enfin il est clair, par les livres de Moise, que Dieu n'ordonna jamais à ce législateur d'étendre sa Terge d'une maniere solennelle, sans qu'il soit arrivé quelque prodige. Ne füt-ce pas la verge de Moïse qui fut la cause occasionnelle de toutes les. merveilles qui S'opérérent en Égypte et dans le désert? Mais en quoi consista précisément le prodige qui est rapporté dans ce chapitre xiv de l'Exode ? Ces mots, divide illud (id findito, Le Clerc}, paraissent favoriser le grand miracle » des eaux de la mer divisées, puis suspendues des deux rôtés de l'ouverture qui servit de passage aux Israëlites. » Le Clere, qui rejette ce prodige, a ainsi paraphrasé les mots, id findito, fac ut aque discedant , ce qui n'exprime point du tout la force dit mot dividere, findere, Aqua divisio, et aque discessio, sont certainement deux choses trés-différentes, Voici donc comme j'expliquerais tout naturellement le verset en question : « Et pour vous, étendez la main sur la mer, élevez votre verge et touchezen les eaux, et les Israëlites passeront à pied sec par cet endroit que vous vovez à present rempli d'eau.

Ce que signifie le mot endurcir.

« La sainte Écriture, dit Leibnitz , va jusqu'à dire que Dieu endureit quelquefois les méchants pour montrer sa puissance en les punissant. Cet endurcissement ne doit pas être entendu comme si Dieu y imprimait une espèce d'anti-grâce, c'est-à-dire une répugnance au bien, ou méme une inclination. au mal; mais c'est que Dieu, ayant considéré la suite des choses qu'il a établies, à trouvé à propos, pour des raisons supérieures, de permettre que Pharaon, par exemple, fût dans des circonstances qni augmentassent sa méchanceté, et que la divine segesse a voulu tirer un bien de ce mal, »

Sur le miracle de la mer Rouge.

« Parmi les miracles de Moise, il n'en est aucun qui embarrasse et qui fatigue plus l'irréligieuse incrédulité que le memorable passage de la mer Rouge; aussi n'enest-il aucun contre lequel l'ignorance et la déraison aient enfanté plus d'ahsurdes spéculations, plus d'extravagantes hypothèses. Que n'a-t-on pas imaginé et publié pour rendre équivoque et suspecte la vérité de ce fait historique, où pour en affaiblir la force et l'autorité !

On a dit que le peuple hébreu, pour passer en corps d'armée e! de nation de la terre de Gessen dans la terre de Chanaan , n'avait pas besoin de traverser la mer Rouge , puisqu'il existait alors, et qu'il existe encore aujourd'hui, entre la mer Méditerranée et la mer Rouge , une assez grande langue de terre, par où, en prenant la route la plus simple et la plus courte, il pouvait sortir de la domination de Pharaon et se mettre en possession de la terre promise à ses peres, Comme si les corps d'armée et de nation devaient ou ponvaient toujours, daus leur marche, se monvoir par la route la plus simple et la plus courte! Il est clair que ceux qui ont imaginé une semblable ressource, pour dispenser le peuple hébreu du besoin de passer la mer Rouge, n'ont jamais fait de campagne militaire à la suite des généraux les plus renommés.

“ Dans le temps où le peuple hébreu fut forcé, par l'injustice et par la tyrannie, à quitter l'Égypte, où selon le droit des gens il devait former un peuple libre, et où l'odieuse loi du plus fort l'avait réduit au plus insupportable esclavage, lé fameux isthme qui ugit l'Asie à l'Afrique, et qui sépare la mer Médilerranée de la mer Rouge, etait occupé et gardé par les barbares et féroces nations des Chananéens el des Amorrhéens , qu'il aurait fallu combattre et tail'er en pieces sur leur propre sol et dans leurs propres retranchements , dans une infinité de combats successifs, pour s'y ouvrir un passage du couchant au levant, vers la terre promise : ee qui était alors visiblement impossible au peuple hébreu, qu'assiégeaient et que poursuivuient, du côté du couchant , les nombreuses armées de Pharaon, Dans cette situation de choses, le peuple hébreu n'avait d'autre parti à prendre, en altendant les secours surnaturels du dieu des armées, que de chercher à se faire jour, les armes à la main, du côté du midi, en cétoyant la mer Rouge; et tel est le parti qu'il prit et le. plan. qu'il suivit jusqu'au moment où, enfermé de toute part entre l'armée egyplienne et la mer Rouge, il ne pouvait échapper à sa perte entiére et totale que par le miracle méme qui le sauva, et qui devint pour lui et pour la postérité la plus intéressante et la plus mémorable des époques , puisque l'existence méme de la nation eu était et l'effet toujours visible et le monument toujours durable.»

La narration de Moise indique assez clairement que, pendant la nuit qui suivit l'arrivée des Égyptiens à la vue de la mer Rouge, les Israélites traverserent cette mer. Ce que les Égyptiens ayant su, sans attendre le retour du jour, s'engagerent là méme nuit dans la route que venaient de tenir les Israclites , et y furent tous submergés par les eaux vers le point du jour.

Mais quelles furent en particulier les circonstanees de l'heureux passage des Israélites et de la submersion des Égyptiens?

L'opinion commune, que dom Calmet a tâché de défendre dans une dissertation expresse sur ce fameux événement, suppose, comme incontestable, qu'il se fit en cette occasion un des plus grands miracles qu'il y ait jamais eu.

« Moïse, dit-il, ayant élevé sa verge sur les eaux de la mer par ordre de Dieu, on les vit tout à coup se diviser et laisser une vaste ouverture qui fut capable de donner passage à un grand nombre de personnes; et pour faciliter la marche des Israélites au milieu des eaux, Dieu fit lever un vent violent qui rendit le fond de la mer assez solide et assez sec pour y pouvoir marcher sûrement, Cependant les Israélites passent par l'ouverture qui venait de se faire

COMMENTAIRE

dans les eaux, ayant des deux côtés de leur passage comme deux montagnes d'eau suspendues en l'air, et gagnent ainsi l'autre. côté du golfe avant la fin de la nuit, Les Égyptiens, instruits du passage des Israélites, ne se donnent pas seulement le temps d'attendre le retour du jour, et se mettent en marche à la poursuite de leurs ennemis : ils ne font aucune difficulté. de s'engager à leur imitation dans l'ouverture que leur présentait la mer encore divisce; mais des qu'ils s'y furent engagés , la terreur les saisit, ils voulurent done regagner les bords d'oü ils étaient partis, d'autant plus que l'air était tout en feu par les tonnerres et les éclairs que Dieu faisait paraitre de toutes paris, ce qui ne faisait qu'augmenter leur trouble et leur persuadait que le ciel combattait contre eux; mais les eaux, qui jusqu'alors étaient demeurées suspendues à leurs côtés, sc réunirent et les ensevelirent tous sous les flots. Telles furent, selon dom Calmet, les circonstances particulières du famcux passage de la iner Rouge. »

Quelques-uns , et spécialement saint Thomas et Grotius, ont cru que les Hébreux ne traverserent pas la mer Rouge d'un bout à l'autre, mais qu'ils remontérent simplement de l'endroit où ils étaient à un autre endroit un peu plus haut, en faisant comme un demicercle dans le lit de la mer. Au reste, ils reconnaissent un vrai miracle dans ce qui arriva alors; mais ils ont embrassé ce sentiment pour éviter une difficulté qui les choque dans l'opinion qui veut que les Hébreux aient traversé la mer d'un bout à l'autre : cette difficulté consiste en ce que les Hebreux , etant. sortis du lit de la mer Rouge, se trouvirent dans le mène désert d'Etham, d'où ils étaient parus le jour précédent, et y marchérent encore trois jours jusqu'à leur arrivée à Mara, comme il parait par le verset 8 du chapitre xxxutt du livre des Nombres. Or, le désert d'Ethain était le long des côtes occidentales dela mer Rouge, comme il parait par le verset 20 du chapitre xit: de l'Exode; donc les Hébreux ue firent que remonter le long de ces côtes, sans passer au delà de la mer, oü le desert d'Ethan ne s'étendait point. Mais il est facile de répondre à cette difficulié, en disant que le désert d'Etham s'ctendait apparemment tant sur les côtes orientales de la mer Rouge, que sur les côtes occidentales, quoique la ville d'Etham, dont il tirait son nom, füt située sur la côte occidentale de la mer ; de plus, il n'est pas aisé de concevoir comment le vent pouvait faire dans les eaux un. chemin demi-circulaire, Il est bon de remarquer ici que le savant Bonírenius croit que le désert d'Etham s'étendait au delà méme de la mer Rouge,

Ceux qui ne veulent pas qu'il y ait eu rien de miraculeux dans le passage de la mer Rouge par les Hébreux disent que Moise, ayant longtemps vécu sur les bords de cette mer, ct connaissant parfaitement l'heure et la hauteur de son flux et reflux , et la nature de ses côtes, se servit trés-à propos de cetie connaissance pour délivrer son peuple à la faveur du reflux ; au lieu que les Égyp'iens, s'étant mis inconsidérément dans son lit au temps du flux , furent tous ensevelis sous les eaux qui les y surprirent,

Le Clerc, dans une dissertation qu'il à faite sur cette matiere, a embrassé une opinion qui tient le uulieu entre l'opinion de ceux qui croient que les Hébreux passerent la iner Rouge pendant son reflux, sans l'aide d'aucun miracle, et l'opinion de ceux qui regardent ce passage comme surnaturel et extraordinaire : il reconnait donc un vrai miracle en cette occasion; mais il fait consister toute la merveille en ce que Dieu fit lever un vent impétueux et extraordinaire qui augmeuta le reflux, qui découvrit une plus grande étendue du fond de la mer, qui soutint les eaux plus longtemps et retarda leur flux en faveur des Israélites; enfin qui leur facilita de beaucoup le passage qu'ils firent d'un bord à l'autre, mais qu'ils ne firent qu'à la pointe de la mer Rouge, dont le bras en cet endroit est trés-petit et d'un trajet fort peu considérable.

Mais cette opinion paraitra insoutenable à quiconque fera attention que la mer ne reflue pas tout à coup, mais que les eaux s'éloignent du rivage d'une maniére insensible pendant l'espace de six

COMMENTAIRE

henres , après lesquelles elles s'enflent et regagnent leur lit pendant six autres heures. Comment done conceveir que près de deux millions de personnes aient pu passer la mer pendant l'espace de six ou sept heures? D'ailleurs, en contestant le miracle, quelles difficultés ce passage ne présente-Lil pas? Car le lit de la mer devait être nonseulement humide, mais couvert de vase et de limon ; d'ailleurs combien peu d'hommes pouvaient s'y engager au commencement et à la fin de la marée! Il vaut done mieux accepter le miracle en entier et dire que Dieu , par sa toute-puissance, a aplani toutes les difficultes qui pouvaient s être contraires.

Les prètres d'Héliopolis convenaient que Moïse s'était frayé miraeulensement un passage à travers les flots (Eusèbe, Prep. év., t. EX, 27 ). M. Schaw parle de la vallée où les Israélites étaient au moment où ils furent poursuivis par Pharaon. « Cette. vallée, dit-il (dans son Fovege de Barbarie e! du Levant, 1. 11), se termine à la mer Rouge par une petite baie qui se forme des extrémités crientales cidessus décrites, et s'appelle £/a5 eni Israël, ou route des Israclites, en vertu d'une tradition qui s'est conservée jusqu'à ce jour parmi les Arabes, et qui porte que ce penple traversa cette mer.

Voilà done un témoignage du plus grand poids, celui des Arabes, qui, avant toujours habité les rivages de la mer Rouge, ont perpétué la mémoire de ce passage miraculeux par un nom qui en rappelle le souvenir,

VERSET 23 Les Égyptiens engloutis dans les flots.

x Voila, dit le Père Touron, quelle fut la fin de ces hommes follement iucrédules, qui avaient affecté de mépriser la parole de Dieu, ses ordres, ses menaces, ses châliments, Dix miracles de punition les avaient domptés sans les convertir. La sortie d'Israël de l'Égypte, avec toutes ses circonstances, pouvait être considérée comme un nouveau prodige d'autant moins équivoque qu'il avait été souvent prédit. Mais Pharaon et ses semblables voulaient bien passer pour des iacrédules décidés, et leur folle incredulité achexa de les perdre. »

Comment les cadavres des Égyptiens furent jetés sur le bord de la mer.

Et viderunt. Ægyptios mortuos super littus maris, Ce ne fut pas sans un effet miracnleux de la puissance de Dieu que les corps des Égyptiens furent jetés aussitôt au bord de la mer, dit ici dom Calmet, puisque naturellement les cadavres demeurent quelques jours dans l'eau avant que de venir au bord. Mais le texte sacré dit-il, comme dom Calmet le suppose gratuitement, que les corps des Égyptiens furent jetés au bord de la mer aussitôt après avoir été engloutis dans les eaux ? Les Israélites , qui cótoyerent plusieurs jours la mer Rouge, ne les trouvérent peut-étre sur ses bords qu'au bout de quelques jours, Peut-être encore faut-il ainsi expliquer ces paroles, et viderunt. Ægyplios mortuos. super littus maris : Et du rivage les Israélites virent les Égyptiens périr dans les eaux. I] est done très-inutile de s'épuiser ici en conjectures pour expliquer comment les corps des Égvptiens purent étre tous portés sans miracle sur le bord de la mer où étaient passés les Israélites; car le texte sacré ne dit point du tout que tous les corps des Égyptiens furent jetés sur le bord arabique; et ces mots, Ægyptios mortuos, pris dans leur sens naturel , n'ont jamais signifié que plusieurs corps morts, et non pas fous. Quant à ce que dom Calmet dit aprés Le Clerc, où plutôt après Josèphe (Ant, liv. II, chap. xvr), que les Israélites profitérent des armes et des riches dépouilles de l'armée

égyptienne, cela peut élre vrai en partie, mais le texte sacré ne le dit point,

* Justin l'historien, dit de Villemer, après avoir raconté toute l'histoire de Joseph, lui doune pour fils Moïse : il dit que les Égyptiens chassérent le peuple hébreu à cause de sa lèpre; que ce peuple, en pertant sous la conduite de Moise, emporta les dieux des Egyptiens et fut poursuivi par eux; mais que les Égyptiens furent détruits par une tempéte; que Moïse conduisit sou peuple dans le désert, et arriva au mont Sinai le septième jour, qu'il consacra comme jour du repos. Ce récit , quoique altére , rend un témoignage non suspect à nos ceritures, »

Témoignage des anciens sur les prodiges opérés en Égypte.

Ces prodiges, écrits par une main divine dans l'histoire sacrée , n'ont pu se dérober entierement à la connaissance des historiens profanes, Hérodote et Diodore de Sicile rapportent, d'après les traditions égyptiennes , que l'histoire de Phéron, fils de Sésostris, était remplie de merseilles et de prodiges; que, sous son règne, le Nil causa beaucoup de ravages; que l'Égypte fut affligée de plusieurs plaies ; que ce prince, enivré de son pouvoir et de sa grandeur, porta l'extravagance et l'impieté jusqu'à s'en prendre aux dieux mêmes; que le ciel le punit et qu'il fut frappé d'aveuglement (Hérod., 1I, 8; Diod., T, 37). Dans ce récit énigmatiqne de l'Exode, il est aisé de recounaitre l'adresse des prétres égyptiens à envelopper de beaucoup de fables cet événement, qui couvrait l'Égypte de confusion , expasait à la lumière des temps l'impuissance de ses dieux, et leur dextérité merveilleuse à faire servir à leur religion les prodiges que Dieu avait opérés pour sauver les Hébreux. Ainsi, dans les annales sacrées de l'Egypte, on trouvait le fond de l'histoire du Pharaon persceuteur.

Sésostris , suivant Manéthon, régna cinquante-neuf ans, et ayant commence l'an 15:t, il mourut l'an 1570, c'est-à-dire deux ans entiers avant l'Exode. Son fils, auquel Hérodote donne le nom de Phéron , fut un prince faible et de peu de mérite; plusieurs croient qu'il est le Pharaon de la Bible.

Ce ne sont point des miracles faits en secret que Moise rapporte; ce sont des faits publies passés en présence de tout le peuple, sur lesquels il prend ce peuple lui-mème en témoignage. Or, quel miracle ne serait-ce pas qu'un homme eut, en effet, persuadé à ce peuple qu'il avait traversé la mer à pied sec, tandis que cela était faux. Si Moise avait eu assez d'impudence pour controuver un fait de cette nature, aurait-il trouvé un auditeur ? Le peuple juif, murmurateur par caractère, n'aurait-il pas contredit l'historien ? Cela est au-dessus de la nature et des plus grands miracles,

On trouve dans ce chapitre le cantique d'actions de gráces chanté par les Israélites après le passage de la mer Rouge.

» L'usage des cantiques, dit ici dom Calmet, était de conserver la mémoire des grands événements, comme il parait par l'Ecriture- Sainte et par la coutume ancienne de plusieurs peuples, savoir, entre autres les Gaulois, les Germains , les Bretons, etc. Le cantique rapporté dans le chapitre xv de l'Exode est la plus ancienne poésie que nous ayons, quoique apparemment elle ne soit pas la première qui ait élé faite. Au reste, les savants sont fort partagés sur la nature de la poésie des anciens Hébreux, comme il parait par la dissertation que dom Calmet a faite sur cette matière, dans laquelle, aprés avoir rapporté les divers sentiments de plusieurs savants, et spécialement celui de Merbonius qu'il traite fort mal, il penche à

croire que la poésie des anciens Hébreux ne consistait que dans la noblesse et l'élévation des penstes, dans la hardiesse des expressions, dans un discours, en un mot, plus fleuri et plus animé que le discours ordinaire, sans aucun assujettissement à des règles d'une

L'EXODE, CHAPITRE XV

poésie méthodique, tels que sont, par exemple, la quantité de la poésie grecque et latine, ou les rimes de la poésie francaise. Le docteur Lowth croit le contraire, il croit que les chants des Hébreux étaient écrits en vers.

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