Tu ne déroberas point
16. Tu ne porteras pas de faux témoignage eontre ton prochain.
mensonge. »
y 8. Au lieu de memento, le samaritain met ici odserva, X 10. L'expression, in eo, n'est pas dans l'hébreu , mais elle est
dans le samaritaig.
17. Non coneupisces domum proximi tui, nec desiderabis uxorem ejus, nou servum, non aneillam, non bovem, non asinum , nec omnia quie illius sunt.
18. Cunctus autem populus videbat voces et lampades, et sonitum buccinæ , montemque fumantem : et perterriti ae pavore coneussi , steterunt procul ,
19. Dicentes Moisi : Loquere tu nobis , et audiemus ; non loquatur nobis Dominus, ne forte moriamur.
20. Et ait Moises ad populum : Nolite timere : ut enim probaret vos venit Deus, et ut terror illius esset in vobis, et non peccaretis.
21. Stetitque populus de longé. Moises autem accessit ad caliginem in qua erat Deus.
22. Dixit prætereà Dominus ad Moïsen : Hae dices filiis Israël : Vos vidistis quod de ealo locutus sim vobis.
23. Non facietis * deos argenteos, nec deos aureos facietis vobis.
24. Altare de terrá facietis mihi , et offeretis super eo holocausta et pacifica vestra , oves * vestras et boves , in omni loco in quo memoria fuerit nominis mei * : veniam ad te, et benedicam tibi.
25. Quod si altare lapideum feceris mihi, non ædificabis illud de sectis lapidibus : si enim levaveris eultrum super eo, polluetur.
26. Non ascendes per gradus ad altare meum, ne reveletur turpitudo tua.
X 23. Wébr. : « Non facietis mecum. »
X 24. Samar, : « De vos brebis et de vos hœufs. »
Ibid, Mébr. el sam. autr. : « En quelque lieu que j'établisse la mémoire de mon nom pour y étre invoyné, je viendras là à vous et jc
COMMENTAIRE
17. Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain, tu ne désireras point sa femme ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui est à lui.
18. Or, tout le peuple voyait les éclairs et la fumée de la montagne, il entendait les tonnerres et le son de la trompette ; et, épouvantés et frappés de terreur, tous se tinrent au loin ,
19. Disant à Moïse : Parle-nous, et nous t'écouterons ; mais que le Seigneur ne nous parle point, de peur que nous ne mourions.
20. Et Moïse dit au peuple : Ne eraignez paint ; car Dieu est venu pour vous éprouver, ct afin que sa crainte soit en vous et que vous ne péchiez point.
21. Le peuple done se tint au loin; mais Moise s'approcha de l'obscurité où était Dieu.
23. Le Seigneur dit ensuite à Moïse : Voici ce que tu diras aux enfants d'Israël : Vous avez vu que je vous ai parlé du haut du ciel.
23. Vous ne vous ferez point de dieux d'arzent, et vous ne vous ferez point de dieux d'or.
24. Vous me ferez un autel de terre, et vous offrirez sur cet autel vos holocaustes et vos hosties pacifiques, vos brebis et vos bœufs, dans tous les lieux ou sera la memoire de mon nom; je viendrai à vous et je vous bénirai.
25. Que si vous me faites un autel de pierre, vous ne l'édifierez point de pierres taillées; si vous levez le eouteau sur l'autel, l'autel sera souille.
26. Vous ne monterez point par des degrés jusqu'à mon autel , afin que votre nudité ne soit pas à découvert.
vous bénirai, » La Vulgate peut être ramente facilement à ce sens , qui est bien plus juste, par un léger changement de ponctuation : " Over vestras ct boves ; in omni loco in quo memoria fuerit nominis mci, veniam ad te et benedicam tibi, »
COMMENTAIRE
Du temps de la loi écrile.
a Les temps de la loi écrite commencent, dit Bossuet. Elle fut donnée à Moïse 430 ans après la vocation d'Abraham , 856 ans après le déluge, et la méme année que le peuple hébreu sortit d'Egypte. Cette date est remarquable, parce qu'on s'en sert pour désigner tout le temps qui s'écoule depuis Moïse jusqu'à Jésus-Christ, Tout ce temps est appele le temps de la Joi écrite, pour le distinguer du temps précédent qu'on appelle le temps de la /oi de mature, où les hommes n'avaient pour se gouverner que la raison naturelle et les traditions de leurs ancêtres, »
Notre culte est dii à Dieu.
Dieu a-t-il besoin de notre culte? disent les incrédules, et pour-
quoi l’exigerait-il? Notre culte n'est, à la vérité, nécessaire ni à la gloire essentielle de Dieu, ni à son bonheur; mais il ne lui est pas
moins dà, et la raison , la conscience ne nous en font pas moins un devoir. Le lui rendre est une chose bonne, approuvée et prescrite par Ia loi naturelle ; le lui refuser est une chose mauvaise, c'est ingratitude, injustice et révolte.
Or, puisque Dieu, par sa providence, se mêle des choses humaines, il approuve nécessairement ce qui est bien, et il condamne re qui est mal; infiniment sage, il veut que l'homme arrive à sa fin par l'observation des lois qui lui ont été prescrites ; infiniment juste, il exige tout ce qui est dans l'ordre de la justice, il prescrit l'ac complissement des devoirs et en venge l'infraction; il ne peut luiméme dispenser du culte qui lui est dà, ses attributs s'y opposent. Ainsi un Dieu, une religion, l'un ne peut être sans l'autre, et il ns a point eu de peuple sans religion, comme il n'y en a point eu sans la foi à la Divinité,
VERSET 4, Pourquoi Dieu défend les images.
ll est. clair que Dieu ne défend ici les images qu'en la maniere qu'il l'explique lui-même , c'est-à-dire pour les adorer et pour leur
COMMENTAIRE
rendre un culte idolátre; autrement il faudrait dire que Dieu s'est contredit lui-même, puisque peu de temps après il ordonne à Muise de faire des images de chérubins, qui devaient couvrir l'arche de leurs ailes; qu'il lui fit élever dans le désert le serpent d'airain, et qu'il ne témoigna jamais désopprouver les figures de Ixrufs et d'autres animaux qui elaient dans le temple de Salomon. Il est done contre la raison ct I bonne foi de s'autoriser de ces paroles, comme font les protestants, pour taxer d'idolátrie l'honneur. que l'Église catholique rend aux images de Jésus-Christ et des saints.
Sur les punitions infligces par Dieu aur enfants des impies.
On peut regarder ces paroles, disent plusieurs interprètes, comme une hyperbole que Dieu a employée expres. pour donner aux Hébreux une plus grande horreur de lidolátrie. En effet, comment se pourrait-il faire que Dieu, qui est infiniment juste, punit des enfants innocents pour des peres coupables ?
* Quelle injustice! s'écrie-t-0n; punir les enfants pour les crimes des peres! Fut-il jamais une conduite plus barbare et plus tvrannique?
» Pour faire cesser ces plaintes, quelques interpretes répondent que ce ne sont que les enfants. qui imitent les péchés de leurs peres qui ont part à leur chátiment,
* Cette solution serait péremptoire si elle était solide; mais elle ne parait pas telle, et il semble qu'elle n'a été trouvée que pour le hesoin.
«1° L'Éeriture parle des enfants en général, sans distinguer les eriminels des innocents. C'est donc ici le cas de la règle de droit, que nous ne devous point distinguer oit la loi ne distingue pas.
« 2° Si ces menaces ne rezardaient que les enfants impies comme leurs peres, Dieu ne les aurait pas bornées à la troisième et. quatrième génération, puisqu'il punissait aussi à la septième et buitième génération les enfants vicieux.
» 3* Quel est l'objet de cette menace? Le pire criminel que l'on vent punir, et en lni-méme et en ce qu'il a de plus cher, c'est-à-dire en ses enfants, qui souffrent quoiqu'ils ne soient pas coupables, ce qui augmente la peine du père, parce qu'il est l'unique cause de leur malheur, sentiment qu'il n'éprouverait pas si ses enfants étaient aussi criminels que lui.
» 4° Dieu promet de faire sentir aux enfants de ceux qui l'aiment les effets de sa miséricorde, sans supposer aucun mérite de leur part, et uniquement parce qu'ils descendent d'un père vertueux. Il fast done, pour conserver l'opposition que le Seigneur. met entre les chátiments et les récompenses, que les enfants des impies partagent leurs peines, sans aucun démérite de leur part, et uniquement parce qu'ils descendent d'un père criminel.
» 5° Nous voyons dans l'Eeriture les descendants des Juifs idolátres qui, pour leur impieté, avaient été conduits captifs à Babylone; nous voyons, dis-je, leurs descendants sincerement attachés au Seigneur, pleurant avec amertume les fautes de leurs pères, sans pouvoir, par leurs larmes, abréger le temps que Dieu avait marqué pour leur servitude.
» Avant de donner la véritable solution de la difficulté que nous examinons ici , on fera quelques observations préliminaires.
« 1° Les menaces renfermées dans le premier commandement ne regardent que l'idolàtrie, comme il parait par tout ce qui les précède. Cela se prouve encore par le second commandement , où Dieu fait une menace différente, car il se contente de dire qu'il ne tiendra point pour innocent celui qui aura pris son nom en vain.
- 2? Le Seigneur avait déclaré aux Israélites qu'il voulait être non-seulement leur Dieu, mais encore leur roi, sous la condition
qu'ils n'auraient point d'autre Dieu ni d'autre souverain que lui. Ce peuple accepta avec joie une convention si honorable et si avantageuse. Dés lors un Israclite qui, renoncant au culte du Seigneur, adorail les dieux étrangers , devait étre regardé comme un sujet qui se révolte contre son maitre, comme un criminel de lese-majesté , comme un homme coupable de haute trahison au premier chef,
= 3* Les chätiments et les récompenses que le Seigneur annonce dans l'Exode et le Deutéronon:e pour récompenser la fidélité de sou peuple à son serviee, et pour punir le culte qu'il rendait à des dierrx étrangers, ces châtiments, dis-je, et ces récompenses sont temporels. On s'en convainera en lisant le chapitre x:zx. du Deuteronome , depuis le verset 16 jusqu'à la fin. Le Seigneur, pour attacher plus fortement les Israélites à son culte, avait ajouté des peines et. des recompenses en cette vie aux peines et aux récompenses de l'autre,
* Répondons à présent à la difficulté, — *
* Dans tous les états on. confisque trés-justement les. biens d'ca rebelle; on le. dégrade, on lui ôte des charges qui étaient héréd;taires dans «a. famille; par là les enfants sont réduits à la pansrete , sont privés des emplois dont ils eussent. été pourvus, vivent durs l'obscurité et dans la misère, Ce que souffrent les descendants de cr rebelle n'est pas unc punition proprement dite, c'est une suite n3turelle des choses humaines : mais c'est une augmentation de chátiment pour le prre qui sent redotb'er ses maux en vorant sa po térité malheureuse par sa faute,
* Voilà précisement le cas des Tsrnclites idolátres ; céciaent di sujets rebelles à leur sonverain : Dieu a done pu, pour les punir, leur ravir leurs hiens, permettre qu'ils. fussent cpprimes per leurs ennemis , les laisser gémir dans la servitude , groique ces calamites retombassent eo partie sur leurs descendants, Telle cst, en effet, Ja conduite que le Seigneur a tenue lorsque ce peuple iugrat a quitte son culte. Le livre des Juges n'est qu'un tissu. de ces effrayantes punitions; mais jamais les menaces du Seigneur ne furent aecomplies plus pleinement que dans la captivité de Babylone , qui s'étendit jusqu'à la quatrième génération,
» Si cette conduite était juste, dira-t-on, ponrquoi , lorsque les Israélites s'en plaignirent pendant cette captivité, Dieu leur promiiil de ne la plus tenir à l'avenir? Pourquoi? Parce qu'elle n'était plus nécessaire. Ce peuple fut si frappé de ce terrible châtiment, qu'il n'eut plus daus la suite que de l'horreur pour les idoles , «t qu'il s'attacha au Seigueur avec une fidélité inviolable. »
Sur le précepte du sabbat.
Voilà le précepte formel et positif d'observer le sedbas, mot le breu qui signifie repos; on nomme ainsi le septième jour auquel Dieu ordonna aux Hébreux de e s'abstenir de tout travail, » parce que ce jour, comme le dit expressément le verset 11 de ce chapitre, devait leur rappeler la mémoire du repos que Dieu avait pris « ie septième jour, » apris la formation de l'anivers,
La peine de la violation du sabbat était la mort, comme le monte le chapitre xv. du livre des Nombres, Ou peut aussi observer ici, avec dom Calmet , que les paiens donnaient indifféremment le nom de sabbat à toutes les fétes des Juifs : ainsi Horace a appelé la Ncoménie sabbata tricesima; et comme les Juifs jeünaient dans quetques-unes de leurs féles, par exemple, au jour de l'expiation sokonelle, les paiens ont avancé qu'ils jeünaient le jour du sabbat, « qui néanmoins n'est pas vrai,
Avant que de quitter cette matiére, j'obsercerai que ces mots , intrà porías tuas, du verset de ce chapitre, semblent supposer que les Hébreux avaient en leur possession quelques villes lorsque le pre. cepte d'observer le sabbat leur fut donné ; il est cependant certain qu'ils étaient alors errants dans les déserts de l'Arabie, et quiis
n'eurent des villes que longtemps après. Tl faut donc entendre ces mots comme s'il. s avait ia urbibus (uis, sí quandó in tud. potestate alique erunt.
Respect des enfants pour leurs parents.
« Honorez votre pére et votre mére, afin que vos jours soient prolongés sur la terre que le Seigneur votre Dieu vous donnera. »
« Car, ajoute Le Clere dans ses notes, on sait que les prières que faisaient les pères pour leurs enfants étaient réputées efficaces dans ces temps reculés, »
« Selon la lettre, dit Rondet, l'Ecriture parait ne prometire ici que des biens temporels aux observateurs de cette loi ; mais elle n'exelut pas les biens éternels, dont la longue vie qu'elle promet est une figure et un gage. »
* Les anciens, dit Bossuet, étaient persuadés que les imprécations étaient toujours exaucées des dieux , et particulierement celles des pères contre leurs enfants; c'est pourquoi Platon dit dans le deuxième livre des Lois: « Les pères, ces images vivantes de Dieu, ont beaucoup de force et d'efficace pour faire deseendre toutes sortes de bénédictions sur leurs enfants quilenr rendent le culte qui leur est dû, et pour faire tomber sur leur tête les plis. affreuses malédictions quand ils + manquent; car Dieu exnure les prières que les pères lui adressent pour où contre leurs enfants. »
» On pourrait citer une infinité de passages de l'Ecriture-Sainte, qui confirment cette maxime de morale, ou plutôt cette. vérité si importante et si salutaire,
* Dieu ayant mis dans nos parents, comme étant en quelque facon les auteurs de notre vie, une image de la puissance par laquelle il a tout fait, il leur a aussi transmis une image de la puissance qu'il a sur ses œuvres. C'est pourquoi nous voyons dans le Decalogue qu'après avoir dit: « Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et ae serviras que lui, » il ajoute aussitôt : « Honore lon père et ta mere, afin que tu vives longtemps sur la terre que le Seigneur ie donnera.» Ce précepte est comme une suite de l'obéissance qu'il faut rendre à Dieu, qui est le vrai pere,
* De là nous pouvons juger que la première idée de cammandement et d'aut;rit^ humaine est venue aus hommes de l'autorité pateruelle, «
Tous les supérieurs sont compris sous le nom de peres et mères , parce qu'ils doivent aimer leurs inférieurs comme leurs enfants; et les inférieurs, de leur côté, doivent aimer, craindre, respecter leurs supérieurs comme leurs peres. Dans l'antiquité et dans la langue hébraique , le nom, de pére s'attribue aux maitres, anx chefs, aux princes , à tois ceux qui sont eleves en rang et en dignité, Ainsi, selon la force du mot original; ee commandement regarde tous ceux qui sont au-dessus de quelqu'un, les peres, les mères , les pasteurs de l'Église, les sonveraius, les magistrats, les seigneurs, les parrains , les tuteurs et curateurs, les maris, les maîtres et les maitresses, les vieillards ; et par consequent, sous le noms d'enfants sont compris tous ceux qui son! suumis à quelqu'un qui a de l'autorité sur eux.
De l'homicide.
Par ces mols, non occides , non-seulement l'homicide effectif, mais encore les. blessures, la haine , les querelles, les inimitiés, la. vengeance, toutes sortes de violences, sont défendus; quiconque tue un autre homme, ou se tue soi-même, peche donc conlre ce commandement, Ainsi il est délendu de se donner là mort à soi-même, pour quelque raison que ce puisse étre; car notre vie n'est point à nous, mais à Dieu, Il ne nous est permis de la quitter que par son ordre, et cel ordre est marqué par la maladie ou par quelque autre genre
COMMENTAIRE
de mort qui ne soit pas de notre choix , ou par la nécessité où il nous met de choisir entre souffrir la mort ou l'offenser.
* L'action de ceux qui se tuent eux-hèmes , dit Montesquieu, est contraire à la loi naturelle et à la rligion révélée, «
* On peut dire dans un bon sens, selon Leibnitz, que l'âme est dans le corps comme dans une prison, pourvu qu'on rejette l'opimon de ces anciens. philosophes qui pensaient que les âmes avaient été jetées daus les corps comme dans une prison, en punition des péchés dont elles s'étaient précédemment rendues coupables. Mais les anciens ont Lrés-bien dit que l'âme était dans le corps comme dans un poste, d'où elle ne devait point sortir sans l'ordre du souverain général, «
» Le suicide, dit J.-J. Rousseau, est une mort furtive. et honteuse ; c'est un vol fait au genre humain. Avant de le quitter, rendslui ce qu'il a fait pour toi, Mais je ne tiens à rien, je suis inutile au monde. Philosophe d'un jour! ignore-tu que tu ne saurais faire un pas sur la terre sans lrouver quelque devoir à remplir, et que tout homme est utile à l'humanité , par cela seul qu'il existe?
» Jeune imsensé! s'il le reste au fond du cœur le moindre sentiment de verln, viens, que je l'apprenne à aiuer la vie, Chaque fois que tu. seras tenté d'en sortir, dis en toi-méme : « Que je fasse encore une bonne action avant que de mourir; puis, va chercher quelque iudigent à secourir, quelque infortuné à consoler, quelque üpprimé à défendre, Si cette considération te retient aujourd'hui, elle te retiendra demain , aprés-demain, toute 1a vie.»
Si jamais 11 a éte nécessaire de s'élever contre le suicide, c'est sans doute dans un moment où cette frénésie déplorable porte si loin ses ravages et multiple chaque jour le nombre de ses victimes.
« Une réflexion. bien naturelle se présente ici, dit M, de Boulogue, c'est que, quand la religion ne ferait que mettre un frein à velle. inconcevalle maladie, à cette grande plaie de Ja société, clle serait toujours un bienfait que la patrie et l'humanité ne sauraient trop reconnaitre ; et que, quand la philosophie du dix-huitieme sieele n'aurait fait que mettre en pratique le suicide, ou y pousser par ses conséquences, c'en serait assez pour armer contre elle tout le zéle des bons citoens et toute l'loquence. des hommes à talent. »
* Une remarque s'offre à mon esprit, dit un de nos sages écrivains : en aucune région de la terre vous ne trouverez autant de pauvres, autant de malheureux qu'en Orient, dans l'Asie mineure, dans la Syrie, dans la Palestine, et surtout en Égypte; il y a plus que partout ailleurs des hommes qui souffrent, qui mauquent de wétements et de pain, el pourtant le suicide est inconnu à ce pays, Qui serait en droit de maudire le. destin, de quitter la vie plus que le pausre Fellah des bords du Nil, ou le pauvre Chrétien des vallons de la Judée? Et cependant ce Fellah, ce Chrétien, n'out jamais eu la pensée de hàter l'heure de leur délivrance, On peut expliquer cela par deux raisons : 1" la ferme croyance à l'immortalité ; 2" le caractere de la civilisation. On ne se tue point lorsqu'on croit à un monde meilleur, lorsqu'on espère qu'au delà du tombeau les peines de la vie seront largement payées, Qu'importe de souffrir quelques années de plus ou de moins, lorsque plus tard l'éternité doit compter avec nous? Dans les pays sans croyance, la misere ou le dégoût ménent droit au suicide, et voilà ponrquoi ce démon aux funebres ailes s'est abattu sur nous, car l'ange de la. foi s'est exilé de notre terre, et avec lui l'espérance, La civilisation des peuples orientaux est une civilisation simple; elle n'a point créé comme la nôtre des besoins infinis; elle n'a point creusé dans le cœur de l'homme un abime que rien au monde ne pourrait combler; elle n'a point entrainé avec elle ces habitudes ou ces désirs de luxe qui conduisent à la ruine; elle n'a point ouvert la porte à toutes les passions inquietes, à toutes les ambitions impalieutes. Ajoutons aussi que les peuples orientaux se plaisent plus qu'aucun autre aux merveilles de la terre et du firmament, au ravissant spectacle des saisons qui se renouvellent, au murmure des fleuves, au parfum des fleurs : c'est là un puissant moyen de se mettre à l'abri de toute tentation de suicide, Je crois qu'un homme qui aurait toujours vécu dans les champs ne serait ja-
COMMENTAIRE
mais assez dégoûté de l'existence pour se tuer. Aussi observez bien que la maladie du suicide compte presque toutes ses victimes dans nos grandes cités, Jadis, dans les pays d'Ionie, une maladie semblable avait gagné les jeunes filles d'une cité, et l'autorité grecque de ce lieu parvint à y mettre un terme en exposant tout nus sur la place publique les corps des jeunes filles qui s'étaient donné la mort. Le sentiment de la pudeur suffit alors pour guérir du suicide; aujourd'hui serait-il impossible qu'une loi sagement méditée n'amenát des résultats heureux? La société ne pourrait-elle pas flétrir la mémoire de ceux qui se séparent d'elle par le suicide? »
«Chez la plupart des nations anciennes, dit Bergier, méme les mieux policées, l'avortement volontaire, le meurtre des enfants mal conformés, la liberté générale d'exposer tous les enfants, les combats de gladiateurs pour amuser le peuple, le meurtre des esclaves ou la cruauté de les laisser périr, n'étaient point regardés comme des crimes, Ce n'est point la philosophie, mais le Christianisme qui a corrigé ces désordres destructeurs de l'humanité, Quand viendra-til à bout de déraciner la frénésie qui maintient parmi nous les com: bats particuliers malgré les lois? Un faux point d'honneur peut-il donc effacer la note d'infamie attachée à l'homicide ? Un militaire est-il moins obligé à être Chrétien qu'à être homme d'honneur? La religion sut adoucir autrefois la férocité des barbares, aujourd'hui elle ne vient pas à bout de rendre raisonnable une nation policee, Les inerédules reprochent à la religion son impuissance; mais leur philosophie n'est pas plus efficace, et lex lois civiles n'opérent pas davantage, Pour que la religion réforme les hommes, il faut qu'ils commencent par y croire.»
Du vol.
« Dieu donnant ses lois sur la montagne de Sinai, dit Necker, n'a besoin que de dire: « Tu ne déroberas point; » et avec l'idée imposante de ce Dieu que tout rappelle dans la nature, que tout imprime dans le cœur de l'homine , ce commandement abrégé conserve en tous les temps une autorité suffisante, Mais que la philosophie politique dise : « Tu ne déroberas point, » il faut qu'elle ajoute à ce précepte une suite de raisonnemeuts sur les lois de propriété, sur l'inégalité des conditions et sur les divers rapports de l'ordre social ; il faut , pour nous persuader, qu'elle parcoure tous les motifs, qu'elle réponde à toutes les objections, qu'elle repousse tontes les attaques; il faut encore que, par les leçons de cette philosophie, l'esprit le plus grossier soit mis en état de suivre les diverses ramifications qui joignent, disjoignent et réunissent l'intérót personnel à l'intérêt public. Quelle entreprise! C'est peut-être en derniere analyse vouloir employer un cours d'anatomie, pour diriger un enfant sur le choix des aliments qui lui conviennent, au lieu de commencer à le con-
. duire par les conseils et l'autorité de sa mére. ^
En défendant le vol, ce commandement défend toute maniere injuste de prendre , d'acquérir, de retenir le bien d'autrui,
Quelle différence n'y a-t-il pas de ce précepte avec ceux des philosophes pens !
Aristote mettait le brigandage au ombre des diverses espèces de chasse; Solos comptait parmi les différentes professions celle de voleur : rendons-lui pourtant la justice d'observer qu'il ne permettait le vol ni à l'égard de ses concitoyens, ni à l'égard des alliés de la république. Lycurgue se mit au-dessus d'un pareil scrupule,
Des mauvaises pensées et des mauvais désirs.
L'opinion commune est que ce précepte défend « méme tout dé-
sir injuste du bien d'autrui, » et qu'il renferme une espéce de supplément à quelques-uns des préceptes précédents, dans lesquels il est défendu de faire le mal. On aurait pu s'imaginer, dit iei dom Calmet, qu'en s'abstenant des actions mauvaises défendues par les préceptes précédents, cela suffisait ; mais Dieu apprend dans ce dernier précepte qu'il ne suffit pas de ne pas commettre d'adultére, de ne pas voler, de ne pas tuer, ete. , mais qu'il faut encore s'abstenir des mauvais desirs.
Les législateurs humains n'etablissent des lois que pour la tranquillité extérieure de l'état; ils ne punissent pas les pensées , parce qu'ou ne peut nuire à cette tranquillité par les pensées seules ; mais Dieu, qui veut sauver les âmes, punit les pensées qui les rendent impures et criminelles devant ses yeux. Afin done que les hommes ne crussent pas qu'il ne défendait que les actions mauvaises, il leur apprend, par la défense qu'il leur fait de désirer la femme de leur prochain, qu'il y a des adultéres de pensée, et par celle de désirer sa maison, etc, qu'on peut être un voleur devant Dieu , quoiqu'on n'ait rien pris au prochain , lorsqu'on désire de prendre, Par ces pensees et par ces désirs que Dieu condamne, il faut entendre des désirs formés et délibérés; car les premières pensées qui nous viennent et l'inclination méme que nous sentons pour les choses que Dieu défend , ne sont que des tentations ; el on ne peche que quand on consent volontairement! aux pensées et aux désirs que suggere la tentation.
Des idoies.
Ce verset contient une nouvelle défense aux Hébreux de se faire aucune idole.
* La pluralité des dieux , dit Voliaire , est le plus graud reproche dont on ait accablé les Romains et les Grecs ; ils eurent mille superstitions; ils adoptérent des fables ridicules ; il y a de quoi se moquer des nations de qui nous tenons notre alphabet. Le second objet de nos reproches est la multitude des dieux admis au gouvernement du monde : c'est Neptune qui préside à la mer, Junon à l'air, Fole aux vents, Vesta à la terre, Mars aux armées, Les généalogies de tous ces dieux sont aussi fausses que celles qu'on imprime tous les jours des hommes.
* De telles exiravagances, communes à toutes les anciennes. religions , prouvent invinciblement que quiconque n'a pas connu l'Évangile, s'est éloigné en méme temps de la vraie philosophie, qui est l'adoratiou d'un seul Dieu ; il est livré aux superstitions , et n'a pu dire que des choses insensées, »
Défense de monter sur l'autel par des degrés.
Il parait à dom Calmet que cette défense ne regarde que l'autel de gazous ou de pierres brutes dont on vient de parler. Sa raison est que le texte sacré, au chapitre 1x du Lévitique , marque expressément qu'on descendait de l'autel du tabernacle , qui , en effet , avait trois coudées de haut , c'est-à-dire un peu plus de cinq pieds. L'antel du temple de Salomon avait dix coudées de haut, où même douze, selon quelques-uns; l'autel du temple réparé par Herode le grand avait quinze coudées, selon Josephe, Hl est dit de plus trésclairement dans Ézéchiel qu'on montait à l'autel des holocaustes par des degrés du eôté de l'Orient.
Quant à la raison que le texte sacré donne de ce régleinent , elle suppose, ce me semble, qu'on ne portait point alors communément des culottes, comme nous les portons à présent; de plus, elle donne lieu de conjeeturer que, quoique les autels du tajernacle et du
temple eussent une certaine elevation, et qu'il y fallit monter, les prêtres n'y courajent point de risque de se déeunrir indécem-
Beftre.irions sur le Décaluque.
« Dieu s'était fait connaitre aux Hebreos, dit Dergicr, comme créateur et souverain Seigneur de l'univers, et comme leur bienfaiteur particulier; c'est à ec double titre qu'il exige leurs hommages, non qu'il en ait besoin, mais parce qu'il est utile à l'homme d'être recunuaissant et soumis à Divu. Consequemment il leur défend de rendre un culte à d'autres diens qu'à lut, de se faire des idoles pour les adorer, comme faisaient alors les peuples dont les Hübreux étaient environs,
« HW. leur défend de preudre en vain son int nom, c'est-à-dire de jurer en son nom contre la vérité, contre la justice et sans necessité, Le serment fait au nom de Dieu est un acte de riligion , un témoignage de respect envers sa majesté supréme; mais s'en servir pour attesier le mensonge, pour s'obliger à commettre nn crime, pour confirmer de vains discours qui ne servent à rien, c'est profaner ce nom vénérable,
« Dieu leur ordonne de consacrer un jour de la semaine à lui rendre le culte qui lui est dà, et il désigne le septieme qu'il nomme sabbat, on repos, parce que c'est le jour auquel il avait terminé l'ourrage de la ercation, Yl était important de conserver la mémoire de ce fait essentiel, de graver profondément dans l'esprit des hommes l'idée d'un Dieu ercateur; l'oubli de cette idée à cté la source de la plupart des erreurs en fait de. relig'on, Dieu fait. remarquer. que le sabbat, commandé dés le commencement du monde (Gen., ch. ri, Y 3), est nou-senlement nn acte de religion, maïs un devoir d'humanité; qu'il a pour chjet de procurer du repos aus esclaves, aux mercenaires, et méme aux animaux, afin que l'homine n'abuse point de leurs forces et de leur travail.
« Pour imprimer aux Hébreux le respect pour ses liis, Dieu decelare qu'il est le Dieu puissant et jaloux, qu'il punit jusqu'à la. quairième gé:ération ceux qui l'offensent, mais qu'il fait miséricorde jusqu'à la millième à ceux qui l'aiment et lui obéeissent, Les incrédules, qui out objeeté que Moïse n'a pas commandé aux Héhreux l'amour de Dieu dans le Pécalogre, n'ont pas va qu'il suppose l'amour et lt reconnaissance comme la. base de Fobéissance à la loi, Ceux qui ont été seandalisés du terme de Dies jaloux n'ont pas montré beaucoup. de sagacité, Tels sont les commandements de la premiere table,
« Dans la seconde, Dies ordonne d'honorer les. pores et mères. Ou conçoit que sous le terme d'ienorer sont compris tous les devoirs de respect , d'amour, d'obéissance , d'assistance, que la. reconnaissance peut nous inspirer pour les auteurs de nos jours, et que la reconnaissance. doit s'étendre à tous ceux dont l'autorité est établie pour notre avantage : sans cette subordination, la société ne pourroit pas subsister.
« Dieu défend le meurtre, par conséquent tout ce qui peut nuire au prochain dans sa personne; l'adultere, et l'on doit sous-entendre toute impudicité qui de prés ou de loin peut porterà ce crime; le vol, conséquemment tonte injustice , qui dans le fond se réduit toujours à un vol; le faux témoignage, et relui-ci comprend la calomnie et méme la médisance, qui produisent à peu près le méme effet sur la réputation du prochain; enfin les désirs injustes de ce qui appartient à autrui, parce que ces désirs mal réprimés portent infailliblement à violer le droit du prochain.
» Dans la suite de ses lois, Moïse détaille plus au long les differentes actions qui peuvent blesser la justice, mure au prochain, troubler l'ordre et la paix de la société ; il les défend , établit des peines pour les punir, et des précautions pour les prévenir; mais toutes ces lois, soit celles qui commandent des vertus, soit celles qui proscrivent des crimes, peuvent se rapporter à quelqu'un des pré-
COMMENTAIRE
ceples du Décalogue Là se trouve concentrée, pour ainsi dire , toute la législation ; des qu'il réprime la cupidité , la jalousie, la volupté , la vengeance, passions terribles, il suffit pour arrêter tous les crimes.
* Ce code de morale si court, si simple, si sage, si fécond dans $es conséquences, a été formé environ l'an 2500 du monde, pres de mille ans avant la naissance de la philosophie chez les Grecs. Quiconque voudra le comparer avec Lout ce qu'ont produit dans ce genre les législateurs philosophes, appelés les sages par excellence, verra aisément si ce Décalogue est parti de la main de Dien où de celle des hommes. Moïse ne le donne point comme son ouvrage ; il le moatre pratiqué déja par les patriarches longtemps avant lui, Dans le livre de Job, que plusieurs savants croient plus ancien que Moise, nous voyons ce saint homme suivre exactement cette morale dans sa conduite. A proprement parler, le Décalogue est aussi ancien que le monde; c'est la premiere lecon que Dieu a donnée au genre humain, «
* La loi divine, dit Hugues Blair, est la seule dont l'autorité ne changera jamais ; les lois humaines commencent et finissent avec les empires qui les ont vues naître: les progrès des sciences font variet leurs systèmes, Le temps suffit pour causer des changements dans les mœurs, les opinions, les usages; mais les siècles et les révolutions se succèdent vainement ; les préceptes moraux et religieux ne changeront point; ils participent à l'immutabilité de la nature divine, sur laquelle ils sont fondés; ils nous ont été transmis tels que les avaient recus les premiers adorateurs du vrai Dieu, et lorsque la postérité des hommes les recevra, ils n'auront pas Ia plus legere alteration, »
Les lois de toutes les nations ont été aliérées ou anéanties, parce qu'elles venaient de « la main des hommes; » la législation des Juifs subsiste encore et subsistera toujours, parce qu'elle est l'ouvrage de Dieu. La vérité méme a dit: « Le ciel et la terre passeront , mais mes paroles ne passeront point ( Matth, xxiv, 35). »
+ Aprés s'être montrées pendant quelques siècles à l'univers, les grandes monarchies de l'antiquité sont disparues. A peine nous reste-t-il le souvenir de lenr gloire et de leur puissance. Leurs travaux sont mal connus, leurs esploits souvent inceriains , les monuments de leur grandeur écroulés, ou, s'ils existent encore, la main dur temps, qui fatigue tous les jours ces masses. chancelantes, n'en fera bientôt que d'angustes ruines, Les lois de tant de nations superbes se sont englouties comme elles. Dédaignées par les vainqueurs, elles ont subi le destin des peuples qu'elles dirigeaient. Dans cette submersion générale, on ne voit pas sans étonnement, dans un coin de l'Asie, sous un climat peu fertile, entre des foréis ct. des montagnes, douze petites tribus sanus force et sans opulence, quelquefois sans liberté et sans patrie, échapper seules du naufrage des siècles et des empires. Minos et Sésostris, Lycurgue et Numa, Solon et Zéleucus ont cesse. d'être obeis, et la législation de Moïse survit à celles de tous les peuples de la terre. Bannis des lieux qua parurent longtemps n'être destinés qu'à la race de Jacob, dispersés daus toutes les parties du monde, n'ayant ni souverains, ni foyers, ni protecteurs, achetant au poids de l'or fe droit naturel d'asile et d'hospitalité, environnés de toules parts d'oppression et d'infamie , les Hébreux conservent , depuis plus de trois mille ans, cette législation sacrée, Partout les lois ont éprouvé les vicissitides qu'entrainent les révolutions des mœurs et des gouvernements; celles des Juifs sont restées immuables. Des défaites nombreuses, une longue servitude, des menaces , des tourments, des promesses séduisantes, la nécessité. d'une vie errante et fugitive, l'exces du malheur et de la misère n'y ont rien changé ; elles n'ont pas méme été altérées par leur suppression du rang des peuples, et leur dégradation civile et politique. »
* Les lois de Moïse, dit Diderot, sont un chef-d'œuvre d'économie politique, dont les plus fameux législateurs n'ont jamais ap-
proche, =
L'EXODE, CHAPITRE XXI
Ordonnance touchant les esclaves. Lois contre les homicides , etc, Peine du talion.