‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 42 sur 1035 · Noé tit donc tout ce que Dieu lui avait ordonné · texte numérisé non relu

Noé tit donc tout ce que Dieu lui avait ordonné

X 19. Sept. :« De tous les animaux domestiques, de tousles reptiles, de toutes les bêtes sauvages, et généralement de toute chair. »

Ibid, Dieu marque ici, seulement en général, que son dessein est de sauver le mâle et la femelle de chaque espece d'animaux, Il en determinera ensuite le nombre. Znfr. VII, 2.

X 20. Hébr,: « Viendront à vous. »

COMMENT AIRE

Des enfants de Dicu et des filles des hommes.

Les enfants de Dieu signifient les descendants de Seth et d'Énoch qui s'étaient distingués par leur fidélité an eulre du vrai Dieu; et sous le nom de filles des hommes, les filles de la race de Cain. Le mot nprhilim, que lon traduit par géants, peut signifier simplement des houunes violents, forts, ambitieux. Moïse indique assez ce sens en ajoutant : « Tels ont été les homines. fameux qui se sont rendus puissants sur la terre, » Il n'est donc pas nécessaire de nous informer , comme l'ont fait Dom Calmet et Ja Bible d'Aviguon, s'il y a eu dans les premiers âges du monde des hommes. d'une stature supérieure à celle des liommes d'aujourd'hui.

Josephe lhistorien, Philon, Origene, Théodoret, saint Jean Chresostóme , saint Cyrille d'Alexandrie et d'autres Pères ant pensé comme nous que les géants dont parle Moise étaient plutót des hommes forts et d'un caractère farouche, que des hommes d'une taille plus grande que celle des autres. D'habiles commentateurs modernes ont aussi rendu à la lettre ce passage de la Genèse : « Les fils des grands, voyant qu'il y avait de belles filles parmi les hommes du vulgaire , enlevérent et ravirent celles qui leur plaisaient le plus; de

ce commerce naquirent des brigands qui se sont rendus célèbres par leurs exploits. » Cette explication s'accorde très-bien avec la suite du texte, Le mot hébreu Edohim , qui signifie quelquefois Dieu, signi fie aussi les grands , et les filles des hommes peuvent trés-bien être les filles de la plus hasse extraction.

Ainsi on n'a besoin ni d'expliquer les anges de Dieu, ni les géants, puisqu'il v a une autre maniere d'entendre. les mots hebreux qui ont été traduits par azges et gcns.

Des anges el des fils de Dieu.

Quelques anciens auteurs, entre autres Tertullien, ont eru que par ces mots, Jes fils de Dieu, il s'agissait ici d'anges qui, ayant des corps aériens, pousaient avoir concu une passion eriminelle pour les femmes ; mais cette opinion n'est appuyée d'aucune preuve. Les fils de Dieu sont les enfants de Seth, nommés ainsi par opposition aux enfants de Cain.

Les enfants de Seth, selon la pensée de saint Jean Chrysostóme , ne furent point touchés de ce qu'il y avait de saint dans le mariage, c'est-à-dire du désir d'avoir des enfants qui fussent des héritiers de

COMMENTAIRE

leur piété et de leur nom. Leurs yeux furent leurs guides et non leur raison, Ils ne suivirent que l'illusion d'un agrément passager qui les éblouit, parce qu'une passion déréglée avait aveuglé leur cœur : aussi de cette alliance naquirent des hommes orgueilleux, méchants, inhumains, qui amenérent le déluge.

Au lieu de s'allier comme auparavant dans leurs propres familles, où ils trouvaient des femmes aussi saintes qu'eux, les enfants de Seth prirent pour femmes les filles de Cain, qui furent comme de nouvelles Eves.

Horace attribue aussi aux mauvais mariages la corruption des mœurs de son siecle dans les vers suivants :

Fæcunds culpie sincula , euptias

Princi inquinavere, et genus et domas :

Hoc fonte derivata clades

Iu. patriam popalumque flasit.

» Si vous me demandez pourquoi notre siecle est si fécond en déréglements et en vices, je vous repondrai : C'est parce que Ia corrup- Lon régne dans les mariages et que de là elle s'est répandue dans les familles et dans les maisons, et tous les désordres qui se sont etendus sur la patrie et sur le peuple ne sont que des ruisseaux de cette malheureuse source, »

De la briéveté de la vie.

Ce fut de la part de Dieu l'acte d'une grande miséricorde d'abrozer des jours de l'homme, Grâce à la rapidité de nos jours, nous smntons que nous n'avons point ici-bas de patrie, Ente la jeunesse et La vieillesse, il ne nous est laissé qu'un court espace pour agir et nicriter on mieux pour désirer le bien; et, par la méme raison, si nos devenons mauvais, nous ne penvons nous avancer dans le crime aussi avant que les premiers hommes qui , pendant une vie si longue, pouvaieut déployer pour foutes choses des moyens vinft lois plus grands que les nôtres. Ceux qui prétendent que, par les années d'alurs, il faut entendre les lunes, se trompent, car Moise dit qu'Enoch enfanta Mathusalé à l'âge de soixante-cinq ans, Ce qui ferait. six anset demi d'aprés le systeme des lunes, âge où il ne pourait engendrer. Mais par le déluge tous les géants, c'est-à-dire les hommns de mille ans , furent détruits.

Des géants.

Le sentiment commun des interprètes est qu'il y avait effectivement avant le déluge des hommes au-dessus de la taille ordinaire, et qui se multiplierent encore davantage aprés que les enfants de Dieu, ou les enfants de Seth, se furent alliés avee les filles des hommes, c'est-à-dire de Cain. Mais, sans entrer dans cette discussion, il est certain que le mot hébreu dont Moïse se sert ne signifie point précisément des géants, mais plutôt des hommes qui fondent inopinément sur quelqu'un, irruentes, des hommes violents. Aussi Auuila, qui se tient à la lettre du texte, a-t-il rendu le mot éxerizinc par irruentes; et Symmaque, qui traduit plus purement et plis librement, à employé le mot fi, violenti ; le mot yiyavres, employé par les Septante, signifie assez souvent un homme fort et robuste, ce qui revient au méme. Toutes les autres versions se servent pareillement d'un mot qui signifie tout à la fois géant et puissant, Yl faut encore ajouter que la signification d'homme violent est plus conforme à ce qui suit, puisque l'ou conçoit assez comment les hommes injustes et violents se multiplierent, après que la fawille de Seth se fut corrompue par ses alliances avec celle de Cain ;

au lieu qu'on ne conçoit guère comment de celte mésalliance purent venir des géants, Ainsi il n'y a donc rien dans le texte de Moïse qui suppose qu'il existait des géants avant le déluge ; et tous les arguments des inerédules sur ce point sont sans fondement.

Du sens de ces mots : Dieu se repent.

“Quel bruit n'a-t-on pas fait d'un Dieu qui se repent , qui se met en colère, qui endurcit. Le ewur de Pharaon, qui se venge, qui tourne le cœur des Ég ptiens à la haine contre Israel, etc.! Combien de fois n'a-t-on pas invoqué les notions métaphysiques pour nous apprendre que toutes res impressions ne pouvaient pas entrer dans l'essence divine! La belle découverte! Vous verrez que les proplhites, qui partout ont fait parler Dieu si dignement, et comme grand, et comme bon, et comune juste, n'en savaient pas autant que nos philosophes sur l'essence divine, Mais, s'ils avaient fait parler Dieu en rigueur métaphysique, leurs écrits n'auraient pas produit. plns d'effet que le Manuel d'Épictète. Pour agir sur le cœur de l'homme, il faut parleraux affections de l'homme ; et si toutes ses affections sont en lui susceptibles de vice, parce qu'elles peuvent y devenir im déserdre, *lles ne sont, dans la pensée divine, que l'ordre essentiel, Si Dieu nous avait dit qu'il ne peut ni aimer comme nous, puisque l'amour est un besoin et que Dieu n'a besoin de rien; ni hair comme nous, puisque rien ne peut lui faire de mal; ni s'érriter, ni se venger, ni se repentir, ele. : par les mémes raisons, n'auraiton pas rangé celle divinité-là parmi celles d'Épicure, qui ne se mélent ni ne se soucient de rien ? Il aurait donc fallu donner à toute la terre des leçons de métaphysique, pour enseigner à tous les hommes ce qu'ils doivent craindre et espérer du Dieu qui les a créés? Mais, heureusement pour nous, il savait ( puisque nous-mémes le savons) qu'on n'etablit pas plus une religion dans le cœur avee des définitions ontologiques, qu'on n'établirait une legislation. avec des axiomes et des eurollaires de philosophie. 11 a fait pour nous comme Élisée pour cet eufant qu'il rendit à la vie : il s'est mis, s'il est permis de le dire, à notre mesure, Il a parlé de sa core, de sa vengeance, pour effraser les méchants; il a permis que les bons le glorifiassent, quoique assurément sa gloire n'ait nul besoin. de nons. Il nous à prescrit de le louer, de le prier; €t tout cela pour nous-mêmes et pour notre bien : car, s'il peut se passer et de nos louanges, et de nos bénédictions, et de nos prières, l'homme ne saurait s'en passer. 11 a dit qu'il oubierait nos iniquités ; et, quuiqu'on sache bien qu'il ne manque pas de mémoire, ce terme est beaucoup plns vrai de lui que de nous: car l'homme qui pardonne n'oublie pas, et nous-mêmes n'oublions ni ne devons oublier nos fautes; mais Dieu est assez puissant et assez bon pour faire, s'il le veut, qu'elles soient devant lui comme non avenues, en raison de notre repentic et surtout de sa miséricorde, Aussi, dit-il, en se sersant de figures du méme genre: « Quand votre robe d'iniquité serait rouge - comme l'écarlate, je la rendrai blanche comme la neige... je * scellerai tous vos péchés dans un sac, et le jetterai at fond de la » mer. » Et qu'y a-t-il dans tout cela qu'un excés de honte, qui prend lous les moyens sensibles pour rappeler à lui le pécheur, et lui ôter cette fatale idée qui retient tant de coupables dans la route du crime : est trop tard, i! n'est plus temps? Si eût dit : 4 telle mesure de crime id. u'y aura plus de pardon, que d'hommes dans le désespoir! H n'a jamais marqué cette mesure, parce que c'eüt éte en marquer une à sa clémence; ce qui serait contradictoire dans l'Étre infini en tout. Seulement, comme cette clémence est nécessurement attachée au repentir, selon l'ordre de la justice, essentielle en lui comme la bonté, le temps de cette clémence ne saurait passer celui de l'épreuve, c'est-à-dire de notre vie, parce que l'âme, une fois séparée du corps, ne peut plus éprouver de changement, et reste nécessairement ce qu'elle était au moment de la

séparation, Qu'y a-t-il dans fontes ces idées qui ne soit parfaitement conséquent, et que la raison puisse attaquer ?

Quand Moïse dit du Dieu d'Israël qu'if se repentit, quelqu'un peut-il se tromper de bonne foi au sens de ces expressions? comme $i Dien, qui sait tout selon l'ordre, pouvait, en effet, se repentir! W'est-il pus évident que l'écrivain sacré se sert de ces termes bumains pour faire comprendre que Dieu ne punit, pour ainsi dire, que malgré lui; qu'à peine at-il frappé, qu'il attend, pour guérir, qu'on ait recours à sa bonté, et qu'on rentre dans les voies de la justice? Si l'Écriture fait dire aux Ninivites: Qui sait si Dieu ne révaguera pai l'arrét qu'il a prononcé dans sa colère! voila qu'un raisonneur qui se croit habile appelle l'écrivain sur les bancs, eomme il appellerait Dieu méme, s'il y croyait, et hui dit avec confiance: Ne snis-tu pas que Dieu est immuable, et qu'il ne peut pas révoquer ce qu'il a résolu? Ni Dieu, ni l'auteur inspiré, ne lui répondront; mais moi je lui dirai: Ne sais-tu pas toiaméme que rien n'empéche que tonte menace soit conditionnelle, sous la restriction du repentir de ceux qui sont menacés, puisque rien n'empêche que la prescience de Dieu ait prévu l'effet de la menace lorsqu'il la faisait? Cet argument sans réplique est applicable à tous les cas pareils : ils sont sans nombre dans l'Éeriture, parce que Dieu à voulu qu'on ne désespérät jamais ici-bas de sa miséricorde.

«Dieu est l'auteur de tont, hors du mal, et le mal existe dans la créature, parce que le Créateur ne peut rien faire d'aussi parfait que lui, et que la perfection n'est qu'à lui: c'est un attribut incommunicable, Lui-méme a. dit que les anges n'étaient. pas entiérement purs devant lui. Yl est donc absurde de vouloir que l'homme , où un être eréé quelconque, soit parfait. Un être créé imparfait et libre, tel que l'homme, a donc en lui le germe du mal. Mais ce qui est en Dieu, c'est de tirer le bien du mal méme; et c'est ce qui justifie les vues de sa sagesse, quand elle permet le mal que l'homme seul fait par sa volonté corrompue, mais que Dieu ne peut jamais faire. Ainsi, quand il est dit dans les livres saints, qu'il tourna le exur des Égyptiens à la haine (et autres exemples semblables), on sait bien que ce n'est pas lui qui a mis dans le cœur un sentiment “vicieux, puisque cela est impossible; il a. seulement permis qu'ils s'y livrassent, quoiqu'il püt empécher à la fois et l'intention et Tefiet : s'il ne le fait pas, c'est qu'il y a dans l'homme la liberté que Dieu ne veut pas lui ravir, et comme il iumportait de persuader aux Xeraélites et à tous les hommes que tout est conduit par la Prowidence , les auteurs sacrés emploient quelquefois ces sortes de phrases pour le mal méme, et les emploient toujours pour le bien, sans disfiuguer la permission ou l'action, que le bon sens supplée de luimème pour quiconque n'y a pas renonoé. Quand l'Écriture donne aux perfections de Dieu des noms accommodés à notre façon de parler, il faut avoir grand soim de les prendre dans leur véritable sens et dire avec saint Augustin : Zelat Dominus sine aliquo livore , irascitur sine perturbations, miseretur. sine dolore, panitet | eum sine alicujus corruptione. » {Lamanre.)

Noé at-il pu bâtir l'arche?

Comment, dit-on encore, Noé, avec ses trois enfants, a-t-il pu construire dans l'espace de cent ans un bâtiment où il fallait employer une quantité prodigieuse d'arbres? ce qui demandait un nombre infini d'années pour les exploiter. Le P. Fournier, Jans son Hydrographie, répond à cette difficulté par l'exemple d'Archias le Corinthien, qui, avec le secours de trois cents ouvriers, construisit en un an le grand vaisseau de Hiéron ; le travail de trois cents ouvriers en un au étant égal à celui de trois ouvriers pendant cent ans. Mais Ja régle de la compensation. n'est admissible que lorsque l'ouvrage est de nature à pouvoir ètre fait par chaque travailleur séparément,

COMMENTAIRE

et elle n'a plus lieu si l'ouvrage exige le concours de plusieurs ensemble; or, c'est ce qui est par rapport à la construction de l'arche. Jl y fallait employer des poutres que quatre hommes n'auraient pu ébranler seuls, quelque temps qu'on leur eût donné pour cela. Ainsi l'on répond plus naturellement et plus solidement, en disant que Noé prit des ouvriers pour hätir l'arche, 11 était assez riche pour cela, et l'appát du salaire a pu engager à ee travail des gens qui nc croyaient point à la prédiction qui en était le motif, (Foyez Bul'et, tom. I, pag. 13.)

VERSET 14, Grandeur de l'arche.

Les savants ne sont pas d'accord sur la grandenr de la coudée dont Moise se sert pour évaluer les dimensions de l'arche : les uns, comme Origene et saint Augustin, admettent la coadée géométrique, qui équivaut à six eoudées communes ; mais alors l'arche eût ete une machine énorme dc trois cent vingt-huit millions de pieds, et eüt dà succomber sous son propre poids; d'autres, comme Cappel, donnent à la eoudée trois pieds de longueur. Buteo pense que Moïse parle de la coudée commune, qui est de dix-huit pouces, Enfin Le Pelletier eroit, plus probablement, qu'il s'agit de la. coudée égyptienne, qui, d'apres les mesures des étaluns du Caire, équivaut à environ vingt pouces. En effet, Moise doit parler de la coudée dont les Juifs se servaient de son temps; or, il est trés. vraisemblable qu'ils se servaient de la coudée égyptienne ; car le commerce habituel qu'ils avaient avec les Égyptiens devait nécessiter l'adoption de leurs mesures, L'arche, d'après cette coudée, devait être égale à peu pres à l'église de Saint-Pierre de Rome, qui a quinze cent cinquante pieds de long en adoptant cette mesure; et Le Pelletier a démontré que l'arche était suflisante pour contgnir ce que Moise y place, c'est-àdire huit persounes, sept. paires d'animaux mondes , deux paires d'animaux immondes ; l'eau et les vivres nécessaires pour les conserver pendant un an; car l'arche, selon Moise, contenait trois étages, et méme quatre, si l'on veut compter le fond de cale. Ce fond de cale pouvait contenir l'eau nécessaire aux hommes et aux animaux; l'étage supérieur pouvait contenir les vivres; le troisième, les animaux; le quatrième, les oiseaux avec les hommes; car, en donnant an fond de cale trois coudées de hauteur, sa capacité serait de cinquante-deux mille cinq cents coudées cubiques, et, donnant au second étage huit coudées de haut, sa capacité sera de cent cinq mille coudées cubiques. La superficie du troisieme et du quatrieme étage, qu'il faut seulement considérer quand il s'agit d'y placer des animaux, est de quinze cents coudées carrées; or, ces espaces suffisent. aámplement; car les espèces primitives, qui seules furent conservées dans l'arche, ne sout pas trés-nombreuses, Ray compte seulement cent cinquante espèces primitives de quadrupedes et de reptiles et cinq cents espèces d'oiseaux, Wilkins rédait le nombre des espeees à une quantité encore plus bornée, puisqu'il ne compte que cent espèces de quadrupédes, deux cents espèces d'oiseaux, dont il faut encore retrancher ceux qui vivent dans l'eau ou qui viennent du mélange de deux espèces differentes, ou enfin qui changent de couleur, de grandeur et de figure en changeaat de climat, et qui paraissent d'une autre espèce en d'autres pays. Buffon croit que toutes les espèces de chiens sienuent d'une espece primitive. Ainsi l'on peut supposer que tous les animatrx ne consomment pas plus d'eau et de nourriture que deux cents bœufs, c'est-à-dire à peu prés trente-six mille cinq cents coudées cubiques d'eau et trente-six mille cinq cents coudées cubiques de foin ; ce qui est bien loin d'égaler la capacité des deux premiers étages, dont l'un est de cinquante-deux mille cinq cents condées cubiques, et l'autre de cinq cent mille.

Nous pouvons encore supposer que tous les animaux n'occupent pas plus de place que deux cents bœufs; or, en donnant à chaque bœuf un espace de six coudées carrées, deux cents bœufs occupe-

COMMENTAIRE

raient une superficie carrée de douze cents coudées carrées, qui est moindre que quinze cents, formant la superficie du troisième étage ; à plus forte raison les hommes et les oiseaux pouvaient-ils être contenus dans l'étage supérieur. An reste, voyez les. dissertations de Buteo, de Wilkins, de Le Pelletier, de dom Calmet, où il st trouve demontré géométriquement que l'arche était suffisante pour loger les animaux et leurs provisions, sans oublier tous les détails nécessaires à la commodité, à la sûreté et à la salubrité, 7 voyez aussi Sturm et la Physique sacrée.

Construction, forme de l'arche.

Il ne parait pas que l'arche ressemblát à nos vaisseaux ordinaires ; sans voile et sans gouvernail, elle ne pouvait éviter d'aller se briser contre les rochers, Une aussi énorme machine, glissant sur une base plate, était exposée à avoir ses angles bientôt brisés par les flots, et était en danger d'être renversce de côté et d'autre et de périr au moindre vent. Comment concevoir encore un édifice si immense, composé de plusieurs étages, et n'ayant pour s'éclairer qu'une seule fenétre, qui n'avait que vingt pouces de hauteur? Ce devait être un ténébreux cachot, incompatible avee la structure des yeux de la plupart des animaux , qui auraient été en danger de devenir aveugles, lorsqu'au bout d'un an entier on les edt tirés de cette obscure prisou pour les meltre au grand jour; et trés-incommode en particulier à la famille de Noé, dont la vie edt été aussi misérable que celle de ces malbeureux qui sont condamnés aux mines.

Pour résoudre cette diflieulté, il faut remarquer que Moise ne nous a parlé que tres-succinctement de la forme de l'arche : tout ce que nous en savons, c'est qu'elle avait trois cents coudées de long, trente de hant et cinquante de large; et encore sommes-nous dans l'incertitude par rapport à la dimension précise de la coudée dont il parle. H est, à Ja vérité, parlé d'une fenêtre, que la traduction. de la Vulgate suppose avoir été d'une coudée de haut; mais ce passage de la narration mosaique est obseur et permet diverses interprétations. Le Pelletier, qui traduit le mot hébreu par fenctre, veut que €e soit une ouverture d'une coudée de haut, qui régnait sur toute la louzuenr du toit, et qui était par conséquent de trois cents coudées de long. Mais il est bien plus vraisemblable qu'il ne s'agit point ici de fenetre; que le mot hébreu ne signifie, ni dans celte langue, ni dans les autres dialectes, une fenétre, mais plutôt le dos de l'arche, la superficie courbe du toit, qui devait être un plan incliné, pour procurer l'écoulement des pluies, et dont le comble avait une coudée de hauteur. Michaelis prétend, avee moins de probabilité, que ce mot designe la surface inférieure de l'arche, qui devait être convexe, afin que l'arche flottét plus aisément sur les eaux. Ainsi nous ne savons absolüment rien de certain sur l'architecture de l'arche, sinou Vetendue de ses dimensions et le nombre de ses étages. Quant à sa forme extérieure et intéricure, à la disision de ses loges et compartunents, nous pouvons recourir librement aux conjectures, et lui donner tontes les formes que la conservation de l'homme et des animanx peut exiger. Ainsi rien n'empéche de lui donner un fond convexe, afin qu'elle puisse mieux se soutenir et glisser plus aisément sarlesflois, avec un gouvernail pour diriger sa marche et lui faire éviter les écueils ; si l'on n'aime mieux dire que la divine Providence gouvernait l'arche et la conduisait par sa puissance, de manitre qu'elle ne pdt se briser contre les écneils , ni être engloutie par les flots , ou jetée de côté ou d'autre par les vents. On est encore libre Vadmettre dans chaque étage tout autant de fenêtres qu'il en fallait pour éclairer eet. immense édifice. Pour ee qui est de la matière dont elles étaient composées , si elles étaient de pierre transparente, de verre ou de papier huilé, c'est sur quoi l'Écriture garde un profond silence; en quoi nous croyons devoir l'imiter. Enfin on pourrait dire que le toit de l'arche était disposé de manière à retenir l'eau

des pluies, que l'on pouvait conduire par des tuyaux dans les auges des animaux pour les abreuver, Quoique l'architecture navale ne fût pas peut-être trés-avancée à cette époque, Noé, éclairé et dirigé par la lumière d'en haut, pouvait donner à sonarche tous les avantages nécessaires au grand but qu'il se proposait.

APPENDICE

Vérité du déluge.

er, il nous raconte l'histoire du déluge; donc le déluge a véritablement existé,

Premier argument, Moïse est un auteur inspiré :

Deuxiéme argument, Si Moise n'est pas un auteur inspiré, on ne peut au moius lui refuser la qualité d'historien véridique, puisqu'il n'a pu être trompé sur un fait aussi éelatant et aussi universel, qu'il dit avoir eu lieu à une époque aussi récente; car Moise ne vivait qu'environ huit cents ans aprés le déluge : or, à cette époque, le monde devait être plein de monuments qui auraient réclamé hautement contre la vérité de son histoire. Si le déluge ne fût pas arrivé, les annales des peuples, les inscriptions , les vers anciens, leslivres, les villes et les édifices publics devaient s'élever de beaucoup audessus de l'époque qu'il osait assigner au monde, Conçoit-on que Moïse, qui était né en Égypte et en connaissait tous les monuments, n'eüt pas aisément découvert que le monde était beaucoup plus ancien que le suppose la date qu'il donne au déluge ? Qui oscrait maintenant écrire qu'un déluge, il y a environ mille ans, a ravagé la terre et a détruit tous les monuments? Ainsi Moise n'a pas pu être trompé sur ut fait aussi éclatant, aussi universel et aussi récent, qu'il suppose avoir été le déluge. En second lieu, il n'a point voulu tromper : car autrement i] n'eüt point assigné au déluge une date aussi voisine de son temps ; il n'eüt point désigné ses ancétres comme la source du genre humain; il n'edt point déterminé avec tant d'exacütude les origines des autres peuples de la terre; en un mot, il eût soigneusement évité de mettre dans son histoire une multitude de circonstances inutiles à son dessein et qui pouvaient si aisément servir à le convaincre d'imposture : or, néanmoins, c'est ce que Moise à fai; par conséquent son témoignage est très-véridique, Voyez Jaquelot, Traité de l'existence de Dieu, où cette preuve est admirablement développée.

Troisióme argument, Où doit admettre un fait quand il est attesté par toutes les nations de la terre : or, toutes les nations attestent l'existence d'un déluge qui à submergé l'univers, Cette tradition se trouve non-seulement dans les histoires, mais dans les mythologies de tous les peuples du monde, I est superflu d'accumuler les citatious, puisque les incrédules eux-mêmes sont obligés d'avouer le fait. « Pourquoi, dit l'incrédule Bailly , l'effusion des eaux est-elle la base de presque toutes les fêtes antiques? pourquoi ces idées de déluge, de cataclysme universel ? pourquoi ces fétes qui en sont des commémorations? Les Childéens ont leur histoire de leur Xisuthrus, qui n'est que celle de Noé un peu altérée, Les Égyptiens disaient que Mercure avait gravé les principes des sciences sur des colonnes qui pouvaient résister au déluge, Les Chinois ont aussi leur mortel aimé des dieux, qui échappe dans une barque à l'inondation générale. »

« L'idée du déluge, dit Fréret, telle que nous l'avons recucillie chez les différents peuples , est la tradition d'un fait historique. On ne cherche point à perpétuer la mémoire de ce qui n'est point arrivé. Ces histoires , différentes pour la forme, mais semblables quant au fond, qui présentent un méme fait, partout altéré, mais partout conservé; ce consentement unanime des peuples, me parait une

forte preuve de la vérité de ce fait. » :

« Il faut, dit Boulanger, prendre dans la tradition des hommes uz

fait dont la vérité soit universellement reconnue : quel est-il? Je n'en vois point d'autre dont les monuments soient plus générale ment altestés que ceux qui nous ont transmis cette révolution physiquequi a, dit-on, changé autrefois la face de notre globe, et qui a donné lien à un renouvellement total de la société humaine : en un mol , lc déluge me parait la véritable époque de l'histoire des nations, Non-seulement la tradition qui nous a transmis ce fait est la plus ancienne de toules, mais encore elle est claire et iutelligible : elle nous présente un fait qui peut se justifler et se confirmer par l'universalité des suffrages, puisque la tradition de ec fait se trouve dans toutes les langres et dans toutes les contrées da monde; par le progres sensible des nations et la perfection suecessive de tous Les arts, par l'état aetuel du globe, etr. ^

Le savant William Jones, président de la. société. de Caleutta , remerque que la mémoire du déluge se tronxe dans les traditions de tous les peuples de la terre, Hébreux, Chahldéens, Indiens, Arabes, Grecs, Latins, Chinois, Japonais, Américains, firyant et Masrice, avec les savants de Caleitta, ont remarqué une multitude: de circonstances de l'histoire du déluge représentées dans la m tholoi Tus-

gie des peuples orientaux, Le P. Paulin de Saint-Parthélen semblé, dans son Fovage aux Jades orientales, les nombreux monuments qui attestent Ja tradition vivante de re fait, Voyez aussi le traité de Grotins, de Veritate religionis christian, cum notis cle-

rici, où se trouvent rapportés les témoignages de Bérose, d'Ahy-

dene, d'Ovide, de Plutarque, de Lucien, ete., qui parlent du déluge d'une manière conforme au récit de Moïse : done les traditions de tous les peuples confirment la narration mosaique sur le. deluge.

Quatrième argument , Viré de l'état actuel du globe.

Hl est certain que la mer, depuis que le globe est halité, l'a couvert dans son entier jusqu'au-deseus des plus hautes montagues, et en a détruit les productions, puisque nous trouvons dans toute l'étendue de la terre, jusque sur le haut des montagnes, des productions marines mélées avec des matières segétales et animales. Le séjour des canx de la mer sur le globe ne vient point d'un monvement lent des eaux, qui leur faisait parcourir successivement toute l'étendue de la terre; car, outre que ce monvément est imaginaire, il ne pourrait expliquer tous les phénomènes que nous observons : il duit nécessairement provenir d'une inondation: et cette inondation doit avoir été subite et violente, puisqu'elle a causé de si grands désordres dans les couches, qu'elle a porté à de si graudes distances et jusque sue le hant des montagnes tant de dépouilles vegetales et animales : elle. doit avoir été universelle, puisqu'elle s'étend à tout le globe et qu'elle a fait passer jusqu'en Europe des productions qui ne se trouvent qu'en Amérique, Or, tous ces earaeteres conviennent au déluge décrit par Moïse et reconnu par tous les peuples; par eonséquent , l'état. actuel du globe rend témoignage à l'existence du déluge.

Mais un phénoméne qui. mérite une observation particuliere est celui du dépôt de tant d'animaux du sud dans les contrées glacées dn nord : car on ne peut soutenir avec vraisemblance que ces quadrupedes ont vécu dans res climats, où l'expérience prouve qu'ils ne sauraient subsister ; par conséquent, les cadavres ont dà y être transportés. Or, la cause qui les a transportés doit avoir eté un débordement des eaux de la mer, puisqu'ils se trouvent mélés avec des coquillages et d'autres productions marines. Cette inondation doit avoir été prompte et rapide, puisqu'elle n'avait pas laissé le temps an cadavre du rhinocéros qu'on a trouvé en Siberie, et dont la peau et les cartilages étaient si bien conservés, d'éprouver la corruption : elle a dà être immense, puisqu'elle a transporté les cadavres des animaux du sud jusque dans les contrées les plus glacées du nord, Ce phénomène et bien d'autres qu'a remarqués Pallas l'ont convaincu, tout inerédule qu'il est, et l'ont forcé d'admettre l'existence du déluge. « Ces grands ossements, dit ce célebre académicien de Pétersbourg, tantôt épars, tantôt entassés, considérés dans leur site nature], m'ont surtout. convaincu de la réalité du déluge arrivé sur

COMMENTAIRE

notre terre, d'une catastrophe dont j'avoue n'avoir pu concevoir la vraisemblance avant d'avoir pareauru ces plages et vu par moi-même tout ce qui peut serie de preuve à cet événement mémorable. Une infinité de ces ossements couchés sur des lits de petites tillines calcinées , de glossopetres, de bois chargés d'ocre , prouvent déja qu'ils ont été transportés par des inondations ; mais le cadavre d'un rhinocéros trouvé avec sa peas enticre, des restes de tendons, des ligaments et de cartilages, forme encore une preuve convaincante que ee devait être un monument de l'inondation la plus violente et la plus rapide, qui entraina jadis ce cadavre vers Jes elimats glacés, avant que la corruption eût le temps d'en détruire les parties molles. Enfin un dernier phénomene géologique sur lequel on s'est tou. jours appuye pour prouver l'existence du déluge sir nos continents, ce sont les amas de coquilles trouvés dans des terrains superficiels el mous : car quelle autre cause qu'une inondation aurait pri atuener sur la superficie des terrains meubles ces immenses amas de coquillages ? »

1l nc fart cependant pas dissimuler que cette preive géologique est contestee par quelques géologues, el, entre autres, par M, de Lie.

D'abord, les coquillages, en général, se trouvent disposés dans des couches tres-profondes et très-régulieres : or le. déluge, qui a été. une inondation subite et trés-violente, na pu, dans lespece d'une aunée, produire toutes ces diverses couches dont ces coquillages font partie; par consequent , c'est à tort qu'on les appelle les médailles de ce grand événement, Les ecquillages qu'on rencontre à la superlicie des continents ne sont pas davantage, selon M, de Luc, les effets du déluge; car, s'il les y avail déposés, en ne trouverait que confusion dans toutes les couches meubles dont ils font partie : or, c'est un fait qu'ils se trouvent dans des couches régulières de marne, d'argile et de sable, qui observent, dans leur formation et daos la manière dont elles contiennent les coquillages, les iiézies bois et les mêmes circonstances que les couches pierreuses qui sont par-dessus : or, on ne saurait préteadre que les couches pierreuses sont l'effet du déluge; done on ne peut dire non plus que ces couches meubles, aver les coquillages dont elles sont remplies, soient les effets du dé. luge. » A l'égard des quadrupédes qui vivent maintenant dans les regions du midi, et dont cependant ou trouve des cadavres ensevelis dans mas régions, je n'ai jamais pu me figurer, dit M. de Luc, comment M, Pallas, sachant par lui-méine combien l'Asie est entre. coupée de chaines de collines et de montagnes, a pa imaginer que des cadavres d'elépliants et de rliinoeeros, plus pesants que l'eau, enssent pu flotter par-dessus ces chaines et n'être pas retenus dans les premieres vallées, Mais !aissons-les arriver au nord avec l'eau bosrbeuse qui aurait roulé sur ces terres : qu'aurait-il pu en résulter? des amas informes de vase mélée de ces cadavres ; or, j'ai vu des os d'éléphant tirés de plusieurs lieux que j'ai observes moiméme; le sol etait composé de couches régulières de diverses esp ces, superposés Les unes aus autres, et qui indiquent q&e la. mer était calme durant leur formation, D'ailleurs les cadavres de ces qua drupedes ont dû être transportés par la mème cause qui a placé fant de corps marins si loin des mers hors desquelles ils ne saurraient maintenant vivre, Or, le déluge ne peut avoir transporté ces derniers corps; car c'est presque entierement dans des couches pierreuses , formant en plusieurs lieux de grandes montagnes, par exemple, toute la chaine du Jura et les chaines extérieures des Alpes, qu'on trouve ees corps si remarquables; et ces couches ont éprouve les fractions , affaissements partiels et mouvements angulaires qui les out transformées en montagnes : ce ne sout donc pas des effets qu'on puisse attribuer au. déluge, » Enfin une dernière raison qu'apporte encore M, de Lue pour combattre celte preuve, est que, «si ees quadrupedes avaient été amenés du sud jusque dans le nord, d'une maniere si prompte que la corruption n'eût pas eu le temps. de gagner leurs partie molles, la méme cause aurait dû aussi transporter quelques cadavres humains : or, on n'en trouve aucun vestige dans nos couches; donc... »

COMMENTAIRE

Il faut avouer, ce me semble , que si ses raisons ne renversent pas enlierement notre troisième argument, elles les rendent au moins douteux et problématique, et doivent empécher. de le piroposer aux incrédules avec autant de confiance. qu'on le fait communément.

Cinquième argument, Si le déluge a détruit tout le genre hi main à l'exception d'une famille, à l'époque fixée par Moise, la partie d'Asie où Moïse suppase que se trouve cette famille doit avoir ete le berceau du genre humain : c'est de ce point central que se sont séparés les honanes pour repeupler l'univers; c'est de cette époque que doivent dater l'origine des peuples, les histoires véritables, les montituen!s certains; les sciences et lesarts ne doivent point surpásser la limite de temps déterminée par Moïse ; la terre habitable doit porter des signes certains de sa nouveauté : or, toutes ces conséquences, dont ou contestait autrefois la vérité, sont si certaines, que les inerédules sout obligés eux-mêmes d'en convenir, Les savants de Caleitta ont noutré que l'histoire des nations, les progres de leurs enigrations et populations, nous ramenent au point central determine par Moise, Fréret, qu'on n'accusera point de partialité , nons dit espressénient qu'apres avoir discuté toutes les anciennes. chroaelogics, méme les plus ambitieuses, il n'en à trouvé aucune qui remonte au-dessus de l'époque mosaique : on ne peut citer aucun monument, aucune observalion astronomique, aucun art, qui dépasse cette limite. Eufii la nouveauté de nos continents n'est. plus un probleme; elle à été démontrée par M. de Luc, et elle est ax ouece par nos plus grands géologues. « Un fait dont plusieurs géolognes trés-eefebres s'acrordent aujourd'hui à. reconnaitre. l'existence, dit M. Haüys , cst que nos continents sont d'une date peu ancienne, On a recours, 5.05 fondement, à des causes qui auraient agi pendant une série de siècles qui effraie l'imagination. » « Je défendrai une vêrie qui me parait incontestable, dit Dolomieu , et il me semble voir, dans toutes les pages de l'histoire et dans eelles où sont consignes les faits de ja nature, la. preuve que l'état de nos cóntinents n'est pas ancien , qu'il n'y a pas longtemps qu'ils ont été soumis à l'empire de l'homme, » "Ecl est le sentiment de Saussure, de Pallas, de Piot, de Cab , ete. Foyez la cinquième lettre géologique de M. de Luc, où :1 démontre cette vérité par un grand nombre de cliro-

nomelres nat:rels,

LU niversalite du déluge.

Le sentiment le plus commun parmi les commentateurs juifs et chrétiens. est que le déluge a été absolument universel; et on l'établit par le teste méme de Moïse, car ib se sert, pour le decrire, de termes si généraux, que, dans le cas où il eût voulit exprimer son universalitó, il n'aurait pu en choisir de plus forts et de plus energiques, puisqu'il dit que les eaux couvrirent loute la terre, sElesereat au dessus de toutes les montagnes qui sont sous les cieux, jusqu'à la hauteur de quinze coudées; que toute chair périt, et que Moi démeura seul avec sa famille et les animaux qu'il avait conserves dans l'arche;

Par la tredition des peuples, puisque la tradition d'un déluge qui a fait perir le genre humain se trouve parmi toutes les nations : or, si le dcluge avait été particulier et borné à un seul peuple, cote tradition ne serait pas si étendue, D'ailleurs cette tradition porte que non-seulement le déluge à existé, mais qu'il a été universel; donc, si elle peut en prouver l'existence, elle doit en prouver aussi l'universalité,

Par les coquillages et les petrifications de végétaux et d'animaux ; er ces coquillages et petrifications, se trouvant sur toute l'étendue de globe, doivent prouver que le déluge qui les a apportés s'est étendu généralement dans tous les lieux. Forez Bullet.

Par l'impossibilité physique d'un déluge particulier tel que le déeu Moïse ; esr il est contre la nature que les eaux demeurent élevé de quinte co:dées au-dessus des plus hautes montagnes dans

un pays, sans qu'elles se répandent sur les terres voisines qui sont plus basses. 1l est aussi contre les lois de la nature qu'un vaisseau demeure longtemps sur une montagne d'eau, sans qu'il tombe par sou propre poids sur le penchant de cette montagne. « Dans l'hypothèse d'un délage particulier, dit dom Calmet, on fait agir Dieu contre les lois de la raison, et on lui fait prendre un soin. inutile; car quelle nécessite y avait-il de faire construire à si grands frais wne arche de cette grandeur, d'y faire venir toutes les espoces d'animaux , d'y faire entrer huit personnes, pour éviter un déluge qui ne devait inonder qu'une petite partie de la terre, au lieu de dire à ces personnes de se retirer dans les pays qui n'étaient pas encore babités et où le déluge ne devait pas s'étendre 2»

Après avoir exposé les arguments de l'opinion générale, examinous maintenant les raisons de veux qui prétendent que le déluge n'a pas ete unixersel,

Vossius parait avoir été le premier qui ait soutenu ce sentiment,

L'auteur du Traité de la populatian de l'Amerique l'a adopté et déiendu avec beaucoup de forre, M. de Lie prétend aussi que quelques iles du continent habité ont été exemples de l'inondation. du déluge, La plupart des eritiques protestants d'Allemagne défendent aujourd'hii là. non-sniversalite du déluge, Nous ne connaissons point d'auteur catholique qui l'ait soutenue ; il parait seulement que le fameux P. Mersenne n'était pas éloigné de cette opinion, et qu'il Vaurait embrassee , s'il n'eût gas été induit en erreur sur la hauteur du mont Liban. Voyez sex Questions sur la Genése, Au reste, ee sentiment, quoique trés-pen soutenu par les autres catholiques, n'a jamais ele condamné. On voulut le flétrir quand Mabillou se trouvail à Rome; el ee savant religieux, ayant été admis dans la congregation établie pour en juger, parla si fortement, qu'elle s'abstint de le noter d'aucune censure. Voici les arguments qu'ou peut employer.

Tous les arguments dont ou se sert pour prouver l'universalité du déluge sont sans force.

Le premier argument, tiré de l'universalité des expressions qu'a employées Moïse, ne prouve absolument rien, puisqu'il y a dans l'Écriture nne multitude de passages oi les expressions les plus universuiles doivent être restreintes; et, sans rechercher ici tous les livres sacrés, qui pourraient nous en fournir mille exemples, contentons-nous de ceux que nous donne Moïse lui-même, H dit, au chap. xri: de la Genese, v, €, que la famine régnait sur toute la terre : or, il n's a pas un interprete. qui ne consienne quil faut horner cette expression et. l'entendre d'une trés-petite partie de l'univers, Il dit encore, dans le Deutéronome, chapitres xi et sv, que la terreur du peuple juif s'était répandue chez toutes les nations qui sont sous tous les cieux : os, il est bien évident que cette gencralité d'ex. pressions doit être limitée aux nations voisines de la Palestine, 1I dit encore, dans l'Exode, que les plaies affecterent toute l'Égypte. que toutes les eaux de tonte V Égypte furent changées en sang, que tout le bétail périt, ete. Or, d'habiles interprètes de l'Écriture, et entre autres, M. de la Hogue, professeur de Sorboune , ne font pas difficulté de borner le sens des expressions de Moïse à la ville royale et aux pays d'alentour : par conséquent, on pent n'entendre par les paroles de Moise, quand il parle du déluge, que la terre connue, les pars habités et cette portion de l'univers où était con. centrée la race humaine, sans les étendre absolument à tout l'univers, Ainsi tous les animaux des pays habités perirent, toutes les montagnes des mêmes lieux. furent. subinergees : voilà l'universalité qui convient aux paroles de Moïse.

Le second argument, tiré de la tradition, pronve seulement que toute la. race humaine, à l'exeeption de Noc, à péri dans les eaux du déluge, Mais, pour ccla , il n'est pas nécessaire que le déluge ait été universel ; il suffit qu'il ait subitement inondé tous les pays habités, et rien ne force à l'étendre jusqu'aux immenses déserts de l'Amérique.

Le troisième argument, tiré des coquillages, n'a de force qu'au-

tant qu'il est prouvé que tous ces dépôts sont l'effet du déluge : cr, nous avons vu que les géologues ne sont pas d'accord sur ce paint, puisque M. de Luc, qui, pendant plus de cinquante ans, à étudie la géologie, est convaineu qu'il est impossible de les attribuer an déluge.

Le quatrième argument n'a de force qu'aulant que nous supposons que le déluge est le résultat de causes physiques : ar , il est bien plus probable qu'il a été l'effet immédiat de la toute-puissance de Dieu; et cette puissance a pu rassembler sur un point toutes les vapeurs répandues dans l'atmosphere et les foire tomber en pluie de quarante jours ; elle a pu rompre les sources de l'abime et amener les eaux de l'Océan et de tous les abimes sonterrains sur cette portion du globe, les acenmuler et les soutenir jusqu'à la hauteur dont parle Moïse : les eaux, ainsi élevées par le bras du Tout-Puissant, ne se sont point répandues sur les terres voisines, et l'arche, dirigce par le souffle divin, n'a point glisse sur le penchant de ces moutagnes liquides, Au reste, là méme force surnaturelle qui a fait monter les eaux et les a retenues à cette hauteur y a fait monter l'arche et l'y a retenue de méme,

Le cinquième argument suppose que Dies, dans la construction de l'arche, n'avait en vue que lu conservation de l'homme et des animaux; mais H parait, au contraire, que le but de cette cunstruction, commencée cent ans avant l'événement, eontinuée sans refáche, était aussi de faire impression sur une race corrompur, et de provoquer son repentir. Si Dieu eût soustrail Noé avec sa famille et l'eüt conduit dans les pays lointains où ne devait. pas étendre le déluge, ce patriarche n'aurait pas produit autant d'effet sur ses contemporains; au lieu que la prédication du juste Noé. et la con- Struction de l'arche, le rassemblement des animaux, qu'il dut faire de bonne heure, devaient rendre inexeusable la génération perverse à qui Dieu le présentait par là comme prophete de ses vengeaisees. Ainsi le moyen qae dom Calmet voudrait que Dieu eût employé etait peut-être plus simple; mais il n'avait pas autant d'avantages que celui dont nous prétendons qu'il a fait usage : ainsi il ne devait pas être préféré.

Apres avoir renversé les arguments de l'universalité du déluge, on tâche d'établir qu'il a été particulier, par quelques raisons peu conchuantes,

La première raisou se tire de la sagesse de Dieu, qui, envoyant le déluge pour punir la race humaine, qui s'était corrompue, a dà nécessairement le limiter aux lieux où elle était établie : or, si nous pouvons en juger par les progrés que la population a faits depuis le déluge, il parait qu'avant celte catastrophe elle n'était pas tressavancée, et que les hommes antédiluviens ne s'étendaient guère au delà de l'Asie; ainsi il était inutile de ravager tout le reste du globe et d'y exterminer tous les animaus.

La seconde raison se tire de Ja difficulté de trouver dans la nature une assez grande quantité d'eau pour submerger la terre à une aussi grande hauteur : les pluies ne pourraient la produire, puisque, quand toute l'atmosphère se fondrait en eau , elle ne pourrait causer qu'une élévation de trente-deux pieds. La mer ne peut couvrir que la moitié de la terre. Quant aux eaux souterraines, leur existence est une hypothèse, et il n'est pas vraisemblable qu'il y ait eu dans ces cavités autant d'eau qu'il en faudrail pour composer plusieurs oceans semblables à celui qui couvre notre terre,

La troisième raison se tire dc la difficulté de trouver dans l'arche assez de place pour loger tant d'espèces différentes d'animaux, d'oiseanx, des serpents, de reptiles, les uns carnassiers et les autres frugivores , ceux-ci apprivoisés et ceux-là tout à fait sauvages , quelques uns étrangers et de climats opposés, chacun dans des compartiments séparés, avec la nourriture propre à chacun. Comment conserver tant d'eau douce pendant un aussi long espace de temps?

La quatrième raison se tire de la difficulté ou plutôt de l'impossibilité où étaient huit personnes de soigner tant de milliers d'auimaux. Quarante personnes, occupées depuis le matin jusqu'au

COMMENTAIRE

soir, n'auraient pas pa fournir la nourriture à tant d'animaux voraves, parcourir tous les compartiments où se trouvaient tant d'oiseaux , tant de reptiles, tant de serpents, leur donner leur nourriture, Voyez Population de l'Amérique.

La cinquième raison se tire de la difficulté de faire venir tant d'animaux étrangers d'Europe, d'Afrique, d'Amérique, des pays les plus éloignés, de la Mésopotamie , et les renvoyer ensuite dans leurs pays respectifs. Comment, par exemple, le paresseux, qui ne se trouve qu'entre Les tropiques, qui ne peut pas faire quatre pas par jour, a-t-il pu venir de la Mésopotamie dans le Brésil? En marchant sans relàche, M n'y serait pas arrivé en quatre mille ans.

La sixième raison se tire de la difficulté de conserver les plantes sans les eanx salées de la mer, «1 est impossible de concevoir, dit M. de Luc, que le moindre brin d'herbe ait pu se conserver, je ne dis pas seulement sous les eaux salées couvrant les plus hautes mon- Tagnes, mais sur un fond qui, du haut des moutegnes jusqu'à une profondeur inconnue dans nos plaines, n'est qu'une masse de couches dans le plus grand désordre, formée de débris de végétaux terrestres et d'animaus marins; au lieu que les plantes conservées sur les monjagnes et dans les lieux. où le déluge n'avait pu parvenir ont ptr être transportées et propagees sur les endroits submergés. »

Je erois que la seconde opinion, quoique moins commune, ne peut être Lasée d'hétérodoxe : ses raisons sont assez plausibles , et si quelqu'un ne pouvait se résoudre à admettre l'universalité du déluge, on pourrait lui. dire que ce sentiment, quoique le plus autorise, n'appartient point à la foi, et qu'il peut absolument croire que le déluge, quoiqu'il ait inondé tous les pays habités et fait périr toute la race humaine avec les animaux qui vivaient avec clle, n'a pas été, cependant, rigoureusement universel,

Je crois que la première opinion doit être adoptée par tout interprète catholique :

i^ Parce qu'elle est la plus conforme au texte de l'écrivain sacré. Malgré les exemples de limitation qu'on rapporte, il faut avouer qu'il n'y en a point où l'universalité soit plus fortement exprimée *. Les autres exemples portent leur limitation en eux-mêmes : il y a toujours, dans le récit de l'écrivain ou dans la nature de la chose, quelque expression qui suppose une restriction , au lieu que, dans le passage en question, il n'y a absolument rien qui limite, tout porte à l'usiversalité; et l'exception de Noë seul, avec. ce qui se trouvait dans l'arche, confirme encore l'universalité pour tout le récit,

2° Parce qu'elle est la plus autorisée. Tous les auteurs juifs , samaritains, chrétiens, ont toujours pris le discours de Moise dans le sens d'une universalité absolue, Vossius est le premier qui ait osé le restreindre,

3° Ce sentiment est plus conforme à la tradition des peuples et aux phénomenes genlogiques.

4* Il ne peut étre réfnté qu'autant que son impossibilité, méme avec le secours des miracles, serait démontrée : or, nous allons voir, en traitant de la possibilité du déluge, qu'on peut répondre à toutes les difficuliés qu'il emporte avec soi.

* Finis anéverse carnis venit coram me. Interficiam amnem carnem in qua spirifus vitz: ext subter cadum : universa quie in terra sunt consumentur. Ex cunctis aniunastibas nurrerse carnis bina induces in arcam. De volucribus, de jumentis et ex. amne reptili... bina de omnibus ingredientur... ut salvetur semen super faciem waiversa terre. Delebo omuem substantiam quam feci. ()mne auimal, universaque juwenta... ame quod movetur, cuncfumqte volatile, universa. aves omnesque volueres, lugressa sunt bina ex oma carne in qua erat spiritus vitas, Operti sunt omner wontes excelsi sub amceciv celo. Consempta est aun caro... wtieerzi lomiwes, et cvacta. iu quibus spiraculum vite est in terra, mortua sunt. Et delevit omnem substantiam qua erat super terram, sb. homine usque ad pecus, tam rep. tile quàm. volueres celi, et deleta suut de terra. Remausit autem sols Noé, et qui cum eo erant iu arca.

COMMENTAIRE

Possibilité du déluge.

Quelques savants ont tenté d'expliquer l'existence du déluge par les causes naturelles : ainsi, selon eux, le déluge est possible phssiquement. Burnet prétend que la croûte qui environnait le globe d'eau qui formait l'intérieur du globe, s'étant crevassée par les rayons du soleil, donna lieu à un éboulemeut des continents qui cuisa le déluge. Whiston l'attribue à une comète qui, passant trop près de la. terre, causa, par les vapeurs de sa queue, une pluie de quarante jours, et, par sa pression sur les eanx de l'Occan, une inondation qui couvrit tout le globe. M. Giu a aussi recours à une comète ; et, pour produire un plus graud elíet, il suppose qu'avant le déluge, le lit de la mer était beaucoup plus étendu, et chacun des continents beancoup plus retréci. Bernardin de Saiul-Pierre attribue cette inondation universelle à la fonte subite des glaces des deux pôles, qui dut produire une quantité immense. d'eau. Entin M. de Luc prétend que, l'ancien continent s'étant affaise, le lil de la mer se trouva plus élevé, et donna lieu à l'écoulement des eaux, qui submergèrent lous les pays habités par les hommes, Les systémes de Burnet et de Whiston ont déja été réfutés par une foule d'écrivains. Celui de Bernardin de Saint-Pierre. suppose un mirade : quelle cause naturelle peut-il assigner de la fonte soudaine des deux póles? L'opinion de M. de Luc n'a rien qui repugne en soi : mais il est difficile de la concilier avec l'Écriture, quil pretend expliquer et venger; car Moise suppose évidemment que la terre qui fut couverte d'eau par le déluge est la méme que celle qui fut desséchée quand il cessa, puisqu'apres avoir dit que les eaux avaient couvert la terre jusqu'à surmonter les plus hautes montagnes, il dit que Dieu envoya sur la terre un vent violent, qui diminua les eaux et découvrit le sommet des montagnes. Or, tout cela est inexplicable dans le sentiment de M. de Lue, qui prétend que la terre inondée n'a jamais été découverte, et que les eaux qui en couvraient la surface n'ont jamais diminué. Les montagnes dont les sommets furent découverts par la diminution des eaux sont, ou les montagues de l'ancien continent , ou celles du nouveau : dans le premier es, elles n'ont jamais pu étre découvertes, puisque la mer, en changeant de lit, en a surmonté les sommets; dans le second cas, elles n'ont point été submergées par le déluge, puisque la mer, en changeant de lit, a dû les laisser à sec : donc elles ne sont point celles que Moise dit avoir été découvertes par la diminution des eux.

Moïse attribue une partie de l'effet du déluge à la. pluie miraculeuse de quarante jours : or, cette pluie prodigiense n'était pas neces. saire pour sabmerger ume terre abimee sous les euux.

Moise fait une deseription topographique du paradis terrestre ; il en designe les tleuves qui coulent sur notre coutincnt, il en fait remarquer les iuines d'or, et donne les noms des lieux que ces fleuvs arrosent, noms qui tirent leur étymologie des enfants de Noé; par consequent , il suppose que le paradis terrestre était situé sur notre continent ; or, il existait trés-clairement dans le continent antédilasien; par conséquent , il est faux de dire que le continent antédiluvien ait été abimé sous les eaux. Les preuves sur lesquelles M. de Luc s'appuie ne sont pas d'une grande force. i" 11 insiste principalement sur ces mots que Moïse fait dire à Dieu : Disperdam eos cum terra ; d'où il conclut que l'ancienne terre à été détruite. Mais, d'abord on peut traduire : Disperdam vos de terra; et, de plus. cette destruction de la terre que suppose la tradition ordinaire peut aisément s'enteudre du bouleversement de sa surface, de la privalion de sa fécondité primitive , de la destruction de ses fruits et de ies produits. 2° 1l s'appuie sur la branche d'olivier apportée par la colombe, qui suppose que la montague d'Ararat n'avait. pas élé submergée. Mais Bullet répond tres-bien à cette difficulté : il prouve, par le témoignagne de Strabon, qu'il y a eu autrefois des oliviers en Arménie ; et par ceux de Pline et de Théophraste , que

les oliviers peuvent vivre sous les eaux. 3° Il fait valoir l'absence des dépouilles humaines dans les couches de nos continents : sais il peut se faire qu'on en trouve un jour ; car a-t-on fouillé partout? D'ailleurs il peut arriver que le lieu où} la plus] grande population existait ait été englouti, sans qu'il soit nécessaire de dire que tout le continent à. eu le méme sort, Enfin M. de Luc ue peut nous faire vette objeclioa, puisqu'il prétend que tous les depôls dont nos couches sont remplies ue viennent point du déluge, mais d'opérations chimiques qui étaient terminées au. temps où l'homme fut créé.

Ainsi l'on peut dire que toutes les hypotheses imaginées jusqu'ici pour expliquer. physiquement le déluge, ou ne suffisent. pas pour expliquer uu si grand effet, ou du moins font viulence au texte de l'Écriture-Sainie, Effectivement, le déluge, tel qu'il nous est décrit par l'écrivain sacré, ne parait point avoir été le résultat des lois géucrales, mais un eflet immédiat de la toule-puissanee divine. C'est Dieu lui-même qui amete les eaux du déluge sur la terre, qui ouvre les cataractes des cieux, et rompt les sources de labime; c'est lui qui envoie son souffle sur les eaux, et les force de rentrer dans leurs demeures, On ne voit ni comete, ni affaissement du globe, ni changement dans le centre de gravité, ni acceleration de la rotation du globe; Dieu seul opere tout par sa puissance. 1l est. vrai que cette toute-puissance emploie des moyens pour inonder la terre, une pluie continuelle de quarante jours , et la rupture des sources du grand abinie ; et qu'il ne parait point que Dieu ait créé de nouvelles eaux , et les ait anéantis ensuite. Ainsi, pour que les incrédules demontreut l'impossibilité du déluge deerit par Moise, il faut qu'ils démonirent qué la toute-puissante divine me pouvait trouver, soit dans l'atimosphere , soit dans les mers, soit dans les abimes souterrains, soit dans la décomposition des substances où Veau entré comme principe, assez d'eau pour submerger le globe, ou qu'elle n'avait pas de moyen de l'amener sur la terre : or, c'est ce qu'ils ne peuvent jamais faire.

1^ D'abord, une pluie de quarante jours sur une étendue considérable du globe doit produire une immense quantité d'eau, puisqu'une pluie de quatre heures, dont fut témoin l'auteur anonyme d'un Éclaircissement sur le péché originel, causa une si grande inondalion, que des torrenls qui étaient à sec se déborderent à plus d'une lieue, et que de grands arbres déracinés flottaient à travers les champs; et le méme auteur fait voir qu'une pluie d'orage, continuée pendant quatre fois vingt-quatre heures, suffirait abondamment pour inonder le globe à la hauteur où le suppose Moise. Or, qui peut prouver que Dieu, par sa toute-puissance, sans méme créer de nouvelles. eaux , ne puisse produire une pluie aussi merveilleuse ? M. de Luc, si habile dans tout ce qui concerne l'atmosphère, ne le regarde pas comme impossible. Se'on lui, l'emission et l'ascension des fluides expansibles dans l'atmosphére peuvent la modifier au point de produire ce phénomène : car la pluie, selon ce physicien célébre, ne procède pas d'une. condensation par refroidissement de l'eau qui s'est élevée par évaporation ; mais elle est le produit de quelque opération chimique encore très-obscure pour nous. « Il. ne faut qu'un tres-petit degré d'attention et de réflexion, dit-il, pour être frappé d'étonnement , quand on voit, an milieu d'un beau jour, des nuces se former tout à coup dans l'air, grossir, s'épaissir , verser des torrents de pluie, souvent accompagnés de grêle et de tonnerre, pnis xe dissiper, peut-être pour reparaitre à plusieurs reprises avec les. mémes effets. D'où procèdent ces grands. phénomenes ? Sans doute de grandes modifications snbites, operées dans quelques couches de l'atmosphère par l'introduction de nouveaux fluides; mais la nature de ces modifications nous est jusqu'ici totalement inconnue, Qui peul mesurer toutes les modifications que la toute-puissance de Dieu à pu opérer dans l'atmosphere, qui était vraisemblalement différente de ce qu'elle est à présent, et qui a pu être altérée par toutes les pluies qui y ont été formées? »

a^ La mer renferme une quantité immense d'eau , puisque M. de Laplace a démontré que, pour donner lieu aux. phénomeues

des marées, la profondeur moyenne de la mer doit être de quatre | lieues : or, la mer occupe un espace encore plus grand que la terre; ainsi l'on peut compter sur la plus grande partie de la terre une masse d'eau de quatre lieues de profondeur. Que Dieu, par sa puissance, amène cette eau. sur la terre : n'en voilà-t-il pas assez pour couvrir le continent à la bauteur où le prétend Moise?

3* I est impossible de prouver qu'outre le lit de la mer il n'y ait pas dans l'intérieur du globe d'énormes cavités toutes remplies de liquide, puisque, dans les souterrains creusés pour l'exploitation des mines, on rencontre souvent des rivières et des torrents.

4? Enfin Dieu n'a-t-il pas pu tirer l'eau d'une partie des suhstanves où elle était entrée comme principe , et faire l'opération opposée à celle par laquelle il avait formé tous les corps? Tout le globe était autrefois recouvert d'un liquide à une grande hauteur, selon nos géologues ; c'est par des précipitations chimiques que Dieu à commencé à en diminuer la masse; les vaporisations et l'écoulement des

COMMENTAIRE

eaux dans les abimes ont desséché le globe : ne pouvait-il pas, par l'opération inverse, produire le deluge par les eaux qui n'étaient point anéanties, et après l'avoir causé, le faire disparaitre par un semblable procédé? Ainsi il est impossible de démontrer qu'il n'y avait pas dans la nature assez d'eau pour inouder la terre. On ne saurait pas plus prouver que, dans le cas qu'il y. eût une quantité d'eau suffisante pour produire le déluge, Dieu ne pouvait pas l'amener : car, sans recourir à l'inclinaison de l'axe sur la terre, à la fonte subite des glaces du nord, au changement du centre de gravite, à l'accélération de la rotation. du globe, au souffle d'uu vent impétueux, à la pression ou attraction d'une comete, il est bien évident que la volonté tonte-puissante suffit, Dien n'a qu'à parler , et les eaux de la mer et des abimes souterrains sortiront pour ravager la terre, et toutes les pluies que peut fournir l'atmosphére tomberont par torrents,

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