ARTICLE PREMIER
Chronologies.
Les chronologies qu'on a coutume d'objecter sont: ti? la chronologie des Babyloniens, 2° celle des Égyptiens, 3° celle des Indiens, 4° enfin celle des Chinois. Pour détruire tout l'effet qne les incrédules prétendent tirer de ees. anciennes chronologies, il sufliruit de citer le jugement de deux savants célebres et non suspeets , qui ont fait de ees chronologies l'objet d'une longue étude. M. Failly, dans ses Éclaircissements sur l'ancienne Astronomie, nous présente un tableau où sont rapprochées ces diverses traditions sur l'intervalle qui s'est écoulé entre la création et le déluge; ces traditions sont celles des Chaldéens, des Égyptiens, des Chinois, des Indiens et des autres peuples orientaux, comparées à celles de Moïse selon la version des Septante; et il ajoute : » Ces tableaux et ces sv nehronismes frappants prouvent, ce semble, que les temps fabuleux placés à l'origine de tous les peuples sont les temps qui séparent deu*. époques mémorables, temps. qui, mesurés par différentes révolutions , ont paru fort différents, mais qui, calculés d'apres les sappositions vraisemblables que nous avons établies, présentent un accord démonstratif d'où il résulte évidemment que res penples sont issus d'un peuple antérieur, et que l'histoire de ce peuple, déGgurée par la tradition , forme les antiquités de tous les autres.» M. Fréret est encore plus fort dans son Mémoire sur les antiquités chinoises : « Te me suis attaché , dit ce savant, à éclaireir et à discuter l'an enne chronologie des nations profanes ; j'ai reconnu, par cette étude, qu'en séparant les traditions vraiment historiques, anciennes, suivies et liées les unes aux autres, et attestées où méme fondées sur des monuments reçus comme authentiques; qu'en les séparant, dis-i-, de celles qui sont manifestement fausses, fabuleuses ou méme nau elles, le commencement de toutes les nations, méme de celles dont ca fait remonter le plus haut l'origine, se trouvera toujours d'un temps où la vraie chronologie et l'Écriture montrent que la terre était peuplée depuis plusieurs siècles, »
En supposant l'opposition de ces anciennes clironologies avec là chronologie mosaique, M n'y a pas à balancer à qui donner la. préference : ear, dans la chronologie mosaique, tout se trouve lié par des faits qui, se succedant les uns aux autres, viennent «e rattaczer à
* Nous croyons devoir placer egenre ic le morceau suivant, que nous devons an savant qui nous a communiqué les dissertations sur le. Pentateuque. Quobques observations rentrent daus celles que mous avons déjà faites; inais elles f. canent un ensemble imposant qui ne laissera plus de prétexte à l'incrédulité.
COMMENTAIRE
des époques fixes et déterminées, au lieu que, dans les anciennes chrouologies, tout est vide de faits, ou, si l'on en trouve, ils sont si évidemment fabuleux qu'ils ne peuvent se lier ax monuments vertais de l'histoire. Ces deux observations générales pourraient suffire pour détruire l'objection qu'on lire de ces chronologies ; mais examinons-les chacune en particulier.
Chronologie babylonienne.
Ferose, dans ses Fragments recueillis par le Syneelle, donne à Babilone dix rois avant le déluge, qui ont régné cent vingt sares, cest-s-dire, selon les observations du méme Syncelle sur le sare, quatre cent trente-deux mille ans, et il compte en tout, depuis l'établissement de cette monarchie jusqu'à Alexandre, quatre cent seixanle-treize mille ans. Mais il faut remarquer que les savants ne conviennent pas de l'evalnation que le Syncelle donne du. sare, Suidas, suivi par Baily, ne hui donne que deux cent vingt-deux mois lunaires, c'est-à-dire. dix-huit ans et demi. M. Le Gentil, dans son Memoire sur le sare chaldéen , ne lui donne que dix ans. Les auteurs anglais de l'Histoire uuiverselle ne lui donnent que trois mille six cents jours, au lieu de trois mille six cents ans, que le Syneelle lui assigne, Ainsi, l'évaluation du sare étant donteuse, et devant, selon le sentiment des savants, être beaucoup moindre que celle que lui donne le Syneelle, qui ne voit qu'on ne peut rien conclure du passage de Bérose, qu'on peut supposer d'ailleurs avoir exagéré les ealculs jour donner à sa nation une antiquité démesurée ?
Chronologie égyptienne.
L'ancienne chronique égyptienne rapportée par le Syncelle compte trente-six mille einq cent vingt-cinq ans depuis le règne du Soleil, qui 2 commence la monarchie d'Egypte, jusqu'a la fiu du règne de Nectancho, quimze ans avant l'empire d'Alexandre, Mais, 1° cette revolution. n'est point réelle, mais fictive : elle indique la durée de la revolution des equinoxes, qui, selon eux, se faisait en trente mille ans; 2° en écartant les temps du regue du Soleil, des dieux et des demi-dieux, qui sont évidemment fabuleux, la chronique assigue deux mille cinq cent quarante-un ans au regne des hommes ; d'ou il résulte que, de leur propre aveu, leur histoire et leur empire n'ont commencé que deux mille huit eent quatre-vingt-huit ans avant Jésus-Christ. Or, nous sommes autorisés à abréger encore cette durée, 1° parce qu'il est douteux si les années qui y. sont compiées sont solaires; 2° parce que le nombre des dynasties et leur succession sont absolument incertains, et qu'il n'en existe que des fragments sur lesquels il est impossible d'appuyer rien de raisonnable,
Chro nologic indienne.
Les Indiens comptent quatre âges. Le premier est composé de quatre mulle ans divins, formant un million quatre cent quarante málle ans. Les autres âges vont en diminuant, jusqu'au dernier, qui ext la période courante, et qu'ils appellent caliougam. M. Fréret en détermine le commencement à l'an 3ro2, ce. qui ne s'éloigne pas de la supputation des Septante; et M. Le Gentil, qui a voyage dans les Indes, ne diffère guère des calculs de M. Fréret, Mais ce savant remarque que ces quatre âges, dont les Indiens se vantent avec tant d'emphase , ne sont que des périodes astronomiques qu'on peut faire remonter à l'infini, puisque toutes ces périodes sont divisibles par viggt-quatre mille ans, qui est la révolution de l'équinoxe, en supposant qu'elle avance de cinquante-quatre secondes par an, ce qu'ils supposent dans leur astronomie; et M. Jones, dans les Mémoires de la société de Caleutta, à démontré que cette chronologie se réduit, apres qu'on l'a délivrée de ses enveloppes symboliques, à la chronulogie donnée par Moise. Foyez sa Dissertation.
Chronologie chinoise,
Les annales chinoises , telles qu'elles nous étaient représentées par les missionnaires, nous montraient l'empire de la Chine, non-senlement existant, mais méme florissant, plosieurs siècles avant le déluge et la dispersion de Pabel ; mais il parait prouvé, par l'aveu des plus habiles lettres et par les éditions les plus anthentiques des annales de ta Chine, que cet empire ne remonte certainement qu'au règne de Yao, ou tont au plus au régue de Hoang-ti : or, le premier régnait l'an 84r avant Jésus-Christ, et le second quatre siècles apres la dispersion. Ainsi aueune des deux époques où les Chinois font commencer leur empire ne comredit la chronologie mosaique. L'erreur des premiers missionnaires, qui donnaient aux Chinois une antiquité si reeulév, venait de ce qu'ils s'étaient servis de monuments altérés par quelques sectaires, et contre lesquels l'école de Confucius n'avait cessé de réclamer, Poyrz les Dissertations de M. de Guignes. |
ARTICLE Er.
Organisation de la terre,
M. de Buffon, Hulton, Playfair, et beaucoup d'autres géologues , dvaient eru remarquer dans [a structure de nos continents une trèsgrande antiquité: ee qui tendait à prouver qu'il y avait des siècles innombrables que l'homme était sur la terre, et qu'elle avait été habitée longtemps avant l'époque du déluge et méme celle de la création, telles qu'elles sont déterminées par Moise. Mais M, de Luca démontré que nos continents sont modernes et ne surpassent point les époques mosaiques. L ne sera pas hors de propos de présenter ici en abrézé les principaux arguments dont ce savant et quelques autres géologues se servent pour démontrer la date moderne de nos continents,
Premier argument, tiré de la terre végétale,
La terre végétale ne résulte pas de la décomposition des couches solides, comme le prétend Hulton, mais des débris annuels des mousses, des gramen et des bruyéres, dont les semences ont été transportées sur nus continents depuis leur origine. Voyez Éléments de géologie, de M. de Luc. Par conséquent, cette terre végétale qui s'est formée depuis cette époque peut done nous servir de chronometre. pour en déterminer la dale : or, cette terre végétale, dans les sols où aucune culture n'a été exercée, n'est pas fort épaisse, et, en comparant son épaisseur totale avec celle qui s'est formée depuis des temps connus , elle indique un temps qui ne surpasse pas la date du déluge; donc nos continents actuels ne dépassent pas cette limite.
Deuxième argument, tiré des tourhières,
La tourbe est une masse spongieuse, composée de végétaux flétris et imbibés d'eau, sons pourriture, et combostibles, sur lesquels de nouvelles plantes croissent avec abondance et rapidité, Cette tourbe, de méme que la terre vegetale, a dû commencer l'origine de nos continents, el peut, par conséquent, servir de chronometre : or en comparant l'épaisseur totale de la tourbe dans les endroits où elle n'a jamais éte soignée, avec ses progres depuis un temps connu, on caleule assez exactement que la date où elle à commencé n'est pas trés-ancicnne et ne dépasse pas les bornes de la chronologie mosaique ; done, ete. Voyez de Luc, Lettres géologiques.
Troisième argument, tiré de l'accroissement de la culture.
Malgré les causes morsles et physiques qui accélérent ou retardent les progrès de la culture, il est certain que cette opération , qui a dû commencer à l'origine de 29s continents, et dont les progrès sont assez rapides dans les lieux qui continent à des terrams 1ncultes, devrait, si le monde était aussi ancien que le supposent les incrédules, être parvenue à sa fin : or, il s'en faut de besncoop que cette opération, qui croit tous les jours, soit terminée, puisque, sv
lon les re'ations des voyageurs, une moitié de nos continents est encore inculle; el en comparant son progrès général aux progres partiels qu'elle a faits auprès de quelque centre de culture, on obtient pour résultat une époque qui ne diffère guère de la date du déluge ; done, etc.
Quatrième argument , tiré des dégradations des montagnes.
1l est certain que les montagnes sont sujettes à de grandes et fréquentes dégradations, soit par les affaissements, les éboulements, les avalanches ; soit par les pluies, la fonte des neiges, les torrents, les eaux souterraines qui ea minent les bases, et par toutes les causes atmosphériques, La moindre cause, le son méme de la voix, suffisent quelquefois pour faire tomber des fragments de rocher. «Je n'exagérerai pas, dit Saussure, quand je dirai que nous ne passions pas une heure sans entendre quelque avalanche des rochers se précipiter avec le bruit du tonnerre.» Or, si les continents duraient depuis plusieurs milliers de siècles, les montagnes les fplns hautes seraient abaissées, les vallées les plus profondes seraient comblées par des dégradations si énormes et si continuelles ;[ mais les effets produits par ces causes sans cesse agissantes ne sont pas terminés et sont loin de leur fin : done il n'y a pas trés-longtemps que les montagnes, et par conséquent les continents, sont dans l'état où nous les voyons.
Cinquième argument , tiré des atterrissements,
Les fleuves et les rivières charrient continuellement une grande quantité de matières, surtout aprés les grandes pluies et la fonte des neiges : ces matériaux, déposés en partie sur le lit des rivières, en clevent la surface et produisent ce. qu'on appelle atterrissement. Ces atterrissements ont dd commencer à l'origine des fleuves qui les produisent; et, comme ils sont ordinairement distingués du contiment primitif par une espèce de suture ou. hgne de démarcation, ils doivent servir de chronomètres de la date de nos continents. Or, en comparant leur somme totale avec leurs accroissements séculaires, il en résulte que l'origine de leur formation est assez voisine et ne surpasse pas les limites de la chronologie mosaique. Saussure, de Luc ei le P. André en citent des exemples remarquables. Mais où l'effet de l'atterrissement devrait être plus grand, c'est sans doute dans css lacs situés au débouché d'une grande vallée par laquelle coule une rivière formée de tous les ruisseaux qu'ont produits les pluies et la fonte des neiges. Ces torrents débordés et bourbeux doivent charrier dans le lae inférieur une grande quantité de matières, qui, ne cessant de s'uccumuler sur son fond, doivent tendre à le combler. Si les continents étaient d'une tres-haute. antiquité, il ya longtemps que cet effet aurait eu lien: cependant il s'en faut encore de beaucoup que ces lacs soient comblés; et, en mesurant l'atterrissement tolal avec les accroissements produits depuis une période de cinquante ans, on remonte encore à la date donnée par Moise.
Sirième argument, tré des moraines.
Les morsines sont de grands amas de sables, de pierres , et méme de gros blocs, qui se trouvent à l'extremité inférieure des glaciers et le long ce leurs bords : ces amas sont formés de débris qui se détachent continuellement des montagnes voisines, Si les continents étaient d'une antiquité démesurée, ces moraines devraient être parvenues à leur maximum : or, cependant , comme l'a remarqué Saussure, *5 amas Le sont pas trés-considérables; «donc, conclut ce grand observateur, l'état actuel de notre globe n'est pas aussi ancien que quelques philosophes l'ont imagiué. »
Septicme argument , tiré de l'accroissement des glaces.
Il est certain que les glaces qui se forment sur les montagnes, malgré les nombreuses pertes qu'elles font tous les ans, s'accroissent continuellement , et que cet accroissement est méme si rapide, que la vie d'un chasseur de chamois est assez longue pour en distinguer le progrès. Or, si l'état actuel du globe était trésancien, il y a longtemps que ces glaces seraient parvenues à leur marimum, et ne présenteraient plus d'accroissements sensibles; donc, ete. On peut ap-
liquer le méme raisonnement aux glaces des régions polaires, qui
COMMENTAIRE
augmentent continuellement, selon les relations des voyageurs et le témoignage du chevalier Bladgen.
Huiti;me argument. On a trouvé en Sibérie le cadavre d'un rhinocéros, couserxé avec sa peau, ses poils et ses cartileges. Ce dépót doit dater de l'origine de nos continents; car l'animal dont il est la dépouille n'a pu vivre à cette latitude, Or, l'époque où il y a été transporté ne peut être trés-éloignée; car, autrement, il ne s'y serait pas si bien conservé,
Neuvième argument, liré de l'accroissement de polypes.
Plusieurs voyageurs recommandables nousapprennent que les côtes de la mer Rouge sont devenues tellement enconibrées des récits formés de polypes marins connus sous le nom de corail, qu'ils en rendent l'abord extrêmement dangereux. Ces polypes, dont le travail n'est point interrompu dans la zone torride par les saisons froides , bátissent continuellement de nouvelles demeures sur les anciennes , qui s'augmentent dans une progression toujours croissante; et, comme leur ouvrage ue se détruit pas, il en serait résulte que les récifs dont on voit chaque jour les progres auraient rendu la mer Rouge depuis longtemps impraticable, si nos continents étaient aussi anciens que l'ont supposé nos géologues, Voyez la Bibliothèque Lritennique, n° 254, article du frère de M. de Luc,
Dirième argument , tire de l'accroissement des sables en Égspte.
M. Denon, dans son Foyege ea Égypte , nous rapporte des effets surprenants de l'accroissement des sables, qui ont déjà englouti des pays entiers, de manière qu'on marche maintenant sur des villages dévorés par le sable du désert, qu'on foule aux pieds leurs toits, et qu'on rencontre les sommets de leurs minarets. Ces sables, poussés par les vents d'occident, ne laissent plus de terres qu'on puisse eultiver sur la rive occidentale du Nil, soit dans le Delta, soit dans quelques parties de la haute Égxpte, partout où le Nil n'en est pas garanti par les montagnes. Dans les autres lieux, l'empictement des sables sur les terrains cultivés est scnsible : les sommets de quelques villes anciennes qu'ils ont ensevelics «e montrent encore à l'extérieur ; et, sans la barrière que leur oppose la chaîne lybique, qui borde la gauche du Nil, le Nil n'aurait depuis longtemps aucune rive habitable. Done, $1 nos continents étaient extrémement anciens, ou du moins si leur derniere révolution. était fort ancienne, les bords occidentaux du fleuve, exposés au fléau des sables du désert, ne montreraient plus de traces d'habitation et seraient converts jusqu'à des profondeurs considérables,
ARTICLE Ii, De l'antiquité du zodiaque,
Dupuis a prétendu démontrer la fausseté de la chronologie mosaique par l'invention du zodiaque; elle remonte, selon lui, à quinze mille ans. Pour le prouver, il pose pour principe que le zodiaque, étant le méme chez tous les peuples de la terre , doit avoirété construit dans un méme pays et par un méme homme, de manière que les signes et les saisons qu'il représente, les stations solaires et lunaires , auraient été parfaitement d'accord à l'époque de sou origine. Or, il y a deux points où tontes ces conditions ont lieu : le premier est celui du bélier, et Le second , celui de la balance; car, dans ces deux points, le soleil et la lune peuvent avoir la même station; et, si le colure des équinoxes coupe l'écliptique dans ces mêmes points, il y aura accord des signes avec les saisons, du moins pour le pays d'Égypte, où l'on suppose que le zodiaque a été inventé. Il est bien éxident, reprend Dupuis, que le temps de l'iuvention du zodiaque ne peut étre celui où l'équinoxe arrivait au point du bélier; car ce concours de l'équinoxe avec le bélier a eu lieu au temps d'Hipparque , c'est-à-dire trois cent quatre-vingt huit ans avant Jésus-Christ. Or , il est certain que le zodiaque était inventé longtemps auparavant ; puisque beaucoup d'observations astronomiques faites en Perse, emn Égypte, à la Chine et dans l'Inde, placent l'équinoxe aux premiers
COMMENTAIRE
degrés de la constellation du taureau ; done le zodiaque était inventé au moins seize cent soixante-seize ans avant que l'équinoxe coincidât avec le bélier ; donc ce ne peut être le point d'où sont partis les premiers inventeurs; donc nous sommes obligés de rétrograder jusqu'à la balance, Mais, depuis le signe de la balance jusqu'au signe và arrive maintenant le point équinoxial, il y a environ sept signes qui ne peuvent avoir été parcourus par l'équinoxe qu'en quiuze mille ans ; donc l'invention du zodiaque date au moins de cette antiquité,
Quelques savants se sont efforcés de répondre à cette objection. M. Testa a prétendu que le signe de la balance n'existait point originairement dans le zodiaque, et qu'aiusi l'équinoxe ne pouvait commenrer là ; néanmoins, pour concilier les signes et les saisons, et se mettre au niveau des observations anciennes, il prend la dernière étoile du bélier pour point initial du printemps. Mais Dupuis a traité de subtile cette invention de M. Testa, et a répondu, dans son dernier mémoire, imprimé en 1806, que Ja balance est aussi ancienne que les autres signes , et que vouloir faire commencer le sodiaque par une étoile presque imperceptible de la queue du bélier, v'etait insulter au bon sens et à la raison, M. de la Prisse soutient que le taureau a été le premier signe du zodiaque ; mais alors les sigues ne s'accordent plus avec les saisons.
Voici les arguments dont on peut se servir pour réfuter Dupuis, et que nous fournit l'auteur d'un mémoire imprimé en 1808 :
:° Cette uniformité du zodiaque chez tous les peuples de climats * divers est un témoignage toujours subsistant qu'ils partent tous d'un méme pays, d'un méme peuple et d'une méme famille,
2" Ce peuple et cette famille d'où nous vient l'invention du zodisque ne sont pas plus anciens que le déluge, puisque les nombreuses observations astronomiques que Dupuis a recueillies avec unt de soin ne dépassent point cette époque mémorable,
3* Dupuis ne peut produire aucune observation authentique à l'appui de son opinion : les plus aneiennes qu'il puisse produire s'accordent toutes à placer l'équinoxe aux premiers degrés du taureau,
4° Dupnis, ayant reconnu el ‘posé pour principe que tous les zodiaques avaient conserve le bélier pour premier signe , quoique ce signe ne s'accorde plus avec les saisons , a fourni lui-méme la preuve la plus forte que c'est là véritablement qu'il a commencé , n'y ayant pas la moindre vraisemblance que , si la balance eût été le premier signe du zodiaque, comme il prétend , on se fût accordé par toute la terre à rapporter son origine au bélier,
5° Le principe sur lequel tout le système de Dupuis est appuyé n'est pas incontestable, Il suppose, sans le prouver, que les signes précurseurs des différentes positions du soleil dans le ciel ont été identiques dans l'origine avec les points équinoxiaux et solsticiaux : or, c'est ce. qui n'est vraisemblable qu'autant que les premiers inventeurs du zodiaque auraient été des astronomes consommés ; mais, s'ils n'ont été, comme il est plus probable et comme on pourrait méme le conclure des noms que portent les signes, que des pâtres et des laboureurs , il ne faut pas attendre d'eux autant d'exactifude et de précision. Ainsi, avant que l'on eût inventé des instruments pour observer et reconnaitre la vraie position du soleil, on se rervit de ceux que la nature donne à tout le monde, c'est-à-dire des yeux : or, comme le soleil éclipse par sa lumiere toutes les étoiles qui se rencontrent avec lui sur l'horizon, il fallut se contenter J'observer celles qui précèdent ou qui suivent immédiatement son coucher. C'est pourquoi la constellation du bélier, qui devanqut son lever et qui signalait sa position à l'équinoxe du printemps, fut prise originairement pour le premier signe du zodiaque, quoiqu'alors le soleil se trouvát réellement dans la constellation, ainsi que l'attestent quantité d'observations faites tant en Europe qu'en Asie et en Afrique. Le taureau devint le second signe, quoiqu'il ft réellement le premier : les autres signes anticipérent tous également sur la vraie position du soleil. Lalande a reconnu lui-
méme cette vérité. Il est naturel de penser, dit-il, que la sphere fut faite dans le temps où les levers sensibles de chaque constellation précédaient les points cardinaux, c'estä-dire les équinoxes. Ainsi la discordance des signes avec les saisons ire vient point de la rétrogradation des colures , ni du laps de temps écoulé depuis l'origine du zodiaque, mais uniquement de ce qu'on a pris, dans l'origine, pour signe du printemps, non l'étoile qui correspond au soleil, mais celle qui annonce le plus prochainement son retour. D'après cette suppos tion très-vraisemblable, tous les arguments de Dupuis tombent , les signes sont d'accord avec les saisons, Et ce qu'il v à de bien remarquable, c'est que l'époque de l'invention du zodiaque ne dépasse point le déluge. Le pays où il est inventé n'est point l'Égypte, comme Dupuis le supposait faussement, mais la haute Assyrie, premier berceau du genre humain *.