ARTICLE V
Des tables astronomiques des Indiens.
1E existait parmi les Indiens des tables astronomiques tres-anciennes, qui portent le titre de Suria Siddhanta, et que Bully, et Playfair apres lui, ont opposées à la narration mosaique. Ces tables fixent la place des luminaires, et déterminent plusieurs éléments astronomiques , tels que les nœuds, les aphalies, les longitudes de différentes planètes, pour une époque trés-reculée, telle qu'environ trois mille et quelques cents ans avant Jésus-Christ; et ces éléments, d'apres les caleuls des astronomes modernes , se trouvent assez exactement déterminés. Or, d'apres cela, voici comme on argumente : ces éléments astronomiques n'ont pu être fixés par le calcul des astronomes indiens, car on connait l'astronomie indienne , et elle est trop imparfaite pour donner si exactement la position des astres à une epoque aussi reeulée : donc ces éléments. ont été fixés par des observations faites à cette époque; done les tables astronomiques des Tudiens remoutent jusqu'à plus de trois mille ans avant Jésus- Christ; mais ces tables n'ont pu ètre composées qu'apres bien des siècles d'observations: ce qui, nécessairement, duit demander un temps qui surpasse de beaucoup les bornes de la chronologie mosaique *.
B. 1° Rien n'empéche de supposer que l'astronomie a été cultivée avant le déluge, et que la longue vie des patriarches leur a donné le moyen d'y faire de trés-grands progrès. On peut encore supposer que Noé a communique les connaissances astronomiques qu'il avait par tradition à quelques-uns de ses descendants plus curieux de cette sorte de connaissances, d'où elles auront passé anx Indiens : or, dans cette hy pothése , qui est trés-admissible, où conçoit comment les auteurs de ces tables ont pu avoir, à l'époque de trois mille ans avant Jésus-Christ, assez de connaissances astromomiques pour les composer,
2° | est faux que ces tables aient une aussi grande antiquité;
* Cet argument, dont oo a fait tàn de bruit, vient d'être démontré complette. sent faus par un savant de la société de GCalentta, quia prouvé que ces tables we remontent qu'à l'an. 106% aprés Jésus-Christ, au licu qu'un leur donnait trois mille sus avant l'ère cbrétienno.
COMMENTAIRE
car les académiciens de Calcutta ont démontré que Suria , qui, selon la tradition constante des Indiens, en est l'auteur, ne vivait tout au plus que douze cents ans avant Jésus-Christ; ee qui se prouve par la situation des colures des équinoxes et par les levers heliaques de diverses étoiles obsersees de son temps. Voyez les Aecherches: asiatiques.
3° La nouveauté de ces tables est si incontestable, que M. de Laplace, daus son Exposition du système du monde, a «t€ obligé d'en convenir, Payez ce passage tres-remarquable, Aiuai l'on ne peut plus opposer ees tables à la chronologie mosaique.
ARTICLE Vi.
Observations astronomiques des Chaldeens,
L'auteur de la Philosophie de l'hustaire abjecte les mille neuf cent trois ans d'observations que Callisthene envoya en Grece , à la prière d'Alexandre le grand. Ces mille neuf cent trois ans remontent à deux mille deux cent trente-quatre ans avant Jésus-Christ : ainsi, à celle époque, qui est assez voisine du déluge, les Chaldeens étaient déja astronomes; ce qui demande ui temps plus étendu que ne le suppose la chronslogie mosaique.
A. 1° En admettant l'authenticité de ces wülle neuf cent trois ans d'observations, comuue fait l'abbé Girard dans ses Lecons de Ühistoire , nous remarquons avec lii que nonseclement ce temps ne dépasse pas les borues de chronologie mosaique , mais qu'il est inférieur de quatre cents ans à la fondation du royaume de Babylone par Nemrod.
2" Nous croyons, avec Bullet, que ces mille neuf cent trois ans d'obsersaliuns ne sont rien. moins qu'autbentiques , puisque nous ne les connaissons que sur le seul témoignage de Simplicius, qui luiméme he le tenait que de Porphyre : or, le témoignage d'un eunemi déclaré du Christianisme, qui vivait six cents ans après l'événement, ne mérite pas grande croyance; d'autant plus que sou témoignage est coutredit par plusieurs auteurs plus anciens que lui. D'abord Aristote, à qui l'on suppose que ces observations ont été envoyées, n'en à jamais parlé, Épicure, cité par Pline, ne parle que de sept cent vingt ans d'observations faites par les Chaldéens. Tiérose ne trouve que quatre cent quatre-vingt-dix ans d'observations faites jusqu'à son temps. Critodeme, cité par Pline, en convient avec Bérose. Enfin Ptolémée, aprés avoir recherché les observations des anciens astronomes, n'en à trouve aucune, faile par les Babyloniens, qui remontát avant l'ère de Nabonassar. Foyes Bullet, tom, IL, pag. 62.
ARTICLE: VIE, Eclinses des Chinois.
Les incrédules se sont encore. beaucoup prévalus de ce que les missionnaires avaient dit sur les éclipses observées par les Chinois; ce qui faisait remonter leur histoire à.une tres-haute antiquité. A cela l'on répond deux clioses :
1* En admettant, avec Fréret, l'authenticité de ces observations astronomiques, le commencement de l'histoire chinoise ne peut pas aller au dela du regne de Hoang-ti : or, ce regne , du moins eu suivaut la chronologie des Septante, ne dépasse pas les limites de la chronologie mosaique.
2° M. de Guignes, qui, possédant la langue des Chinois, a pénetre plus avant que Fréret dans la connaissance de ces monuments , remarque, dans la preface du Chou-King , que les observations des douze premiers siecles de l'histoire chinoise n'ont aucune certitude ; car on ne cite pour ee temps-là qu'une seule éclipse du soleil et une observation des solstices du temps d'Yao : or, ces observalions sont annoncées d'une manière si vague et si obscure, qu'il est impossible d'en calculer le temps, et, par conséquent , de coufir-
LA GENÈSE, CHAPITRE IX
mer par leur moyen la chronologie chinoise, Ainsi les missionnaires partisans de ces monuments astronomiques ne s'accordent gnère entre eux, soit sur leur autorité, soit sur la manière d'en déterminer l'époque.
Il faudrait encore remarquer que l'on s'est assez souvent appuyé sur des autorités qui n'existaient pas. M. de Guignes en donne un exemple célébre, dans un passage de Meng-Tsé, traduit par le P. Noel. Cet auteur, qui vivait environ l'an 320 avant Jésus-Christ, rapporte, d'après la traduction du P. Noël, que, plusieurs milliers d'années auparavant, on avait institué le calendrier au solstice d'hiver, à une nouvelle lune, à un premier jour du eycle chinois. D'apres ces données, Fréret avait calculé cette époque au :: janvier 2450 ans avant Jésus-Christ, sous le regne de Hoang-ti, et avait
regardé ce passage comme propre à démontrer l'antiquité'de la chronologie chinoise; mais M. de Guignes, examinant le passage dans l'original, à trouvé qu'il n'y avait rien de semblable, ef que tout ce qui concerne le calendrier était une note d'un commentateur qui vivfit douze cents ans aprés Jésus-Christ. Le P. Couplet, dans sa traduction des ouvrages de Confneius, est tombé dans le mème défaut : sa traduction est remplie d'additions étrangères au texte, Ainsi les autorités sur lesquelles on s'est appuyé pour admettre ces anciennes observations ne sont pas süres. Quant aux éclipses des temps pastérieurs, elles ne. sont pas assez anciennes pour prouver l'antiquité qu'on veut donner à la chronologie chinoise , et paraissent avoir été empruntées des autres nations. Foyez M. de Guignes.