‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 57 sur 1035 · Dieu dit encore ceci à Noé, et à ses fils avec lui · texte numérisé non relu

Dieu dit encore ceci à Noé, et à ses fils avec lui

9. Voila que moi j'établis mon alliance avec vous, et avec votre postérité après vous ;

10. Et avec tous les animaux vivants qui sont avec vous, avec les oiseaux et les animaux terrestres , tous

y 5. Litt, « Le sang de vos âmes,» Héhr. autr.:«Jevengeraivotre sang pour vas ámes; e c'est-à-dire « en votre place. »

lbid. Selon le samaritain : » De la main de tout homme vivant; » c'est-à-dire qu'on y lit omnis viventis, au lieu de omais bestia, La conjection e£. qui suit n'est pas dans le samaritain.

X 6. Hébr, litt, : « Son sang sera répandu pour l'homme, dont il a répandu le sang; « on, selon les Septante , » pour le sang qu'il à répanda, » Au lieu de pro homine, ils ont lu pro sanguine,

* T. L'hébreu litt. :« Et multipliez-vous-y. » Les Septante lisent : = Remplissez-la et dominez - y. » Ils ont lu. dominamini , au lieu de multiplicamini , qui ne serait qu'une répétition du méme mot dans le mème verset.

Ÿ 10. L'hébreu pourrait se traduire :

avec vous, » Ces derniers mots, e£ universis estii t

Qui sont sortis de l'arche erre, sont dans

cunctis quæ egressa sunt de arca, et universis bestiis | terre. |

11. Statuam pactum meum vobiseum, et nequaquam ultrà interflcietur omnis caro aequis diluvii, neque erit deinceps diluvium dissipans terram. |

12. Dixitque Deus : Hoe signum fœderis quod do inter me et vos, et ad omnem animam viventem quæ est vobiseum , in generationes sempiternas :

13. Areum meum ponam in nubibus, et erit signum fæderis inter me et inter terram.

14. Cumque obduxero nubibus eelum, apparebit areus meus in nubibus;

15. Et recordabor fœderis mei vobiseum et eum omni anima vivente quie carnem vegetat, et non erunt. ultrà aqui diluvii ad delendum universam carnem.

16. Eritque areus in nubibus, et videbo illum, et recordihor foederis sempiterni quod pactum est inter Deum et omnem animam viventem universa carnis quæ est super terram.

17. Dixitque Deus ad Noé : Hoc erit signum fœderis quod constitui inter me et omnem carnem super terram.

18. Erant ergo filii Noé qui egressi sunt de area, Sem, Cham et Japheth : porro Cham ipse est pater Chanaan.

19. Tres isti filii sunt. Noé, et ab his disseminatum est omne genus hominum super universam terram.

20. Cepitque Noë vir agricola exercere terram, et plantavit vineam.

21. Bibensque vinum inebriatus est, et nudatus in tabernaeulo suo.

22. Quod cüm vidisset Cham pater Chanaan, verenda seilicet patris sui esse nudata, nuntiavit duobus fratribus suis foras.

23. At vero Sem et Japheth pallium imposuerunt humeris suis, et, incedentes retrorsum, operuerunt verenda patris sui; faciesque eorum aversæ erant, et patris virilia non viderunt.

24. Evigilans autem Noé ex vino, eum didieisset quæ fecernt ei filius suus minor ,

25. Ait: Maledietus Chanaan! servus servorum erit fratribus suis.

26. Dixitque: Benedietus Dominus Deus Sem! sit Chanaan servus ejus!

27. Dilatet Deus Japheth, et habitet in tabernaculis Sem! sitque Chanaan servus ejus!

28. Vixit autem Noé post diluvium treeentis quinquaginta annis;

29. Et impleti sunt omnes dies ejus nongentorum quinquaginta annorum , et mortuus est.

l'hébreu une simple répétition de ceux qui sont rendus auparavant par et pecudibus terra: cunctis ; el cette répétition n'est point dans les Septante, Le wobiscum est répété dans l'hébreu. et dans les Septante, mais avant les derniers mots, auxquels il parait néanmoins se rapporter.

X 19. L'hébreu porte seulement : « C'est d'eux que s'est dispersée toute la terre; » les Septante : « Sur toute la terre; » ce qui donne lieu de penser qu'on a pu lire originairement : « C'est d'eux que s'est dis- |

LA GENÈSE, CHAPITRE IX

ceux qui sont sortis de l'arche, et toutes les bétes de la terre.

11. J'établirai mon alliance avec vous, et désormais toute créature ne sera plus détruite par les eaux du déluge, et il n'y aura plus de déluge qui détruise la terre.

12. Et Dieu dit : Voici le signe de l'alliance que j'établis entre vous et moi, et toute âme vivante qui est avec vous , dans la longue suite des générations :

13. Je placerai mon are dans la nue, et il sera un signe d'alliance entre moi et la terre.

14. Et lorsque je eouvrirai le ciel de nuces, mon are paraîtra dans les nues ;

15. Et je me souviendrai de mon alliance avec vous et avec toute âme vivante qui anime un corps, et il n'y aura plus désormais de déluge pour détruire toute chair.

16. Et l'arc sera dans les nues, et je le verrai, et je me souviendrai de l'alliance perpétuelle qui est établie entre Dieu et l'âme vivante de toute chair qui est sur la terre.

17. Et Dieu dit à Noé : Tel sera le signe de l'alliance que j'ai établie entre moi et toute chair sur la terre.

18. Les fils de Noé qui sortirent de l'arche étaient Sem, Cham et Japhet : or, Cham est le pere de Chanaan.

19. Ce sont les trois fils de Noé , et par eux se répandit toute la race humaine sur toute la terre.

20. Noé, oceupé de la culture des champs, commença à labourer la terre, et planta Ja vigne.

21. Et, ayant bu du vin, il s'enivra, et il resta nu dans sa tente. |

22. Cham, père de Chanaan, vit la nudité de son père, et alla le dire à ses deux frères.

23. Mais Sem et Japhet mirent un manteau sur leurs épaules, et, marchant en arrière, ils couvrirent leur père , et leur visage demeura détourné, et ils ne virent point la nudité de leur pere.

24. Noé, se réveillant de son ivresse , lorsqu'il apprit ce que le plus jeune de ses fils avait fait,

25. Dit: Que Chanaan soit maudit! qu'il soit l'esclave des eselaves de ses freres !

26. Et il dit : Béni soit le Seigneur, le Dieu de Sem ! ct que Chanaan soit son esclave !

27. Que Dieu étende les possessions de Japhet , et qu'il habite dans les tentes de Sem! et que Chanaan soit son esclave!

28. Or, Noé véeut, apres le déluge, trois cent cinquante ans ;

29. Et ses jours remplirent neuf cent cinquante ans , et il mourut.

persée toute la race des hommes sur la terre, » comme l'exprime la Vulgate.

X 20. Héb.autr. : « Noé, qui s'appliquait à cultiver la terre, commenca à planter la vigne. » On lit, en hébreu, air ferre, pour vir cultor terrae , comme le lisent les Septante et comme on le voit dans l'hébreu au chap. tv, Ÿ 2.

X 24. Hébr. : « Le plus jeune de ses fils. »

COMMENTAIRE

COMMENTAIRE

VERSETS 1 et 2.

Bénédiction donnée à Noc.

Dieu renouvelle à Noé la bénédiction qu'il avait donnée à Adam des le commencement du monde, afin qu'il sortit de lui et de sa race un monde nouveau qui réparát les ruines du premier.

Dien conserve à Noé le droit qu'il avait accorde à Adam sur les animaux.

Permission de se nourrir des animaux.

* Le monde se renouvelle, dit Bossuct, et la terre sort encore une fois du sein des eaux; mais dans ce renouvellement il demeure une impression eternelle de la vengeance divine. Jusqu'au déluge , toute la nature était plus forte et plus vigoureuse, Par cette immense quantité d'eaux que Dieu amena sur la terre, et par le long séjour qu'elles y firent, les sucs qu'elle enfermait furent altérés; l'air, chargé d'une humidité excessive, fortifia les principes dela corruption, et la première constitution de l'univers se trouvan t affaiblie, la vie humaine, qui était de prés de mille ans, se diminua peu à peu, les herbes et les fruits n'eurent plus leur première force, et il fallut donner aux hommes une nourriture plus substantielle dans la chair des animaux, Ainsi devaient disparaitre et s'effacer peu à peu les restes de la première institution; et la nature changée avertissait l'homme que Dieu n'était plus le mème pour lui, depuis qu'il avait été irre. par tant de crimes. La mort qui s'avancait fit sentir aux hommes une vengeance plus prompte, et comme tous les jours ils senfoncaient de plus en plus dans le crime, il fallait qu'ils fussent aussi, pour ainsi parler, tous les jours plus enfonces dans leur supplice.

* Le seul changement des viandes leur pouvait marquer combien leur état allait s'empirant, puisqu'en devenant plus faibles ils devenaient en méme temps plus voraces et plus sanguinaires, Avant le temps du déluge, la nourriture que les hommes prenaient sans violence dans les fruits qui tombaient d'eux-mémes et dans les herbes qui aussi lieu séchaient si vile, était sans doute quelque reste de la première innocence et de la douceur à laquelle nous étions formes, Maintenant, pour nous nourrir, il faut répandre du sang, mal gré l'horreur qu'il nous cause naturellement, et tous les raffinements dont nous nous servons pour couvrir nos tables suffisent à peine à nous déguiser les cadavres qu'il nous faut manger pour nous assouvir, «

De la défense de manger la chair avec le sang.

Dieu défeud aux hommes de manger du sang mélé avec de la chair, pour les éloigner encore plus de répandre le sang des hommes. Dans la loi de Moise, Dieu se réserve le sang des animaux qui lui étaient offerts en sacrifice, pour faire voir qu'il est le maitre de la vie et de la mort, parce que la vie est principalement dans le sang. Ce précepte n'étant pas de droit naturel, mais positif, c'est-àdire n'obligeant point par soi-méme ni toujours, mais seulement à

cause de l'ordonnance qui en a été faite, a cedé comme tant d'autres observations lézales prescrites dans l'ancienne loi, quand il a plu à Dieu d'en disposer autrement, L'Église a changé re précepte, ainsi que tout ce qui tenait aux observances. cérémonielles de l'ancienne loi. Jusqu'au second siecle, à cause des Juifs, cet usage a subsiste , puisque Tertallien dit aux païens qui accusaient les Chrétiens de tuer un enfant dans la. célébration de leurs mystères : « Comment ceux qui ont tant d'horreur du sang des bêtes pourraient-ils se ré soudre à répandre le sang humain!»

Vengeance tirée du meurtre de l'homme par la béte.

Dans l'Exode , Dieu ordonne que si un bœuf frappe de sa corne , et que le maitre en étant averti n'y remédie pas, et que ce même bœuf blesse un homme qui meure de cette blessure , le bœuf soit lapidé et le maitre du bœuf condamné à mort, Dieu voulait montrer combien il hait l'homicide et combien il le punira dans les hommes qui le commettront, puisqu'il l'a puni sur des animaux mémes,

De l'homicide et de la peine de mort.

« Dieu, dit saint Augustin, met par ces paroles l'épée entre les mains du prince et de ceux qui ont une autorité souveraine, afin que les homicides soient punis de mort; et lorsque les ministres de la justice font mourir les criminels, ce u'est pas l'homme qui tue, mais Dieu dont l'homme n'est que l'instrument , comme l'épée entre les mains de celui qui s'en sert. Si on excepte ces cas, quiconque tue se rend coupable d'homicide. »

* L'homme, dit Bossuct, qu'on voyait dans les premiers temps épargner la vie des bétes, s'est accoutume à n'épargner plus la vie de ses semblables. C'est en vain que Dieu défendit aussitôt apres le déluge de verser le sang humain. En vain, pour sauver quelques vestiges de la première douceur de notre nature, en permettant de manger de la chair des bétes, il en avait réservé le sang; les meurtres se multiplierent sans mesure. Il est vrai qu'avant le déluge Cain avail sacrifié son frère à sa jalousie; Lamech , sorti de Caïn, avait commis le second meurtre, et l'on peut eroire qu'il y en eut d'autres après ces horribles exemples, mais les guerres n'étaient pas encore inventées, Ce fut aprés le déluge que parurent ces ravageurs de pro vinces qu'on appela conquérants, qui, poussés par la seule gloire de la domination, ont exterminé tant d'innocents, »

Nous croyons devoir placer ici le passage suivant de Pascal, sur Je droit de vie et de mort confié par Dieu aux sociétés humaines :

* Qu'y at-il de plus naturel que ce sentiment qu'un particulier n'a pas droit sur la vie d'un autre? «Nous en sommes tellement instruits de nous-mêmes, dit saint Chrysostóme, que quand Dieu éta blit le précepte de ne point tuer, il n'a point ajouté que c'est à cause que l'homicide est un mal, parce que la loi suppose qu'on a déjà appris cette vérité de la nature.» Aussi ce commandement a été imposé aux hommes dans tous les temps. L'Évangile a confirmé celui de la loi, et le Décalogue n'a fait que renouveler celui que les hommes avaient reçu de Dieu avant la loi, en la personne de Noé, don!

tous les hommes devaient naître. Cette défense générale te aux hommes tout pouvoir sur la vie des hommes, et Dieu se l'est tellement réservé à lui seul, que, selon la vérité chrétienne, opposée en cela aux fausses maximes du paganisme, l'homme n'a pas méme pouvoir sur sa propre vie. Mais parce qu'il a plu à sa Providence de conserver les sociétés des hommes et de punir les méchants qui les troublent, iba établi lui-méme des lois pour ôter la vie aux eriminels; et ainsi ces meurtres, qui seraient. des attentats. punissables sans son ordre, deviennent des punitions louables par son ordre, hors duquel il n'y a rien que d'injuste, C'est ce que saint Augustin a représenté admirablement au livre 1** de la Cité de Dieu : « Dieu, ditil, a fait lui-méme quelques exceptions à cette defense générale de tuer, soit par les lois qu'il a établies pour faire mourir les criminels , soit par les ordres particuliers quil a donnés quelquefois pour faire mourir quelques personnes; et quand on tue en ces cas-là, ce n'est pas l'homme qui tue, mais Dieu, dont l'homme n'est que l'instrument, s «11 est done certain que Dieu seul a le droit d'óter la vie, et que, néanmoins , ayant établi des lois pour faire mourir les criminels, il a rendu les rois ou les républiques dépositaires de ce pouvoir; et c'est ce que saint Paul nous apprend lorsque, parlant du droit qu'ont les souverains de faire mourir les hommes, il le fait descendre du ciel, en disant : « que ce n'est pas en vain qu'ils portent l'épée, parce qu'ils sont ministres de Dieu pour execuler ses vengeances contre les coupables. Mais comme c'est Dieu qui leur a donné ce droit , il les oblige à l'exercer ainsi qu'il le ferait lui-méme, c'est-à-dire avec justice, selon cette parole de saint Paul au méme lieu : « Les princes ne sont pas établis pour se rendre terribles aux bons, mais aux méchants. Qui veut n'avoir point sujet de redouter leur puissance n'a qu'à bien faire; car ils sont ministres de Dieu pour le bien.» Et cette restriction rabaisse si peu leur puissance, qu'elle la releve au contraire davantage, parce que c'est la rendre semblable à celle de Dien qui est impuissant pour faire le mal et tout-puissant pour faire le bien; et que c'est la distinguer de celle des démons, qui sont. impuissants pour le bien et n'ont de puissance que pour le mal. 11 y a seulement cette différence entre Dieu et les souverains, que, Dieu étant la justice et la sagesse méme, il peut faire mourir sur-le-champ qui lui plait, quand il lui plait et ea la maniere qu'il lui plait; car, outre qu'il esl le maitre souverain de la vie des hommes, il n'est pas douteux qu'il ne la leur óte jamais, ni sans cause, ni sans connaissance, puisqu'il est aussi incapable d'injustice que d'erreur, Mais les princes ne peuvent pas agir de la sorte, parce qu'ils sont tellement ministres de Dieu, qu'ils sont hommes néanmoins, et non pas dieux. Les mauvaises impressions les pourraient surprendre, les faux soupçons les pourraient aigrir et la passion les pourrait emporter ; c'est ce qui les à engagés eux-mêmes à descendre dans les moyens humains, et à établir dans leurs états des juges auxquels ils ont communiqué ce pouvoir, alin que cette autorité que Dieu leur a donnée ne soit employée que pour la fin pour laquelle ils l'ont reque. Concevez donc que, pour être exempt d'homicide, il faut agir tout ensemble et par l'autorité de Dieu, et selon la justice de Dieu; et que, si ces deux conditions ne sont jointes, on péche, soit en tuant avec son aulorilé, mais sans justice; soit en tuant avec justice, mais sans son autorité. De la nécessité de cette union, il arrive, selon saint Augustin, « que celui qui, sans autorité, tue un criminel, se rend criminel luiméme, par cette. raison principale, qu'il usurpe une autorité que Dieu ne lui a pas donnée »; et les juges, au contraire, qui ont cette autorité, sont néanmoins homicides, s'ils font mourir un innocent contre les lois qu'ils doivent suivre. Voilà les principes du repos et de la sürelé publique qui ont été reçus dans tous les temps et dans tous les lieux , et sur lesquels tous les legislateurs du m onde, sacrés et profanes, ont établi leurs lois, sans que jamais les pa iens mémes aient apporté d'exception à cette règle, sinon lorsqu'on ne peut autrement éviter la perte de la pudicité ou de la vie; parce qu'ils ont pensé qu'alors, comme dit Cicéron, « les lois mêmes semblent offrir leurs armes à ceux qui sont dans une telle nécessité, »

COMMENTAIRE

Alliance de Dieu avec les hommes et toutes les creatures.

Le mot alliance signifie seulement promesse dans tout ce. qui regarde les animaux, Dieu dit par là : « Je vais faire avec vous une alliance en vertu de laquelle je ne détruirai plus les créatures vivantes par les eaux du déluge, »

L'arc-en-ciel.

On lit dans le teste original : ^ J'ai mis mon arc dans les nuces, et il sera un signe de mon pacte.» Le texte samarilain, les versions syriaque et arabe, portent la mème leçon : on parle au passé de l'arc-en-ciel conmve d'un phénomene déjà connu, et l'on se sert du futur lorsqu'on exprime que Dieu l'établit pour être un sigue de son alliance avec les hommes, On ne peut pas mettre une plus grande justesse , ni une plus grande exactitude dans l'expression; ce discours ne suppose done pas que l'opinion commune était que l'arc-enciel n'avait pas toujours existé, On ne le donne point ici comme quelque chose de surnaturel, quant à son existence ; on le donne comme un phénomene qui, ayant paru dés le commencement du monde, va par l'institution de Dieu être désormais un signe de l'alliance qu'il lait avec les homines. 11 n'est point étrange de choisir le signe de la pluie, pour assurer qu'on ne sera point noyé; le choix qu'on en fait pour nous rassurer contre un nouveau déluge me peut être plus sage. La pluie rappelle nécessairement aux hommes l'idée de ce fléau; quoi donc de plus propre, pour leur ler la crainte d'une semblable inondation, que de vouloir qu'un phénomène qui accompagne la pluie soit pour eux une assurance qu'ils ne seront plus exposés à périr par les eaux! « L'are-en-ciel, dit le P. André, dans son Discours sur les merveilles de l'arc-en-ciel, est une espece de messager que Dieu nous envoie dans les temps de pluie pour nous rassurer contre la érainte d'un second déluge universel. Tous les peuples du monde ont admire ce phénomene. Il y en a méme qui l'ont adoré sous le nom d'Iris, à laquelle ils donnaient l'emploi de messagere des dieux, par un reste de l'ancienne tradition. -

VERSET 19, La terre peuplée par les trois fils de Noé.

Il est dit que toute la terre fut repeuplée par les trois enfants de Noé, On dit que cela est impossible, parce que deux ou trois cents ans après le déluge il y avait en Égypte une si grande quantité de peuple, que vingt mille villes n'étaient pas capables de le contenir. II y en avait sans doute autant dans les autres contrées. Comment trois mariages ont-ils pu produire cette population prodigieuse? Cette prétendue population de l'Égypte est une chimére, Ce royaume ne contient pas aujourd'hui mille villes, et l'on veut qu'il y en ait eu vingt inille deux ou trois siècles après le déluge! L'air de l'Égypte fut toujours très malsain, à cause des inondations du Nil et des chaleurs excessives. Il l'était encore davantage avant qu'on eût fait des travaux immenses pour creuser des canaux et le lac de Morris, pour faciliter l'écoulement des eaux, pour élever les eaux au-dessus du nivenu des inondations, Les hommes y ont toujours vécr moins longtemps qu'ailleurs. ( Foir les autres notes du chapitre. )

De la vigne.

Il ne s'ensuit pas de ce que dit ici l'historien sacré que la vigne

COMMENTAIRE

n'existát pas auparavant, Mais ou elle etait inculte , ou l'on n'en mangeait que le fruit, et l'on n'avait pas encore. trouvé la maniere de faire le vin.

* Noe, a-t-on dit, ne passa pour inventeur de la vigne que chez les Juifs; car c'était, chez toutes les autres nations, Bak ou Bacchus qui avait le premier invente l'art de faire du vin. »

Noé était counu partout, dans le temps auquel Moïse écrivait, Il lait connu bien des siècles aprés, en Égypte sous le nom de Menés, en Chaldée sous celui de Xisuthrus, dans la Chine sous celui de Fohi, ete, Les Grecs et les Latins ont toujours reconnu qu'ils sont sortis d'Tapet ou Japhet, l'aîné de ses fils. Si le nom de Noé a été ignoré des poétes grees, qui, deux mille ans apres lui, ont debite leurs fables sur Bacchus, c'est, 1? que les Grecs ont traduit en leur langue les anciens noms qui étaient, comme nous l'avons déjà observe, significatifs : l'auteur de 1 Histoire véritable des temps fabuleux A fait voir que le nom de Deucalion est le méme que celui de Noé traduit en grec; 2" c'est que les anciennes origines conservées dans les seuls livres de Moïse, les plus anciens qui existent , avaient ele altérées chez les autres peuples. Nous ignorons où Voltaire a appris que Noé a inventé la vigne : il la planta apres le déluge; mais il fallait bien qu'elle existát alors, sans quoi il n'aurait pu la planter. Nous ne disons rien. de sa prétendue déconverte, que Bak était le nom primitif de Bacchus; mais nous ne pouvons laisser sans réponse ce qu'il ajoute : « Philon, dans le récit de «a députation à l'empereur Caius Caligula, dit : Bacchus, le premier, planta la vigne , etc. Comment «e peut-il faire que Philon, si attaché à sa secte, ne reconnut pas Noé pour inventeur du vin? «

Mais qui ne voit pas que Philon n'a point énoncé ici sa propre façon de penser, et qu'il s'est servi des sentiments des parens sur Bacchus contre Caligula? « Vous affectez, dit-il, en apostrophaut ce prince qui avait la manie de vouloir se faire passer pour un dieu, vous affectez de vous revètie des attributs de Bacchus, d'Hercule et de Castor; mais au lieu de vous charger de leurs livrées, il fallait uniter leurs belles actions. Bacchus a cultivé la vigne, ete... Faitesnous voir, à Caius, de quel bienfait vous nous avez combles, ete. »

N'estil pas évident que ce raisonnement n'est fondé que sur le préjuge des paiens, sur les idées recues à Rome, à Alexandrie, à Athenes? Un homme de bon sens ira-t-il chercher dans ces expressions le vrai sentiment d'un Juif qui prenait la défense de sa nation, et qui justifiait la fermeté qu'elle avait témoignée en refusant d'admettre dans Jérusalem l'image de cet empereur extravagant ?

Sur la malédiction contre Cham.

Les incrédules ont dit que l'histoire de Noé endormi et déconvert dans sa tente, la malédiction prononcée contre Chanaan pour le punir de la faute de Cham, son père, est une fable forgée par Moise, pour antoriserles Juifs à dépouiller les Chananéens et à s'emparer de leur pays; que la postérité de Cham n'a pas été moins nombreuse que celle de ses frères , puisqu'elle a peuplé toute l'Afrique; enfin que cette punition des enfants pour les erimes de leur pere est contraire à toutes les lois de la justice, etc.

Nous mpondons, :* que les profonds critiques de nos livres saints auraient dû voir que Moïse attribue anx descendants de Japhet les mêmes droits sur les Chananéens qu'à la postérité de Sem, puisque Noé assujettit Chanaan à tous les deux. Les Juifs, descendants de Sem, ne pouvaient donc en tirer aucun avantage, Moïse les avertit que Dieu a. promis à leurs pères de leur donner la Palestine et de punir les Chananéens , non du crime de Cham, mais de leurs propres crimes; il leur défend de retourner en Égypte et de conserver de la haine contre les Égyptiens, quoique ceux-ci fussent descendus de Chan, Nous ferons voir plus bas que la malédiction de Noé n'était qu'une prédiction et rien de plus.

2° La postérité nombreuse de Cham ne prouve rien contre cette prédiction, puisqu'elle ne tombait pas sur lui, mais sur Chanaan, son lils. Dieu avait béni Cham au sortir de l'arche, (Gen. ix, À t. Voyez la Svnopse des critiques sur le chapitre x de la Genese , ou la Bible de Chaix ; on y voit que la prophétie de Noé a été accomplie dans tous ses points.) Mais pourquoi ee patriarche dit-il : « Béni soit le Seigneur Dieu de Sem! » N'était-il pas aussi le Dieu de Cham et de Japhet? 1] l'était, sans doute: mais Noé, à qui le Saint-Esprit révélait l'avenir, prévoyait que la connaissance et le culte du vrai Dieu s'éteradraient dans la postérité de ces deax derniers, au lien qu'ils se conseérveraient dans une branche considérable des descendants de Sem, dans Abraham et sa postérité ; cette. bénédiction est relative à celle que Dieu donna à ce dernier, environ quatre cents ans apres,

3° Avant de répondre au troisième grief des incrédules, qu'il est contre La justice de punir les enfants pour les erimes de leurs pères, éeontons tout ce. qu'ils allézuent à ce sujet, tant pour condamner nos livres saints, que pour présenter une. contradition entre leurs auteurs, « Est-il, disent-ils, dans l'ordre de la justice, et surtont de la justice éternelle, de punir l'innocent pour le. coupable? Faut-il que, pour se préter. anx intentions d'un vieillard inconsidére, le Seigneur manque à sa parole; qu'il punisse dans le fils la. faute du pere, tandis qu'il assure positivement par son prophete Ezechiel que l'âme qui aura péché mourra elle-même, et que le fils ne portera point l'iniquité du père? 1 n'y aurait cependant rien en cela qui dût nous surprendre ( ajoutent-ils avec leur malignite ordinaire) ; car Moïse, dont le témoignage vant. bien celui d'Ézéchiel, nous assure aussi que Dieu est un Dieu jaloux, qui punira l'iniquité des peres sur leurs enfants jusqu'à la quatriéme génération. »

Voilà done, selon ces critiques , une contradiction entre deux auteurs sacrés. Nous pourrons dire, avec un grand nombre d'interprètes, que la réponse se trouve dans les propres termes de la sentence, et que les ennemis de la révélation, s'ils avaient un peu de bonne foi, auraient dit avec Moïse que Dieu punira les fautes des peres sur les enfants jusqu'à la quatrieme génération dans ceux qui le haissent, c'est-à-dire dans les enfants qui marcheront euxmémes sur les traces de leur: pères et vivront dans les mêmes déréglements. Mais, en supposant méme que le texte de Moïse doive se prendre à la rigueur de la lettre et ne souffre aucune modification , il ne s'ensuit nullement que Moïse contredise Ézéchiel; en effet, pour qu'il y eût contradiction entre] ces deux auteurs, il faudrait qu'ils parlassent l'un et l'autre de la même punition; or, c'est précisément ce qui n'est pas, Ézéchiel parle d'une punition éternelle, et Mouse d'une punition temporelle. En voici la preuve : Ézéchiel dit que l'âme qui aura péché mourra; or, la mort; de l'âme signifie, dans tous les endroits où l'Ecriture en parle, la mort éternelle, une punition sans retour, punition que Dieu infiniment juste n'infligera ja. mais à un enfant pour l'iniquité de son père. Dans Moise , toutes les fois que ce législateur menace les. Tsraélites des chátiments dont le Seigneur punira leurs vices, leurs révoltes, leurs?prévarications, ce sont des punitions temporelles, des malheurs actuels, des afflictions présentes qu'il fait entrevoir à ce. peuple grossier et charnel : dans le texte dont il est ici question, Moïse annonce à ce même peuple les commandements de Dieu ; et c'est pour le détourner de l'idolátrie que le Seigneur dit qu'il est un Dieu jaloux "qui punira les crimes des pères dans les enfants jusqu'à la quatrième génération, Mais pourquoi une si grande sévérité qui s'étend jusque sur "les enfants d'un père coupable? C'est que l'idolâtrie chez les*Juifs était un crime de lése-majesté au premier chef, paree que ce penple"n'avait point d'antre roi que son Dieu, Or, dans l'ordre de la justice humaine, un tel crime dépouille les enfants des privilèges de leur naissance, sans qu'on puisse se plaindre de la rigueur de la loi qui décerne une telle peine. Il n'y a done ni opposition, ni contradiction entre Molse et Ézéchiel. Pour revenir à la malédiction que Noé donna à Chenass, nous ne dirons avec quelques interprètes ni que ce saint patriarche ,

ne voulant pas faire tomber sa colère sur la téte de son propre fils, se contenta de le punir dans la personne de son petit-fils; ni que Dieu ayant béni Cham à la sortie de l'arche, Noé ne pouvait faire tomber sur lui la malédiction qu'il s'était attirée; ni enfin que Chanaan était un méchant homme , aussi pervers que son pere, à la faute duquel il avait participe, suivant quelques traditions; nous avons un autre moyen de justifier la conduite de Noé à l'égard de Chanaan. La difficulté de le faire n'est fondée que sur l'idée qu'on se forme de certaines malédictions qu'on trouve dans les livres saints, et qu'on regarde comme de véritables imprécations , comme les effets de la colére de ceux qui les prononcent ; mais c'est une erreur dont il faut se désabuser : ces sortes de malédictions ne partent point d'un esprit irrité et vindicatif; ce sont de véritables prédictions de ce qui doit arriver,

Noé, dans ce verset, prévoyant par l'esprit prophéiique. que la postérité de Chanaan ferait beaucoup pis que son. pere Cham n'avait fait en découvrant la nudite de Noé , prédit qu'elle sera maudite de Dieu et condamnée à subir le joug de l'esclavage, ctc... Ce saint patriarche , éclairé d'en haut, voit que la bénédiction que Dieu avait donnée à Cham ne passera point à son fils Chanaan. Il. annonce à la race de ce dernier les malheurs qui doivent lui arriver longteinps méme aprés la mort de Moïse. C'est pour cela que tons les termes qui entrent dans la malédiction de Noe sont au futur dans le texte hébreu, et qu'au lieu de dire, comme la Vulgate: « Que Chanaan soit maudit; qu'il soit à l'égard de ses freres l'esclave des esclaves ; » il faut dire : « Chanaan sera maudit ; il sera à l'egard de ses frères, l'esclave des esclaves, » Jugeons , d'apres cela, combien Moïse était convaincu de la certitude des prophéties faites avant lui, de celles mêmes dont il ne devait pas voir l'exécution.

Qu'on parcoure l'histoire de cette branche des enfants de Noc, on verra que les Chananéens, et après eux les Phéniciens, tous descendants de Chanaan, ont été détruits ou assersis. On verra de méme que les Égyptiens, qui avaient une origine commune, ont été suecessivement subjugués par les descendants de Sem et de Japhet. Ces événements ne se sont passés que plusieurs siècles après la mort de Moise. Chanaan lui-méme n'a jamais été personnellement esclave d'aucun de ses oncles; il n'y a eu que sa postérité qui a elé assujettie, Il est de méme évident que les bénédictions de Sem et de Japhet a'ont regardé que leur postérité, Dieu n'habita que dans le tabernacle que les Israélites descendants de Sem par Abraham lui érigerent au milieu de leurs tentes. Ce ne fut que la postérité de Japhet que Dieu multiplia, Noé ne parlait donc que des choses à venir, ct comme ces benédictions , ces malédictions n'étaient que de véritables prophéties qui ont eu leur accomplissement.

De la nudilé de Noc.

ll parut nu dans sa tente. Comme son enivrement ne fut point une faute, puisqu'il ne coanaissait pas encore la vertu du vin, l'effet qu'il produisit fut aussi innocent qu'en avait été la cause,

VERSET 22, De Chain et de Chanaan.

Cham père de Chanaan le trouvant en cet état, ete. L'Écriture marque plus bas que Noé ayant appris de quelle maniere l'avait traite son pelit-fils, dit : « Que Chanaan soit maudit! » Il est dit d'abord que c'est Cham qui trouva Noé en cet état indécent, et ensuile que ce fut Chanaan,

Théodoret explique cette difficulié en disant"que Chanaan. vit le premier Noé en cet état et le vint dire à Cham , son père, Et ceci parait probable. Premièrement , parce qu'il est dit ici que Noé ap-

COMMENTAIRE

prit ce qu'avait fait son petit-fils, ce qui marque proprement Chanaan, comme étant le fils de son fils, et non Cham, qui n'était pas le petit-fils de Noé , mais le second de ses fils, et Japhet le troisième.

Secondement, eela. parait encore, en ce que la malédiction de Noé tomba sur Chanaan. L'un et l'autre apparemment. avaient insulté à Noé en cet état plus digne de compassion que de moquerie. Mais la malédiction de Noé est tombée plutôt sur Chanaan que sur Cham, soit parce que Cham avait été déjà béni de Dieu , soit paree que si Cham avait été lui-même maudit, la malédiction serait tombée sur tous ses enfants, qui néanmoins, hors Chanaan seul, n'avarent eu aucune part à si faute.

Cette malédiction de Chanaan a été accomplie à la lettre dans le peuple des Chananéens, qui sont maudits ici en la personne de Chanaan, leur pere. Il semble que Moïse ait voulu marquer si particuliéreinen! cette malédiction de Chanaan , pour animer les Juifs à detruire les Chananéens, ainsi qu'ils le firent par l'ordre de Dieu , aprés la mort de Moïse, sous la conduite de Josuc. |

De Chanaan.

Que Chanaan soit l'esclave des esclaves. Cette parole a été accom plie en la personne des Gabaonites et des autres Chanancens , qui ont été rendus tributaires et traités comme des esclaves par la posterite de Sem et de Japhet.

Tout ceci n'est arrivé que plusieurs années après le déluge , piis que Sem, Cham et Japhet, qui avaient été seuls dans l'arche avec Noë, avaient alors plusieurs enfants.

Bénédiction de Sem.

Que le Seigneur Dieu de Sem soit béni. Noë bénit Dieu des biens qu'il devait répandre sur la famille de Sem, de qui devaient sortir les patriarches, les prophètes et Jésus-Christ méme. C'est pour cela qu'il appelle Dieu, le Dieu de Sem, comme il a été appelé depuis le Dieu d'Abraham , d'Isaac et le Dieu de Jacob,

De la multiplication des enfants de Japhet.

Que Dieu multiplie la postérité de Japhet, Autrement : « Que Dien étende la domination de Japhet. » On verra dans le chapitre suivant combien de peuples sont sortis de Japhet, et quelles terres ils ont occupees.

Que Japhet habite dans les tentes de Sem. Vlusieurs prennent ces paroles comme une prédiction des victoires que les geutils , descendants de Japhet, ont remportées sur les Juifs descendus de Sem; et principalement des Romains, qui se rendirent enfin. les maîtres de la Judée, Mais il est bien plus probable que cette prophétie, étant une bénédiction , marquait quelque chose de plus grand, qui est ta conversion des gentils,

VEBSETS 28, 29.

Mort de Noé.

Noé mourut ayant véen trois cent cinquante ans depuis le déluge. L'Écriture n'ajoute point, comme pour les autres patriarches , qu'il engendra des fils et des filles , ce qui fait eroire qu'il n'eut point d'enfants depuis le déluge. I mourut l'an du monde 2006. Et ainsi il à vu la tour de Babel , la division des langues et la dispersion des peuples qui ctaient descendants de ses trois fils.

LA GENÈSE, CHAPITRE X

Tertullien marque, dans son Apologie, que comme la vérité est plus ancienne que le mensonge , la fable, si célèbre dans les poètes, lle Saturne , que l'on dit avoir partagé le monde à ses trois fils, Jupiter, Neptnne et Pluton, a été prise de l'histoire de Noé, qui a partagé le monde véritablement à ses trois fils, Sem , Cham et Japhet.

Quelques interprètes nouveaux font voir aussi, par les livres des paiens , quelques rapports remarquables qui se trouvent entre Noé et Saturne,

Premiéremen!, en ce que les auteurs paiens ont dit que Saturne ct Rhéa, sa femme, étaient nés de l'Océan et de Thétis, déesse de la mer, parce que Noé avait été délivré du déluge dans lequel l'Océan avait inondé toute la terre.

Secondement, en ce qu'un navire était le symbole de Saturne ; ce qui marque visiblement l'arche de Noé,

Troisiemement , en re que les paiens s'enivraient à la féte de Sawrne; ce qui pouvait venir de ce que Noé s'était le premier eniwe du viti,

Quatrieriement, on voit encore des traces de la vérité dans un ju méme et une conduite ridicule par lesquel les. paiens avaient coutume d'honorer la fausse divinité de Saturne, Car, au lieu que Chanaan, apres l'insulte qu'il fit à Noé, fut maudit de Dieu et devint vraiment esclave, de libre qu'il était auparavant, les hommes libres parmi les piens , à la féte de Saturne, devenaient esclaves pour quelques jours, et les esclaves libres ; les maitres servant les esclaves , et les esclaves ayant. alors le pouvoir de commander à leurs maitres.

Du patriarche Noé.

Les rabbins, accoutumés à défigurer toutes les histoires de l'Ancien-Testament , ont entassé les contes les plus absurdes sur le pairisrche Noé. Nous n'avons garde de les répéter: Josephe, Philon et les talmudistes les ont recueillis, On lui a attribué un discours pour exciter les hommes à la pénitence, une pritre qu'il composa

dans l'arche, prés du corps d'Adam , un testament, que Fabricius a insérés dans le Codec pseudepigraphus veteris Testamenti, tome I. Sa femme est appelée Naria, Rathenus , Nema ou Tithea. Les mahométans désignent Noé sous le nom de Nouh-al-nabi (Noé le prophéte); de Nouh-al-nagi {qui a été sauvé et qui a sauvé les autres); de Schéikh-al- morselein (l'ancien et le prince de tous les envoyés de Dicu). Ils font, à ce sujet , autant de fables que les rabbins : on peut en voir quelques-uns dans la Bibliothèque orientale. L'histoire de la construction de l'arche et celle du déluge sont décrites fort au long dans le chapitre loud du Coran. Les docteurs de l'islamisine n'ont pas manqué de les commenter à leur facon. Tous les peuples orientaux ont conservé la tradition de Noé, souvent méme sous son vrai nom. Chez les Chinois, la secte de Tao fait arreter. le déluge par Nu-oua, qui redressa le ciel et tua le mauvais priucipe ot Kongkong ( Traité de la chronologie chinoise, par le P. Gaubil , édition de MM. Silvestre de Sacy et Abel Remusat}, Mengiseu parle fort longuement du déluge ; mais 1l confond Noé avec Yao, comune d'autres lettrés le confondent avec Fo-hi. Noé est l'Orus, l'Apollon, l'Ogyges , le Saturne, le Janus, le Protée, le Vertumne, le Bacchus des écrivains de la Grece et de Rome, suivant Huet et quelques autres savants; l'Osiris des Egyptiens, le Xisutre des Chaldéens , au rapport de Bérose et d'Abydene, dans Eusebe de Césarée, Voltaire s'obstine à vouloir que ce Xisutre ou. Sisuthrus des Chaldéens ait servi de modéle au Noé des Juifs. Noé est aussi le. Mercure des Égyptiens , le Wichnou des Indiens , le Belgemer de l'Edda, selon Pailly (Lettres sur l'origine des sciences). Voyez aussi Dickinson , dans sa dissertation intitulée : Delphi phœnicizantes. Nous allons indiquer quelques ouvrages que l'on peut consulter : l'Histoire de l'An. cien et du Nouveau Testament, par dom Calmet , 2° édition, liv. 1**. — Historia ecclesiastica veteris Testamenti, par Buddæus , 4° édit., tome 1*^*. — De Noë et arcd, par saint Ambroise, dans ses œuvres. — Telluris theoria sacra, de Thomas Burnet , et la réfutation de Leydecher et Parkinson.

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