‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 607 sur 1035 · Si l'étranger ou le voyageur qui est parmi vous · texte numérisé non relu

Si l'étranger ou le voyageur qui est parmi vous

s'est enrichi, et que votre frère pauvre se soit vendu à lui ou à quelqu un de sa famille;

48. Apres s'être vendu, il peut être racheté, et un de ses frères le rachétera ;

49. Ou son oncle, ou le fils de son oncle, ou un autre parent, ou un allié, ou s'il le peut, il se rachètera Iuiméme,

50 En supportant les années seulement depuis le temps qu'il a été vendu jusqu'au jubilé, et le prix qu'il s'était vendu ; le nombre des années et son salaire comme mercenaire étant compté.

51. S'il y a plus d'années jusqu'au jubilé , selon ses années il augmentera le prix.

52. S'il y en a peu, il comptera avec lui selon le nombre des années , et il rendra à l'acheteur ce qui reste des années ,

53. En comptant toutefois le temps qu'il aura servi, et il ne l'affligera point rigoureusement en ta présence.

54. S'il ne peut se racheter ainsi , il sortira dans l'année du jubilé avec tous ses enfants ;

55. Car les enfants d'Israél sont mes serviteurs que j'ai tirés de la terre d'Égypte.

Hébr. : « Et comme un étranger établi dans le pays. » Hébr. : « Ne dominez point sur eux avec dureté. »

X 53. Hébr. : « Ne dominez point sur lui avec dureté. »

COMMENTAIRE

COMMENTAIRE

De l'année sabbatique.

= Parmi les lois de Moïse, dit Guénée, 1 y en à. qui paraissent avoir été spécialement destinées à servir de preuves subsistantes et palpables d'une providence continuelle de Dieu sur son. peuple, et de la mission divine de son premier conducteur, Telle fut, entre autres , la loi du repos de toutes les terres pendant l'année salibatique ; loi singulicre, unique, et qui naturellement ne devait venir à l'esprit d'aucun législateur, Cette loi ne put être fondée que sur la certitude que dut avoir Moïse, que chaque sixième année produirait abondamment pour trois; sans cela il eourait risque de faire périr ses concitoyens de famine, et d'attirer sur sa mémoire la malédiction publique. Or, celte certitude , de qui pousait-elle lui venir ? De Dieu seul. Conçoit-on qu'il eût osé porter une pareille loi, s'il n'eüt été qu'un législateur ordinaire? Mais ce qui aurait été le comble de la folie dans un politique, qui n'aurait eu que des ressources humaines, est une démonstration qu'il en avait. d'autres , et que le Dieu dout il se disait le ministre l'assistait effectivement, et veillait sans cesse sur Israel. »

Il parait que les Hébreux, pendant tout le temps qui preceda leur exil à Babylone, observerent peu cette loi de Moïse, qui leur avait prédit cette désobéissance à cet égard, « Je vous disperserai parmi les nations , dit le Lévitique (xxvr, 33-34), et tirerai l'épée aprés vous. Votre terre sera inculte et vos villes ruinces, Alors cette terre jauira avec plaisir de ses sabbats pendant tout le temps qu'elle sera inculte et que vous serez dans la terre de vos ennemis ; alors la terre se reposera, et elle jouira avec plaisir de ses annees sabbatiques, »

De tous les temps les bons agriculteurs ont laissé reposer leurs terres, c’est-à-dire les ont mises en jachere. « La jachère ordinaire , dit l'abbé Rozier, est l'année de repos que l'on donne à la terre sur laquelle ou vient de lever la recolte, c'est-à-dire que, pendan l'année suivante, elle ue produira aucun grain, mais clle sera tra vaillée et disposée à produire l'année d'apres : de deux ou de plusieurs annees , si le sol est maigre, et ou ne Île

ce repos peut être

labourera que dans l'année qui doit précéder celle de la récolte, Quelquelois on fait porter à la terre deux à trois récoltes consteutives en grains, et on la laisse reposer ensuite. Si un seme trois fois de suite, les deux premiers semis sont en froment et le dernier en seigle où en avoine, On a pour but deux objets en la. jachere; le premier est de faire acquérir au sul, soit. par les labours, soit par les influences des météores, les priucipes épuisés par les recoltes précédentes; le second est de détruire les mauvaises herbes par les fréquents labours.

La terre s'épuise-t-elle ? Est-il nécessaire de laisser une année de jachère afin de détruire les mauvaises herbes? Ces deux problem es sont difliciles à résoudre, si on les envisage dans leur généralité, et je dirai méme que , dans ce sens, il est impossible de les résoudre, parce que la diiférence des terrains , des climats , des expo sitions et d'une infinité de circonstances locales, ne peut s'estimer. Dans la généralité, la jachère est indispensable tant qu'on cultive suivant la méthode reçue, à moins qu'on n'ait une très-grande provision d'engrais : ils snppléeut alors à la soustraction des principes végétatifs que chaque récolte enlève,

« Il ne faut pas croire, dit H. Janssens, que les Hébreux passas-

sent l'année sabbatique dans une oisiveté complète; ils fertilisuient leurs champs en y répandant des cendres ; ils les débarrassaient du chaume, des épines, des chardous et autres mauvaises herbes. qui les couvraient, en y mettant le fen , et detruisaient par là méme tous les genres d'ivraie qu'ils pouvaient reecler ; ils occupaient du soin des abeilles et des troupeaux ; ils filaient le lin et la laine; ils réparaient leurs meules et leurs instruments aratoires; enlin ils assistaient plus exactement aux explieations de la loi, et vaquaient avec plus d'assidnité à. tous leurs devoirs religieux. Cette loi n'était done ni aussi absurde, ni aussi imprudente qu'on voudrait le faire entendre. »

« Dieu, dit Bullet, avait ordonné aux lsruclites de laisser reposer leurs terres chaque septième annee, et pour les garantir de la disette que cette fériation devait naturellement causer, i! leur avait promis une triple récolte chaque sixième année. On a inséré dans le Mercure helvétique de février £736 la lettre d'un anonyme qui attaque ce miracle, Nous répondrons aux difficultés qu'il propose apres avoir établi la sérilé de ee prodige par des preuves incontestables,

» Joséphe n'a pas manqué de-rapporter cette loi. Voici ses termes : « Comme Dieu avait ordonné que les Israélites se reposassent apres six jours de travail, il voulut aussi que la terre se reposát de sept en sept ans, sans qu'on la labourát et sans qu'on y plantát rien ; que Les fruits qu'elle produirait d'elle-même, les étrangers les pussent cueillir, sans qu'il fût permis aux propriétaires de s'en rien re Server. »

* Si Moïse a promis une triple récolte dans la sixième année par ordre de Dieu, en ce cas, la fidélité de Dien à tenir ses promesses el sa toute-puissance pour les exécuter ne permettent pas, mème aux deistes , de douter de l'accomp!issement de celle-ci.

* Mais supposons, ce qui est apparemment le sentiment de l'anonyine, que Moïse a été un imposteur, et qu'il a fait cette promesse de son chef. Supposons qu'il à eté assez adroit pour persuader au peuple qu'elle venait de Dieu. Supposons que dans cette confiance le peuple, après son établissement dans la terre de Chanaan , attend la sixième année une tripla récolte, S'il est trompé dans son espérauce, des lors il ne laissera pas ferier sa terre la septième année , il regardera la promesse de Moise comme une chimere, et le législateur comme un huposteur, Tl n'en est pas arre ainsi. Le pesplea observé l'année sabbatique; il à done éprouvé le miracle de la iriple récolte, La promesse qui en a été faite venait done de Dien, qui seul donne à son gré l'abondance on la stérilité; Moïse parlait done au nom de Dieu ; il était done vraiment envoyé de Dieu. C'est ainsi que ce seul événement, quand il n'y aurait point d'autres preuves, démontre évidemment la divine mission de Moïse,

* ll n's a que Moise qui ait ose mettre ainsi sa législation à l'épreuve, Chaque Israéhte pouvait tous les sept ans juger por luiinéme s'il avait été envoyé de Dieu. Les anciens législateurs, les Lycurgue , les Solon, les Numa , n'ont eu garde d'attacher un prodige déterminé et perpétuel à l'observation. de quelques-unes de lenrs lois : quoiqu'ils aient dit qu'elles leur avaient été données par les dieux, qu'elles avaient été approuvées par les dieux, ils sentaient bien que le défaut d'accomplissement qui était certain rendrait leurs impostures palpables et les décréditerait entierement dans l'esprit des peuples.

» Tout est cerlain dans le raisonnement que nous venons de faire, dés que nous aurons prouvé que les Israélites observèrent l'année sabbatique, C'est ce qui ne nous sera pas difficile, I] est vrai que les Juifs avaient négligé l'observation des années sabbatiques plusieurs

siècles avant la captivité de Babylone; mais il faut remarquer qu'ils crurent si peu pouvoir s'excuser d'avoir négligé ce devoir sur ce que Dieu avait manqué à sa promesse envers eux, qu'ils furent persuadés, an contraire, que le nombre des années pendant lesquelles leur pays fot désolé, lorsqu'ils furent transférés à Babylone, devait répondre par un jugement particulier de Dieu au nombre des années sabbatiques qu'ils avaient négligé d'observer, C'est ce. que nous voyons dans le second des Paralipoménes ( xxxvi, 21), où l'auteur sacré, après avoir raconté la désolation de la Judée par les Chaldéens, ajoute que ce fut afin « que la parole du Seigneur, qui avait été prononcée par Ia bouche de Jérémie, s'accumplit, et que la terre célébrát ses sabbats (c'est-à-dire ses années de repos , qui sont appelées sablats, parce qu'elles revenaient de sept en sept ans); car elle fut dans un sabbat continuel durant tout le temps de sa désolation, jusqu'à ce que les soixante et dix ans fussent accomplis, » Jérémie (xxv, 11) avait effectivement prédit que « la Judée serait réduite en un desert affreux qui épouvanterait ceux qui la verraient pendant soixante et dix ans, »

Moise les avait déjà menacés de ee malheur en leur disant que, s'ils n'observaient pas la loi qu'il leur avait donnée, Dieu les disperserait parmi les nations, que leur pays serait désert. Après quoi il ajoute : « Alors la terre réduite en solitude jouira avec plaisir de ses sabhats, et pendant que vous serez dans une terre ennemie, votre terre jouira du sabbat (e'está-dire du repos), et se reposera dans les sabbats de sa solitude, parce qu'elle n'a point cu de repos dans vos sabliats (c'est-à-dire dans vos années sabbariques) pendant que vous v habitiez, »

« Les Juifs, de retour de la caplivilé, promeltent. avec serment d'observer fidélement tous les commandements du Seigneur, parmi lesquels ils expriment ea particulier celui de l'année sabbatique. «Nous « laisserons , disent-ils, la terre sans la cultiver la septième aonce, «

- Alexandre, étant à Jérusalem, invita les Juifs à lui indiquer quels biens ils désiraient qu'il leur fit. Le souverain prètre se contenta de le prier de permettre aux Juifs de vivre selon leurs lois , et de les exempter de payer aucun tribut la septième année, ce qu'il leur accorda volontiers. Les Samaritains , se disant Hébreux, priereut ce prince de leur accorder la méme grâce, parce qu'ils n'enseinencairnt pas leurs terres la septieme année. Alexandre remit à leur faire cette faveur lorsqu'ils auraient prouvé qu'ils avaient la méme origine que les Juifs; sur quoi nous remarquens que les Samaritains avaient reçu le commandement de l'année sabbatique avec les autres lois de Moïse par le ministère du prêtre israélite qu'Assaradon leur envoya pour les instruire de la manière dont Dieu voulait être honore dans la terre qu'ils habitaieat, On obsersait done l'année sabbatique dans le royaume d'Israel apres le schisme; on l'avait donc observée avant le schisme dans les douze tribus, car les tribus qui se separ: rent ne prirent point d'usage qui lát partiealier à celles de Juda et de Benjamin, à cause de là haine qui Jes divisnit.

» L'armée du roi Antioclius Eupator marcha contre les Juifs vers Jérusalem (l'an du monde 384:), et elle vint en Judée et campa pres du mont Sion. Le roi écouta les propositions de paix que lui fuent faire ceux qui étaient dans Bethsura, et ils sortirent de la ville n'ayant plus de vivres, parce que c'etait l'ansiée du sabbat et du repos de la terre; etle roi prit Bethsura et mit une garuison pour la garder; il fit ensuite marcher ses troupes vers le lieu saint, où il demeura longtemps : il y dressa divers instruments de guerre et plusieurs machines pour lancer des feux, pour jeter des pierres et des dards, des arbalètes pour lancer. des flèches, et des frondes. Les assiégés firent aussi des machines contre leurs machines, et ils combattirent pendant plusieurs jours; mais il n'y avait point de vivres dans la ville, parce que c'était la septième année, et que ceux d'entre les nations qui étaient demeurés dans la Judée avaient consumé les restes de ce qu'on avait mis en réserve, Il ne demeura donc que peu de gens pour la garde des lieux saints, parce qu'étant pressé par la famine chacun s'en retourua chez soi.

COMMENTAIRE

* Jules César donna un décret concernant les Juifs, dont voici la teneur :

» Caius César, empereur pour la seconde fois, a arrêté qu'il sera payé par les Juifs, dans toute l'étendue de leur domination, excepté la ville de Joppé , un tribut pour la ville de Jérusalem; que ce tribut sait pasé chaque année, excepté celle qu'ils appellent salibatique , parce qu'ils ne sement. point cette année, et qu'ils ne recueillent pas les fruits des arbres,

» Dans la description que Josephe fait du siege de Jérusalem, par Hérodote et Sosius, l'an du monde 3984, il dit que les Juifs, animés de désespoir et incapables de suivre les mouvements d'une sage prévoyance, quoiqu'ils se vissent assiéges par une armée si nombreuse, quoiqu'ils manquassent de vivres, et que la faim dit les presser (on était alors dans l'année sabhatique}, se résolurent de porter la guerre à toute outrance.

» Tacite rapporte aussi que les Juifs chóment la septième année : Septimum quoque annum ignaviæ datum, -

» Je conviens, dit l'anonyme, que l'année sabbatique a été obscrvée chez les Israélites, Les textes des auteurs sacrés et de Jostphe ne permettent pas d'en douter; mais aucun de ces écrivains ne dit que cette année ail été précédée du miracle d'une triple récolte: c'est cependant ce qu'il faudrait qu'ils disent, parce que c'est précisément ce que je nie.

» Nous répondons que les auteurs. sacrés et Joseplie, en rapportant l'observation de l'année sabbatique, ont par là méme attesté le prodige de lá triple récolte qui la précédait toujours. Si la premiere fois que l'occasion s'en présenta le miracle de la triple récolte. n'était pas arrixe, les Israelites auraient regardé la promesse de Moïse comme une chimére , et n'auraient point observé l'année sabbatique, ainsi que nous l'avons déja remarqué, 11 n'y a personne qui, se reconnaissant trompé, persiste dans son erreur; une nation entière, à plus forte raison, n'est pas capable d'une pareille extravagance. Si le prodige de la triple récolte , aprés s'étre opéré plusieurs fois , était veni. à manquer, les Israélites alors n'auraient pas observé l'année sabbatique, ils auraient eru, et eru avec raison, que ce miracle cessant, Dieu n'exigeait plus d'eux qu'ils laissassent férier la terre; car il faut remarquer que Dieu avait fait dépendre le comwandement de l'année sabbatiqne du prodige de la triple récolte, et que, pour prévenir toute défiance de la part des Juifs, il avait voulu que ce miracle précédát leur obéissance. Ainsi le prodige, qui était la condition sous laquelle les Juifs étatent tenus de laisser férier leur terre, venant à manquer, ils étaient déchargés de cette obligation. C'est done avec raison que nous avons assuré que lorsque les historiens rapportent qu'on observait l'année sabbatique , par là ume ils assurent que le miracle de la triple récolte s'était opéré.

« Il n'y a point de raisonnement qui tienne contre les faits, reprend l'anonyme, Or, nous voyons par les récits qu'on a portés en preuve que l'année sabbatique n'était point précédée par une triple récolte; carsi cela eût ete, les Juifs auraient-ils eu besoin de prier Alexaudre de ne point exiger d'eux le tribut la septième année, parce qu'ils ne eultivaient pas leurs terres cette année-là ? Cette fériation ne leur causait point de dommage, s'ils avaient déjà reçu ce que leurs terres auraient produit celte septième année dans la triple récolte qui l'aurait précédée,

«+ Dans les sièges de Bethsura et de Jérusalem, les assiègés sont obligés de se rendre parce que les vivres leur manquaient, attendu que e'étarent des années sabbatiques : ces années n'avaient donc pas été précédées par de triples récoltes ?

» Nous répondons que la demande d'exemption que les Juifs firent à Alexandre pour l'année sabbatique était raisonnable et bien fondée, parce que, quoiqu'ils eussent de quoi subsister cette année-là par l'abondante récolte de la sixieme, les années qui suivaient la sabbatique pouvaient être stériles, auquel cas ils se seraient trouvés dans la disette ; car les Israélites éprouvaient quelquefois des fami-

COMMENTAIRE

nes, même de plusieurs années. On en remarque une de trois ans sous Achab , une dans Joel, une dans Amos, une sous le roi Joram, qui dura sept années entieres, une du temps de Jérusalem.

* La disette qu'on éprouva dans les siéges dont on a parlé ne venait pas précisément de l'année sabbatique ; elle était causée parce que le temps de ces sièges était un temps de trouble, où la Judée était remplie de troupes étrangeres qui empéchaient les Juifs de cultiver la terre, et qui ravageaient la campagne avant qu'on eût pu moissonner, Ainsi, il n'y avait qu'une partie du pays qui edt pu produire une triple récolte; car la promesse que Dieu avait faite de ce prodige n'était que pour Jes terres labourées , et non point pour celles qui restaient en friche. Le petit nombre des terres cultivées, et non l'année sabbatique, fut donc la véritable cause de la disette qu'on éprouva dans ces sièges.

= L'auteur du livre des Machabées indique encore une autre cause de la disette qu'on éprouva aux sièges de Rethsura et de Jérusalem, sous Eupator ; c'est qu'il était venn dans la Judée plusieurs particuliers de différents peuples, qui avaient contribué à consumer les provisions, = Ceux d'entre les nations qui étaient demeurés dans la Judée, dit cet écrivain, avaient consumé les restes de vivres que l'on avait mis en réserve. »

« Nous avons tiré une preuve du miracle de la triple récolte, de l'observation de l'année sabbatique : il faudra donc dire que ce prodige s'opérait aussi chez les Samaritains, qui étaient des schismatiques, puisqu'ils observaient l'année sabbatique, ainsi qu'on a pu le voir dans le récit de Joséphe , que nous avons rapporté plus haut.

= Réponse. Dieu fit pleuvoir la manne pour nourrir les Israélites, le jour méme qu'ils adorèrent le veau d'or. Doit-on être plus surpris de ce qu'il accorde le prodige de la triple récolte à des schismatiques , que de le voir donner un pain miraculeux à des idolûtres ? D'ailleurs, la triple récolte était nne faveur attachée à la loi particulière de l'année sabbatique ; les dix tribus schismatiques observerent cette loi; les Samaritains, qui leur succéderent, l'obsersérent de méme : ils firent done les uns et les autres une triple récolte chaque sixième année, puisque, comme nous l'avons remarqué, ce miracle précédait nécessairement chaque année sabbatique, de maniere qu'on peut dire sans crainte de se tromper : Cette septième aunée on fit férier la terre, donc l'année précédente on a vu le miracle de triple récolte. »

De l'année du jubilé.

Ce verset contient l'établissement de la fameuse année, dite vulgairement du jubilé. On à beaucoup agité la question de savoir si l'année du jubilé était la quarante-neuvieme ou la cinquantième année. Le Clerc rapporte avec soin les raisons pour et contre, et conclut qu'il est difficile de prendre absolument son parti; il penche cependant à croire que l'année du jubilé était la quaranteneuvième et non la cinquantième, J'ajouterai aux raisons dont il a appnyé cette opinion que, comme le sabhat était le septieine jour, l'année sabbatique la septième année, l'année du jubilé devait aussi probablement se trouver dans la septicme semaine d'années, ce qui ne serait pas arrivé si l'année du jubilé edt été la cinquantiéme année, et non pas la quarante-nenvieme : celle raison ne paraîtra point frivole à quiconque fera attention que tout sabbat en général a été principalement institué, suivant le texte sacré, pour rappeler aux Tsraëlites le souvenir du repos , que Dieu prit le septieme jour après la formation du monde, Au reste, Josephe (Ant, HI, xii) suppose que l'année du jubilé était la cinquantième année, et non pas la quarante-neuvième. Quant à l'étymologie du mot jubilé (que Le Clerc. et saint Jérôme ont conser é dans leurs versions, se contentant de le latiniser}, les interprètes sont fort partagés; les Septante, au lieu de conserver ce mot dans leur version, l'ont inter-

prété par le mot grec remissi ; leur interprétation semble avoir été approuvée par saint Jérôme dans le verset ro de ce chapitre. Le Clerc üre l'étymologie du mot jubilé de jaba/ , verbe autrefois usité parmi les Hébreux , selon lui, pour signifier sonner de la trompette. Dom Calmet le dérive de l'hébreu hobil, qui signifie ramener, rappeler ; ce qui revient à l'interprétation des Septante. Il sera aisé de voir, par ce que je vais dire de l'année du jubilé, sur quoi sont fondées les différentes interprétations qu'on a données au mot julile.

* L'année du jubilé s'annoncait par des sons de trompette, qni se faisaient eatendre dans tout le pays des Israélites, le dixième jour du septiéme mois (de l'année sacrée, qui était le premier de l'année civile), c'est-à-dire le jour même de la fête de l'ezpiation solennelle ( Y 9), d'où l'on peut conclure avec Le Cleré que l'année du Jubilé ne commençait pas le premier du septième mois , mais le 10 ou le rr.

« Dans l'année du juhilé, chacun rentrait dans ses héritages aliénés et recouvrait sa liberté perdue (3 ro), privilége au reste qui , à ce que je erois, n'avait lien que pour les esclaves israélites ; il y avait donc cette différence entre l'année du jubilé et l'année sabbatique , que, dans la premiere , les esclaves israélites, non-seulement recouvraient leur liberté, mais méme rentraient dans leurs hiens, ainsi que tous les autres propriétaires qui avaient aliéné leurs hérilages ; mais dans l'année sabbatique , les esclaves israélites ne recouvraient seulement que leur liberté; d'où il arrivait que, n'ayant point de quoi subvenir à leurs besoins, ils étaient souvent obligés d'engager de nouveau leur liberté jusqu'à ce qu'enfin l'année du jubilé , non-seulement les rendit libres, mais encore les mit en état de ne plus devenir esclaves, en leur restituant leurs biens aliénés. Au reste, on ne commença, suivant la remarque de dom Calmet, à observer l'année du jubilé que depuis l'entrée des Hébreux dans la terre promise, et on cessa de l'observer depuis la caplivité de Babylone.

Motifs de l'institution du jubilé.

= En cette année du jubilé , chacun de vous rentrera dans le bien qu'il possédait, »

Quel pouvait être le but du divin législateur des Juifs dans l'institution du jubilé ? IJ parait qu'il eut en cela des vues dignes de sa sagesse.

1* En rendant pendant cette année à chacun ses terres et ses maisons, Dieu faisait sentir aux Israélites que c'était lui qui était le maitre et le propriétaire de tous leurs fonds, et qu'ils n'en avaient que l'usufruit, dont i's étaient entierement redevables à sa bonté.

2" Par là, il mettait un frein à l'insatiable avarice des uns, et donnait des bornes à la folle prodigalité des autres ; il empéchait le dépérissement d'un grand nombre de familles, dont les autres auraient peu à pen englouti les fonds, 11 établissait une espéce d'égalité entre les Israélites; il prévenait les révolutions, qu'une trop grande disproportion dans les fortunes des concitoyens ne peut manquer de produire; et en attachant les Israélites à leurs terres et à l'agriculture, i| les mettait dans l heureuse impuissanre de dégénérer, de s'amollir aussi aisément qu'ils l'auraient fait sans cela,

3° De cela méme résultait la nécessité de conserver l'idée. distincte des tribus, des familles et des généalogies, qu'il fallait absolument conserver, pour montrer soa droit à l'héritage de ses ancétres, et par ce moyen se perpétuait encore l'idée distincte de la premiere division de la terre de Chanaan, faite sous Josué, Ainsi on aurait eu beau aliéner le champ d'Éphrata, il revenait toujours à la tribu de Juda, et il. retournait toujours dans la suite à la famille de David, aux ancétres duquel Dieu l'avait fait échouer,

4° Mais il est surtout remarquable que, par cette loi du jubilé, Dieu attachait les Juifs à la terre de Chanaan en faisant que les en-

fants ne s'y considérassent pas seulement comme les héritiers de , leurs pères, mais qu'ils regardassent aussi leurs pères comme des usufruitiers auxquels ils étaient réellement substitues à l'égard du fonds , qu'ils ne pouvaient jamais aliéner que jusqu'à l'an du jubilé.

5° Enfin, de tous ces arrangements réseltait un ordre entre les tribus et les familles, qui devait plus que tout autre chose faciliter amx peuples du monde le moyen de reconnaitre le Messie par la considération du lieu, de la tribu et de la famille d'où il sortirait; et cet ordre ne subsistant plus aujourd'hui, les Juifs, au contraire, étant tombés dans une coufusion totale de leurs familles et de leurs généalogies, nous ne pouvons qu'en conelure que le Messie est venu.

(Essai sur les Juifs anciens et modernes.)

De l'esclavage chez les Juifs.

Moise, en tolérant la servitude, se conforma à un usage recu; mais, en lui donnant des limites plus étroites, il essaie d'en concilier

la rigueur avec la bonté de l'Étre suprème, Chez aucun peuple les esclaves n'exciterent à un tel point la bienveillance de la loi.

LÉVITIQUE, CHAPITRE XXVI

Les Juifs connaissaient trois maniéres de le devenir : quand on s'y vouail de soi-même, quand on était vendu par son père, quand on y était condamné par les magistrats, La premiére est consignée dans ce passage ; elle n'était excusée que par l'indigence et le besoin absolu des objets nécessaires à la snbsistance; il fallait avoir vendu auparavant tout ce qu'on avait de nécessaire et d'utile,

Les paroles des versets 4o et 41 semblent insinuer que les es-

j elaves hébreux ne recouvraient leur liberté que l'année jubilaire.

Cependant il est certain, par ee que nous avons déjà dit ailleurs, que l'année sabbatique la leur rendait. Je suis surpris que Le Clere et dom Calmet n'aient pas fait mention de cette difficulté, qui cependant saute aux yeux. On pent, au reste, répondre que ces paroles du verset 40, usque ad aunum jubileum operabitur apnd te, renferment cette parole tacite , 5i modo consenserit frater. tuus servis factus; et, en effet, il arrivait souvent. qu'un hoa me, dépouillé de son hien et forcé par la nécessité à vendre sa liberté, aimait mieux rester dans l'esclavage, sous un maitre dont il était content, que de redevenir libre, sans avoir pour cela de quoi vivre : il restait done en servitude, mais volontairement, jnsqu'à ce que l'année juhilaire lui rendit tout à la fois et sa liberté et ses héritages alicnés,

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