‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 64 sur 1035 · Ophir, Hévila et Jobab : ce sont là les fils de Jeetan · texte numérisé non relu

Ophir, Hévila et Jobab : ce sont là les fils de Jeetan

30. Et leur habitation était depuis Messa envenant à Séphar, montagne de l'orient.

31. Voilà les enfants de Sem, selon leurs familles, leurs larigues , leurs régions et leurs peuples.

32. Et voilà les familles de Noé, selon les peuples et les nations. De ces familles descendent les peuples qui se sont répandus sur la terre apres le déluge.

X «4. Héb. autr. « Les Phethrusim, les Chalsluim, d'où sont sortis les Philistins et les Caphthorim. » Il. parait par d'autres endroits de l'Eeriture que les Philistins sont venus des Caphthorim ( Cappadocieus ). Jerem. xxvir , 4 ; Amos, tx, 7.

COMMENTAIRE

COMMENTAIRE

Des trois enfants de Noé.

Sem est nommé avant ses frères, parce que la religion s'est conservée pure dans sa famille. Elle se corrompit bientôt dans la famille de Cham et de Japhet, On découvre encore leurs noms à travers les fables qui les ont ont défigurés. Cham parait avoir été le Jupiter des Grecs, appelé Hammon en Égypte. C'est aussi en Égypte qu'il s'établit, et de là vient que ce royaume, qui est si souvent nommé le pays de Ham ou de Cham dans l'Écriture, a le nom de Chemia dans Plutarque, Pour Japhet, il n'y a point de doute qu'il ne soit le méme que ce Japhet auquel les Grecs ont rapporté leur origine : ils ne connaissaient rien de plus ancien que lui, ainsi que Bochart l'a fait voir; c’est pourquoi ils disaient proverbialement, plus vieur que Japhet, pour parler d'une chose si ancienne qu'à peine en connaissait-on. l'origine.

Des migrations des peuples.

Il faut que Moise ait été bien sûr de l'histoire du premier âge du monde, pour tracer avec autant d'assurance qu'il l'a fait le plan de la dispersion des peuples et de leurs migrations. Cependant, malgré toutes les recherches et les conjectures des critiques les plus bardis, on n'a encore pu le convaincre d'aucune erreur. Le dixieme chapitre de la Genese est reconnu pour le plus ancien monument de géographie et le plus exact qu'il v ait dans l'univers. Ceux qui ont ecrit apres lui n'ont pas pu remonler assez haut pour nous instruire de l'origine des premieres colonies qui ont peuplé les différentes parties du monde.

Classification des nations par leurs langues, d'aprés Wiseman.

I. Race indo-germanique ou indo-europeenne, — II. Race sémitique. — 111. Race malaye.

L ace indo-européenne.

Cette race est répandue sur la plus grande portion de l'Europe et del'Asie, et s'étend par une large bande, depuis Ceylan jusqu'à l'Eslande, unissant par un type commun de langage des nations prolessant des religions inconciliables , pourvues des institutions les plus dissemblables, et n'ayant qu'une bien legere ressemblance de physionomie et de couleur.

Les nations de ce groupe occupent presque la totalité de l'Europe, à l'exception seulement des petits territoires habités par les Basques et les Finlandais, qui comprennent les Hongrois; de là elles s'étendent sur une grande partie de l'Asie, sauf quelques groupes isolés ; et les Tartares s'y rattachent.

MH. Race sémitique.

Cette race s'étend sur l'Arabie, la Syrie, l'Abyssinie et toute l'Àfrique septentrionale.

HI Race malaye ou polynésienne.

Cette race remarquable est disséminée dans les iles nombreuses qui forment l'archipel Indien et la Polynésie, y compris les habitants des iles de la mer du Sud, et la plupart des peuples de l'Amérique, Elle s'étend en un mot depuis Madagascar jusqu'aux Philippines. Cette famille, qui semble préférer le séjour des iles, s'est cependant jetée sur le continent, et de la péninsule de Malacca s'est étendue sur l'ado-Chine et sur la Chine elle-même, jusqu'à l'extrcmité de la Corée, où elle a rencontré les Mantchoux,

VERSETS 8 et 9.

Nemrod.

* Avant ce temps-là, dit saint Jérôme, les chefs de familles commandaient dans leurs maisons, et les hommes ne reconnaissaient presque pas d'autre autorité que celle des maitres sur leurs serviteurs et des peres sur leurs enfants, Mais Nenirod, fier et ambitieux, usurpa une domination tyrannique sur les autres. »

Saint Augustin dit que plusieurs interpretes lisaient contre le Seigneur, au lieu de devant le Seigneur ; ce qui voudrait dire que Nemrod était impie envers Dieu et cruel envers les hommes,

Sur la ville de Babylone.

Les paroles de ce verset ont fait croire à quelques interpretes que Nemrod est le méme que Bélus, qui donna l'idée de bâtir la tour de Babel, et qui depuis la dispersion des peuples bâtit Babylone. 11 fut pere de Ninus, et le premier auteur de l'idolâtrie; il voulut se faire adorer comme Dieu, et fut secondé par son fils dans cette en- Ireprise insensée.

Du royaume de Syrie.

Le royaume d' Assyrie commença par Assur, qui, ne pouvant souffrir ni arrèter la puissance tyrannique de Nemrod, bâtit Ninive; ct Ninus, après l'avoir conquise sur les enfants de Sem, l'embellit et l'agraudit, et lui donna son nom.

Toutes les nations sorties de Noé.

Moise dit que toute la terre fut repeuplée parles trois enfants de Noé, et, en effet, il est impossible de citer aucun monument de population ni d'industrie humaine antérieur àu déluge. Vainement on a eu recours aux histoires et aux chronologies des Chinois, des Indiens, des Égyptiens, des Chaldéens, etc. : toutes ces histoires, ces chronologies, se concilient; elles datent à peu prés de la méme époque, et ne peuvent remonter plus haut que le déluge.

APPENDICE

Discours sur l'origine et les familles des nations *.

Vous avez écoulé, messieurs, avec lant d'indulgence mon discours sur les cinq nations asiatiques **, et sur les diverses tribus établies le long de leurs frontitres respectives ou dispersées sur les montagnes, que j'espère que vous me suivrez avec une égale attention, quand je ferai remonter à un centre unique les trois grandes familles dont ces nations paraissent être sorties, et alors je hasarderai quelques conjeetures sur le trajet que l'on peut supposer qu'elles ont parcouru dans leur direction vers les pays où nous les trouvous établies, à l'aurore de toute histoire certaine.

Commencons par une revue succincte des propositions auxquelles nous avons été amenés graduellement, et séparons celles qui sont seulement probables : dans mon opinion, on peut prouver d'une manière incontestable que la première race de Persans et d'Indiens, auxquels nous pouvons ajouter les Romains et les Grecs, les Goths et les anciens Égyptiens ou Ethiopiens, ont originairement parlé la méme langue et professé la méme foi populaire; je ne crois pas qu'on mette en doute et je suis sûr qu'il est indubitable que les Juifs et les Arabes, les Assyriens ou seconde race persanne, les peuples qui parlent le «vriaque, et nne nombreuse tribu d'Abyssiniens, se servaient d'un dialecte primitif. entierement distinct de l'idiome dont nous venons de parler; mais que ceux qui se sont etablis en Chine et au Japon aient une origine commuae avec les Indous, ce n'est plus une chose seulement probable. Et de méme on peut conjecturer d'une manière plausible que tous les Tartars, comme on les appelle inexactement, venaient primitivement d'une troisième branche séparée, differant totalement des deux autres par le langage, les manières et les traits de la figure; mais à cause des raisons alléguées dans un précédent essai, on ne peut le démontrer clairement, et par conséquent, on ne peut donc que le présumer, Si la vénté de ces faits était appuyée des meilleurs témoignages dont on puisse disposer, on ne douterait plus, je le pense, que la totalité de la terre a été peuplée par un grand nombre de rameaux sortis des branches indienne, arabe, et tartare, ou par les mélanges que la suite des siècles a dû naturellement produire entre elles,

Or, j'admets sans hésiter l'aphorisme de Linnée, que « dans le commencement Dieu créa un couple seulement de chaque espèce vivante avec la diversité des sexes; » mais comme cel incomparable naturaliste argué principalement de la merveilleuse diffusion. des végétaux et d'après une hypothèse que l'eau sur ce globe a toujours été en diminuant, je vais essayer de présenter un argument plus court et plus serré à l'appui de sa doctrine. C'est une maxime en philosophie que la nature, dont la simplicité parait étre un attribut distinetif, ne fait rien en vain; et contre ceux qui nient les maximes il n'y a point à disputer. Mais il est « inutile et superflu de faire par beaucoup de moyens ce qui peut être fait par un petit nombre ; » c'est là encore un autre axiome que les cours de judicature ont reçu des écoles des philosophes. « Nous ne devons donc pas, dit le grand Newton, admettre plus de causes des choses naturelles que celles qui sont vraies , et qui su.fisent pour rendre compte des phénomènes naturels. + Mais il est certain qu'un couple, au moins, de chaque espèce vivante doit d'abord avoir été créé, et qu'un couple humain était suffisant pour la population de notre globe, dans une période d'une étendue peu considérable (dans la supposition trésmodérée, admise en économie polique et par les hommes de loi , que chaque couple d'ancétres laissait, en terme moyen, deux enfants dont chacun en. procréait deux autres }, comme il évident d'après

* Prononcé le 23 fevrier. 1792 par William Jones, président de la Société de Calcutta.

** Les Arabes, les Perses, les ladiens, les Tartars et les Chinois,

COMMENTAIRE

l'accroissement rapide des nombres en progression géométrique, si bien connue de ceux qui ont jamais pris la peine de sommer une série composée d'autant de termes qu'on suppose de générations d'hommes en deux ou trois mille ans. Il s'ensuit que l'auteur de la nature (car toute la nature proclame son divin auteur) n'a créé qu'un couple de notre espèce; et cependant, si ce n'eüt. été (parmi d'autres raisons ) à cause des dévastations que l'histoire rapporte, par l'eau et par le feu, les guerres, la famine et la peste, la terre n'aurait plus d'espace maintenant pour contenir ses habitants multipliés. Si donc la race humaine, comme nons pouvons l'admettre avec confiance, est d'une seule espèce naturelle, elle doit étre le produit d'un seul couple ; et si, comme hous n'en pouvons douter, la parfaite justice est un des altributs essentiels de Dieu , ce couple doit avoir été doué d'une sagesse et d'une force suffisantes pour être verlueux et heureux aussi autant que sa nature le permettait. Mais on donna à ces êtres la liberté de vouloir, de pouvoir étre vicieux,

et par conséquent dégradés, Quel que püt être leur choix, ils de-

vaient peupler avec le temps la région dans laquelle ils furent éta blis, et leurs nombreux descendants durent nécessairement chercher de nouvelles contrées, selon que leur inclination les dirigeait ou que le hasard les conduisait ; l'émigration s'est faite naturellement par familles séparees et par clans, qui, oubliant par degrés le langage de leur premier pére, auraient formé de nouveaux dialectes pour exprimer de nouvelles idées tant simples que composées, Une af. fection naturelle les reunit d'abord, et un sentiment d'utilité réciproque, le grand et unique ciment de l'union sociale, dans l'absence de l'honneur public et de la. justice; puis on se combina en communautés plus ou moins régulieres, Des lois auraient été proposées par une portion de chaque agrégation, mais consenties par la totalité ; et des gouvernements se seraient diversement organisés pour le bonheur ou le malheur des gouxernés, suivant qu'ils étaient vertueus et sages, ou livrés à la dépravation ou à la folie : tellement qu'en moins de trois mille ans le monde aurait eu les mémes apparences que l'on a pu réellement observer dans le siècle du grand imposteur arabe.

Dans cette partie de la terre oà nos recherches réunies sont genéralement circonscriles , nous voyons cing races d'hommes particulierement distinguées à l'époque de Mahomet par leur multitude et l'étendue de leur domination; mais nous les avons réduites à trois , parce que nous n'en pouvons pas découvrir davantage qui different essentiellement par le langage, la religion, les mœurs et d'autres signes caractéristiques connus : or, ces trois races, bien que maintenant dispersées et mélangées de diverses maniéres, doivent avoir originairement émigré d'une région centrale, dont la situation esi le probléme que nous avons à résoudre, Supposons que nous l'ayon« résolu et donnons à ce centre un nom arbitraire; soit, si vous voulez, /ran. Les trois langues primitives doivent donc avoir été autrefois concentrées dans l'Iran, et, dans le fait, c'est Jà senlement qu'on en trouve des traces dans les siècles historiques lesfplus reculés. Mais afin d'atteindre une plus grande précision, concevons que la totalité de l'empire d'Iran, avec toutes ses montagnes et ses vallées, ses plaines et ses rivières, soit infiniment diminué daus tous les sens, il en résultera que les premières routes d'émigration de toutes les nations partant de ce point par terre, et presqu'en méme temps, seront de petites lignes droites, mais sans interseclions; car ces routes n'auraient pas pu se couper , se traverser l'une l'autre. Si donc vous considérez les nouveaux territoires de toutes ces nations émigrées comme des points d'un cercle environnant, vous verrez que les différents rayons divergeant de l'Iran peuvent être lirés vers ces régions sans aucune intersection ; mais cela n'aura pas lieu, si vous prenez comme cente l'Arabie ou l'Égypte, l'Inde, la Tartarie ou la Chine; il s'ensuit que l'Iran ou la Perse (c'est le sens que je regarde et pas le nom) était la contrée centrale que nous cherchions. J'ai adopte ce mode de raisonnement, non'par aucune affectation d'appareil scientifique, comme vous me rendrez la justice de le croire , mais

COMMENTAIRE

par amour de la concision et de la vérité, et pour éviter les répétitions; car la substance de mon argument a été détaillée sons une forme différente à la fin d'un autre discours. Sons aucune forme, cette argumentation ne peut s'élever à la démonstration, la question ne le comporte nullement ; mais comme elle est basée sur des documents écrits et un témoignage digne de foi , elle devient cependant une de ces preuves que tous les hommes regardent comme suffisantes pour appuyer leurs décisions, lorsqu'il s'agit de la proprieté, de la Liberté et de la vie.

Nous avous donc ainsi prouvé que les habitants de l'Asie, et conséquemment, comme on peut le dire, de toute la terre, sont sortis de trois branches d'un tronc unique; et que ces branches aient atteint toute la vigueur de leur développement actuel dans une période comparativement très-courte, c'est une chose évidente d'après un fait universellement reconnu, savoir, que nous ne trouvons aucun monument authentique, ou méme de tradition probable, que des nations se soient établies, que des empires et des étals se soient élevés, qu'il y ait eu des lois promulguees , des villes bâties, une navigation perfectionnée , un commerce encouragé, des arts inventés, ou des lettres imaginées au delà de douze ou au plus quinze ou seize siècles avant la naissance de Jésus-Christ. À l'appui de ces conclusions vient un autre fait que l'on ne peut contredire, c'est que sept cents ou mille ans auraient suffi pour accomplir, comme on le suppose, la propagation , la diffusion et l'établissement de la race humaine.

La plus ancienne histoire de cette race et peut-étre la plus ancienne composition du monde est un ouvrage en hébreu que nous pouxons supposer d'abord , pour suivre notre argument , n'avoir pas d'autorité plus relevée que celle d'aucun autre ouvrage d'une antiquité égale , et que les recherches des curieux aient accidentellement mis en lumière : il est attribué à Musah; car c'est ainsi qu'il écrit son propre nom , que, d'apres les Grecs et les Romains , nous avons changé en Moise; et quoique san objet füt manifestement de donner l'histoire d'une seule famille , il a fait précéder son récit d'un coup d'œil sur le monde primitif, et son introduction à été divisée, peutpeut-étre mal à propos, en onze chapitres, Aprés avoir décrit avec une imposante sublimité la création de cet univers, il affirme qu'un couple de chaque espèce animale fut appelé du néant à l'existence; que le couple humain était assez fort pour être heureux , mais libre de se rendre misérable ; que par déception et témérité tous deux désobéirent à leur bienfaiteur supréme , dont la bonté ne pouvait leur pardonner sans blesser la justice; et qu'ils ont recu une punition proportionnée à leur désobéissance , mais adoucie par une promesse mystérieuse qui ne s'accomplira que dans leurs descendants. D'après la supposition que nous avons faite tout à l'heure, que l'histoire n'était pas inspirée, nous ne pouvons que croire que ces faits ont été transmis par tradition , depuis le premier couple, et racontés par Moise dans un style figuré , non dans cette sorte d'allégorie que les rhetoriciens décrivent comme un assemblage de métaphores, mais dans le mode symbolique d'écriture adopté par les sages de l'Orient pour embellir la vérité historique et lui donner de la dignité, Et si c'était le moment de donner des exemples, nous pourrions produire le méme récit de la création et de la chute exprimées par des symboles presque semblables, tirés des Puranas et méme des Védas, qui, pour l'antiquité, paraissent venir immédiatement apres les livres de Moise,

L'esquisse de l'histoire antédiluvienne, dans laquelle nous trouvons plusieurs passages obscurs, est suivie du récit d'un déluge qui détruisit toute la race des hommes excepté quatre couples : fait historique adinis comme vrai par toutes les nations dont nous pouvons consulter la littérature, et particulièrement par les anciens Hindous, qni ont consacré un Purana entier aux détails de cet événement , qu'ils racontent, comme à l'ordinaire, en symboles ou allégories. Je suis tres-sincérement de l'opinion de ceux qui pensent, qu'en proportion qu'un fait mentionné dans l'histoire semble s'éloigner du

cours ordinaire des choses, ou en un mot être miraculeux , plus doi être forte la preuve requise pour engager à y donner une croyance rationnelle. Mais nous admettons, sans incrédulité , que des cités ont été englouties par deséruptions sorties de montagnes enflammées, que des territoires entiers ont été dévastés par des ouragans, et des iles dépeuplées par des tremblements de terre : si alors nous portons nos regards vers le firmament étincelant d'étoiles sans nombre, si nous concluons par une analogie naturelle que cbaque étoile est un soleil, attirant, comme le nôtre, un systeme de planètes habitées , et si notre imagination nous emporte au delà de la sphère visible , dans la région de l'immensité, découvrant à nos yeux d'autres espaces célestes et d'autres systèmes de soleils et de mondes, de tous les côtés sans nombre et sans fin , nous ne pouvons alors considérer la submersion de notre petit sphéroïde que comme un événement qui, relativement à l'ineommensurable univers , est infiniment moindre que la destruction d'une cité ou d'une ile, eu ézard à notre globe habitable, Supposons, néanmoins, qu'un déluge universel soit improbable à cause de l'étendoe d'un événement aussi désastreux ; eh bien! on trouve que le concours des témoignages qui indiquent son existence balance complettement l'impossibilité supposée. Mais comme nous ne pouvons nous élendre ici sur ces preuves, nous passerons au quatrieme fait important rapporté dans l'histoire mosaique; j'entends la premiére propagation el la dispersion primitive de l'espèce humaine, en familles séparées, dans des résidences aussi separees,

Trois fils de l'homine sage et vertueux dont la lignée fut préservée de l'inondation voyagerent, nous dit-on, des qu'ils commencérent à se multiplier, en trois grandes divisions diversement subdivisées; les enfants de Japhet ( Yafet } semblent, d'après les traces des noms slavons et leur agrandissement , s'être étendus au loin , et avoir produit la race qu'à défaut d'une dénomination plus exacte nous appelons Tartars; les colonies formées par les enfants de Cham ( Ham ) et Sem (Shem) paraissent avoir été presque simultanées ; et parmi ceux de la dernière nous trouvons tant de noms si incontestablement conservés jusqu'à ce jour en Arabie, que nous ne pouvons hésiter à prononcer qu'ils sont le mème peuple que jusqu'à présent nous avons nommés Ærabes; tandis que la première branche, la plus puissante et la plus aventureuse , d'où sortirent les familles de Cush, Misr et Rama (noms conservés sans altération dans le sanskrit et hautement révésés par les Hindous), cette première branche, dis-je, était eu toute probabilité la race que j'appelle indienne, et à laquelle nous pouvons maintenant donner tout autre nom qui peut sembler plus propre et plus compréhensible,

L'introduction générale à l'histoire des Juifs se termine par un récit trés-concis et très-obseur d'une tentative présomptuense et faible, faite par une colonie particulière pour bátir une cité splendide, et élever nn monument d'une immense hauteur, indépendamment de l'aide de la Divinité, et il semblerait méme pour défier la puissance divine: projet qui fut déjoué par des moyens qui, à la vue, semblent insuffisants pour cette fin, mais qui produisirent une violente dissension parmi les auteurs du projet, et finit par leur entière dispersion, Cet évènement semble aussi consigné par les anciens Hindous dans deux de leurs Puranas; et il sera dé montre, j'espère , dans quelque future occasion, que le lion s'élancant. de l'intérieur d'un pilier pour détruire un géant blasphémant , et le nain qui séduisit et exposa à la dérision le magnifique Bet, sont une même histoire racontée en style symbolique.

Or, ces événements primitifs sont décrits comme ayant eu heu entre l'Oxus et l'Egphrate, les montagnes du Caucase et les frontières de l'Inde; c'est-à-dire dans les limites de l'/ran; car, bien que la plupart des noms mosaïques aient été considérablement altérés, cependant un grand nombre n'ont pas subi de changement; nous trouvons encore Haran en Mésopotamie, et les voyageurs paraissent unanimes en fixant le lieu de l'ancienne Babel.

Ainsi, d'apres la supposition précédente, que les onze premiers chapitres du livre qu'on a cru convenable d'appeler la Genése sont

parement une préface à la plus ancienne histoire civile existante, nous voyons la vérité de leur contenu confirmée par le raisonnement que nous avons fait, et par des témoignages en partie probables et en partie certains; mais la connexion de l'histoire de Moise avec l'Évangile par une chaine de sublimes predictions, dont l'ancienneté n'est pas mise en question, et qui se sont aecomplies , doit nous porter à penser que la narration de Moïse est plus qu'humaine dans son origine, et conséquemment vraie dans toutes ses parties essentielles, quoique peut-être exprimée en langage figort. Plusieurs hommes savants et pieux ont pensé ainsi, et les plus pieux peuvent penser de mème, sans que cela soil préjudiciable , et peut-être, au contraire, serail-ce avantageux à la cause de la religion révélée. Si donc Moise était doué d'une science. surnaturelle, il n'est plus seulement probable, mais absolument certain que Ja race entière de l'homme est sortie d'/ran comme d'un centre d'ou les failles ont émigré d'abord en trois grandes colonies, et que ces trois branches sortaient d'un tronc commun qui avait été miraculeusement conservé dans une convulsion générale et une inondation de notre globe.

Étant arrivés par une voie différente anx mêmes conclusions que M. Bryant, quant à une de ces familles, la plus ingénieuse et la plus entreprenante des trois, mais arrogante, cruelle et idolätre, que nous regardons l'un et l'autre comme des rejetons divers de la branche de Cham ( Ham on Amon), j'ajouterai peu à mes premieres observations sur son ouvrage profond et agréable, que j'ai lu trois fois avec une attention et un plaisir toujours croissants, quoique sans acquiescer entierement à d'autres parties moins importantes de son système plausible. Tout son argument , il me semble, peut se réduire à trois points; premierement : « Si le déluge est réellement arrivé au temps indiqué par Moïse, les nations dont les monuments sont conservés, ou dont les écrits nous sont accessibles, doivent avoir retenu des signes remémoratifs J'un événement aussi imsense et comparativement si récent; et dans le fait ces signes ont élé conservés.» Ce raisonnement parait juste et le fait est au-dessus de toute controverse. Secondement : » Ces souvenirs furent exprimés par la race de Cham, avant l'usage des lettres, par des sculptures ou des peintures grossières, et généralement en figures symboliques de l'arche, des huit personnes qu'elle renfermail et des oiseaux qu'on en laissa sortir d'abord: ce fait est probable , mais, je pense, n'est pas assez certain.» Troisiémement : « Toute l'ancienne mythologie (excepté celle qui était purement sabéenne) eut sa source premiere dans ces divers symboles mal compris; tellement que l'ancienne mythologie remplace aujourd'hui la sculpture et la peinture symboliques, et doit s'expliquer par les mèmes principes que nous employons pour déchiffrer les originaux, s'ils existaient encore. » Cette partie du systeme est, dans mon opinion, poussée trop loin; et je me puis me persuader (pour prendre un exemple dans le grand nombre) que la belle allégorie de l'Amour et Psyché ait la moindre allusion au déluge , ou que l'Hymen sigmfie le Voile qui couvrit le patriarche et sa famille. Cependant ces propositions sont soutemues avec beaucoup d'esprit et de solide érudition; mais malheureusement pour largumentation, et peul-étre aussi pour le livre lui-méme, l'auteur a eu recours aux conjectures étymologiques, mode de raisonnement le plus faible et le plus sujet aux illusions. L'écrivaiu qui déclare faire dériver les mots d'une langue de ceux. d'une autre doit s'exposer à des erreurs perpétuelles, à inoius qu'il ne connaisse parfaitement l'une et l'autre; et cependant mon respectable ami, bien qu'il soit éminemment instruit dans les idiomes de la Grèce etde Rome, n'a pas la moindre connaissance des dialectes de l'Asie, excepté l'hébreu, et a par conséquent fait des contre-sens qu'un écolier dans l'étude de l'arabe et du persan découvrirait sur-lechamp. Parmi cinquante mots-racines qu'il prend (y compris ma, saph et ram ), dix-huit sont d'origine purement arabe, douze purement indiens et dix-sept appartenant à l'arabe et au sanskrit , mais dans des sens totalement différents, tandis que deux sont seule-

COMMENTAIRE

ment grecs et un égsptien où barbare. Si l'on insiste en disant que les rndiments {qui certainement devraient avoir servi de conclusion, au lien de précéder nne recherche analytique) sont de précieuses traces du langage primitif duquel tous les autres sont dérivés, ou auquel, du moins, ils sont subséquents, je puis seulement déclarer que dans ma conviction la langue de Noé est perdue sans retour, et vous assurer qu'apres la recherche la plus active, je ne puis trouver un sen] mot employé en commun par les familles arabe, indienne, ou tartare, avant le mélange de dialectes occasionné par les conquêtes mahométanes, Hl y a à la vérité des traces trés-évidentes de [a langue. haméene ( de Cham), et on pourrait produire quelques centaines de mots qui furent autrefois employés indifféremmrent par la plupart des nations de cette race; nimis, en ma qualité de philologue, je demande qu'il me soit permis de protester contre l'emploi des conjectures étymolagiques dans des recherches historiques , et. principalement contre la licence qne se. permettent les étymologistes de transposer ou d'insérer des lettres, de smbstituer à plaisir une consonne à une autre de méme ordre, et de rejeter entierement les vovelles; ear, peur de semblables permumtations, il y aurait peu. de mois radicaux plus commodes que ensem cush, puisque changeant les dentales en d'autres. dentales, et les palatiales en d'autres palatiales, on a à l'instant eoos ( foulque), soese (oie), et par transposition duck (canard), tous oiseaux aquatiques et évidemment symboliques; puis il devient goat (la chèvre), adorée en Égypte, et par une méluthèse, dog, le chien, adoré comme embleme de Syrius, ou, plus évidemment, un cat (chat), non pas l'animal domestique, mais une sorte de navire, et le cates ou grand poissen marin des Doriens. On n'imaginera pas que je veuille par-cette ironie insulter un auteur que je respecte et que j'estime; mais aucune ‘considération ne peut m'engager à aider par mon silence à propager l'erreur, et je maintiens que presque tous les mots d'une langue pourraient se dériver d'une autre quelconque, si: de telles licences étaient tolérées: dans: des: histoires étymologiques. Quand mous trouvons , à la vérite, dans des langues différentes les mémes mots lettre pour lettre, et dans un sens exactement le méme , nous pouvons à peine hésiter à leur accorder une origine commune; et, pour ne pas sortir de l'exemple que nous avons devant nous, quand nous voyons Cus ou Cus (car ce mom sanskrit aussi se prononce diversement) , parmi les fils de rahma , c'est-à-dire parmi les ancétaes des Hmdous, et à la tête de l'ancienne généalogie eanservée dans le Ramayan; quamd nous retrouvons son nom de nouveau dans la famille de A'amee, d'où nous apprenons que cc mom était vénére au plus haut degré, et donné à une herbe sacrée (décrite comme un poa par Kaomig), qui s'emploie avec mille cérémonies dans les eblations au feu, ordonnees par Merc, pour former la ceinture sacerdotale des brahmines , et que l'on déclare solennellement dansle Feda avoir poussé aussitót apres le déluge; de là les commentateurs des Pouranas le considèrent comme le poil hérissé du sanglier qui supportait le globe: et si mous ajoutons qu'un des sept dwipas ou grandes péninsules de la terre porte In mème dénomination, nous pourrons diffieilement douter que le Cush de Moise et de Valmic ne soit le méme personmage et un des ancêtres dela race indienne,

D'apres les témoignages réonis dans les six derniers discours annuels et les preuves additionnelles que je vous ai exposées ou plutôt laissé entrevoir dans cette occasion , il semble, 1? que l'unique famille humaine échappée au déluge s'établit dans les parties septentrionales de l'an; que, en se anultipliant, elle se divisa en trois liranches, chacune retemant un peu d'abord puis perdant ensuite par degrés leur langage commun et primitif, mais adeptant chaenme à part de nouvelles expressions pour de nouvelles idées; que la branche de Yafet ( Japhet) étendit plusieurs rejetons épars sur le nord de l'Europe et de l'Asie, se subdivisant jusqu'aux mers de l'Est et de l'Ouest, et enfin, dans l'enfance de la navigation, traversant l'une et l'autre de ces mers; que ces hommes ne cultivarent point les arts libéraux , ne connaissaient point l'usage des lettres, mais for-

COMMENTAIRE

wierent une variété de dialectes à mesure que leurs tribus se ramilierent ; 2° que les enfants de Ham ( Cham ), qui fonderent dans l'Iran mème là monarchie des premiers Chaldeens, invenberent les lettres , observereut et nommerent les corps lumineux da firmamenut, caleulerent la période indienne, que nous connaissons, de 432 mille ans on cent vingt répetitions des Jaros, et imaginerenk l'aucieu systeme de mythologie, partie allégorique et partie basé sur une idolàtre vénération pour leurs sages et leurs legislateurs; qu'ils furent dispersés à divers intervalles et en diverses colonies sur la. terre et sur l'Océan; que les tribus de Misr, Cush et Hama s'établirent en Afrique et dans l'Inde; tandis que quelquesunes d'elles, ayant perfectionne l'art de la navigation, passerent de l'Égypte, de la Phénicie et de la Phrygie dans l'Italie et. la Grèce, qu'elles trouvèrent peu habitées par les premiers colons qui les avaient précédés; qu'elles en chassérent quelques tribus et s'unirent avec d'autres ; tandis qu'un essaim dela. méme ruche se dirigea par le nord dans la Scandinavie, et un autre. par les sources. de l'Oxus età travers les passes de l'Imaüs dans le Kaskgar et l'Æigur Khata ek Khosen , aussi loin que les territoires de Chin et de Tancut, où les lettres ont été connues et les arts cultivés de temps immémorial ; et il n'est pas déraisonnable de eroire que quelques-uns ont trouve leur chemin depuis les iles de l'Est. jusqu'à Mexico et au Pérou, où l'on a découvert les traces d'une grossiere littérature et d'une mythologie analogues à celles des Égyptiens et de l'Inde; que 3" l'ancien empire chaldéen étant renversé par les Assyriens sous Cayumers, d'autres émigrations eurent lieu, particulierement vers l'Inde; tandis que les restes de la famille de Sem, dont quelques-uns s'étaient auparavant établis sur les bords de la mer Rouge, peuplérent la totalité de la péninsule arabique, serrant de pres les nations de la Syrie et de la Phénicie; et qu'enfin, de toutes les trois familles se détachérent plusieurs bordes aventurières, d'un esprit ardent et de disposition vagabonde, qui dédaignerent la subordination et furent errants en tribus séparées jusqu'a leur établissement dans des iles éloignées, ou "dans des déserts et des régions montueuses; qu'en général, quelques colonies peuvent avoir émigré avant la mort de leur vénerable auteur; mais que les états etles empires peuvent à peine avoir revètu une forme régulière jusqu'à quinze ou seize cents ans avant l'ere chrétienne ; et que pour les premiers mille ans de cette période, nous n'avons point d'histoire sans mélange de fables, excepté celle de là. nation turbulente et inconstante, mais si distinguée des autres, descendue d'#érahkam. Mon dessein, de retracer l'origine des progrès des cinq principales nations qui ont peuplé l'Asie, et dont il se trouvait des restes considérables dans leurs diverses contrées au temps de la naissance de Mahomet, ce dessein est accompli : succinctement, d'apres la nature de ces essais; imparfaitement, à cause de l'ubscurité du sujet et de la variété de mes matériaux; mais d'une manière assez claire et assez compréhensible pour former la base de recherches subsequentes. Vous avez vu aussi distinetement que je suis capable de le mon'rer ce que furent ves nations originairement, d'ou et quand elles se dirigerent vers leurs stations finales; et dans mes discours annuels des années à venir, je me propose de m'étendre sur les avantages particuliers qui peuvent résulter, pour notre pass et pour l'humanité, de nos recherches assidues et réunies, dans l'histoire, les sciences et les arts de ces régions asiatiques, spécialement des possessions britanniques dans l'Inde, que nous pouvons considérer comme le centre {non pas de la race humaine), mais de nos efforts ‘communs pour appuyer ses vrais inléréts; et nous serons tous d'accord, j'en suis certain, sur l'opinion que la race humaine, dont notre devoir est d'assurer le bonheur rationnel, er que nos efforts tendront à faire, ne peut longtemps ètre heureuse sans vertu, ni activement vertueuse sans liberté, ni sürement libre sans la culture raisonnable des sciences.

De deux choses essentielles à remarquer dans ce chapitre.

On peut distinguer deux choses dans ce chapitre; la partie généalogique et la partie géographique : la partie généalogique montre comment les diverses nations sont sorties des descendants de Noe ; la partie. géographique décrit les lieux de la terre qu'ils ont occupés et d'où ils se sont répandus dans les régions les plus éloignées : or, sur ces deux points, la narration de Moise est inattaquable; tout ce qu'on sait de certain sur les anciens peuples et sur les lieux de leur habitation s'accorde avec ce que nous en dit Moïse,

Quoique ce chapitre soit tres-diffieile et ait exerce l'érudition et la critique des savants les. plus habiles, cependant il est un des plus propres à constater l'authenticité du Pentateuque, à confirmer l'exactitude de Moïse dans sa narration, aiusi que l'étendue et la justesse de ses lumières.

» La géographie, dit trés-hien Pluche, est assurément la partie de l'Écriture la plus sèche, et où il y a le moins de profit à faire pour les sentiments et la couduite : cependant on peut dire qu'elle y est d'un prix infini, puisqu'elle suffit pour constater la vérité des récits ; la géographie met tout en ordre , et rend la vérité palpable.

* Prenons le Pentateuque, où la Genèse seule ; voyons l'origine et les premicrs progres des nations, Dans le récit de Moise, on trouve, je l'avoue, des lieux et des peuples sur lesquels l'éloignement des temps a jeté de l'oliseurité ; mais de tout ce qu'il notame, ce qui est encore reconnaissahle dans des temps postérieurs justifie sa narration par une étendue de connaissances qui prouve ou l'inspiration, ou le secours d'une tradition fidéle. Vous ne trouverez nulle part, chez les profanes, une exactitude pareille; à tout propos, on se voit dans la nécessité de leur reprocher des fables ou des méprises.«. Harmonie de l'Évangile, pag. 105.

De la contrée d'où sont sorlis les hommes et los arts.

La reunion du genre humain dans la Chaldee avant la dispersion des colonies est un fait tres-conforme à la marche qu'elles ont suivie. Tout part de l'Orient, les hommes et les arts; tout s'avance peu à peu vers l'Occident, vers le Midi, vers le Nord. L'histoire montre des rois et de grands établissements au cœur et sur les côtes de l'Asie, lorsqu'on n'avait encore aucune connaissance d'autres colonies plus reculées; celles-ci n'étaient pas encore, ou elles travaillaient à se former... J'ai vu des homines plus que suspects d'incrédulité qui étaient singuliérement frappés ou embarrassés de l'exacte correspondance qui se trouve d'âge en âge entre les différents récits de la Bible et l'état contemporain de la société, Je les ai toujours trouvés inquiets ou ébranlés à proportion de ce qu'ils avaient d'erndition et de droiture dans l'esprit.

1l ne sera pas hors de propos de réunir ici tous les arguments qui prouvent que le genre humain à eu une origine commune :

1" La généalogie de tous les peuples remontant aux descendants de Noé;

2° Le départ de tous les peuples d'un même point central pour aller habiter les diverses contrées de la terre ;

3° L'accord de toutes les chronologies à remonter à la méme époque de temps ;

4° L'unité d'espéce parmi les hommes, reconnue par Buffon, Lacépede et Cuvier ;

5° L'origine très-récente de l'espèce humaine sur la terre, démontrée par le peu d'antiquité de nos continents ;

6° L'accord de toutes les nations à admettre les mêmes choses, telles que les jours de la semaine, le méme zodiaque, la création du

monde, le déluge, un état d'innocence, une dégénération qui l'a suivi, et beaucoup d'antres choses qu'il serait trop long de rapporter ;

7? L'état méme de civilisation où se trouve le genre humain; car, sans une révélation faite à nos premiers parents, il parait impossible que l'homme brut et sauvage eût pu parvenir à l'usage de la parole et à la connaissance de toutes les vérités nécessaires pour entrer en société.

Voltaire se contente de dire sur cc chapitre : « Nous passons ici tous les petits-Gils de Noé, inconnus longtemps au reste du monde, « Ce philosophe ne s'est donc pas appercu que le seul nom de Japhet , conservé chez les Grecs, suffit pour le démentir? Les Ioniens, en effet, ont toujours regardé Japhet comme leur père; et quand les poétes grecs parlent des hommes en général , ils les nomment les enfants de Japhet. Si Voltaire avait eu des connaissances moins superficielles de l'histoire ancienne, il aurait vu que les Medes, les Thraces, les Mosques, les Ioniens, les peuples de l'Élide, nous rappelaient les noms de Madaï, de Thiras, de Mosoch , de Jaxan , d'tlisa , tous fils de Japhet et petits-fils de Noé; que les Assyriens , les Élyméens, les Araméens,les Ehnodéens, les Saléph de Sabab, sont descendus de Noé par Sem. On retrouvait, selon Plutarque, dans le nom de Chemia

LA GENÈSE, CHAPITRE XI

donné à l'Égypte, et dans celui d'Hammon, si célèbre dans la Lybie, le nom de Cham, le troisieme des fils de Noé. Le Chusistan, situé pres des bouches du Tigre, Saba et Regma lelong du golfe Persique, avaient pris leurs noms de Chus, et de Saba et Regma. Les filsdeJaphet, Gomer et Magog, ont peuplé une partie de la Seythie et de la Tartarie. On trouve dans cette immense contrée un grand nombre de vestiges de Gog et de Magog, dans les noms des provinces, des villes et des hommes, et c'est une tradition constante parmi cette nation qu'ils viennentde Gog et de Magog. Que dirons-nous des Sidoniens, sortis de Sidon; de l'ile d'Arad, peuplée par les Aradiens issus de Chanaan; et de la médaille de Laodicée, avec cette inscription en langue et en casactéres phéniciens : « Laodicée, métropole en Chanaan. » Tous ces peuples, dont la situation est. exactement marquée dans Pline, dans Piolémée, ces peuples si célebres dans les anciennes hisloires, ne retrouvent leurs origines que dans la généalogie des fils et des petits-fils de Noé, conservée dans la Genèse. Ces faits étaient notoires avant que les premiers écrivains de la Grèce parussent au monde.

Les Grecs, trop modernes, trop vains, trop superficiels, ignorerent les fondateurs des nations qui existaient déjà depuis bien des siècles, quand ils commencerent à écrire l'histoire. Ces monuments de leurs fables ne laissent pas cependant de nous fournir quelques traits lumineux, lesquels réunis aux vérités incontestables contenues dans nos livres saints, nous aident à dissiper les nuages que le laps des temps a répandus sur des faits aussi anciens,

Page 1