‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 73 sur 1035 · Or, Sarai était stérile, et n'avait point d'enfans · texte numérisé non relu

Or, Sarai était stérile, et n'avait point d'enfans

31. Tharé done prit son fils Abram, et Lot son petitfils, le fils d'Aran, et Saraï sa belle-fille, femme d'Abram son fils; et il les emmena d'Ur en Chaldée, pour aller dans la terre de Chanaan; et ils vinrent jusqu'à Haran, et y habitèrent. .

32. Et les jours de Tharé furent de deux cent cinq ans, et il mourut à Haran.

Selon l'hébreu et selon le grec, on doit écrire Lot; et on lit ainsi dans les meilleures éditions latines,

X 3i. C'est le sens des Septante et du samaritain , où on lit exire fecit , au lieu de exierunt , qui se trouve aujourd'hui dans l'hébreu,

COMMENTAIRE

COMMENTAIRE

VERSETS 1, 2, 3, Sir la four de Babel.

La eonfusion des langues arriva l'an du monde 1802. Phaleg, le dernier des patriarches de la famille de Sem, venait de naitre; selon quelques commentateurs, il avait alors t4 ans, et son nom signifie dispersion. Cette date s'accorde avec les observations que Callisthène envoya de Babylone à Aristole ; elles etaient de dis-neuf cent trois aus; c'est précisément l'intervalle de temps qui s'était. écoulé depuis la foudation de la tour de Babel jusqu'à l'entrée d'Alexandre à Babylone. L'Écriture remarque encore que celle masse d'edifice était de brique liée avec du bitume; les voyageurs nous apprennent que dans cc méme lieu la terre continue à vomir une prodigieuse quantité de bitume, On trouve, à un quart de lieue. de l'Euphrate, vers l'Orient, des ruines que l'on. croit être les restes de la tour de Babel; mais cette opinion n'est appuyée sur aucune preuve. Quelques inerédules ont fait des diférultés contre l'histoire de la confusion des langues et de la tour. de Babel. + Selon la Genèse, disent-ils , cette entreprise fut [nite cent dix-sept ans apres le déluge ; pendant un si court espace, il me pouvait pas ire né assez d'hommes pour former toutes les peuplades dont parle Moise, pour faire un édifice aussi immense, el il n'y avait pas eu assez de temps pour inventer tous les arts nécessaires à l'exécution d'un pareil ouvrage. »

Mais Moïse ne suppose point que pour lors la terre fût déjà converte de toutes les peuplades dont il parle au chapitre x de la Genése ; il y détaille d'avance les générations qui ne vinrent au monde qu'apres la. dispersion.

Connait-on assez quelle fut la masse et la hauteur de la tour de Babel, pour assurer qn'il n'y avait alors pas assez d'homunes existants pour l'avoir faite? Le désir qu'ils avaient de construire une tour fort haute ne prouve pas qu'ils l'aient élevée, en effet, à une grande bauteur. Il n'y a d'ailleurs aucune nécessité de s'en tenir à la chronologie du texte hébreu, touchant la date de cet événement; suivant les Septante et le texte samaritain, il n'est arrivé qu'environ quatre cents ans après le déluge, Noé et ses enfants connaissaient les arts, puisqu'ils avaient bâti l'arche; il; n'en perdirent point la connaissance pendant l'année du déluge, ils purent donc les donner à leurs descendants, sans que ceux-ci fussent obligés de les inxenter,

Ces mêmes critiques demandent comment toutes ces peuplades pouvaient avoir encore la. méme langue, pendant que Moise a dit, dans le chapitre precedent, que chacune avait sa langue ; comment elles se trouvaient rassemblées dans les plaines de Sennaar, aprés qu'il a dit qu'elles étaient allées peupler le nord et le midi,

Ferons-nous un crime à cet historien d'avoir annoncé, par anticipation et brièvement ce qu'il développe dans le chapitre suivant? Si c'était une faute, on pourrait la reprocher à tous les écrivains de l'antiquité.

Lorsque les censeurs de Moise témoignent leur étonnement de ce que la construction de la tour de Babel et la confusion des langues sont deux faits dont les auteurs profanes n'ont eu aucune conuaissance, ils montrent eux-mémes que les leurs sont trés-bornées. Eusehe, dans sa Préparation évangélique, liv. TX, ch. xiv, xvit, ete, nous a'conservé un fragment de l'histoire d' Assyrie , écrite par Abydene, oü ces deux grands événements sont rapportés : donc la tra-

dition en était conservée sur le lieu méme. Il cite encore Artapan et Eupoleme qui disent la méme chose. Il parait que la guerre des Titans contre les dieux, dont parlent les poétes, n'est autre chose que l'entreprise de Babel déguisée par la (able. Celse et Julien prótendaient, au.combraire, que Moise avait emprunté des paiens. toute cette histoire ; mais les écrits de Maise sont plus anciens que ceux des poéles : Tatien, Origèue, saint Cyrille l'ont prouvée par tous les monnmenus de l'histoire profane.

D'autres critiques, dans l'intention de diminuer le nombre des miracles, ont voulu faire disparaitre le miracle de la confusion des langues à Babel, Selon le génie de la langue hébraique, 'disent-ils, cette expression de Moïse : Toute la terre n'avait qu'une bouche et une parole, peut signifier que tons les hommes étaient parfaitement d'accord , n'avaient qu'un méme sentiment et un méme dessein ; par conséquent, les paroles suivantes, Dieu confoadit leur langage, peuvent siguifier que par la permission de Dien la discorde se-anit entre eux, et qu'ils &e séparérent pour aller habiter différentes contrées, Or , la diterenec de leur langage doit résulter naturellement de leur séparation méme; très-peu de temps suffit pour que deux peuples qui ne se fréquentent plus ne parlent plus la mème langue. (Le Clere, in Gen. c, i1 , Sentiment de quelques théologiens de Holl. lett. 19; Simon, Hist, crit. de l'Ancien- Testament, liv. 1, c. xiv et xv; Rép. aux théol. de Holl, c. xx.) Saint Grégoire de Nysse ( Orat. 12, contra. Eunom, ) parait étre de ce sentiment. Mais cela n'est pas eonforme au sens naturel du texte; Moïse dit que Dieu confondit leur langage sur le lieu méme, et il le répète deux fois, chap. xr, #, 7 et 9; il ajoute : « Tellement, que l'un n'entendit plus la parole de son voisin, » Qu'une multitude d'hommes n'aient eu d'abord qu'un seul et mème dessein, qu'ils aient commencé à l'exécuter de cogeert, que tout à coup ils se soient divisés sans raison et sans motif, et n'aient plus voulu s'entendre, cela ne nous parait pas naturel, L'historien prévient méme celle idée, en attribuant à Dieu ces paroles : = Si nous les laissons faire, ils poursuivront l'ouvrage qu'ils ont commencé , jusqu'à ce qu'ils en soient venus à bout, « Il. n'est donc pas iei question de la simple permission d'un événement naturel, mais d'une intervention positive de la toute-pnissance de Dieu.

Sur l'expression : élevée jusqu'au ciel.

Cette manière de s'exprimer , élevée jusqu'au ciel, a été employée par les anciens et par les modernes, en prose et en vers, dans le physique et dans le moral. Ne disons-nous pas qu'on clése un homme jusqu'au ciel, lorsqu'on parle de lui d'une maniere fort avantageuse ; qu'une montagne touche le ciel, lorsqu'elle est extraordinairement haute? Le plus grand de nos poétes lyriques commence ainsi une de ses cantates : .

Sur un rocher désert, l'effroi de la nature, Dont l'aride sommet semble toucher les cieux.

Homère , dans l'Odyssée, parlant d'un roc fort élevé, dit que par sa cime il peut toucher le ciel ; et dans l'Æiade , il donne à des rochers l'épithéte d'ouranomekeis , c'est-à-dire qui touchent le ciel par leur élévation.

COMMENTAIRE. 87

Cicéron dit : ad cœlum ertruzit ssillam : « Yl a élevé sa maison | nois ayant couru les mers pour leur commerce , et fait des établisde campagne jusqu'au ciel, » sements ou des conquétes dans les trois parties de l'ancien monde, ils ont fait adopter leur langue, qui était un dialecte de l'hébren , aux mations qui leur étaient alliées on soumises.

Le premer de ces deux faits à besoin d’être éclairei, le second d'être réfuté,

1° D] est-certzin, par l'Écriture-Sainte, qu'avant la coufnsion arriwée à Babel, tous des hommes parlatent le. méme langage; mais il n'est pas assuré que cetto langue füt l'hébreu : je erois même cette supposition trés-fansse, La langue primitive n'était wraisemhinble. ment composée que de monosyllabes , puisque ees anots simples sont encore aujourd'hui le fonds de toutes les lampes. Dien ayant forcé les ouvriers de Babel à les prononcer différemment , ils ne «'entendirent plus et furent obligés de se séparer. Chaque famille emporta dans la contrée eu elle se retira ees monosyllsbes avec l'imflexion particuliere qu'elle venait d'y donner, et à lrquelle on ajortn bientôt de nouvelles variétés. La famille d'Heber chungea peut-être un pes moins que les autres le premier langage, parce qu'elle s'éloigna peu d'abord; mais les patriarches, ses descendants , voyagérent , ct sans wn miracle, il ext impossible qu'ils n'aient pas emprunté quel. que chose du dilecte des pewples divers chez lesquels ils séjourmaient. Lorsqu'Abrahnm quitta la Chaldée , par l'ordre de Mer , pour venir dans la Palestine, il parlait sans doute |a méme langue que les Chaldéens, parmi lesquels sa famille habitait depuis la dispersion ; mais en demeurant parmi les Chaldéens il adopta leur lan gage, puisque Jacob , son petit-fils, étant retourné dans la Mésopotmmie, ne parlait plus comme Laban, son hemupere ; l'Écriture le remarque <xpressément. C'est. donc par des changements insemible« que l'hébreu est devenu une lmngue particnhère comme tones des autres; c'est après différentes révolutions qu'elle à pris l'état «de consistance ou velle étnit sous Moise et sous les écrivains postérieurs. Par conséquent ; au temps de la confusion, elle n'existait encore que dans ses racines, comme Toutes les autres langues ; et Jorsque la pos- Writé de Japhet s'éloigna pour penpler l'Occident , cette. famille ne parlait pas plos l'hébreu que l'indien.

Je sais que des auteurs respectables ont supposé que Then mvait fait um marie pour perpétuer parmi des descendants de Sem la méme langue qu'Adam et Noé avaient parlée ; ils m'ont pas fait attentjon qu'il fandrwit supposer ce même prodige en fevenr des Ghamüméens, peuple maudit de Dieu, mais qui parlait certainement comme les Hébreux, Quel eût été d'ailleurs le but de ce prodige, puisqu'il ne devait pas durer ? Le langage des Jerifs changea pendant leur captivité à &abylone, et reçut encore de nouvelles alterations après leur retour et avant l'arrivee da Messie,

I1 n'y a done pas d'exactitmide-daus la-mamicre de parler des sawants, qui ont prétendu que l'hébreu s'était répandu parmi tout l'univers, dans le temps de la dispersion du genre humain; sls au- Terent pu dire Ju amémechese du chinois. C'est le langage primiitif qui s'est répandu , et il a. servi de matériaux pour l'hébren comme pour toutes des amtres damgnes : telle est la vraie raison de leur vessemblance, Sides nations occidentales avaient jamais su l'hébren, elles l'auraient conservé ,«etmous trouverions dans teurs lamgnes un très-grand nombre de mots composés comme en hébreu : nous m'y trouvons cependant que les racines ; les éléments sont les mêmes, mais l'arrangement est différent.

L'hébreu s'est moins allongé que la plupart des autres dangues , et par venséquent il a phis de ressemblance qu'elles avec le Jangage primitif; mais i| n'est pas vrai pour cela de dire «que des-pre- | mers hommes-paelaient L'hébren , ni «que des peuples en sesdispersant ont emporté l'hébreu avec eux,

a* H y a:encore moins de fondement d'assurer que les Phéniciens ont fait des établissements ou des conquètes sur Jes côtes de l'Europe et de l'Afrique , qu'ils ont porté dans ces diverses contrées leur langage, leurs mœurs , leur religion. Excepté Carthage, nous eonmaissens peu de colonies phéniciennes ; ces négociants n'ont guére

Valere-Maxime assure que Quintus-Fabius « s'est. élevé jusqu'au cel par le grand nombre de ses belles actious : » Partarum rerum «umulo celo aquatus.

Lucréce dit que la victoire nous élève jusqu'au ciel : Ezerquat nos *icloria celo,

Virgile :

Exit sd calum ramis felicibus arbor.

« Cet arbre, par ses rameaux chargés de fruits, s'élève jusqu'au ciel. »

Le méme poéte, en un autre endroit :

Tolhtar in elu enrvato gurgite, et idem, Sabduété , ad muanes mas descendimus, unda.

» Une montagne d'eau nous porte jusqu'au ciel, nous. sommes ensuite préeigsités dans les plus profonds abimes. » It clamor ele : « Al s'élève on cri jusqu'au ciel. »

Horace :

*ablisi feriam sidera vertice.

* Je porterai mon superbe front jusqu'aux cieux. =

Le méme poéte, dans un autre endroit :

Que vos aid crue effertis rumore secundo

« Ce que vous élevez jusqu'au ciel d'une eomnimne voix. » Ovide :

Me miserum ! Quanti montes volvuntur aquarum Jamjèm tacturis sidera summa putes.

Quantüm dídmeti subeidnm aquare valles :

Jàmjàm taetmras tariara migra putes.

« Malhenreux que je suis! Quelles montagnes d'eau. s'élevent! vous croiriez qu'elles vont toucher les astres les plus élevés; s’ouvrant ensuite , ellesforment des abimes si profonds , que vous croiriez qu'ils touchent le noir Tartare. »

Sur ees mots: Dieu descendit.

Dieu ne passe point d'un lieu:dans rm autre, lui qui. remplit tout et qui est partout tout entier; mais l'Éeriture, se proportionnant à la faiblesse de notre esprit, dit que Dieu descend, lorsqu'ayant paru comme absent il se manifeste tout à coup par quelqne effet extraordimaire.

De la lamgue primitive.

Sélon plusieurs savants , les peuples sortis de l'Orient pour aller habiter les diverses contrées de l'Europe et de l'Afrique, étant issus d'une même famille , ont porté avec eux dans leurs migrations leur premier langage, qui était T'hébreu ; cette langue doit par conséquent se retrouver partout, D'ailleurs les Phéniciens et les Carthagi-

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fréquenté que les lieux où l'on trouvait des métaux , principal objet du commerce de toutes les nations, et ils n'emmenaient avec eux ni grammairiens, ni missionnaires, Les langues de l'Oceident ont du rapport avec le phénicien et l'hébreu, parce qu'elles sont formées des mêmes racines du langage primitif confondu à Babel. Les mœurs des Occidentaux approchent de celles des Tvriens et des Hébreux , parce que les hommes se ressemblent partout. Les nations de l'Amérique avaient les mêmes usages que les patriarches. Sont-ce encore des Phéniciens qui les leur ont communiqués ? L'idolátrie phénicienne, égyptienne, indienne , grecque , romaine, japonaise, américaine se ressemble en beaucoup de choses, parece. qu'elle est l'ouvrage de l'imagination et des passions humaines qui sont partout uniformes, Prétendre, sur ce fondement seul, que des marchands de Tyr et de Carthage ont altéré les langues, changé les mœurs, subjugué l'univers , c'est méconnaitre l'empire de l'habitude et de l'éducation, c'est bâtir un système en l'air.

Supposons pour un moment ces établissements prétendus des Phéniciens sur nos côtes, Comment nos ancêtres ont-ils eté assez complaisants pour oublier leur langage et leurs usages en faveur d'une poignée d'étrangers ? Lorsqu'une compagnie de marchands va négocier dans un pays éloigné, c'est elle qui se trouve obligée d'apprendre la langue du peuple avec laquelle elle veut établir un commerce réglé ; il est naturel sans doute qu'un petit nombre de particuliers s'accommode aux usages d'une nation entiére, et non pas que celle-ci se plie au gré de quelques nouveaux venus. Je ne pense pas que le commerce des Phéniciens ait été phis considérable, ni lenrs. exploits plus brillants que ceux de la compagnie des Indes. Or, quelle est la nation indienne à laquelle nos négociants seuls soient. venus à bout de communiquer notre langue, notre croyance, nos lois, en un mot les mœurs françaises ?

]l faut done chercher une raison plus véritable de l'affinité des langues. Nous ne pouvons la trouver que dans la descendance des peuples et dans la généalogie que Moïse en a faite. La comparaison des langues devient ainsi le commentaire le plus lumineux du dixième chapitre de la Genèse, et la preuve toujours subsistante de la vérité de l'histoire sainte.

Selon cette histoire, la famille de Cham se maintint en partie dans la Chaldée apres la dispersion; le reste s'étendit au midi dans la Syrie ou Phénicie, dans l'Arabie, dans la Palestine, dans l'Égypte el l'Éthiopie. Aussi les langues chaldéenne, phénicienne, arabe, hébraique, égyptienne, éthiopienne ont toujours été regardées comme autant de dialectes émanés de méme source, et qui ont conservé entre eux plus ou moins d'affinité , à mesure que les peuples qui les parlaient se trouvaient plus ou moins éloignés de la patrie commune.

Les descendants de Japhet, en quittant les plaines de Sennaar, pour aller à l'Occident, peuplèrent d'abord les provinces de l'Asie mineure : Javag , l'un d'entre eux se fixa dans l'Ionie et sur les bords de l'Hellespnnt, Aussi le dialecte ionique état l'espèce de grec qui approchait le plus de l'hébreu, ou plutôt du phénicien et du chaldéen, parce que les provinces de l'Asie mineure confinent à la Syrie et à la Chaldée. Voilà pourquoi plusieurs conjonctions ou particules dans le syriaque et plusieurs mots composés dans le chaldeen paraissent purement grecs. Il n'est pas nécessaire d'en conclure, comme ont fait quelques grammairiens, que ces termes sont empruntés du grec; il faudrait plutôt supposer le contraire. Les Chaldéens, d'abord sédentaires , et placés dans les plaines. fertiles qu'arrosent le Tigre et l'Enphrate, furent plus tôt policés que les Grecs. Ceux-ci étaient encore errants et nomades, lorsqu'il v avait déjà des villes bâties et un puissant empire formé près des fleuves dont je viens de parler,

La postérité de Javan, ayant franchi le détroit de l'Hellespont et le Bosphore de Thrace, se répandit dans cette province et dans la Macédoine, tourna ensuite au midi vers la Thessalie et le Péloponnèse; elle forma dans la suite des siècles une nation nombreuse, puissante et polie, mais elle demeura toujours unie d'inclinations

COMMENTAIRE

et d'intérêts avec les colonies qui étaient restées dans l'Asie mineure, et dont elle n'était séparée que par un espace de mer peuétendu. On les appela du nom commun Hellène ; le commerce entretint une affinité constante dans leur langage mutuel: le grec d'Asie et celui de l'Europe n'eurent jamais que de légères différences ; ce sont divers dialectes d'une méme langue. Voilà done la source du rapport qui a dû se trouver entre le grec et l'hebreu; ils ont été formés des mémes racines, des monosyllabes qui composaient le langage de la famille de Noé, et les peuples qui parlaient l'un étaient voisins des pays où l'autre subsistait dans un de ses dialectes.

De la confusion des langues.

1° Fichorn, Rosenmüller, Bauer, elc, prétendent que tout ce morceau n'est qu'un mythe (fable) imaginé par quelque ancien philosophe pour expliquer la diversité des langues ; mais ils le disent sans en donner de preuves. Moise ne suppose pas plus de fiction dans cette narration que dans toutes les autres ; et , s'il faut y chercher un mythe, tout l'ancien Testament devient fabuleux. Il est vrai qu'il parait supposer un miracle dans cette confusion; mais tout ce qui est miraculeux n'est point fabuleux : autrement, les miracles de Moise et de Jésus-Christ seraient des fictions; ce qui esl contre tous les principes de la certitude. Au reste, tout ce que dit Moise sc trouve confirme par l'autorité des auteurs profanes et les fictions des poëtes : tout ce qu'il dit des matériaux employés à bâtir la tour de Babel est tresconforme à ce que les historiens nous apprennent des briques et des bitumes dont on se servait à Babylone. Voyez Bosenmuüller lui-même , qui rapporte les passages. On ne doit point entendre à la lettre que Dieu soit descendu pour considérer cette tour, et que le sommet dût s'élever jusqu'aux cieux : on trouve de semblables expressions dans des passages où il n'y a sürement rien de mythologique.

2" Quelques auteurs, et méme saint Basile, ont prétendu expliquer sans miracle la. confusion des langues. Dieu, selon eux, mit le désordre et la désunion parmi les architectes de cette tour; cette. désunion les contraignit de se séparer, et de là naquit la diversité des langues. Mais ou ne peut, sans faire violence au texte, se dispenser d'admettre un miracle par lequel les langues furent subitement confondues ; car, après avoir dit qu'il y avait un temps où les hommes parlaient tous la méme langue, il ajoute formellement que Dieu descendit ou intervint pour confondre ce langage, et que le lieu où ce miracle se fit fut appelé confusion, afin d'en rappeler la mémoire. Effectivement, il y a, comme le remarque Michaelis , des langues si disparetes, qu'il est impossible qu'elles soient toutes dérivées de Ia méme source : il faut que Dieu soit intervenu pour y produire les différences substantielles que nous y remarquons, Cette confusion su bite était singulièrement propre à faire peupler la terre; c'était un sûr et prompt moyen pour opérer tout de suite la séparation et la dispersion dans les diverses contrées de cet univers, Voyez Michaëlis, Remarques sur la Genése.

De la ville d'Ur.

Ur, ville célèbre par la naissance d'Abraham, est tantôt appelée une ville de Chaldée, et tantôt une ville de Mésopotamie, parce que la Chaldée était une province de la Mésopotamie, Elle était située au delà de l'Euphrate, vers le Tigre. C'est pourquoi Dieu dit qu'il avait tiré Abraham d'au delà le fleuve. Cette ville s'appelait Ur, qui signifie feu eu hébreu, peut-être à cause du feu adoré par les Chaldéens.

COMMENTAIRE. 89

Tous les livres indiens, chinois et autres, renferment les fragments les plus sublimes sur l'unité de Dien, sur le péché originel et Ie Messie; et si l'on retranchait de ces livres toutes les extravagances, fruit des cerveaux humains , on pourrait reconstruire, par leur moyen, un edifice qui ressemblerait parfaitement à celui de la Bible. (Le comte de Stulherg.)

De l'âge de Tharé.

Le passage du texte hébreu est contredit par le texte samaritain, qui ne donne à Tharé que cent quarante-cinq années de vie; et comme cette leçon s'accorde exartement avec les autres nombres , la plupart des savants la préférent à celle du texte hébreu, qu'ils

De la différence de chronologie dans les textes hébreu, croient altéré dans cette partie par les copistes.

sainaritain et la version des Septante.

Sur la mort de Thareé. Il ya trois systèmes de chronologie differents dans le texte hébreu, dans le texte samaritain et dans la version grecque des Septante. La durée du premier âge (depuis la ercation jusqu'au déluge) est de treize cent sept ans, selon le texte samaritain ; de seize cent cinquante-six aus , selon l'hébreu et la Vulgate ; de deux mille deux cent quarante-deux ans, ou méme dans quelques exemplaires, de deux mille deux cent soixante-deux ans, selon la version des Septante, Pour le second âge (depuis le déluge jusqu'à Ia vocation d'Abrabam ) , le samaritain compte mille dix-sept , l'hébreu trois cent soixante-sept , et le grec onze cent quatre-vingt-dix-sept ans; d'où il résulte, pour les deux âges, une différence de plus de quatorze siècles entre la chronologie des Septante et celle du texte hébreu, différence trop considérable pour ne pas jeter de l'incertitude sur les époques particulieres et méme sur tous les faits de cette histoire. De plus, si l'on fait attention à la manière dont l'auteur du Pentatenque a fixé la chronologie de ces premiers temps , on sentira bientôt que les contra. dictions des trois principaux exemplaires ne sont pas nées de l'inadvertance des copistes : les sommes totales qui donnent la durée des deux premiers âges ne se trouvent énoncées nulle part dans le Pentatenque, elles sont le résultat d'un grand nombre de sommes partielles exprimées aux chapitres v et xr de la Genèse ; ainsi la diversité de lecons dans les trois exemplaires ne tombe pas sur un ou deux passages seulement, mais sur tous les nombres qui fixent l'époque de la naissance des patriarches avant Abraham ; or, des fautes si multipliées n'ont pu naitre de l'inadvertance des copistes.

Enfin, il est évident que cette interpolation est l'effet d'un systéme réfléchi : les trois exemplaires s'accordent pour la durée totale de la vie des patriarches ; mais ils différent en ce que les Septante et le samaritain leur donnent cent ans de plus que l'hébreu, lors

Moïse a voulu terminer en deux mots ce qui concernail Tharé , avaut de s'occuper d'Abraham, qui est le principal objet dont il va s'occuper; et la preuve évidente que Tharé vivait encore lorsqu'Abraham reçut les ordres de s'éloigner d'Haran, ce sont les expressions mêmes dont le Seigneur se servit pour lui manifester ses ordres : « Sortez, lui dit-il, de votre parenté et de la maison de votre pére, » Tharé n'était done point encore mort. Qu'on juge par là de la confiance que méritent nos incrédules, lors méme qu'ils s'appuient des textes de l'Écriture!

Le passage du texte hébreu où la vie de Tharé est portée jusqu'à deux cent cinq années est contredit par le texte samaritain, qui ne donne à Tharé que cent quarante-cinq années de vie, leçon qui s'accorde exactement avec les autres nombres, qui óte toute apparence de contradiction entre ces différents passages , et léve toutes les difficultés; leçon préférée par plusieurs savants, Bochart, Knatchball, Cleyton , Houbigant, elc., à celle du texte hébreu, qui parait altéré dans cette partie par les copistes.

De la ville de Haran.

Les commentateurs et les géographes sont assez incertains sur la position de la ville ou du village de Haran, qu'on nomme aussi Charan. Les uns croient que c'est la ville de Carrhes en Mésopotamie, célébre par la défaite de Crassus; d'autres, une autre ville de Carrhes prés de Tadmor ou Palmyre; et quelques-uns, une troisième Carrhes dans les environs de Damas.

MASS de la naissance de leurs fils, et cent ans de moins aprés la naissance de leurs fils. Par exemple, on lit dans l'hébreu : « Arphaxad véeut trente-cinq ans, et il engendra Salé, et il vécut trois cent trois

APPENDICE

ans, après qu'il eut engendré Salé. » Et dans le grec et le samaritain : « Arphaxad vécut cent trente-cinq ans, et il engendra Salé, et il vécut deux cent trois ans après qu'il eut engendré Salé,» Et ainsi de presque tous les patriarches , soit avant , soit aprés le déluge ; par où l'on voit que l'erreur, quelque part quelle se trouve , se soutient toujours, et n'est point l'effet du hasard, mais d'un système médilé, Usserius et les plus habiles des chronologistes en conviennent aprés saint Augustin : F'idetur, dit ce pere, habere, si dici. potest , error ipse constantiam , nec casum redolet , sed industriam.

Pour résoudre cette difficulté, l'une des plus spécieuses que l'on puisse former contre l'autorité des livres saints , je dis 1? que la chronologie de Moïse n'est pas tellement altérée qu'il ne soit plus possible de la reconnaitre dans l'un des principaux exemplaires du Pentateuque ; 2° que les leçons fautives des deux autres exemplaires n'y ont pas été insérées à dessein de corrompre le texte de Moïse; 3° que de cet exemple unique de contrariété entre les trois exemplaires, on ne peut inférer que le Pentateuque ait souffert d'autres altéralions importantes,

1? L'intégrité d'un livre ne dépend pas de la fidélité de tou-

De l'identité des traditions ches tous les peuples.

Il est singulierement remarquable que tous les événements du monde primitif : la création, l'état d'innocence et de bonheur, la chute, la longue vie des patriarches, les crimes et le châtiment par le déluge universel, le nombre des personnes sauvées dans l'arche, quelques circonstances mémes qui accompagnérent le déluge, telles que la colombe envoyée de l'arche, le sacrifice de Noé descendu à terre, l'are-en-ciel placé dans les nuages en signe de réconciliation, dont Homère parle presque dans les mémes termes que Moïse , l'ivresse de Noe, et La conduite diverse de ses fils, tous les événements enfin jusqu'à la tour de Babel et la confusion des langues , se répètent unanimement avec plus ou moins de clarté dans les traditions de chaque peuple, tandis que les événements postérieurs à ladispersion des peuples cessent d'être généraux , se localisent, et chaque race alors a son histoire.

Tous les peuples, au milieu des plus extravagantes traditions, conservent de sublimes doctrines sur Dieu et l'univers; mais elles ne | tes les copies; il suffit qu'il en existe une senle où l'on puisse recons'enchaînent point et ne peuvent jamais former que de beaux frag- } naitre le texte primitif ; or, il me parait que la chronologie de Mois ments épars, comme si les nations s'étaient partagées entre elles ces | s'est conservée dans le texte hébreu pour le premier âge du monde, feuilles déchirées d'un grand livre, | et pour le second âge, dans le texte samaritain et la version des

COMMENTAIRE

Septante, dont les différences se réduisent à peu de chose et peu- ? tienne, environ cent ans après le déluge, selon la chronologie

vent se concilier, en corrigeant l'un par l'autre, à l'aide du texte hébreu.

A l'égard de la chronologie du premier âge, je crois devoir suivre le texte hébreu, parce que dans la plupart des points où il s'éloigne des Septante, il se trouve d'accord avec le samaritain ; et reciproquement, lorsqu'il s'écarte da. samaritain, il est assez conforme aux Septante, et par conséquent il a presque toujours en sa faveur l'autorité de deux leçons contre une : au surplus, tout ce premier âge ne tient point à la suite de l’histoire, et il importe assez peu d'en connaitre au juste la durée.

Pour la chronologie du second âge, plusieurs raisons semblent décider en faveur du texte samaritain : d'abord il s'accorde avec les Septante sur l’âge des patriarches , lors de la naissance de leurs fils, et avec le texte hébreu , sur la durée totale de la vie des patriarches ; tandis qu'il n'y à rien de commun entre les calculs de l'hébreu et ceux de la version grecque : premier avantage qui, toutes choses égales d'ailleurs, doit assurer la préférence à la chronologie. samaritaine.

En second lieu, le texte hébreu ne garde pas la proportion qui doit naturellement se trouver entre la durée totale de la vie des patriarches, et l'âge auquel il leur donne des enfants : par exemple, Arphaxad, Salé, Héber, Phaleg, elc., ont véeu quatre cent trentehuit , quatre cent trente-trois , trois soixante-quatre, deux cent trenteneuf ans; et, selon l'hebreu, ils étaient peres à l’âge de trente-cinq, trente , trente-quatre , trente ans ; au lieu que, selon le texte samaritain et les Septanie, ils avaient pour lors cent trente-cinq, cent trente, cent trente-quatre, cent trente ans, ce qui est beaucoup plus vraisemblable, puisque c'est une loi constante de la nature que la durée de l'enfance soit en raison de la durée totale de la vie; l'âge viril ne commence guere qu'après la cinquième partie de la vie humaine : on doit eroire que cette proportion avait lieu, lors méme que les hommes vivaient plusieurs siècles, et nous les voyons constamment observés dans tous les patriarches antédiluviens. Ajoutez que, selon toute apparence , les patriarches nommés au chapitre x: de la Genèse, comme étant les ancètres d'Abrabam, ne sont pas tous les ainés de leur famille, et par conséquent , l'on doit supposer, d'apres l'hébreu , que plusieurs sont nés avant la trentieme année de leur pére : ce qui fait encore mieux sentir combien cette chronologie est peu conforme au cours de la nature.

"Troisiemement, le texte hébreu ne compte que cent ans entre le déluge et la dispersion du genre humain; or, il est difficile de concevoir comment, en si peu de temps, la famille de Noé a pu s'aecroitre au point d'étre obligée de se diviser pour former des établissements : les calculs du pére Petau et de quelques autres chronologistes sur la multiplication du genre humain dans ces premiers temps sont furcés et peu satifaisants; mais la chronologie samaritaine prévient toute difficulté, en nous donnant quatre siècles révolus entre le déluge et la dispersion.

Enfin, la chronologie du texte hébreu s'accorde bien difficilement avec l'histoire profane. On ne s'arrétera pas aux prétentions excessives et ridicules des Égyptiens et des Chaldéens, qui s'attribuent une antiquité, les uns de trente-six mille et les autres de plus de quatre cent mille ans. Il y a bien de l'apparence que ces suppositions énormes , fondées originairement sur quelque révolution astronomiques, n'ont passé dans l'histoire qu'après que les peuples en ont perdu le véritable sens. Aristote, qui se défiait de cette prétendue antiquité des Chaldéens, pria le philosophe Callisthene, qui était alors à Babylone à la suite d'Alexandre, de lui faire tenir ce qu'il trou. verait de plus certain touchant cette nation; Callisthène lui envoya une suite d'observations célestes qui comprenaient dix-neuf cent trois ans. Or, si depuis la prise de Babylone par Alexandre, l'an 330 avant Jésus-Christ, on remonte jusqu'à dix-neuf cent trois ans avant l'ère chrétienne, on arrivera à l'an 2233 avant l'ere chré-

du texte hébreu; mais il est difficile de croire que l'empire des Chaldéens ait été formé, et que ces peuples aient pa. s'occuper d'observations astronomiques dans des temps si voisins du déluge. L'histoire chinoise n'est pas plus favorable à la chronologie du texte hébreu. Selon M. Fréret, l'un des savants qui ont le mieux connu les annales de la Chine, les temps historiques de cet empire remontent jusqu'à l'an 2145 avant Jésus-Christ, première année du regne d'Yao. Si l'un veut remonter plus haut dans les temps mythologiques, on trouvera qu'Hoang-ti , bisaieul d'Yao, aurait regné dés l'an 2385, et Fo-hi, aieul d'Houng-ti, vers l'an 2640; époques qui devancent de plusieurs siècles la date du déluge, selon la chronologie hébraïque, mais qui sont renfermées dans la chronologie samaritaine. La durée du second âge est done trop resserrée par le texte hébreu; et, pour concilier l'histoire sainte avec l'histoire profane, il parait nécessaire d'adopter le samaritain , qui laisse entre le déluge et l'ere chrétienne un intervalle suffisant pour y placer la naissance des anciennes monarchies,

Le texte samaritain nous offre donc un système de chronologie qui se soutient. par lui-méme et par sa conformité avec les histoires étrangères; et puisque ce texte n'est pas moins original que l'hébreu, rien ne doit nous empécher d'y reconnaitre la leçon primitive, toutes les fois que des raisons avouées par une saine critique semblent lui assurer la préférence sur le texte hébreu. Je dis plus, le texte samaritain , quoiqu'il ne soit pas exempt de fautes, parait en quelques endroits plus fidèle et plus conforme à l'autographe de Moïse : les commentateurs s'en servent avec avantage pour éclairer certaines difficultés de chronologie qui naissent du texte hébreu ou de la version des Septante. On y trouve un assez grand nombre de répétitions qui manquent dans l'hébreu ; or, ces répétitions fréquentes, dont il y a tant d'exemples dans Homère, sont un des caractères les moins équivoques de la plus haute antiquité : on sent d'ailleurs qu'il a été plus facile de les supprimer comme inutiles, dans le texte hébreu, que de les ajouter au texte samaritain,

Du reste, en proposant la chronologie samaritaine comme celle que je crois la plus vraisemblable , je sus bien éloigné de condamner ou les partisans du texte hébreu, ou ceux qui, sans adopler une des trois chronologies à l'exclusion des deux autres, prennent de chacune les époques qu'ils jugent les plus probables; je ne prétends pas non plus garantir toutes les dates de la chronologie samaritaine, javoue méme qu'elle demande en quelques endroits à étre corrigée par le texte hébreu; mais soit que l'on suive un des trois systèmes chronologiques, soit que l'on s'en forme un quatrième sur la comparaison des trois principaux exemplaires du Pentateuque , c'est toujours la chronologie de Moise que l'on se propose de rétablir, et quand méme on ne parviendrait pas à la retrouver, il ne faudrait pas en conclure ou qu'elle n'existe plus, ou, comme l'a dit l'abbé de Prades, justement censuré par la Sorbonne, que Moise n'a point laissé de chronologie, et que les dates qui fixent la. durée du premier et du second áge sont des additions faites au Pentateuque.

Voici comment l'interpolation a pu avoir lien dans le texte hébreu :

Supposous qu'au commencement, il y ait eu entre différents exemplaires quelque variété dans les nombres qui déterminent l'âge de certains patriarches, lors de la naissance de leurs fils; les uns marquant cent trente ou cent trente-quatre ans, ce que nous croyons être ln vraie leçon, et les autres ne portant, par une erreur de copiste, que trente ou quarante ans. Il résultait de là une disproportion frappante dans la suite des nombres, et pour y remédier il fallait, ow y ajouter cent ans partoutoii ils manquaient, ou les retrancher des nombres oü ils se trouvaient. Qu'un docteur de la loi, qu'un homme acerédité parmi les Juifs se soit persuadé que les moindres nombres étaient les véritables, et que dans cette idée il ait entrepris de réformer la chronologie du Pentateuque, cette prétendue

LA GENÈSE, CHAPITRE XII

correction aura produit le système que nous voyons dans le texte hébreu, dont tous les exemplaires seront des copies faites d'après le manuscrit ainsi réformé. Dans cette hypothèse, l'interpolation du texte hébreu aurait eu deux causes, d'abord la négligence des copistes, à qui il serait échappé quelques fautes en transerivant une suite de nombres assez considérable, et puis la fausse critique de celui qui, dans la vue de rétablir la chronologie de Moïse visiblement altérée, aurait pris les erreurs des copistes pour la leçon primülive, el aurait en conséquence mutilé les nombres anciens qui lui paraissaient excessifs. Si l'on me demande la cause d'une erreur si grossière dans celui à qui j'attribue le système de la chronologie hébraïque, je réponds qu'il est impossible et que l'on ne doit pas exiger de moi que je rende une raison précise d'un changement dont le temps et l'auteur nous sont absolument incounus. Cependant, s'il m'est permis de hasarder une conjecture, je dirai que ce prétendu réformateur, croyant. que tous les patriarches nommés depuis Sem jusqu'a Abraham étaient les ainés de leurs pères, et ne connaissant pas la proportion établie par l'âge de puberté et la durée totale de la vie humaine, n'a pu se persuader que les patriarches eussent vécu plus d'un siecle sans avoir des enfants. Je dirai encore que l'intervalle de plus de mille ans compris entre le déluge et la vocation d'Abraham a pu lui paraître trop long, eu égard au petit nombre de faits rapportés dans la Genese; et qu'ignorant l'histoire et les antiquités des Chaldéens , des Assyriens, des Égyptiens et des Chinois, i! a cru se rapprocher de la vraisemblance, en réduisant à trois ou quatre siècles toute la durée du second àge. Quoi qu'il en soit, il me suffit d'avoir montré, par une sugposition plausible, comment la chronologie de Moise s'est altérée, sans que l'on puisse accuser les Juifs d'avoir corrompu le Pentateuque de dessein prémédité. Cet exemple unique de contrariéte entre les trois principaux exemplaires du Pentateuque ne doit pas nous faire craindre que ce livre ait souffert d'autres aliérations plus importantes, D'abord il est certain qu'à l'égard du dogme, de la morale, de l'histoire et des

faits iniraculeux , il règne une entière conformité entre tous les manuserits du texte original, des versions et des paraphrases les plus anciennes; mais si l'on eût essayé de corrompre le Pentateuque dans l'une de ses parties essentielles, quelques exemplaires auraient conservé l'ancienne leçon; d'autres auraient reçu la nouvelle, et nous ne verrions pas tous les manuscrits s'accorder entre eux. Un faussaire ne tient pas en sa main toules les copies d'un livre répandu dans tout un état, et une seule épargnée suffisait pour nous transmettre la véritable leçon, Si la diversité de leçons, par rapport à la chronologie, est une preuve d'altération dans les nombres de la Genèse, la conformité que l'on observe à l'égard des autres parties du Pentateuque est une preuve certaine de leur intégrité.

Il y a, de plus, une différence essentielle entre l'interpolation de la chronologie et celles que les incrédules se croient en droit de soupconner. Les dates du texte hébreu n'ont été allérées que sous prétexte de correction; l'erreur qui s'y trouve, de quelque manière qu'elle s'y soit glissée, ne peut être que le fruit de l'ignorance et d'une fausse critique : le dessein d'attenter an texte sacré, et l'imposture n'y ont aucune part. Un changement de cette nature n'a pas dû alormer la religion des Juifs : on ne leur proposait pas d'interpoler les écrits de Moise; il ne s'agissait, au contraire, que de rétablir ce que l'on croyait étre la leçon primitive. De plus, ces corrections ne tombaient que sur deux chapitres de la Genèse, qui n'intéressaient qu'un petit nombre de savants et que le peuple connaissait à peine. Mais si l'on eüt osé toucher aux dogmes, à là morale ou à l'histoire du Pentateuque, la fraude et l'impiété se montrant à découvert auraient éveillé le zèle des prétres et des magistrats : toute la nation se serait élevée contre les nouveautés qu'on eüt voulu introduire dans la religion de ses pères ; une réclamation unanime aurait etouffe dés sa naissance le projet sacrilége de corrompre les Écritures; et ce projet, s'il se fût rencontré quelqu'un assez hardi pour le former, ne nous serait connu que par le supplice de son auteur.

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