‹ Sainte Bible en latin et en françaisChapitre 74 sur 1035 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Abram, au commandement de Dieu, sort de son pays, recoit la promesse des bénédictions par Jésus-Christ et la promesse de la terre de Chanaan ; il invoque le Seigneur pour la famine, et descend en Égypte , oà Sara lui est ravie, et bientót aprés rendue.

1. Dixit autem Dominus ad Abram : Egredere de terra tua, et de cognatione tua, et de domo patris tui, et veni in terram quam monstrabo tibi.

2. Faciamque te in gentem magnam, et benedicam tibi, et magnificabo nomen tuum, erisque benedictus.

3. Benedicam benedicentibus tibi, et maledicam maledicentibus tibi; atque in te benedicentur universe cognationes terræ.

4. Egressus est itaque Abram, sicut præceperat ei Dominus, et ivit eum eo Lot : septuaginta quinque annorum erat Abram cüm egrederetur de Haran.

5. Tulitque Sarai uxorem suam, et Lot filium fratris sui, universamque substantiam quam possederant, et

* 2. Hebr. autr. : « Vous serez en bénédiction. » On lit dans le samaritain e£ esto ; dans l'hébreu; irrégulièrement au mème sens, et est ; les Septante ont lu ef eris, et c'est le sens de la Vulgate.

X 3. date, c'está-dire in semine tuo. ( Infr. xxix, 18). Dans

1. Or, le Seigneur dit à Abram : Sors de ta terre, et de ta parenté, et de la maison de ton pére, et viens en la terre que je te montrerai.

2. Et je t'établirai sur une grande nation, et je te bénirai, et je gloriflerai ton nom, et tu seras béni.

3. Je bénirai ceux qui te béniront, et maudirai ceux qui te maudiront; et en toi seront bénies toutes les familles de la terre.

4. Abram done s'en alla, ainsi que le Seigneur lui avait commandé, et Lot alla avec lui : or, Abram était âgé de soixante-quinze ans quand il sortit d'Haran.

5. Abram done prit Sarai sa femme, et Lot fils de son frére, et toutes ses richesses, et les esclaves qu'il avait

votre fils, dans le Messie , dans Jésus-Christ, vraie source de toutes les grâces et de toutes les bénédictions, Gal. i11, 16. , X 4. C'estle sens de l'hébreu : Pit.

animas quas fecerant in Haran; et egressi sunt ut irent in terram Chanaan.

6. Cumque venissent;in eam , pertransivit Abram terram usque ad locum Sichem, usque ad convallem illustrem : Chananzus autem tunc erat in terra.

7. Apparuit autem Dominus Abram, et dixit ei: Semini tuo dabo terram hanc. Qui ædificavit ibi altare Domino, qui apparuerat ei.

8. Et inde transgrediens ad montem qui erat contra orientem Bethel, tetendit ibi tabernaeulum suum, ab occidente habens Bethel, et ab oriente Hai : ædificavit quoque ibi altare Domino, et invocavit nomen ejus.

9. Perrexitque Abram vadens, et ultra progrediens ad meridiem.

10. Faeta est &utem fames in terra: descenditque Abram in /Egyptum , ut peregrinaretur ibi ; praevaluerat enim fames in terra.

11. Cumque propè esset ut ingrederetur Ægyptum, dixit Sarai uxori suæ : Novi quod pulehra sis mulier,

12. Et quód , eüm viderint te. /Egyptii, dieturi sunt: Uxor ipsius est ; et interficient me, et te reservabunt.

13. Dic ergo, obsecro te, quod soror mea sis, ut bene sit mihi propter te, et vivat anima mea ob gratiam tui.

14. Cüm itaque ingressus esset Abram /Egyptum , viderunt Ægyptii mulierem quód esset pulehra nimis.

15. Et nuntiaverunt principes Pharaoni, et laudaverunt eam apud illum; et sublata est mulier in domum Pharaonis.

16. Abram veró benè usi sunt propter illam; fueruntque ei oves et boves et asini, et servi et famulæ , et asinæ et cameli.

17, Flagellavit autem Dominus Pharaonem plagis maximis, et domum ejus, propter Sarai uxorem Abram.

18. Vocavitque Pharao Abram, et dixit ei: Quidnam est hoc quod fecisti mihi? quare non indicasti quód uxor tuá esset ?

19. Quam ob causam dixisti esse sororem tuam, ut tollerem eam mihi in uxorem? Nunc igitur ecce conjux tua; accipe eam, et vade.

20. Præcepitque Pharao super Abram viris; et deduxerunt eum, et uxorem illius, et omnia qua habebat.

y 6. Mébr, autr, : « Jusqu'à Élon-Moré, » Septante : « Jusqu'au grand. chéne, »

v 8, Hébr. : « Du côté de la mer. » La Méditerranée était à l'oc- «ident par rapport aux Hébreux: Zufr.sxi, 33.

Y 15. Heb, : « Et les seigneurs, officiers de Phüraon, £r viderunt

LA GENESE, CHAPITRE XII

acquis à Haran, et ils sortirent pour venir en la terre de Chanaan.

6. Lorsqu'ils y furent arrivés, Abram passa à travers cette terre jusqu'au lieu de Sichem, jusque dans une vallée, et alors les Chananéens étaient en cette terre.

7. Et le Seigneur apparut à Abram, et lui dit : Je donnerai cette terre à ta postérité. Et Abram éleva en ce lieu un autel au Seigneur, qui lui était apparu.

8. Et de là passant jusqu'à la montagne qui était à lorient de Béthel, il y dressa ses tentes, ayant Béthel à l'occident, et Haï à l'orient; et là il éleva pareillement un autel au Seigneur, et il invoqua son nom.

9. Puis Abram s'en alla s'éloignant et s'avançant vers le midi.

10. Or, il survint une famine en cette terre, et Abram descendit en Égypte pour y habiter comme étranger; car une grande famine s'était répandue sur la terre.

11. Et, comme il était prés d'entrer en Égypte, il dit à Sarai sa femme : Je sais que vous étes belle ,

12. Et que les Égyptiens, quand ils vous verront, diront : C'est sa femme; et ils me tueront, et ils votis garderont.

13. Dites done, je vous prie, que vous étes ma sœur, afin qu'il ne m'arrive aucun mal à cause de vous, et que gráce à vous mon áme vive.

14. Or il arriva, lorsqu'Abram entra en Egypte, que les Égyptiens virent que cette femme était fort belle.

15. Et les prinees allerent le dire à Pharaon, et la louerent devant lui; et elle fut enlevée et conduite dans la maison de Pharaon.

16. Et ils traitérent favorablement Abram à cause d'elle; et il reçut des brebis et des bœufs et des ânes, des serviteurs, des servantes, et des ânesses et des chameaux.

17. Mais le Seigneur frappa Pharaon des plus grandes plaies, et sa maison, à cause de Sarai femme d'Abram.

18. Et Pharaon appela Abram, et lui dit : Qu'est-ce que vous m'avez fait? Pourquoi ne m'avez-vous pas averti qu'elle était votre femme?

19. Pourquoi avez-vous dit qu'elle était votre sœur , afin que je la prisse pour ma femme ? Maintenant done voilà votre femme; recevez-la de mes mains, et partez.

20. Et il donna des ordres à ses peuples au sujet d'Abram; et ils le conduisirent hors de l'Égypte, lui, sa femme et tout ce qui lui appartenait.

eam principes Pharaonis, elc. » C'est aussi le. sens des Septante. Pharaon est un nom commun à tous les rois d'Égypte.

Y 18. L'hébreu et les Septante expriment le mihi , qui n'est pas dans la Vulgate.

COMMENTAIRE

COMMENTAIRE

Vocation d' Abraham.

1l faut rendre le texte hébreu que la Vulgate a traduit: « Le Seigneur dit à Abraham,» par le plus-que-parfait : «Dieu avait dit à Abraham: Sors de ton pays, etc, » Selon cette version, qui est la véritable , la vocation d'Abraham se rapporte non ati temps quil était à Haran, mais à celui où il habitait Ur des Chaldéens, sa patrie, Par ce moyen, on concilie admirablement ce passage avec ce que dit saint Étienne .{ Acte vr, v, a et 3) : « Le Dieu de gloire apparut à notre père Abraham, lorsqu'il était en Mésopotamie, avant qu'il demeurát à Charan (Chare ou Haran), et lui dit : Sors de ton pays et de ta parenté, et viens dans la terre que je te montrerai, »

Raison pour laquelle Moise s'attache à faire connaitre Abraham.

Le législateur des Mébreux , ayant pour but principal d'inspirer aux Tsraélites une ferme persuasion de la certitude des promesses que Dieu avait faites à leurs ancétres, et voulant les exciter à se conduire comme des hommes pleinement persuades de la proteetion de Dieu, entre dans le récit le plus intéressant sur les merveilles que ce grand Dieu avait opérées en faveur d'Abraham , qu'ils regardaient comme leur pere et leur fondateur. Après avoir employé seulement six chapitres à l'histoire du monde, depuis la création jusqu'au déluge, c'est-à-dire pendant seize cent cinquante-six ans, et trois au récit de ce qui s'était passé pendant quatre cent vingt-six ans, il n'en consacre pas moins de dix-neuf à l'histoire du patriarche Abraham, qui me vécut que cent soixante-quinze ans. Un homme comme Abraham méritait d'occuper une grande place dans les annales de sa nation. C'est ici proprement que commence l'histoire des Hébreux.

Raison du choix que Dieu fit d' Abraham.

Les divers événements de la vie de ce patriarche, les discussions chronologiques sur son âge, appartiennent à l'histoire; nous ne devons parler que des circonstances qui peuvent donner lieu à des objections théologiques; les autres ont été éclaircies de nos jours par plusieurs savants.

Pourquoi Dieu a-t-il choisi un Chaldéen pour se faire connaitre à lui et à sa postérité, pour en faire la tige de son peuple chéri, plutt qu'un Grec, un Romain, un Chinois? Parce que Dieu était le maitre de son choix; quel que fût le personnage qu'il eût préféré, la mème objection reviendrait, Ceux qui disent que c'est un trait de partialité, une injuste prédilection de la part de Dieu, n'entendent pas les termes. Dieu ne doit à personne telle ou. telle mesure. de bienfaits naturels ou surnaturels, de faveurs spirituelles ou temporelles; ee qu'il accorde à l'un ne diminue pas la portion qu'il veut donner à un autre, et ne lui porte aucun préjudice; la distribution inégale de bienfaits purement gratuits n'est done ni une injustice, ni une partialiteé,

Quelques auteurs ont avancé qu'Abraham, avant sa vocalion, était idolátre; ils ont cité en preuve ce passage de Josue (cli. xxiv,

v. 2): « Vos peres ont habité au delà du fleuve, jusqu'à Tharé, pere d'Abraham et de Nachor, et ils ont suivi des dieux étrangers. » Mais cette accusation ne peut tomber que sur Tharé et sur Nachor. Abraham est disculpé dans le livre de Judith (ch. v, v. 6); il y est dit : « Les Hébreux sont un peuple originaire de la Chaldée; ils ont demeuré d'abord dans la Mésopotamie, parce qu'ils n'ont pas voulu suivre les dieux de leurs pères, qui étaient dans le pays des Chaldéens. Ainsi, en renoncant à la religion de leurs peres , qui admettaient plusieurs dieux, ils ont adoré le Dieu du ciel, qui leur a commaudé de sortir de là et d'aller demeurer à Charan. » Cela ne peut s'entendre que d'Abraham, puisque c'est à lui que Dieu ordonna de quitter son pays et sa famille; et il est probable que des ce moment son père Tharé, qui le suivit, cessa d'étre idolátre. La fidélité d'Abraham à n'adorer que le seul Dieu du ciel peut être une des raisons pour lesquelles Dieu l'a choisi pour être la tige de son peuple. Dans plusieurs endroits de l'Écriture, Dieu est nommé le Dieu d'Abraham; les auteurs sacrés ont-ils voulu insimuer par là que Dieu abandonnait les autres hommes pour ne protéger que le seul Abraham; que c'est un Dieu local, dont la Providence ne s'étendait que sur une seule famille? Non, sans doute, Cela signifie seulement que le vrai Dieu était seul adoré par ce patriarche, pendant que la plupart des peuplades déjà formées offraient leur encens à des dieux imaginaires, Lorsqu'un ehretien dit au Seigneur : « Vous êtes mon Dieu, » il soit bien que Dieu est aussi le créateur, le pére, le bienfaiteur des autres hommes.

Dieu, appelant Abraham pour la seconde fois , peut lui avoir dit de nouveau ces mêmes paroles : Sortez de rotre pays, parce qu'encore qu'il ne fût plus dans la ville d'Ur où il était d'abord, et qu'il en füt méme éloigné de cent leues, il était néanmoins encore dans son pays, la ville de Harau étant en Mésopotamie aussi bien que la ville d'Ur.

VERSET 3, Sur la promesse que Dieu fit à Abraham.

Les deux princes des apôtres expliquent cette parole si importante qui marque, deux mille ans avant, le mystère de l'incarnation de Jésus Christ né d'une vierge de la race d' Abraham. «Les promesses de Dieu, dit saint Paul, ont ete faites à Abraham et à sa race, L'Écriture ne dit pas : Aceux de sa race, comme si elle en eût voulu désigner plusieurs; mais & sa race, c'est-à-dire à l'un de sa race, qui est Jésus-Christ , Et semini tuo qui est Christus,»

Quelle cause naturelle pouvait faire prévoir alors que la famille d'Abraham deviendrait un peuple nombreux, d'abord réduit en servitude dans une terre étrangère, et afflige de divers maux pendant quatre cents aus ; après ce terme , retiré de là, et s'établissant par la force de ses armes dans sa conquéte qui serait le pays de Chanaan ? Celui-là seul qui avait la puissance de faire éclore tous ces événements a pu en avoir la prévision ; mais, si la première partie des promesses, relativement à la famille d'Abraham, est une prophétie divine, il est évident que la seconde, qui a pour objet toutes les nations et leur bénédietion dans la postérité des patriarches, en est une également. Aussi les Juifs anciens croyaientils que cette prédiction s'appliquait au Messie descendant d'Abraham, et en qui sont bénies toutes les nations de la terre, Y a-Vil dans l'histoire un autre per-

sonnage que Jésus-Christ qui ait fait participer aux bénédictions divines toute la race humaine? Foyez la prédiction au chapitre xxr.

Sur son départ de Haran.

1? La Genèse dit bien qu'Abraham, ayant quitté la Chaldée, se rendit à Haran avec Tharé son pére, et qu'ensuite il partit d'Haran pour aller à Sichem. Mais Voltaire dit, comme nous venons de le voir, qu'après la mort de Tharé Abraham quitta la Chaldée; premiere fausseté, 2° Si Abraham, après la mort de son père, partit d'Haran, il ne partit pas de la Chaldée, mais de la Mésopotamie; seconde fausseté, 3° S'il y a de la Mésopotamie à Sichem trois cents milles, 1l y n'a donc pas deux cents lieues ; car trois cents milles ue font que cent lieues, et il n'y en à effectivement pas davantage; troisième fausseté.

En allant tout droit de la Chaldée à Sichem, il y aurait aujourd'hui des déserts à passer, et peut-être y en avait-il du temps d'Abraham ; mais en partant d'Haran, méme d'Haran d'au dela de l'Euphrate, il n'était pas nécessaire de traverser des déserts : Abraham pouvait gagner Apamée, Ephese, Damas; de Damas passer à Sidon; de Sidon au Carmel , et du Carmel à Sichem; ou, ce qui était encore plus court, de Damas aux sources du Jourdain ; de là , au lac de Tibériade, et du lac de Tibériade, par de belles et fertiles plaines, à Sichem.

Ces déserts, horribles aux yeux de Voltaire, n'épouxantérent ni Éliézer, nila jeune Rebecca, ni Jacob qui les traversa seul et à pied ; ni Lia, ni Rachel, etc.

Abraham sortit de son pays parce que le vrai Dieu n'y était plus connu; au lieu que dans le pays où il allait, le Seigneur avait encore de fidèles adorateurs : témoin Melchisédech, roi de Salem. 11 parait aussi qu'Abimélech et son peuple avaient conservé quelque connaissance de l'ancienne religion. Enfin, il se rendit dans le pays de Chanaan, parce que Dieu voulait qu'il y allá. Sont-ce là des motifs absurdes, des raisons que l'esprit humain ait peine à comprendre?

De Sichem , de Mambré.

Sichem porte aujourd'hui le nom de Vaplouse; et, quoique le bacha de la province y réside, elle n'est plus composée que de deux rues parallèles au mont Garizim.,

Sichem est cete même ville qui est appelée dans l'Évangile Sichor, près de laquelle était le puits où était allé Jésus-Christ lorsqu'il convertit la Samaritaine.

Le mot hébreu peut signifier aussi chéne ou chenaye, parce qu'il y avait sans doute de ces grands arbres qui pouvaient la rendre considérable. Cette vallée, selon quelques-uns, est le méme lieu qui est appelé Mambré dans la suite de ce livre.

Les Chananéens sont ici les descendants de Chanaan , fils de Cham, que quelques-uns croient avoir eu part à la faute de son pére. La malédiction de Chanaan, chef de la race des Chananéens , est tombée sur ses descendants, parce qu'ils ont été impies et idolâtres.

De la ville de Béthel.

Béthel 's'appelait Luza au temps d'Abraham, et n'a été depuis appelée Béthel que par Jacob, son petit-fils. Moise l'appelle ici du nom

COMMENTAIRE

qu'elle avait lorsqu'il écrivait, ee qu'il importe de remarquer, parce qu'on trouve dans la suite des villes et des peuples que Moise appelle, non des noms anciens qu'ils avaient lorsque s'est passé ce qui s'y rapporte, mais des noms dont ils étaient appelés lorsqu'il écrivait.

Abraham s'est-il rendu coupable de mensonge?

Ce n'est pas pour tirer parti de la beauté de son épouse, c'est pour se dérober à une mort qu'il redoute, qu'Abraham prie Sara non de feindre, mais de dire qu'elle était sa sœur, S'il semble d'abord qu'Abraham se rendit coupable de mensonge , en disant au roi d'Égypte, et quelques années après au roi de Gérare, que Sara était sa sœur, pendant qu'elle était son épouse, ce soupçon ne saurait avoir lieu, si on fait attention qu'en hébreu le méme terme désigne une sceur et une proche parente, une niece ou une cousine, Les Hébreux n'avaient pas, comme nous, des termes propres pour désigner les divers degrés de parenté. Loth, neveu d'Abraham, est appelé son frère. Plusieurs savants juifs et chrétiens, Sarchi, Palus, Wels, Patrick, Hyde, Waterland, etc., soutiennent que Sara était sœur de Loth ; elle est appelée dans la Genèse (chap. xi, v. 31) bru de Tharé. Nous n'ignorons pas, au reste, que quelques interprètes ont pensé que Sara était véritablement sœur d'Abraham, issue d'un méme pére, mais non d'une méme mere. Ce sentiment ne nous parait pas probable, Dans le temps où vivait Abraham, de tels mariages étaient déjà regardés comme iacestueux ; ils ne pouvaient plus être exeusés par la nécessité, parce que le genre humain était déjà suffisamment multiplié, D'ailleurs la conduite d'Abraham, qui, pour cacher son mariage avec Sara, l'appelle sa sœur, semble prouver que les peuples an milieu desquels il vivait ne croyaient pas qu'un frère püt épouser sa sœur. Ainsi, nous pensons que Sara était la nièce d'Abraham; il a pu dire néanmoins qu'elle était fille de son pére, puisqu'elle en était la petite-fille.

Barbeyrac soutient que le discours d'Abraham était du moins une équivoque équivalente à un mensonge, puisque ce patriarche en faisait usage afin de tromper les Égyptiens, et de leur cacher que Sara était son épouse, A cela, nous répondons que taire la vérité à des gens qui n'ont aucun droit de la demander n'est point un mensonge, lorsqu'on ne leur dit rien de faux; autrement, il ne serait jamais permis de se débarrasser des questions d'une indiseréte curiosité. Mais n'était-ce pas exposer sa femme Sara, que de dire, en pays étranger, qu'elle était sa. parente, au lieu d'avancer qu'elle était son épouse? Abraham du moins ne le pensait pas ainsi; il craignait que, s'il déclarait son mariage , les Égyptiens ne fussent tentés de se défaire de lui pour enlever Sara; au lieu qu'en disant qu'elle était sa parente, il espérait trouver un moyen d'écarter leurs recherches. S'il se trompait, son erreur n'était pas un crime : qu'on le bláme, si l'on veut, d'avoir trop craint la mort; mais qu'on ne pousse pas la témérité et la calomnie jusqu'à affirmer, par pure malignité, qu'il avait dessein de prostituer son épouse pour être mieux traité. Ce patriarche se reposa sur la Providence et sur la protection du ciel, dont il avait reçu des faveurs si signalées, et qui l'avait conduit dans ces lieux, Dieu, en effet, eut égard à la pureté des intentions des deux époux ; il ne permit point que le roi d'Égypte et celui de Gérare attentassent à la pureté de Sara.

Convient-il, dit-on, à la bru d'un potier d'être belle, ou à une belle femme de voyager sur un âne? Est-ce que les dames égyptiennes voyageaient dans ces premiers temps sur de superbes palefrois ? Certes, elles n'allaient pas plus en voiture que Sara. Le voile qu'elles ne quiltaient point les garantissait dans leurs voyages des ardeurs du soleil : nous avons déjà observé que l'on ne trouve dans aucun monument qu'Abraham füt fils d'un potier. Quant à l'âge de Sara, nous convenons qu'elle avait soixante-cinq ans lors du voyage d'É-

COMMENTAIRE

gypte. Les critiques de nos livres saints oublient donc que Sara vécut jusqu'à l'Age de cent vingt-sept ans, et qu'ainsi elle devait être à soixante-cinq ee que serait parmi nous une femme d'environ trentesix ans? Croit-on qu'à cet Âge une belle femme qui n'avait pas eu d'enfants, qui était née sous un climat tempéré, tel que celui de la Mésopotamie, ne pouvait pas être assez bien conservée pour charmer les Égyptiens, qui ne voyaient chez eux qne des femmes de petite taille, basanées et laides pour la plupart? Les histoires anciennes et modernes font mention de plusieurs femmes célebres par leur beauté jusqu'à l’âge de cent ans. Hélène avait pres d'un sicele lorsque le siège de Troie commença {voyez Eusebe et Lucien, dans le dialogue qui a pour titre : Le Songe ou le Cog); cependant Homére ne présente jamais cette. princesse sans la parer de l'épithéte de belle. l1 y a plus, Hélène, aprés la mort de Páris, eut encore assez d'agréments pour inspirer de la passion à Déiphobe, son frère, qui l'épousa. Apres qu'elle eut livré celui-ei aux Grees qui le mas-

sacrèrent, elle fut recue par Ménélas, son premier époux, avec tont. ‘ l'empressement possible.

De Cainan.

Saint Lue, dans son evangile, met Caïnan entre Arphaxad et Salé, et les Septante font la méme chose dans ce chapitre et dans le premier du premier livre des Paralipomènes; mais l'hébreu et la version latine mettent Cainan dans la Genèse, comme dans les Paralipomenes,

Il y a des interpretes qui croient que le mot de Caïnan s'est glissé par la faute de quelques copistes dans le texte de saint Luc et des Septante, Peut-être aussi est-ce une omission dans l'hébreu et dans la version latine,

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