Israël habita done en la terre des Amorrhéens
32. Or, Moise envoya visiter Jazer, et ils prirent ses bourgs , et s'emparérent des habitants.
33. Après ils se détournérent, et montérent par le chemin de Basan ; ét Og, roi de Basan, avee tout son peuple, sortit pour eombattre en Édraï.
34. Or, le Seigneur dit à Moïse : Ne les crains point , car j'ai livré en tes mains, et tout son peuple et sa terre; et tu lui feras comme tu as fait à Séhon, roi des Amorrhéens , qui habitait en Hésébon.
35. lis le frappèrent done lui, ses enfants et tout son peuple, jusqu'à la mort, et ils possédèrent sa terre.
X 33. « Cette ville, dit dom Calmet , subsistait encore du temps de saint Jéróme, sous le nom d'Adar où Adara. Les Septante la nomment Edraim ou Edrain. »
COMMENTAIRE
De la ville d'Arad.
L'Écriture ne marque pas le nom de ee roi chananéen de la ville d'Arad , qui, suivant dom Caltnet, était une ‘des plus méridionales du pays de Chanaan, et située assez près de Cadès. Après l'entrée des Israélites dans le pays de Chanaan , cette ville, qui tomba dans le partage de la tribu de Juda, fut possédée par les descendants de Hobab , beau-frère de Moïse.
Serment des Hebreur.
Le vœu que font ici les Tsraclites de détruire éhtièrement les villes du roi d'Arad a quelque chose de bien terrible; peut-être que celles-ci avaient exercé des cruautés que nous ignorons contre les prisonniers.
Au reste, Dieu, maitre absolu de l'univers, avait ordonné la desiruetion des habitants de la terre promise pour leurs iniquités, et les Israélites etaient obligés d'obéir sans aucun examen. Dieu nous apprend ainsi que la guerre, ce terrible fléau, entre comme la peste, le eholéra, la fievre jaune , et toutes les maladies corporelles, dans le plan de son gouvernement sur les hommes,
Du serpent d'airain.
Les inerédules , qui ne veulent point reconnaitre de miracles dans l'Histoire-Sainte, ont contesté celui-ci; ils ontidit, 1° que cette guérison a pu se faire par la force de l'imagination des malades ; 2° que l'espérance d'être guéri en regardant ce serpent était un culte superstitieux, un acte d'idolàtrie et de magie ; 3° que le roi Ézéchias en jugea ainsi, puisqu'en faisant détruire tous les objets d'idolátrie ü Gt briser cette figure que l'on avait conservée jusqu'alors ; 4° que ce culte dure encore aujourd'hui dans l'Église romaine.
Ces réflexions sont trop absurdes pour exiger de longues discussions, Il est certain, en premier lieu, qu'il v a dans l'intérieur de l'Afrique des serpents ailés dont la morsure est trés-venimeuse, surtout pendant les grandes chaleurs: que non-senlement il est impossible d'en guérir par la force de l'imagination , mais que l'on ne connait encore point de reméde naturel capable de soulager ceux qui en sont atteints : la guerison des [sraélites, opérée par des regards jetés sur le serpent d'airain, était done évidemment surnaturelle et miraculeuse,
En second lieu , il est faux que l'action de le régarder avec confiance fût un culte; les Israélites avaient été instruits par Moïse que ceite figure d'airain n'avait la vertu de guérir la morsure des serpents que par une volonté particulière de Dieu : or, à n'y perstition, ni magie, ni idolátrie e Dieu a ordouné,
3^ Il n'en était pas de méme sous le règne d'Éréchias , près de huit cents ans après Moïse: le serpent d'airain ne pouvait plus servir que de monument du miracle opéré dans le désert, Alors les Israélites, qui étaient tombés plus d'une fois dans l'idolàtrie, étaient nccoutumes à honorer comme des dieux des idoles de toute espèce ; ils ne pouvaient attribuer au serpent d'airain aucune vertu » à Moins de supposer qu'il était le séjour ou l'instrument d'un dieu prétendu, d'un genie, d'un esprit invisible et puissant qui voulait y rétevoir des hommages ; idée fausse, mais qui a été celle de tous les idoli. tres,
On ne connait point, disent certains eritiques, de serpents brülants ou ardents, S'ils entendent par des serpents brülants des serpents de feu qui brülent à la manière des Corps embrasés, ils ont sans contredit raison ; mais s'ils entendent, comme il est naturel de l'entendre, des serpents dont la morsure excite un sentiment de chaleur semblable à une brûlure, les naturalistes leur répondront pour nous. Il y a, disent-ils, des serpents, les chersæa , qui sont des es. péces de dipsades: la morsure qu'ils font est bráülante comme du feu, et méme mortelle.
* Le chevalier Marsham , dit Bullet, prétend qu'il n'y eut rien de miraculeux dans la guérison des Israélites à l'occasion de ce serpent. Il. semble avoir eru que la morsure des serpents brülants n'était pas mortelle, et que Moïse n'élesa le serpent d'airain que pour amuser le peuple et le tranquilliser par l'espérance d'une
à ni suà faire ce qu'il est certain que
prompte guérison, jusqu'à ce que le venim s'étant dissipé luiméme; la maladie füt guérie; qu'alors Moise, pour mieux établir son autorité parmi eux, leur fit entendre que leur guérison. avait été opérée par une vertu secréte du serpent d'airain.
Réponse, « Yl est étonnant qu'en faisant profession de respecter les livres saints, on se permette une opinion qui s'accorde si peu avec leur récit.
* Les serpents dont il est iei. parlé sont des hydres ou chersydres, ainsi.que Bochard l'a prouvé d'une manière à ne laisser aueun doute, Ils sont qualifiés dans l'hébreu sceraphim , c'est-à-dire brülants, terme que la Vulgate a rendu per igniti, qui signifie la méme chose. On les appelle ainsi, parce qué leur morsure cause des inflammations et des douleurs ardentes, comme on le verra plus has, Hs sont amphibies, !ls naissent dans les lieux humides, d'où ils sont appelés hydres et cherssdres, parce qu'ils changent de demeure et vivent dans des lieux secs.
« Ces serpents étaient trés-communs dans l'Arabie et 1n Lybie, d'où ils se rendaient en volant par troupes dans l'Égypte, ce qui ayant eté raconté à Hérodote, lorsqu'il était dans ee royaume, il alla jusqu'à Buthos pour s'assurer de la vérité du fait. 1 y vit une quantité prodigieuse de ces serpents, EH dit que leur figure était comme celle de l'hydre, qu'ils avaient des ailes sans plumes, et semblables à des chauves-souris.
« Que les morsures de ces serpents aient été mortelles, le récit de Moïse le montre avec la plus grande évidente; ear dire que Dieu, pour châtier les Israclites. de leurs murmures, envoya des serpents brülants qui les mordirent, et qu'ensuite ils moururent n'estce pas dire clairement qu'ils moururent de la morsure de ces serpents ? Cela est tellement évident que si, dans la conversation, on se sert de cette manière de parler, personne ne l'entend autrement. Cela est tellement évident, qu'aucun de ceux qui ont lu le récit de Moïse, soit juif, soit chrétien, ne l'a jamais pris dans un autre sens,
» Dans le discours que Judith fit aux anciens de la ville de Réthulie , elle parle ainsi da chátiment des serpents brülants :
« Ceux qui ont irrité le Seigneur par les murmures ont péri par Jes mersures des serpents : à serpentibus perierunt. »
L'auteur da livre de la Sagesse, en parlant à Dieu , rapporte ainsi ce miracle :
« Il est vrai que des bétes ^ruelles et furieuses ont aussi attaqué vos enfants, et que des serpents venimeux leur ont donné la mort. Mais votre colere ne dura pa: toujours; ils ne furent que peu de temps daus ee trouble pour leur servir d'avertissement ; et vous leur donnátes un signe de salut pour les faire souvenir des commandements de votre loi, Car celui qui regardait ce serpent n'était pas guéri parce qu'il voyait, mais par vous-même , qui êtes le Sauveur de tous les hommes : el vous avez fait voir en cette rencontre à nos ennemis que c'est vous qui délivrez de tout mal... ; mais pour vos enfants, les dents méme empoisonnées des dragons ne les ont pu vaincre, parce que votre miséricorde survenant les a. gnéris; ils étaient mordus de ces bêtes, afin qu'ils se souvinssent de vos préceptes; et ils étaient guéris à l'heure méme, de peur que, tombant dans un profond oubli de votre loi, ils ne missent un obstacle à votre secours. Aussi n'est-ce. point une herbe ou quelque chose appliquée sur leur mal qui les a guéris; mais c'est votre parole, ó Seigueur, qui guérit toutes choses. »
Saint Paul, dans sa premiére épitre aux Corinthiens , leur dit :
« Gardons-nous encore de tenter Jésus-Christ comme le tentérent quelques-uns d'eux , que les serpents firent périr, »
« Les Septante, qui ont rendu les termes hébreux serpents brálants, par ceux-ci : serpents qui tuent, qui donnent la mort, out marqué bien clairement par ces paroles que les morsures de ces serpents étaient mortelles.
« L'auteur de la version arabique du livre de la Sagesse dit que
COMMENTAIRE
plusieurs des JParaélites miwmurateurs furent mis à mort por les morsures des serpents.
« Philon, danszson livre de l'Agriculture, appelle les serpents brálants des bêtes venimeuses. Lorsqu'en parlant des serpents on dit qu'ils sont venimeux , on entend toujours des serpents dont les blessures causent la mort,
* Les ralbins et les commentateurs chrétiens sont uniformes sur ce point, Peut-on trouver une plus forte preuve gffun sens est le litéral que l'aceordf de tous cenx qui ont lu vm texte à l'en tendre de méme ?
* Ce n'est pas seulement par le récit de Moïse que uous somme certains que lex morsures de ces serpents étaient mortelles; le témoignage des naturalistes nous en assure encore. L'article du dielionnaire des animaux n'étant qu'une compilation de ce que les agci et les modernes ont. dit sh. ce nn pu fera pe am leu eni ment en transerivant cet article.
« Les anciens et les modernes parlent d'une hydre , serpent aquatique, en grec udros ou tidra. Voici ce que les auteurs en disent: Aristute donne ce nom aux serpents aquatiques, Il y en a de lac, de marais, de rivière et de mer, dit Gener (de Aquat., p. 523). Outre ces serpeuls aquatiques, il v à des serpents terrestres ; mais ces anciens ont donné ee nom d'hydre à un serpent particulier : les latins le nomment zatriz, Nicander dit qu'il estl'conemi des grencuilles; il vit surda terre et dans l'eau. Tant qu'il demeure dans l'eau il s'appelle 4ydre , et quand il vit sur la terre on le nomme chersydrus, Il est plus à eraipdre quand il vit sur la terre que quand il vit dans l'eau; ses couleurs ne sont pas non plus si delles ; il ressemble à un petit aspie terrestre, mais il n'a pas la téte si large, Sa morsure est dapgereuse, à cause des enflures, inflammations , douleurs ardentes, meurtrissures , plaies fangeuses, résolutions de membres, vomisements qu'il cause, On en meurt en frois jours, après avoir souffert un mouvement désordonné dans tout le corps. Les remédes onlinaires sont le thériaque et le mithridate, Quand ce serpent se troare dans quelque marais tari, il fait la guerre aux grenouilles; s'il manque d'eau , il se jette tout couvert de fauge sur Lerre, et ib-ffiche de se mettre au soleil, où il tire la langue à cause de la grande alteration qu'il ressent. Aëtius dit qu'il se décharge alors de venin , et qu'il ressemble aux petits aspies, à la réserve que ces aspics ont le col plus gros, »
+ D'Ablancourt rapporte que dans les déserts de la Lybie an trouve quantité de serpents appelés hydres, qui sont de petites coaleuvres très-venimenses, ayant le col extrémement dédié, aitst que la queue, Ellés sont si venimeuses que le meilleur remède, quand on en est mordu, c'est de couper l'endroit avant que le venin ait infecté les autres parties,
« Le Dictionnaire d'histoire naturelle parle de méme de ces ser. pents sous Je nom de chersaca.
» Chersaca, dit-il, est un serpent des plus dangereux en ce que la morsure qu'il fait est brülante comme du feu, et méme mortelle. Celui qui en est mordu reste immobile comme par une espècé d'en chantement; il est attaqué de sanglots, change de couleur, se sent étourdi , perd la connaissance, ses membres sc glacent; il s'endort. Bientôt il est attaqué de palpitations de cœur; ses poils tombent & ses chairs pourrissent; il devient ensuite afiligé du cours de ventre, et meurt bientôt apres, »
« Gervin, qui a fait un traité des venins, place celni de la chersydre au rang des plus dangereux. :
= Le reméde que Moïse employa pour guérir les Israélites n'est pas moins miraculeux que le châtiment, et. renverse également le système de Marsham. La vue du serpent d'airain guérissait sur-lechamp ceux qui étaient blessés, guem cium percussi aspicerent , sanabantur. Ts n'avaient besoin ni de remedes ni de temps pour se precurer la guérison, ensorte qu'on ne pouvait douter qu'elle ne fût surnaturelle,s
Ce qu'on doit entendre par le livre des Guerres du Seigneur,
Il est dit dans le récit des batailles du Sauveur : Jn libro bellorum Domini.Les interpráles ne sont guère d'accord, tonchant le livre des guerres du Seigneur, cité en cet endroit par Moïse. C'était, dit saint Augustin, dans sa guarante-deuziéme question sur le livre des Nombres , un livre composé par un auteur non inspiré, et à qui Moise, en le citant, ne donne pas plus d'autorité que saint Paul en a donné à tm fpoëte grec, dont il a emprunté un passage.
D'autres ont eru que ce livre était celui des Nombres, ou celui.
de Josué , ou eelui des Juges ; d'autres, que ce livre des Guerres du Seigneur et le livre des Justes, cites dans le chapitre xx de Josué, et dans le chapitre 1, du livre II des.Rois, étaient le méme livre. M. Simon a cru que Moise avait écrit ou fait éerire des mémoires de tout ce qui arrivait au peuple de Dieu ; lesquels mémoires sont ici appelés le livre des Guerres du Seigneur. Il veut que ces mémoires
Rs : m , fussent inspirés, comme l'Écriture-Sainte, et il prétend que dans
les versels 14 et 15 du chapitre xx: du livre des Nombres, Moïse renvoie à ces mémoires, comme à un ouvrage plus étendu et plus cirronstancié, pour v apprendre ce qui n'est rapporté que fort en abrégé dans le livre des Nombres touchant les guerres des Israélites eontre les Chananéens.
M. Le Clere prétend que le livre des Guerres du Seigneur eit un
NOMBRES, CHAPITRE XXII
livre chimérique , et qui n'a jamais existé, Il traduit , par narration où récit , le mot hébreu que les Septante et la Vulgate ont rendu par le mot livre,
Les Septante lisent ainsi au commencement du verset 14 de ce chapitre : Dicitur in libro ( nescio cujus) bellum Domini, Ainsi, suivant les Septante, les paroles que Moise cite d'un certain livre étaient celles-ci : la Guerre du Seigneur, etc. Mais, suivant la Vulgate, ce livre était intitulé : des Guerres du" Seigneur.
De la montagne de Phasga.
“ La montagne de Phisga ou Phasga, comme l'appelle la Vulgate, dans ce verset 20, était, au rapport de dom Calmet , entre le pays de Ruben et celui de Moab. Ce fut là où Moïse monta, par l'ordre de Dieu, pour considérer le pays de Chanaan, et pour y mourir (chap. xxxiv, Deutér. Y i). Ce fut encore sur la mème montague que Balac conduisit Balaam pour maudire les Israélites (chap, xxir, Nombr. V 14). Cette montagne se trouve aussi appelée Abarim, et Nebo dans l'Écriture, On peut penser que les montagnes d'Abarim, qui étaient à l'Orient du pays de Sehon , avaient divers noms, selon les différents endroits qu'elles oceupaient et lesdivers coteaux qu'elles formaient, Nebo était, par exemple, le nom d'un de ces coteaux,
dont le: sommet s'appelait Phasga. »
EVE CHAPITRE XXII
Balac, roi des Moahites, envoie chercher le devin Balaam pour maudire les Israclites, Balaam se laisse gagner,
Un ange le menace. Son arrivée auprès de Balac,
1. Profectique castrametati sunt in campestribus Moab, ubi * trans Jordanem Jericho sita est.
2. Videns autem Balac filius Sephor omnia quz fecerat Israël Amorrhæo,