DEUTÉRONOME, CHAPITRE V
COMMENT AIRE
Du culle des images.
Des exemples prouvent que chez les Juifs eux-mémes cette loi a recu des exceptions; car, quoique les représentations et les sculptures semblent avoir été absolument interdites, cependant, sans parler des images des choses inanimées, nous lisons que les chérubins d'or et le serpent de Moise, et d'autres chérubins encore, des bœufs et des lions de Salomon, étaient placés la plupart dans le lieu saint, soit par un ordre spécial, soit par une approbation tacite. Cet article est du celebre Leibnitz, qui ajoute : Et quoique, dans les commencements du christianisme, il paraisse plus probable qu'il n'y avait dans les oratoires aucune image, ou qu'elles y étaient fort rares, car Tertullien ne fait mention que d'une seule image du Christ sous la forme du bon pasteur qui raméne la brebis errante, et qui était seulptee sur les calices, cependant on ne peut nier qu'elles n'aient été introduites peu à peu, et nous voyons dans saint Grégoire de Nysse, pour ne pas citer d'autres passages, la description d'un tableau qui représentait avec art, sur une muraille du temple, les souffrances d'un martyr.
Quant au culte des images, on ne peut nier que les Chrétiens ne s'en soient longtemps abstenus , par la crainte de la superstition , surtont lorsqu'ils étaient encore mélés avec les paiens. Enfin lorsque le culte des démons eut été détruit dans la plus grande partie du monde connu et civilisé, et qu'on ne parlait plus des dieux que pour en plaisanter, les hommes graves eux-mémes ne trouvérent plus de raison pour exclure du culte dicia les images qui sont l'alphabet des gens simples, et un puissant moyen d'exciter à la piété le peuple grossier.
Culte des astres.
Maimonide et presque tous les rabbins ont €t€ d'avis que l'ido-
làtrie à commencé par le culte des astres : il semble que ce fut l'espéce d'idolátrie dont Moise prit le plus de soin de préserver les Israélites. Job, qui est d'une antiquité trés-reculée , et qui vivait quelque temps avant Moïse, déclare son innocence, au milieu de ses malheurs, et il proteste qu'il n'est point coupable du culte des astres; il ne parle d'aucune autre sorte d'idolátrie.
Il existe un livre appelé De l'origine des cultes, dont la grande objection contre la religion est que les hommes n'ont jamais rendu de culte qu'au soleil. S'ils croyaient quelque chose digue d'être adoré, les hommes avaient donc une idée de la Divinité, dont ils faisaient une fausse explication; car une idée est toujours vraie et ne péche que faute d'étre complétée, Dieu est done le soleil, suivant ces nouveaux interprètes; les apôtres sont les signes du zodiaque , la sainte Vierge est la constellation de la Vierge, Adam celle du Bouvier, la fête de Páques l'entrée du soleil au signe du Félier, etc. Quelles folles et bizarres erreurs! Les philosophes modernes ont soutenu un moment celte production impie; mais enfin elle est tombée daus le plus profond oubli par le vague, l'incohérence , l'arbitraire et l'absurdité du systeme.
D'un abime on tombe dans mille autres abimes : c'est ainsi que les hommes, passant des astres et dés éléments aux objets les plus étranges, commencérent à déifier les fleuves, les bois, les fontaines et les animaux , soit utiles, soit pernicieux. L'encens brülait nonseulement devant le bois, la pierre, le métal, les animaux , mais en l'honneur des parties du corps les plus obscénes et des passions les plus infámes, On adora l'amour impur sous le nom de Vénus, la vengeance et l'ambition sous le nom de Mars, l'ntempérance et l'ivrognerie sous le nom de Bacchus. Les amours de Vénus et d'Adonis , si fameuses dans tout l'Orient, celles d'Isis et d'Osiris, si célèbres en Égypte, furent l'origine de nouvelles divinités et de nouvelles espèces d'holocaustes. Des pères sensibles, des fils reconnaissants, ne manquérent pas d'invoquer les objets de leur plus tendre affection, aprés que la mort les en avait privés,