ORDRE
Bénédiction du monastère de Vadstena. — L'abbesse Ingegerd et la reine Marguerite. — Boniface IX canonise Brigitte. — Fondation de vingt monastères Birgittins. — Décisions des conciles de Constance et de Bâle au sujet de la sainteté et des révélations de Brigitte. — Ingeborge de Holstein abbesse de Vadstena. — Politiqae du monastère. — Procès de canonisation de Catherine.
Annis millenis transactis bis quadragenis Et tricentenis monos (.sic) juncto quasi plenis Post ortum Christi mortem Katerina subisti. Hic dum vixisti prelucida Stella fuisti, Tutrix, adjutrix miseris in agone laboris Nutrix ac alitrix^ multis ad culmen honoris Dux, cornes et via, lux, requies pia, nos laqueatos Protège preuia, duc, rege deuia^ respice gratos (1).
Telle fut l'épitaphe que, dans l'église de Vadstena, l'ordre du Sauveur grava sur la pierre sépulcrale de la première abbesse. L'inscription n'était point rédigée avec élégance, elle ne rappelait aucun des titres qu'avait
i. Mscr, Bib.Reg. Holm. Proc. Can. Beat. Katerinei Dep. Fr. Olavi et fr. Martini in art. S* f, 35 v. et 47 r. Les Historicx Canliones Holmim 1887. Norstedt et filii f. 103 donnent une eçon qui rétablit la rime intérieure des TerSi
portés la belle sainte, soit au milieu du monde, soit derrière les grilles du cloître ; mais elle rendait témoignage à ses lumières, à sa charité, à sa puissance pour le salut des âmes. Bientôt la dalle disparut sous les ex-voto.
Le 28 avril, Urbain YI, ne sachant pas encore que Catherine était passée de l'Eglise militante dans les rangs de TEglise triomphante, lui renouvelait, pour la canonisation de sa mère, des promesses dont Tévéque de Linkœpiug seul eut connaissance. Voyant toute vérité en Dieu, déjà la bienheureuse comptait sa mère parmi les saints.
Cependant Marguerite, veuve de Birger Oxenstiern, était appelée, sans élection régulière, à remplacer Ga^ therine avec le titre d'abbesse. Aussitôt elle pressa les travaux qui permettaient d'ériger canoniquement son monastère \ Dès 1384, il s*éleva sur les rives du Vetter, d'après le plan laissé par la fondatrice. Deux édifices de pierre, indépendants l'un de l'autre et réunis par une chapelle provisoire, construite en bois, le composaient. L'aile du nord était destinée aux sœurs, l'aile du sud aux moines. Chacun des cloîtres avait son jardin séparé ; celui des religieuses s'étendait jusqu'au lac, celui des frères, montant vers la ville, s'abritait à l'ombre de l'église paroissiale. Les religieux communiquaient avec leurs sœurs par un tour où passaient
1. Pour multiplier les ressources, elle s'adressait au roi Albert 1'^ et Tarchevêque d*(jpsal ; ils imposèrent aux fidMes robligation de payer, comme en 1367,1e denier de la Vierge. La nouvelle abbesse flt aussi doter la chapelle dMadulgences propres à y attirer. Proc. Can. Beat. Kater. Dep Fr Joh. et Fr.Matih, in 8o art. f, 28 v, et 29 r. et f. 43 r. -^ Celse. Bull. 144, n'Zi.—Kl. i Vadst. 13.
la nourriture, les vêtements et Targent que leur octroyait Tabbesse.
L'évèque de Linkœping bénit le couvent soumis à sa juridiction, dont il était de droit le visiteur ; un ami de Brigitte, le nouvel archevêque d'Upsal Henri, présidait la cérémonie. Pieds nus, l'abbesse se tenait à rentrée des lieux réguliers avec quarante-cinq religieuses, novices ou postulantes. Toutes devaient, en ce jour, renouveler ou prononcer leurs vœux selon la règle du Saint-Sauveur et revêtir Thabit propre à leur ordre ^ Au doigt de chaque sœur Tévêque passa un anneau semblable à celui de Brigitte^, en disant : « Je te bénis comme épouse et possession éternelle du Seigneur ». Parmi ces victimes volontaires on distinguait la belle Turque * que Jeanne de Naples * avait donnée à son amie^ et on remarquait la petite-fille de Brigitte, Ingegerd. L'ordinaire bénit le couvent; les sœurs prirent possession des cellules d'oti elles ne devaient sortir qu'à Tappel suprême de leur Epoux, et la clôture fut prononcée.
1. D'admirables prières dictées à Brigitte par le Christ précisent la signification symbolique des diverses parties de ce costume ; on les récite pendant la messe de la sainte Trinité, à TofTertoire.
2. Helyot IV. 33. — Reuterdahl III. 237. —Diar. an. 1408. — Cet anneau est orné de la croix du Rédempteur sous laquelle se tiennent la Vierge Mère et Jean TEvangéliste . Le P. Estienne Binet S. J., (Vie admirable de sainte Brigitte, PaHs, 1631, 370), l'a décrit, et de nos jours les religieuses d*Altomunster le portent encore.
3. Catherine Magnussadolter mourut en odeur de sainteté. — Proc. Gan. Beat. Kater. Dep. Sr Marg. Claustlotter in arL 5* f, 59.
4. Une main presque parricide avait jeté la pauvre reine au sein de Télernité, alors qu'elle était en prières devant le saint Sacrement ; sans doute
*oblation de Tâme qui lui devait la foi, pesa pour elle dans les balances de a divine justice.
Le lendemain on observa le même cérémonial pour le couvent des hommes. Neuf pères * et sept frères prononcèrent leurs vœux et on élut Magnus d'Eka Confesseur généra]. Bientôt des familles entières trouvèrent sous la loi de Brigitte un commun refuge contre le monde. Cependant, le chiiïre indiqué par la règle laissait quelques places à prendre ; elles furent si vite occupées, que les postulants de Tun et l'autre sexe se présentèrent d'avance pour remplir les vides produits par la mort. Ils furent frères et sœurs « votifs », en attendant qu'ils pussent faire profession.
La règle qui venait s'ajouter à celle de saint Augustin était la Régula SalvatoriSy dictée à Brigitte par le Sauveur. Les sœurs refusèrent de pratiquer les Comfttutiones que le prieur d'Alvastra voulut y ajouter, trouvant à l'unanimité certains travaux au-dessus de leurs forces physiques ; Pierre Olafsson sentit la justesse de leurs réclamations, et il s'occupait à modifier son travail quand, le 9 avril 1390, la mort le surprit. Par une de ces grâces où se dévoile l'infinie tendresse du Seigneur, il rendit le dernier soupir près des reliques de sa sainte amie.
L'expulsion des Mecklembourgeois, à laquelle contribuèrent le fils et la famille de Brigitte, fit monter ai? trône de Suède celU que le Nord nomme la Grande Marguerite. Celte môme année eut lieu la première investiture régulière d'uneabbesseà Vadstena. Ingegcrd
i. Deux pères absents pour le service du couvent Arent profession quarante-huit heures plus tard.
fut désignée au choix par le sang qui coulait dans ses veines*.
La nouvelle abbesse, tous se le rappelaient, était la compagne d'études et de jeux de la nouvelle reine. Elles s'étaient liées quand Marguerite , devenue l'épouse du roi de Norvège Haquin, fut confiée à la garde de Marthe, fille de Brigitte. Vadstena trouva en l'intelligente souveraine une protection puissante, et les sentiments conspirèrent avec la politique pour recommander à la faveur royale les membres de Tordre du Sauveur, qu'on nommait communément les Birgittins. C'était flatler l'orgueil national que de favoriser l'ordre suédois. Quelques semaines après l'installation d'ingegerd,un incendie, dont on crut découvrir la prédiction dans les écrits de Brigitte, dévora la chapelle, deux édiBces de pierre, presque tout le couvent des religieuses, et fit même quelques victimes. Comme Marguerite attribua aux Birgittins la plus grande part des 10,000 marcs d'argent qu'elle prélevait en faveur des fondations pieuses sur le don de joyeux avènement, on put restaurer les ruines; on enleva aussi à la terre les ossements de Catherine pour les placer dans un sépulcre au-dessus du sol. A ce moment de suaves parfums se répandirent, pénétrant les sens de leurs effluves, et apportant aux âmes une force mystérieuse. Beaucoup de malades et de malheureux accoururent ' ; ils furent guéris ou consolés.
1. L'évêque ofHcia selon le cérémonial de saint Benoit, sauf pour la crosse et Tanneau qu'où bénit d'avunce.
2. JCxtrav. XXII. XXIX. — Proc. Can. Beat. Kater. Dep. Fr. Johan, Fr, Matthias et Sr. Rag, in 8* art. f, 28 v. 29 r. 43 r. 72 v, 73 r. — Dlar. 1388, !389, 1390. — KL i Vadstena, 17, 18.
Cependant la canonisation de la fondatrice semblait à la veille d'être proclamée. Un jubilé universel élait fixé pour Tannée 1390; au milieu des solennités, Urbain VI avait dessein d'inscrire Brigitte sur le livre d'or des saints et il appela Magnus d'Eka à Uome. Mais le pape ne reçut pas ceux qu'il appelait; dès le 15 octobre 1389, il rendit son âme à Dieu, et ce fut Pierre Tomacelli, intronisé sous le nom de Boniface IX, qui vit arriver le confesseur général et son sochts. Les Bir^ gittins remirent au pontife des lettres de la reine Marguerite S des principaux personnages laïques et ecclésiastiques du royaume, et de l'abbesse de Vadstena» puis une requête des magistrats de Rome et des Glarisses de Saint-Laurent, enfin deux volumes pareils. Le premier contenait le texte latin des rêvé* lations; le second, intilulé Liber Aitestationum^ renfermait une vie abrégée de Brigitte, une notice sur sa famille et le récit d'environ 200 miracles *.
Le procès n'était plus à faire ; tout avait été terminé en 1380; pourtant une vénérable assemblée de seize membres recommença , sous la direction des cardinaux Philippe d'Alençon^ Adam Ëston et Landolfo Matamori, une nouvelle enquête ; le pape
4 . Llatimilé de la reine avec Tabbesse attira les sympathies sur le monastère. Les évéques de Strengnœs et de Vesteràs imitèrent rarchevéque d*UpsaI ; ils témoignèrent leur bienveillance en autorisant le confesseur général à donner l'absolution des cas réservés, et en accordant une indulgence de 40 jours à ceux de leurs diocésains qui se confesseraient à Vadsteoa .
2 Diar. 1390. Magnus d*£ka fit faire seize copies du Libe7' Atlestationum et les distribua aux cardinaux. Peut-être ne comprit-on pas dans cette transcription la biographie do la sainte par ses confesseurs, ce qui expliquerait qu'elle ait échappé aux recherches des BoUandistes.
était bienveillant. Parfois il puisait dans les révélations de Brigitte des arguments pour soutenir son droit au trône pontifical, et il laissait ses capitaines attribuer à l'intercession de la servante de TEglise, certaines de leurs victoires sur les armes de l'antipape \ Â l'unanimité, la canonisation de celle que les Suédois nommaient leur patronne, fut décidée. Par des affiches apposées à la porte des basiliques, les cardinaux invitèrent tout venant à faire valoir ses objections à l'élévation de Brigitte sur les autels. Deux personnes seulement parurent. On répliqua par de si sérieux arguments à la première que l'autre se tut.
Le 7 octobre 1391, la bulle Ab origine mundi^ fut promulguée. Après avoir rappelé les diverses manifestations de l'Esprit divin à ceux qui, sous l'ancienne comme la nouvelle loi , étaient devenus les pierres vivantes de l'Eglise, le souverain pontife leur adjoignait la sainte veuve Brigitte. Donnant une rapide esquisse de sa vicy il indiquait les miracles qui s'étaient accomplis pour elle et par elle; il louait aussi son austérité, ses pèlerinages, ses travaux, sa charité, sa règle, son aptitude à discerner l'Esprit de lumière d'avec l'esprit de ténèbres, et ses révélations. Dans la chapelle du palais ', le pape entendit la messe que son état de santé ne lui permit pas de célébrer. Au sortir du très saint sacrifice, Boniface IX, s'inspirant de deux