‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 108 sur 132 · Fleury. An · texte numérisé non relu

Fleury. An

2. Dipl. m. an. U15. no- 2073, 2086,2087, 208S. — CELsE.fitf// ft'» 1&, 16, 17, 18, 19, 20, 21. 23. — Kl, i VadHena. 24-25. Un moine birgiUin,

mpatient de la domination d*une femme, avait fort exagéré Tinconvé' nient de l*autorité des abbesses sur le temporel et le danger de réunir deux communautés en une seule maison.

direction de celui de Vadstena, où devaient se tenir les chapitres généraux ^ Si l'on juge des assemblées de Tordre par celle de 1429, elles ne furent point pacifiques ; pourtant les monastères fonctionnèrent régulièrement sous cette autorité unique.

Vers 1422, on élut une nouvelle abbesse. Benoîte, qui pressa avec activité les travaux de la chapelle, commencés à la (in du xiv® siècle. Brigitte ayant interdit, comme un luxe, l'emploi de la brique à Yadstena, on construisit l'édifice en pierres calcaires aux reflets bleus, tirées des flancs de TOmberg. La lumière douce du Nord pénétrait dans le sombre vaisseau par des ogives ornées de vitraux blancs et jaunes ; avant de glisser sur des pierres tombales ^ de la plus grande simplicité, elle éclairait le chœur orienté à l'ouest ' et trois nefs d'égale hauteur, que soutenaient des piliers octogones sans sculptures. La paix régnait ; le silence n'était troublé que par le bruit des flots du Vetter, agitation si semblable aux mouvements de l'âme humaine dans la pensée des races du Nord que, pour elles, l'âme, la mer. et le lac sont comme un même mot *.

1. L'extension de Tordre, les circonstances modifièrent cette disposition et firent varier les lieux de réunion. Diar. 1422. — Kl. i Vadst. 30. — Celse. BuU. 7.8,39,43,^.

2. Autour de Catherine, de maître Pierre qui, disait-on, suivait l'exemple des saintes et répondait par des miracles (Diar. 1390-1 40S), à certaines prières, dormirent deux reines, de grands seigneurs, de nobles dames, la plupart alliés à la fondatrice de Tordre. La liste de ces sépultures a*a d'intérêt que pour le lecteur suédois ; elle serait facile à dresser.

3 Selon le plan de Brigitte. Extrav. XXVIII. — Den Kyrliga Konsten af Hans Hildebrand. Stockholm. 1875, 54>.

4 (( Soûl is tlie Gothic Saivala », dit Max MuUer (Lectures on the Scienoe of Language. I, IK). « Aud this is clearly related to auotber

Une splendide châsse de vermeil reafermait les reliques de Brigitte *, Devant elle des foules de pèlerins priaient sans trêve. En 1401 Boniface IX, en 1405 Innocent VII, en 1409 Alexandre V, en 1412 Jean XXIII, en 1420 Martin V, avaient accordé des indulgences au sanctuaire. Lorsque la chapelle neuve fut achevée, l'archevêque birgittin d'Upsal la bénit et consacra le monastère à la sainte Vierge, joignant, selon le désir de l'ordre, le vocable de Brigitte à celui de la Mère de Dieu*.

On venait de creuser une nouvelle tombe à Vadstena : celle de Philippa d'Angleterre. Reçue dans la confrérie ab extra en 1415, l'infortunée princesse s'était, aux jours d'épreuve, retrempé l'âme près des Birgittins ; ils lui montraient, écrivait-elle au souverain pontife, « le chemin de la vérité, » ils lui offraient a le meilleur des cordiaux ^ » Soutenue par leur amitié, elle finit, près du cloître, une vie dont les brutalités d'Eric XIII avançaient le terme. Sur la pierre sépulcrale, Tindigne monarque alluma des cierges et prodigua des aumônes. Bien que plus tard, dans ses

gothjc Word iaivi which means the sea ». Le suédois nomme Tâme ijaX et appelle «/d* la mer et le lac.

1. Deux frères Sténon et Ture Bengtssoner Tavaient fait fabriquer à Stockholm en 1412, d'après leurs dessins. Elle pesait 129 marcs d'argent. biar. li!2. — 5i;er. HiiU II. 168.

8. biar. an, U30. — £loitr. i Vadst. 51. —A. Ripa. Vadstena. 14. Les voûtes du chœur de l'église de Vadstena remontent à 1398. Le mur extérieur à liU. Les piliers à 1416. Les voûtes des nefs à 1420, En 1453, on éleva les pignons. Un clocher, démoli à la fln du xviu* siècle, fut placé sur la toiture de l'édifîce.

3. Oiar, 1415. — Svenska Medeltidens Rimkrônikor IL Nya Krdnikan I. Utgifven af G, E. Klemming (Stockholm. 1866. — 17 Reuter- DAHL m. 254-265.

564 SAlKTE fiRmiTtË.

moments de détresse, il ait pillé les Birgittins^, il resta leur protecteur jusqu'à sa déposition, et quand le concile général du Nord, tenu à Rœskild, voulut se porter défenseur de la règle de sainte Brigitte à laquelle le concile de Bâie faisait des objections, il appuya dé sa signature les lettres que douze prélats de ses royaumes * expédièrent à la vénérable assemblée.

Un message jeta Talarme dans Tordre. Non seulement le concile attaquait la règle, mais les révélations de sainte Brigitte. Sans tenir compte de l'approbation donnée aux huit premiers livres par les papes Grégoire XI et Urbain VI, comme des louanges que leur prodiguait Boniface IX, on y relevait 123 articles ' qu'on prétendait erronés, si bien que les Pères mandaient à BâIe Tabbesse et le confesseur général, leur enjoignant d'y apporter les documents relatifs aux révélations et les brefs qui octroyaient certaines indulgences.

Benoîte ne quitta pas le monastère ; en 1433, le

1. La Nya Kronika ou Nouvelle Chrouique, (an. 1498-1521), donne à ce sujet des vers forts curieux qui commencent ainsi

I Ca]/n»rna Sundh munde Kongen koma Titz war sancle Birgitte lithen froma, etc.

â. Ces lettres se trouvent aux Archives de Stockholm ; elles ont été publiées plusieurs fois.

3. Les écrits de faux savants portèrent ce chiffre à 181, ainsi répartis : il au 1. I des Révélation^' ; 15 au 1. H ; 9 au I. III ; 22 au I. IV ; U au I. V ; 35 au I. VI ; 6 au 1 VII ; 8 au 1. VIII ; 12 dans la Règle ; 5 au cours des Oraisons ; 30 dans le Sermo Angelicui ; 4 dans le prologue. Puis on atteignit le nombre de 200 articles incriminés. Un meine de Vadstena, OlafPersson, connu par ses travaux sur TËcriture, réunit ces objections, les lettres des adversaires des révélations, les réponses des défenseurs et les explications du concile. Ce curieux document est conservé au couvent bavarois d*Àl(mûnster. Cfr. Acla SS. 412. — £1. i ladsl. 24.

confesseur Gervin et son ^ocîW* partirent seuls pour le concile. Us emportaient le manuscrit des révélations, divisées en huit livres par Alphonse de Yadaterra. L'ordre des matières était très imparfait % et tout lecteur du Nord sentait ce que le latin avait enlevé de charme à la forme du récit, ce que la traduction ôtait de clarté à des exposés où la valeur propre de chaque mot a une importance pour la conclusion. Mais si les confesseurs de la sainte n'avaient pu échapper aux défauts ordinaires des éditeurs et des traducteurs, le dernier d'entre eux complétait Fœuvre du premier, maitre Mathias, en accompagnant Touvrage d'un travail critique auquel sa triple qualité de théologien, d'évêque et de témoin, donnait la plus grande autorité. £n tête du huitième livre intitulé : Liber cœlestis Imperatoris ad reges revelatus^ il écrivait VEpisioia solitarii ad reges,liéd\ée plus spécialement aux rois, cette lettre s'adressait, de fait, à tous les lecteurs des œuvres de Brigitte. D'abord le commentaire parlait des visions : « Matière... presque inconnue des hommes a qui ne possèdent ni science sacrée des Ecritures, ni « expérience de Toraison, de la contemplation ou de

1. Ako Johansson ; il fut plus tardévéque de Vesteras. Diar. 1438.

2. Sauf le cinquième livre, tout entier consacré à la vision que Brigitte avait eue sur la route de Vadstena, et le huitième, qui renferme les exhor* taUons de l'Empereur du ciel aux rois de la terre, les livres et même les chapitres passaient d'un sujet à l'autre  peine pouvait-on dire que la fin du quatrième livre réunissait des révélations faites aux souverains pontifes, que le sixième visait des particuliers, que le septième embrassait les écrits de Brigitte durant son pèlerinage à Jérusalem, que les quatre premiers traitaient surtout du Christ, de la Vierge, du ciel, du purgatoire et de Tenfer. Les exceptions à signaler eussent été sans nombre. Vingt-six chapitres du huitième livre étaient d'ailleurs disséminés dans les autres livres et répétés deux fois.

BAINTB BRIGITTE. 16**

€ la vie spirituelle. Pareils à des aveugles^ 8 joutai Uil, « beaucoup d'hommes condamnent sans un sérieux <K examen les âmes simples unies à Dieu ; dans leurs « jugements inconsidérés, ils allèguent une seule chose « raisonnable : à savoir que Satan se transforme en « ange de lumière. Les incrédules fouillent le passé « afin de mettre en relief l'exemple de personnes spiri- (< tuelles trompées par le diable, oublieux de ceux qui, tf éclairés parles visions et infusions divines, ont remd pli l'Eglise de lumières... Ils condamnent surtout « le sexe féminin, les simples, les inintelligents, qu'ils <c croient indignes d'avoir des visions divines ou proa: phétiques et ne considèrent pas que dans l'ancien « et le nouveau Testament le Seigneur a montré sa « toutcf-puissance en choisissant, pour confondre les ^ sages, les faibles de l'un et l'autre sexe. » Alphonse de Yadaterra citait alors Moïse, Marie sa sœur, David, Judith, Ësther^ Debora, Anne fille de Phanuel, Elisabeth, sainte Lucie, d'autres encore, et s'appuyant sur les textes de l'Ecriture, des Pères, des Docteurs, le prélat abordait l'examen des visions en général et de celles de Brigitte en particulier. « La sainteté de la <£ vénérable femme inspire confiance, disait-il. Ses d visions avaient Heu pendant la veille et non durant n le sommeil ; elles étaient rarement corporelles ou ima- « ginaires, mais intellectuelles et par conséquent de « celles où le démon peut le moins tromper les âmes. < La preuve qu'elles venaient du Saint-Esprit est d'ail- « leurs facile à donner : c'est la transformation pro- « duite en Brigitte comme en ceux qu'elle instruisait. « Les voix que la sainte entendait, s'exprimaient soit

€< UtléralemcDt, soit avec des figures. Si Dieu s'adressait ce à elle, par Tintermédiaire des anges et de la très « sainte Vierge, il lui parlait encore directement, et la « clarté des prédictions de Textatique témoignait du « degré extraordinaire auquel elle avait reçu le don ce de prophétie *. »

Dès leur arrivée à Baie, les deux moines furent soutenus par Tardent promoteur de la canonisation de Brigitte, Torquemada, par les membres de diverses commissions saisies de la cause sous Grégoire XI, Urbain YI et Boniface IX, enfin par le savant cardinal anglais Geofroy deBallaland. Au mois de mars 1435, le concile accepta les conclusions de Torquemada, chargé avec un maître en théologie de Texamen des révélations. Le disciple de saint Thomas relevait toutes les objections, retournant contre les adversaires de Brigitte leurs arguments. A Taide de leurs propres termes, il prouvait que le livre ne pouvait être considéré comme suspect ni in qualitaiCy parce que la doctrine en est pure, ni in figura, parce que la forme s'accorde avec celle de l'Ecriture et des Pères, ni in pondère^ puisque, pour la gloire de Dieu et le bien des âmes, tout, selon la parole de saint Augustin, s*y équilibre dans Tamour '.

A cette époque, de profondes dissensions troublaient la Suède. Le peuple, froissé par la prépondérance que l'Union de Calmar donnait aux Danois, prétendait se défaire d'eux, comme il s'était défait des Allemands.

1. La lettre d^AIphonse de Vadaterra 8e trouve dans toutes les éditions des Révélations.

2. Prol. Joan. Card, de Turrecremata et In Defen. ej. tup. revel, c. VI. — Celsb. Bull, n* 5.

Toutes les classes, el le clergé avec passion, prenaient parti dans l'un ou l'autre camp. Yadslena était sans cesse le théâtre d'assemblées bruyantes. Depuis 1412, le monastère refusait de leur ouvrir la griinde salle du chapitre^ les trouvant incompatibles avec la paix d'un cloître ; mais elles avaient coutume de se réunir en ce lieu et la ville les recueillit quand le couvent les expulsa. Ce fut bien près des reliques de Brigitte et par des principes qu'elle n'eût pas désavoués, qu'en 1434 Engelbrecht proposa le renversement d'Eric XIII. Deux ans après, la cruauté de la guerre se faisait sentir jusque dans le monastère dont les Dalécarliens violaient le droit d'asile \ Malgré les sentiments patriotiques qui éclatent dans le Diarium ou journal de Vadstena, l'ordre national restait en dehors des agitations de la politique et acceptait, sans bassesse, la protection du souverain légal. Lorsqu'en 1439 la déposition d'Eric donna des espérances au Suédois Charles Knutsson Bonde, nommé gouverneur du royaume, et au roi de Danemark Christophe de Bavière, qui maintenait rUnion de Calmar, les Birgittins ne conspirèrent ni pour Tun ni pour l'autre. Loin de participer aux luttes du siècle qu'ils avaient quitté, ils étendirent le règne de Dieu jusqu'en Finlande oîi s'ouvrit le monastère de Nâdendal ^ Deux ans plus tard, fidèles à leurs principes de

1. Diar. 1431-1436. — yifa Krdn,, I, 153. L*asile et la sépulture accordés à l'assassin d'Ëngelbrekt, Josse Ëriksson, ne doivent point induire en erreur sur les sentiments du couvent à l'égard de la victime. Les moines admiraient le patriote suédois au point d'enregistrer dans leur journal la croyance populaire à sa sainteté et aux miracles obtenus à son tombeau.

2. Diar. U40. — Nach. 126. — Reuterdahl. UI. 271. La fondation eut d*abord lieu à Âyles.

soumission au pouvoir établi, ils reçurent avec honneur le prince bavarois, devenu roi de Suède, et lui tirent confirmer les privilèges du couvent. Christophe amena sa jeune reine à Yadstcna ; on se préparait alors h nommer abbesse, Ingeborge fille du duc Gérard de Schleswig, entrée au monastère avec une dispense d'âge en 1408. Le confesseur général était un grand seigneur danois, Magnus Unnasson, dont la sœur, dame d'honneur d'Ingeborge, avait pris le voile à Vadstena avec la princesse. Ces amis naturels du souverain attiré* rent sa bienveillance sur le couvent; sa mort, arrivée en i4i8, ne causa dans aucune partie du royaume autant de regrets que parmi les religieux ^ Le successeur que lesSuédois lui donnèrent avait cependant plus de raisons encore que lui d'être favorable à Vadstena. Charles Bonde était, par sa mère, petiUnevéu de sainte Brigitte; sa fille, Richissa ^, postulait Thabit birgittin; sabien-aimée femme Catherine ^s'abritait près du cloître afin de faire vaillant accueil à la mort qui minait sa jeune vie et demandait à reposer dans la chapelle, où elle reçut la sépulture en 1450. Le nouveau roi se montra pour les Birgitlins ce qu'il était pour tous y plein de généreuses impulsions, audacieux, inconstant et personnel. Il maintint la suzeraineté du

1. Diar. 1408, 1442, 1446, 1448. n91. — Reuterdahl, IU. 238. -^ Sver. Hist. 11-167. - KL i VaihL 39

2. Bien que dans la gpénéalogie publiée par RiETZ, [Scrip. Sueciei.IIl. 239} Richissa soit indiquée comme Monialis Vadstenœ f . 1452, il est probable, puisque \6 Diariùm ne mentionne pas sa pro ession, qu*elle mourut jeune comme la plupart des enfants de a reine Catherine et n*eut pas le temps de prononcer ses vœux.

3. Elle descendait de la tante de Brigitte, celle-là même qui avait recueilli la tain te à Aspenœs. (Cfr. Messenius. Theat, XLU ^^0

couvent sur la ville de Vadstena *, s'ingéra dans les modiflcations apportées en 1451 à la discipline du monastère et prélendit, Tannée suivante, exercer son autorité au delà de toutes les bornes ^. Le neveu de Tabbesse ^, Christian roi de Danemark, élevant des prétentions au trône de Suède, et le confesseur général étant soupçonné d'appartenir au parti qui soutenait rUnion de Calmar, Charles VIII exigea que, sans motif, on privât l'abbesse et le confesseur de leurs charges. Ces charges étaient à vie*; l'indignité seule pouvait amener une déposition. A l'unanimité, les couvents et l'ordinaire protestèrent en faveur d'Ingeborge et de Magnus. Fidèles à Fesprit de paix qui distinguait l'ordre dans ces temps troublés , ceux-ci donnèrent aussitôt leur démission : « ils voulaient, disaient-ils, « préserver le monastère de la disgrâce royale. » L'abbesse et le confesseur, élus pour remplacer les deux Danois, furent choisis parmi les religieuses et les moines suédois.

La réponse de Charles VIII à tant de soumission ne se fit pas attendre. En 1455, il donnait au monastère sa

1. Diar. Ii50. — Kl. i Vadst. 39 —A. Ripa, Vadstena. 1-7. De nos jours, la ville porte encore pour armoiries l'image nimbée de Brigitte sur champ de sable.

2. Orqin^m REGiMiNis MoN. Vadstenensis a T CQt Carolo VJIf, Vadaienis aniA^i mente sept, datus, publié par Rietz {Scrip. Suec. Ilf, 241), par ■G: E. Klemming. {Uppen. V, Bih., 109-126) et par Lindstrom (Slockh, 1845;, d'après trois codex différents.

3. Ingeborge avait écrit pour lui les Concilia de Vila christUj^na ad regem Çhrisliernum I. — Reuterdahl, III, 457.

4. Bien que le plus souvent les titulaires fissent prévaloir leur désir d'eu être relevés lorsque Tâge les avertissait de tourner leurs forces vers la préparation au jugement divin. Cfr. Nach. 23.

troisième fille : Brigitte. Le pape accordait une dispense d'âge à cette princesse qui, dès Tenfance, semblait portée,par la grâce de Dieu, au clollre où sa sœur Richissa étaitmorte. Accompagnée de quatre autres postulantes, elle s'y précipita, joyeuse de vivre dans Tamourqui, en elle, prévenait tout autre sentiment. Lorsque Tarchevêque d'Upsal la consacra au service de Dieu, il conspirait contre le roi afin de rétablir l'Union de Calmar. Avant tout le prélat sentait bouillonner en ses veines le sang des Oxen&liern, écarté du pouvoir par Charles Bonde ; de même que son suffragant Tévèque deLinkœpingy il préférait Tépée à la houlette du pasteur et jouait un rôle prépondérant au milieu des luttes qui ensanglantèrent le royaume.

Charles VIII fut trois fois roi et trois fois déposé. Il 8e montrait peu scrupuleux à l'égard des biens du clergé, et prit aux Birgittins, en les payant d'un prix illusoire, les deux diadèmes enrichis de pierreries et les autres bijoux qu'ils tenaient de la reine Philippa. 11 craignait, assurait-il, que la richesse ne fût, pour le monastère, une tentation propre à perdre les âmes. Rappelé au trône, Christian ï" enleva sans phrases à Ingeborge, qui avait recouvré sa crosse en même temps que lui sa couronne, un legs fait par Eric XIII ^

La mort d'Ingeborge mit le pouvoir aux mains de Catherine Bonde, nièce de Charles VIII, et le couvent, très suédois de sentiments, exigea la démission de MagQUS, rentré en charge ^ Au cours des règnes et

1. O/ar. 1452-1454-14^5-1456. -Reuterdahl. III. 238. — H. Hilde- BRAND. Ktllurhistorisk Skilitr. I, 503. —Kl. i Vadsi. 37,38,41.

2. Le Diarium se montre sévère pour les conspirations danoises de Té-

des déposiliuns de Christian P' et de Charles, ce prince mourut sur le trône. Pour le bonheur de sa patrie, il laissa le pouvoir au sage Sténon Sture. Celui-ci sut le garder en ménageant les suceptibilités de ses pairs et en ne prenant pas le titre de roi. Mais la guerre avec les Danois continua et Thospice de Vadstena s^ouvrit à de nombreux blessés.

 Catherine Bonde succéda une autre parente de Charles VIII, Marguerite Clausdotter (Natt och Dag). Par son Chronicon de génère et nepotibus sanctsB Birgittœ^ ^ elle jeta de précieuses lumières sur la généalogie et la famille de la fondatrice de son ordre. Pour le passé Tabbesse possédait des traditions légendaires plutôt que des documents ; mais à mesure que ceux dont elle parle devenaient ses contemporains, elle précisait avec sûreté leur sort, leurs alliances et leur postérité. Après avoir montré Marthe loin de sa mère dans la mort comme dans la vie, et enterrée en Norvège, sa terre d'adoption, elle racontait les dernières années de Cécile. A son troisième veuvage, celte cadette de la famille s'était retirée avec ses filles au monastère de Vadstena, oii l'une d'elles prit rhabit. La narratrice s'occupait ensuite de la courte lignée du fils aîné de la sainte. Le premier de ses enfants était mort jeune, et celui que Brigitte

piscopat suédois; sur toute celte époque il est une admirable chronique. L*aii 1465, il dit qu'après la mort d'inçeborge les deux couvents se refusèrent à toute élection d'abbesse qui ne serait point précédée de la démission du confesseur général Magnus.

1. Une parlie de cette chronique se retrouve dans un manuscr (du XVI* siècle: Birgitta Andersdotters Breviarium och Bônbok. ËHe forme les variantes publiées par M. Annbrsteut {Scrip. III, ?09, St2-2lG;)ai| tçxtè que, d'après lui, nous citons dans notre volume.

avaîl guéri par ses prières restait le seul représentant de son père à la première génération. Se sentant appelé deDieu, il faisait ses études théologiques quand son dépit du mariage de sa mère avec Jean de Moltke le rejeta au sein du siècle. Animé de haine contre les Allemands, il voulut à tout prix soustraire son héritage aux enfants de sa mère, et il quilta le bréviaire pour épouser Catherine Sture et succéder à ses ancêtres dans la charge de sénéchal de Néricie. Un jour où il priait dans la chapelle de Vadstena près de la châsse de sa grand'mère, celle-ci lui apparut et l'avertit qu'il fallait mourir. C'était au mois de sep* tembre 1398. Charles « frappé d'un mal soudain ^ ne rentra dans son château d'Uifâsa que pour y souffrir; quelques semaines plus tard, il rendait son âme à Dieu. Les biens qu'il avait gardés des Allemands furent portés aux Danois, ennemis de la Suède, par le mariage de sa veuve avec Haquin Toit ^ La fille uni* que de Charles, Brigitte, favorisée d'une apparition de sa sainte patronne, avait fini sa vie au monastère de Yreta ^ Bientôt la seconde fille de Cécile venait mourir près des tombes de ses fils, enterrés au monastère ; son mari Sténon Bjelke, sénéchal et con« seiller du royaume, entrait dans le cloître et sesancti-

1. La nUe de Catherine Sture et d'Haquin Tott hérUa d'Ulîâsa et le Ht entrer dans la famille Natt och Dag. De nos jours, le Friherr Axel Hermelin possède ce domaine. Non loin du château moderne, on voit les ruines du vieux manoir et la trace des forlificalions qui défendaient Taccès.

2 On rapporta ses restes à Vadstena près de sa grand'mère Catherine Glysingsdotter, de sa tante Catherine KnutsUottcr, de sa cousine la comtesse des Ori-hades et de toute sa famille. Diar, 1384, 1395, 1398, 1399, W.

fiait sous rhumble habit de frère convers. Marguerite Glausdotter montrait la liguée de Brigitte éteinte à la troisième génération \

Au milieu de la chapelle, qui s'embellissait toujours etquele paysnommait Templum Cathedralé^^ se dressait le sépulcre de Catherine. Marguerite Clausdotler ne songeait point à écrire son histoire. L'œuvre avait été entreprise et menée à bonne fin dans le premier quart du xv° siècle par un des plus saints moines de Vadstena : Ulf Birgersson ^ Tout rendait Thagiographe digne de parler de son héroïne : sa vertu, son attachement aux moindres détails de la règle, son intelligence particulière des révélations de Brigitte, ses propres visions. Son entrée dans Tordre était une action de grâces envers la fondatrice, qui Tavait sauvé d'un naufrage, sa biographie de Catherine un ex-voto à cette bienheureuse vierge dont l'intercession venait d'arracher à la mort Benoite abbesse de Vadstena^. L'étude du livre ^d'Ulf, mixivAé Legenda Katerinee sanctœ memoriœ^

1. Chron. 207-216. — Proc. Can. Beat. Kater. f, 143, r. 150 r.

2. On dit d'ordinaire que la chapelle de Vadstena fut commencée en 1414 et terminée en 1424. Ceci ne peut s*appliquer qu'aux travaux extérieurs. Beaucoup d'autels et de tombes semblent avoir passé des anciennes églises dans la nouvelle, et jusqu'au moment du pillage de Vadstena par les luthériens, on ne cessa pas d'embellir le sanctuaire. En 1459, un nouvel autel orné d*un tableau qui coûtait 600 marks fut dédié à Brigitte. Gf*. Kloitr, i Vadsl. 39.

3. Fils de Birger de Larbo et d'Ingeborge, sœur ab cxlra de Vadstena. W nt profession en 1407, fut confesseur général en 1423 et se démit de ses fonctions en 1426, pour ne pas se plier à des modifications introduites dans la règle. Il commenta certains points obscurs des Révélations et mourut en 1433. Uiar. 1433 — VUU AquiL 143. ;

4 Proc. Can. Beat. Kater. Dep. Fr. Johan. in 7« art, f. 28 r. et r. Fr. Clem. Pétri in 2' art. f. 28 r. et v. Sr. Marg. Clausd in art. !•/*• 55, et Sr lîagnildis. in art. 9' f. 69 v.

5. Sorti le premier de l'imprimerie de Stockholm en 1474. Réimprimé

fit espérer à Marguerite qu'on pourrait reprendre avee succès les négociations commencées en 1464^ et poursuivies depuis 1469, pour la canonisalion de la première abbesse.

Trois cardinaux avaient tiré treize articles de la Legenda KateriiisB et chargé l'archevêque d'Upsal -, l'évèque de Linkœping et un chanoine d*eiaminer les témoins sur chacun des points mentionnés. Le 27 août 1475, le monastère de Yadstena reconnut toute autorité à celle commission qui ouvrit ses séanceii au couvent. Les premiers témoins entendus furent le confesseur général, un religieux de très noble famille, Olaf de Bringetofla S et deux autres moines auxquels succédèrent Tabbesse Marguerite et cinq sœurs ^ En dehors de quatres miracles relevés par le livre d'UIf ^ les commissaires entendirent s'assurer de Tauthenticité d^innombrables prodiges qu'on attribuait à Tintercession de Catherine ou au contact de ses reliques. Une foule, dans laquelle toutes les classes et les ordres religieux avaient des représentants, se pressa aussitôt à Yadstena. Les uns racontaient la protection que la bienheureuse accordait à leurs animaux et à leurs biens en calmant les tempêtes, en éteignant les incendies; D'autres rappelaient comment ils avaient été délivrés

en 1552, en 1557, dans les Acia SS. T. II! Marlii, et enAn au T. III des Scriptore* Rer. Suecicarnm,

1. Le texte du procès de canonisation de Catherine (f. 31 v.) travestit Bringctofta en Bringatomplom ; c'est le nom du lieu dont Olaf était curé.

% Proc. Can. B. Kater. /. 19 r. a 74 v.

3. La conversion de Venozza Orsini ; la naissance de Brigitte fille dn sénéchal Jamotti de Salerne ; la délivrance d*iin enfant qui allait périr dans les flots, et la guérisou d*une birgittine paralytii|ue.

des dangers qui menaçaient la vie du corps ou celle de l'âme. Enfin des voix émues parlaient de la résurrection d'enfants devenus des hommes. Près de Dieu comme ici-bas, Catherine participait aux ^japtofiaia la/xdcTCJV * de i*Esprit-Saint. Elle secourait les malheureux qui, sur le point de désespérer, lui confiaient leur cause dans un cri d'angoisse '.

La difficulté des voyages, et surtout la guerre civile, interrompirent les séances de la commission. Les travaux ne recommencèrent qu'au printemps de 1477. A Stockholm et à Vadstena, on entendit des témoins. De fort grands seigneurs, tous parents de Brigitte en ligne collatérale, comparurent au monastère. Parmi eux on distinguait la fille du roi Charles YIII, Magdeleine, NicolasSture et bien d'autres notables personnes. Après avoir répondu aux questions qui leur étaient posées, et mêlé à leurs récits de touchantes traditions, transmises par les aïeules, tous racontaient de récents miracles dont ils avaient été les spectateurs. Ils parlaient avec orgueil de plusieurs héros des derniers combats, guéris miraculeusement sur le champ de bataille par l'intercession de Catherine. L'un de ceux-ci, Canut Posse, était connu du royaume entier par la noblesse de sa race> sa science et sa bravoure ^

Le 1"' juillet 1477, le manuscrit fut expédié au pape

i. / Corinth. xii. 9 « la grâce des guérisons », dit le texte français qui ne peut rendre l'expression grecque.

2. Proc. Gan. Beat Kaler. f. 95 r. à 96 v. Les Bollandistes (t. HI, Mar« tis, 516-.S28) et M. Annerstedt {Scripl. III» 263-268) donnent le récit de ces miracles. Ils ne passent sous silence que 27 d'entre eux qui n*offrent point d'intérêt particulier.

3. Proc. Can. Beat. Kater. f. 158 à 196. Le peuple voyant Canut Posse,

Sixte IV. Après une longue attente, Tordre du Sauveur s'adressa de nouveau à ce pontife qui le 16 août 1482, permit de rendre un culte à Catherine ^ On s'attendait à voir placer Tabbesse de Vadstena sur les autels, et ce fut une faible consolation au désappointement qu'on éprouva. La mort de Sixte IV porta un coup fatal à la canonisation. Bien que son successeur Innocent VIII eût promis de définir la cause, il se contenta d'autoriser les Birgittins à célébrer solennellement la fête de leur première abbesse par Toffice et la messe des vierges *. La série des miracles ne cessant point, on lit de nouvelles démarches, et au mois d'octobre 1488, le confesseur général rapportait de Rome un bref et deux bulles qui permettaient la translation des reliques.

Pendant près d'une année on s'occupa des préparatifs de cette fête. Le 31 juillet 1489, l'archevêque d'Upsal parut au monastère accompagné de ses suffragants et suivi d'une multitude d'abbés^ de docteurs,

élève de l'Université de Paris, disserter mieux qu'un clerc après s'être battu comiiierélite des chevaliers, le croyait quelque peu sorcier. (^Gfr. Afzélius, V^

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