‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 114 sur 132 · Sver, Wsi, II · texte numérisé non relu

Sver, Wsi, II

LA RÉFORME El LE TEMPS PRÉSENJ'. S87

Tout à coup, ce grand éclat se voila. Les abbesses de Yadstena furent assaillies par des difficultés maté- FÎelles et naorales. Aa cours de Tannée 1495, un incendie dévorait rhdpital, Timprimerie et un grand nombre d'exemplaires des Révélations. Non seulement en Suède, mais dans presque tous les pays du Nord, les évèqnes se montraient hostilçs. Ils violaient les privilèges de Tordre, ils lui reprochaient ces défaillances de la foi et des mœurs qui se montraient partout avant le concile de Trente. Les colonies contestaient Pauiorité du monastère suédois, et cette autorité, n'étant point établie par les constitutions, avait pour seul fondement des bulles pontificales que rien n'empêchait de faire modifier. L'abbesse ne pouvait compter sur la maison de Rome, appelée Domiis Birgittœ. Deux moines la gouvernaient, mais les frais de séjour de leurs hôtes, les vols du recteur qui fut quelquefois étranger à Tordre, avaient réduit l'établissement à la détresse. Doués d'un caractère fort différent des races du Midi, les fils de sainte Brigitte se faisaient mal jngeî* de la curie. Ils avaient même un instant attiré les peines de Texcommunication sur leur famille religieuse ^

Pour comble de misères, la Suède traversait une longue période de luttes sanglantes. Le monastère n'y fat point mêlé ; cependant les moines, dans leur Diarium *, s'élèvent avec une amertume patriotique contre l'oppression danoise. A la mort de Charles VIII, les Suédois avaient chargé Slénon Sture, chef de la noblesse,

1. nwmvAirt. m. 200. -- Sr, Kol i Rom. 217, S52. •. Diar, li90 - 15Î3.

d'administrer le royaume; il repoussa les tentatives du roi de Danemark pour rétablir FUnion de Calmar; mais au joug étranger avait succédé un autre mal : la discorde. La noblesse et le clergé conspirèrent contre Sténon et ses successeurs : Svante et Sténon II. Atio d'arracher le pouvoir à ce dernier, l'archevêque d'Upsal appela de Copenhague le^ roi Christian le Tyran, sorte de fou cruel dont la victoire et Tavènement furent signalés par quatre-vingt-quatorze exécutions. Etait-ce pour se purifier qu'il venait, trois jours après, prier devant les reliques de Brigitte et de Catherine, encore tout souillé du sang de leurs proches? On ne le crut pas. Il s'était présenté en roi, non en pénitent, et quand Gustave Vasa l'eut chassé, les Bîrgittins ne cachèrent pas leur satisfaction.

Le libérateur de la Suède était l'arrière-petit-neveu de Brigitte. Il avait passé ses premières années dans les mêmes lieux que la sainte, car Eric Vasa et Cécile d'Ëka, ses parents, possédaient le château de Finstad *. Au sujet de ce domaine, on racontait une histoire qui caractérise les sentiments de ses nouveaux seigneurs. Le feu y avait éclaté. Lorsque les flammes, respectant le château neuf, dévorèrent la vieille chapelle où la patronne du royaume disait jadis ses premières prières, Cécile fondit en larmes, pendant qu'Eric Vasa, au contraire, se félicita du cours que prenait Tincendie. Le fils ressemblait à son père ; les biens visi-

1. Ënlré dans leur famille par le mariage de Jean Vasa, leur père, avec RrigiUe Sture, descendante d'Israël, frère de notre sainte. Maintenant le château de Finstad n*est plus qu'une ruine et la terre a été morcelée entre les paysans du district.

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bles et tangibles de celle terre lui paraissaient les meilleurs. Le monastère de Vadstena, où, si l'on en croit une tradition de Tordre *, était entrée une de ses sœurs, ne tarda pas à le comprendre.

Gustave Yasa rompait à jamais TUnion de Calmar soutenue depuis soixante-dix ans par Tépiscopat suédois. Persuadé qu'il aurait dans le clergé d'irréconciliables ennemis, il se préparait à la lutte. Quatre sièges étaient vacants. Des vieillards insignifiants en occupaient deux. L'ardeur de Hans Brask, évêque de Linkœping, s'éteignait, épuisée au service de la patrie et des âmes ; c'était le seul prélat dont Gustave pût craindre l'influence. Alors le prince fit élire par les chapitres de Skara et de Strengnaes des hommes sans vices comme sans vertus, caractères faibles qui devaient céder à toutes les menaces, et dès son avènement au trône en 1523, il voulut encore s'ingérer dans d'aulres nominations d'évêques. Rome s'y opposant, le souverain se souvint des leçons qu'il avait entendues à Lûbeck^ où il s'était réfugié quand ilfuyait les Danois, bourreaux de sa famille. C'était l'hérésie rationaliste, déjà puissante en Allemagne, qui fournirait une arme contre le clergé suédois.

Sans rompre ouvertement avec le pape, Gustave encouragea deux prêtres d'une bonne renommée et d'un incontestable talent : Olaiis Pétri et son frère Laurent, à propager les enseignements rationalistes ; puis la conspiration et le supplice de l'évèque de Yesteras

1. Nachrichten^ 86, 103. Ni les ^généalogies modernes ni le Diarium ne mentionnent Anna Vasa. dont le nom Hgure dans le Theatrum de McssENiud. Ûen. XXXII. 35.

ayant rendu ce siège vacant, le favori de Gustave, Laurent Andersson, qui arrivait de THospitium, proposa pour remplir le poste, le procureur de la maison de Brigitte, Pierre Mânsson, candidat propre à réaliser certaines espérances du roi. Dès I5i8, ce Birgittin de famille noble^ d'aptitudes scientifiques et littéraires exceptionnelles, entretenait son abbesse de Luther et des doctrines nouvelles. Les termes de la lettre * révélaient le manque de conviction et de caractère de Técrivain. Gustave souhaita donc l'élévation de Pierre Mansson à Fépiscopat , et volontiers le chapitre élut un Birgittin. L'autorité ecclésiastique approuva ce choix ; elle ne pouvait point pénétrer les desseins de Gustave qui, décidé à organiser une église dont la génération spontanée eût alarmé les consciences dans un pays où les hérésies n'étaient connues que de nom, choisissait pour être l'instrument de ses ordres futurs ei pour donner aux novateurs Tonction sainte, un liiembre de Tordre national, successeur incontestable des apôtres quand il aurait été sacré à Rome, sous les yeux mêmes du chef de l'Eglise universelle.

Le nouvel évèque rentra en Suéde et son monastère reçut une singulière lettre du favori. Un mois auparavant, le réformateur Andersson, séjournait parmi les moines, maintenant il les exhortait à s'instruire des nouvelles doctrines, (c Luther, disait-il, est armé des Écritures, non point de celles de sainte Brigitte ou de toute autre, mais des Écritures divines. >> Entraîné

1. Cette lettre foi publiée par Bbivzblius en appendice an Diarinm. TlrôU (Skriftor ooh HandUngary 333-â45) donne la eorreapondanee du moine de Vadstena ; on la retrouve aussi dans la Vie de Pierre Mlnsion.

par Ja controverse y l'archidiacre ne songeait plus qu'avec les théologiens de Vadsiena il avait lu dans saint Thomas ' que la doctrine catholique n'accorde aucune autorité aux révélations privées à l'égard des questions de dogme ; il perdait tout souvenir des copies, des traductions, des commentaires de l'Écriture sacrée qui remplissaient la riche bibliothèque du monastère, des homélies prèchées en langue vulgaire selon.les instructions des conciles et la volonté expresse de Brigitte.

Les savants fils de la sainte n'avaient point attendu le conseil d'Andersson pour s'instruire des objections rationalistes. Les discussions publiques d'Olaûs Pétri et du champion de la vérité révélée, Pierre Gallei faisaient grand bruit et parvenaient jusqu'à eux. Mais tandis que, par une hypocrisie dont la tradition n'est point perdue, Gustave demandait à l'ordre des missionnaires pour évangéliser les Lapons, Yadstena sentait un ennemi dans le descendant de sa fondatrice. Bien que le roi eût reconnu les privilèges du couvent « en tous leurs points et articles ]>, les Birgittins cherchaient à s'envelopper de silence. Les questions religieuses se mêlaient étroitement aux questions politiques. Repousser l'hérésie était en quelque sorte repousser le libérateur de la Suède, terrible complication, qui permettait de rouer vifs, ou de décapiter comme rebelles des prélats fidèles à la foi, et de confondre en un même supplice les martyrs et les émeutiers. Hans Brask lui-même, gagné par la faiblesse des autres évèques,

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