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SAINTB nniGiTi
céda aux menaces du roi sur des poiuts importants ; sa conduite enseignait la défaillance, non ]e courage, aux moines de Vadstena. Sans doute il avait d'abord excommunié le ravisseur d'une religieuse birgittine ; mais devant la colère du roi, il s'était incliné, et le mariage des amants prouvait le succès remporté par le pouvoir civil sur le pouvoir ecclésiastique.
Des spoliations successives tinrent le monastère au fait des événements '. Il n'y avait pas pour les moines à chercher du secours près des prélats. Sous prétexte d'une ambassade, Gustave Yasa exilait l'archevêque d'Upsal. Accusé de haute trahison, Hans Brask s'enfuyait vers la Pologne, tandis que l'évëque de Skara passait à l'étranger, et qufi la mort arrachait celui de Vexiœ à pareille tentation. L'ordre du Sainl-Sauveur vil l'assemblée d'Œrebro porter un coup décisif à la vraie doctrine. Dans cette Néricie où Brigitte avait donné l'exemple de toutes les vertus, on proscrivit sa foi. Olaûs Pétri mettait aux mains du clergé des livres nouveaux ; désormais on dut célébrer la messe en suédois ; pourtant on ne se disait pas luthérien ! Ce mot , dont le peuple comprenait vaguement le sens, soulevait des émeutes, et Gustave Vasa ne voulait pas encore qu'il fût prononcé. Il demandait seulement h l'ordre de sainte Brigitte d'étudier, de s'instruire de la vérité, de l'accepter, de renoncer à de vieilles superstitions, de revenir à la morale évangélique. Il
[. En IS24, les «offres de vermeil renfermanl les reliques élaient enlevés-, liieniat après, llustave extorquait aux BirgilUns 249 marcs d'ar^nt. Le riksdag de Vesleras osa. en lâST, recannaUra à la Doblesse le droit de icfreadre les dons que, depuis 1453, ses ancêlres avaient faits aux èglisos n aax couveula, et Vadstena fut encore dépouillé.
ne chassait personne des cloîtres, mais il en ouvrait les portes, offrant aux moines éloquents des chaires, soit dans les églises, soit à TUniversité d'Upsal ; aux agriculteurs, aux artistes, aux savants, des travaux ; aux religieuses l'indépendance, des dots et des maris. Une persécution sanglante eût moins énervé les courages que cet état d'attente, où la vie régulière du cloître n*existait plus. Il y eut des renégats : plusieurs moines partirent. L'un d'eux, dit-on, revint faire pénitence près des frères qu'il avait trahis. Un autre, devenu pasteur de Yadstena, fut frappé d'apoplexie en chaire, au moment même où il prêchait contre les écrits de sainte Brigitte. Quelques religieuses se marièrent ; elles trouvèrent, assure-t-on, le joug conjugal un peu lourd. Pour la plupart, les Birgittines furent fidèles à leurs vœux. Les faits seuls sont connus, car le Diarium devint de plus en plus succinct, à mesure que la liberté de penser et d*écrire était contestée aux catholiques.
Dans cette agonie religieuse, Yadstena aurait néanmoins pu connaître un beau jour. Les prévisions de Gustave se réalisaient : presque tous les sièges étaient vacants. Il s'arrogea le droit de nommer de nouveaux titulaires et désigna comme primat Laurent Pétri, qui professait publiquement l'hérésie. Or il n'y avait plus en Suède que deux évêques, le minimum du nombre exigé pour les sacres par l'Eglise. L'un était Magnus Sommar, évêque de Strengnaîs, l'autre Pierre Mânsson. Seuls ils pouvaient donner à l'intrus la consécration nécessaire. Jadis, Gustave Yasa conseillait à Tarchevèque catholique d'Upsal de
réclamer son salaire à sainte Brigitte ; que fût-il arrivé si, rappelant au roi ses sarcasmes, le moine birgiltin avait dit : « Eh bien, c^est de sainte Brigitte que je « veux recevoir ma récompense ! Je préfère la mori « des martyrs à la honte de transmettre à cet hérétique « la grâce épiscopale qne je tiens des apôtres et de leurs dc successeurs 2> ? Ici la question se posait claire, sans équivoque; il n'était plus question de politique, on restait sur le terrain de la conscience. Le monastère suédois dut se voiler la face ! Pierre Mânsson imposa ses mains défaillantes sur le protégé de Gustave Yasa ; il lui confia renseignement de la doctrine et la garde de la morale, tandis que le nouveau primat jurait d'être dévoué au saint-siège, de se soumettre et de soumettre les autres à Pautorité du pape. On ne sait quelle restriction mentale faisait l'hérétique qui, par ce parjure, prétendait obtenir la transmission canonique des dons du Saint-Esprit. Quant aux évoques de Strengnœs et de Yesteras, dans une lettre adressée au souverain pontife, ils plaidèrent la contrainte et déclarèrent nul le sacre que leur lâcheté venait d'accomplir. Trois ans après, on lisait dans le journal de Vadstena : Frater Petrus Magni episcopus Arosiensis obiit dominica infra Aseensionis ; la plume était ensuite tombée des mains de l'écrivain, il ne pouvait, hélas I ajouter : Iste est sanctus qui pro Dei amore minas hominum contempsit. Déposé de son siège, Magnus Sommar s'éteignit au monastère de Krokek. Désormais tout Tépiscopat appartenait à l'hérésie.
Q jelle était cette hérésie ? Il eût été difficile aux Bîrgîttins de la bien définir, tant le roi s'efforçait de
ne point laisser dire de paroles qui eussent alarmé les consciences. Enfin Gustave se déclara nettement. Les premiers ap6lres suédois des nouvelles doctrines étaient mal en cour, parce qu'ils ne trouvaient pas la morale de leur vindicatif et cupide souverain conforme à la morale évangpélique. Aussi, quand Olaûs et Lau* rent Pétri osèrent cacher un attentat contre le roi, appris en confession, ils furent condamnés à la peine de mort. La bourgeoisie suédoise eut peine à délivrer ses malheureux pasteurs, dont elle paya la vie au prix de For. Leur enseignement n'était plus le vrai. Deux Allemands, qui joignaient aux doctrines luthériennes celles parfois opposées de Mélanchthon, apportèrent la religion préférée de Gustave Yasa. Alors il n'y eut plus de limites aux déprédations de la propriété ecclé* siastique. En 1540, le monastère de Vadstena fut dépouillé de tout ce que ses quelques habitants n'eurent pas le temps de cacher. Le roi leur prit une statue de Brigitte, les archives du couvent et la bibliothèque, Tune des plus complètes du Nord^ Peu après, un malheur autrement grave jetait la désolation dans le cloître. Gustave Vasa venait encore de lutter contre les paysans qui le combattaient au nom delà foi ; il s'irrita du foyer catholique demeuré à Vadstena. Le sanctuaire
1. Sauf des ouvrages de droit canon, cette bibliothèque renfermait des manuscrits et des livres sur tous les sujets. On les retrouve dans les collections d'Upsal, de Stockholm, de Skoklostcr et de Liukœping. Les manuscrits se reconnaissent à récriture. On distingue les livres par la reliure. Une peau rosée recouvre les plats, et sous une feuille de corne, transparente au point qu'on la prendrait pour du verre, on voit la marque du monastère. La multitude de ces documents montre à quel point les Birgittins contribuaient au développement intellectuel du pays.
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de sa sainte pareate jetait dans la nuit quelques clartéâ vers lesquelles on pouvait se tourner ; il les éteignit. L'évéque protestant de Linkœpingvint tenir un synode sous les voûtes du monastère, y fit célébrer la messe nouvelle, nomma des prédicateurs chargés d'exposer la doctrine luthérienne, s'empara des vases sacrés, et défendit tout office au chœur, « anihilando^ dit le journal de Vadstena, servitium Dei », Un au après, dans une nouvelle diète tenue à Vesteras, la Suède rompait ouvertement avec Rome.
Les religieux de Tordre du Sauveur se dispersaient peu à peu. En 1541, lors de son voyage à Yadstena, où il élevait le splendide château de Vettersborg, Gustave expulsa du monastère les quatre moines qui s'y trouvaient encore. Cédant aux promesses ou aux menaces, ils apostasièrent. Le Diarium finit avec cette année. Puisqu'il n'était point un martyrologe, il n'avait aucune raison d'exister. Protégées par la seconde femme de Gustave, les Birgittines ne furent pas jetées hors de leur cloître. Elles y souffrirent les persécutions les plus basses. L'abbesse, femme d'une rare piété, fut accusée parle « Bon Homme » chargé d'instruire le couvent, d'avoir conseillé à ses sœurs de se boucher les oreilles avec de la cire ; on la flagella comme le Christ à la colonncL Les hérétiques affamaient les religieuses ; ils déclaraient à ces filles, pour la plupart de race noble^ qu'ils les feraient périr sous le fouet, si elles ne se convertissaient pas.
La mort de Gustave Vasa les livra à des mains plus impies encore. Le château de Vettersborg était tombé en partage au troisième fils du roi, Magnus duc d'Os-
trogothie. Non content d'arracher à la bibliothèque du couvent de belles boiseries, ce jeune prince fit détruire Tautei où reposait la châsse de sainte Brigitte, dévaster le chœur des moines, puis mutiler et tourner en dérision les statues de ses saintes parentes. En même temps il enlevait trois religieuses. Quelle fut la lutte que Magnus engagea avec la conscience de ces vierges vouées au Seigneur ? on ne sait! Mais peut-être montèrent-elles au ciel avec la palme du martyre , car elles furent décapitées dans la cour du château. Quant à leurs sœurs, elles endurèrent un supplice lent et sans gloire, dont Dieu seul fut le témoin. Sous cette race des Yasa, dont la violence de tempérament a mené parfois les hommes â la démence et les femmes à Tinconduite, tandis que le meurtre du frère par le frère rappelait les drames des Folkungs, Tunique consolation des Birgittines était d'invoquer la miséricorde divine pour les malheureux. Au plus fort des crimes d'Eric XIV, la fille du peuple qu'il avait élevée au trône implora pour lui les prières des pauvres recluses de Vadstena. La nouvelle de l'empoisonnement de ce roi ne fut point faite pour inspirer aux Birgittines un bien grand espoir dans le prince qui parvenait au trône par le meurtre. En effet, bien que Jean III abjurât l'hérésie, il n'avait rien d'un champion de la foi. Au lieu d'accepter les décrets du concile de Trente, il s'appliquait à louvoyer entre la vérité et Terreur. La reine Catherine Jagellon, une vraie croyante, s'entourait de religieux appartenant à la Compagnie de Jésus, que Dieu suscitait pour combattre Thérésie rationaliste. Grâce à cette princesse et aux Jésuites, les Birgittines purent vivre 5elon leur
foi et presque selon leur règle S jusqu'à l'époque où la Suède eut vraiment un roi catholique : Sigismond, fils de Jean III, qui du chef de sa mère régnait sur la Pologne.
Dès ravènement du jeune souverain, onze reli-> gieuses le prièrent de confirmer le choix qu'elles avaient fait comme abbesse de Catherine Olafsdotter. Aussitôt Sigismond répondit à leur appel par des lettres de protection. Cependant il ne put pas plus empêcher son oncle, Charles de Sudermanie, de chasser les Birgittines, qu'il ne put lui disputer une couronne à laquelle il n'entendait pas sacrifier sa foi.
Un soir de novembre, Yadstena était déjà dans les ténèbres, lorsque le dernier fils de Gustave Yasa s'en fit ouvrir les portes. L'archevêque luthérien d'Opsal raccompagnait, et sur-le-champ on réclama de l 'abbesse les objets de prix que les pauvres recluses possédaient encore. Une partie de leurs souvenirs, confiés à Eric Brahe, étaient déjà en sûreté au château de Wîsingsœ mais leurs reliquaires, le linceul brodé d'or de sainte Catherine, des vases sacrés et quelques chasubles tom* bèrent entre les mains de celui qui devint bientôt roi de Suède sous le nom de Charles IX. Malgré ses tendances calvinistes, ce prince adopta la confession d'Augsbourg, utile à sa politique, et chassa de Suède quiconque ne l'embrasserait pas. Sept religieuses fu-
1. Au moment même où le légat pontifical Antoine Possevin voyait son royal converti renoncer au catholicisme pour conserver sa couronne, et que le prélat s'éloignait attristé du château de Vettersborg, il trouvait dans le dottre voisin des sujets d*espérance . Dix-huit religieuses y vivaient « pares comme des anges » et inébranlables dans lenr doctrine, tandis que bail novices prononçaient leurs vœux en sa présence. A la mort de la reine, le pape 'Grégoire*X.III et Possevin -n'oublièrent pas les Birgittines.
reol recueillies provisoirement par des habitants de la ville, deux autres suivirent, dit-on^ leurs persécuteurs, Tune pour se marier, l'autre comme demoiselle d'honneur delà duchesse de Sudermanie ^ La plus fidôle des Birgittines, confiante en la protection de son éternel Epoux, se cacha derrière les grilles brisées de son cloître et attendit Bientôt elle était rejointe par celle de ses compagnes qui avait fui le monastère pour la cour. Triste de la tristesse qui est soit un germe de mort, soit un germe de vie, selon que l'âme se ferme ou s'ouvre à la miséricorde divine, la Birgittine rêve* nait mourir où elle s'était donnée. Ces deux religieuses du Sauveur Fadorèrent jusqu'il la mort en esprit et en vérité, sur les ruines du monastère national ', tandis que la Suède se détournait de ses saints, dont elle fermait la liste par les noms de Brigitte et de sa fille ^ Cependant l'abbesse de Yadstena s'était éloignée du monastère qui, au cours de deux siècles, avait abrité cent soixante-huit moines et trois cent dix religieuses, nés pour la plupart en Suède et presque tous dans les trois royaumes Scandinaves^. Elle avait réuni quelques
1. Diar. an. 1523-1526. Pdder Miasioni Stridkonit och Stridilag ntgifven a! Hyltèn Gavallias, Stockholm, 1845. Sv. Fornsk SâlUk. Sam- I, 3. Peder Manstoru Lefnad, LVII, LXXIX. — Afzelius VIII. 16 à 29. — Rhyzeliiis I, 262. — Reutebdahl. III. 260, 386,437. IV. 167, 175, 246, 252, 442, 444. — Olaus Magnus, dt Moribus sept, 629. — Fryxell III. 1- 345. — OsKAR Alin Sver, Hist. Ul, Stock. LindstrSut, 1878,19 — 409. — Konnng Gaitaf dan Fdritai Hiitoria al D' 01. Celsias. Lund. 4792, 345 — 371. - Klost i VadxL 56 à 61.
S. On possède encore des ietlres de ces Birgittines dalées de 1496. — XI, i Vaitst, 61.