‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 18 sur 132 · Afzelius /F · texte numérisé non relu

Afzelius /F

Ericsson Rôd, archevêque de Lund^ Israël se porta même caution d^une partie de la somme exigée ^. Un peu plus lard, ces deux fidèles serviteurs de la couronne accompagnèrent Magnus II dans un voyage à travers ses Etats. C'était le plus puissant monarque du Nord. Il régnait du Sund à la mer Glaciale et de la Neva à l'Islande, avec le titre de souverain de Suède, de Norvège et de Scanie, et il pouvait étendre à son gré ce voyage que les rois de Suède avaient coutume de faire à leur avènement ^

L'intérêt que prenait Brigitte aux affaires de TEtat ne Tempèchail point cependant de se consacrer tout entière à ses devoirs, et au plus cher de tous, l'éducation de ses enfants. Pour celle de ses fils aînés, elle avait appelé à Ulfâsa un jeune homme de famille noble, Nicolas Hermansson, qui lui-même terminait ses études avant de recevoir les ordres sacrés. Le précepteur était instniit et pas pédant. S'il connaissait bien la littérature ancienne, il ne négligeait pas celle de son pays; en suédois comme en latin il faisait facilement des vers,

\. Primas Snecia ; les Suédois supportaient avec peine cette suprômitie religieuse du Danemark. Les archevêques d'Upsal s*en affranebireot de fait en obtenant l'envoi direct du pallium. Dès la seconde moitié da xiT* siècle, ils étaient considérés comme indépendants et chefs de TEglise «aédoise, quoique leur voisin de Lund gardât le titre de primat. Le premier archevêque d'Upsal nommé primas Suecise dans une lettre du pape, est le fameux Jons Oxenstiern.

1 Ine pièce du 22 août 1334 {ûipl. IV, n» 3078;, prouve qu'Israël Birgersson paya 450 marks pour la Scanie; une autre de même date (n* 3019) le déclare libéré de sa caution.

3. L'Erikigata. Ce mot vient sans doute de ^ qui signifle tout, et tike royaume. C'était une coutume de la monarchie élective. On n'en iniuve pas trace avant rétablissement de ce régime au xi* siècle, ui après sa chute au^XYi^.

dont la forme élégante n'était pas le seul mérite. S'il s'entretenait des choses de Dieu, il mettait la science de la théologie au service de la morale évangélique et préférait aux subtilités stériles les préceptes féconds*.

Charles n'était point yn enfant facile à diriger. Impétueux, ardent, gouverné par des fantaisies changeantes, qui lui tenaient lieu de volonté, il résistait à l'empire de la raison et à la voix du devoir. Incapable de se faire aimer, il connaissait le moyen de plaire et d'échapporà de justes châtiments, grâce aux saillies d'un esprit vif et gai. Dévot plutôt que chrétien, il se répandait en effusions pieuses devant un Dieu dont il n'observait guère les lois. Pour le dominer, il fallait s'adresser à sa sensibilité, agir sur sa tendresse. L'instinct maternel de Brigitte l'avertissait qu'un tel moyen, périlleux à l'heure présente, serait insuffisant si on voulait assurer l'avenir ; aussi versait-elle des larmes sur ce fils qu'Ulf croyait charmant et pour lequel il se montrait d'une extrême faiblesse.

Birger était doux, raisonnable et sensé. Occupé des autres, soucieux de remplir sa tâche quotidienne, il semblait suivre les traces de son père et ne causait à sa mère aucune inquiétude. Deux autres fils plus jeunes, Benoît et Gudmar, n'étaient pas encore sous la garde de Nicolas Hermansson ; leur travail se bornait à bégayer leurs prières à genoux près de Brigitte. Elle retenait aussi à ses côtés Marthe et les deux cadettes,

i. Diar, un 1391. — And. 01. RhyteHi EpiiîcoposbOpia Stib^othicà. LineSping 1152, 12.

Galherine ^ et logeborge. Marthe ne subissait pas, comme on Teût imaginé, l'influence de sa mère^ et son caractère allier n'acceptait point le joug qu'on voulaillni imposer. Déjà Brigitte se sentait plus heureuse avec ses deux autres filles, bien que Catherine marchât à peine et qii'Ingeborge fût au berceau. Des grâces singulières, de ces grâces naïves dont la Providence se plaît à entourer l'entrée des saints en se monde, signalaient les premières années de Catherine. Brigitte n'avait pu la nourrir elle-même, et au moment où elle la remettait à une étrangère, elle vit Tenfant se détourner avec un vif dégoût. Une autre femme fat amenée: aussitôt Catherine lui tendit les bras. Cette espèce de discernement étonna d'autant plus la mère, que l'enfant le témoignait à un âge où d'ordinaire on n'a aucune eonnaissance. Elle observa donc sa fille, et s'aperçut que d'instinct, elle recherchait les serviteurs de Dieu et fuyait ses ennemis.

Dès qu'ils purent marcher, les enfants de Brigitte l'accompagnèrent dans les écoles, où elle instruisait elle-même ses paysans, et chez les pauvres, à qui elle donnait du pain, des vêtements et une dot pour leurs filles. Plus tard ils la suivirent dans les hôpitaux, afin d'aider aux pansements qu'elle faisait d'une main habile, et de seconder les soins qu'elle rendait avec une grâce joyeuse. Des personnes du siècle, plus lâches que les païens eux-mêmes, déclaraient que la vie est

1. Aacun document ne dit Tannée où naquit Catherine. Son procès de eanottisation porte qtt*elle vintàti monde vers f333. — f^rocessus oAnoniz. bt«t» Katsi^tnte. /n arl. 1' Dep. Fr. Johannis f. 19^ r. et fr. MàYlinl

• 4# vcrio.

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le premier des biens, el la blàmaicnl d*cx poser ses enfants ao mauvais air et aux épidémies ; mais elle se préoccopait peu de leurs réflexions indiscrètes, et lorsque, chose peu commune, on osait lui faire des reproches, elle répondait que Dieu avait mis ses fils et ses filles dans une condition où ils seraient appelés à rhonneur de faire vivre leurs semblables, et qu'elle voulait leur apprendre, dès l'enfance, à servir Jésus- Christ dans la personne des pauvres et des malades, dont ils seraient les trésoriers \

Brigitte attendait la naissance d'un huitième enfant quand, pour la première fois, Ulf lui fit verser des larmes amères. Pressé par le roi et par la noblesse de Scanie, avec laquelle il s'était lié à l'assemblée de Calmar, le sénéchal entendait marier sa fille Marthe à un seigneur de ce pays, nommé Sigvid Ribbing. Peu importait à Brigitte que Sigvid fût d'une ancienne race, et possédât une autorité absolue sur le Halland méridional. Elle savait que sa fille ne connaîtrait ni bonheur ni respect, si on l'unissait à un homme qui manquait également de moralité et de grandeur d'âme. Mais on n'écouta point la sénéchale. Le désir secret de Marthe conspirait avec les volontés de son père, et tout se prépara pour la fête des fiançailles. Les hôtes remplissaient la maison, seule la châtelaine ne paraissait point; cachée au fond de son oratoire, elle ne pouvait retenir ses sanglots. Tout à coup, comme saint Jean à

1, Proc. Can. Dep. Kater. et P. deAlvastrosup, 90* art. f. 129 v. et 453 V. — Proc. Can. beatœ Kater. In V art, dep, Fr. Olavl de Bringatomplom, f, 32 recto.

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la rencontre de la très sainte Vierge, Tenfant que Brigitte portait tressaillit dans son sein. « Ma mère bien-aimée, dit une voix, ne me tue pas ! » La mère fut aussitôt rappelée au sentiment de son devoir. Elle nuisait à l'enfant qu'il était en sa puissance de proléger, et elle n'avait point de confiance en la paternité divine pour l'enfant qui lui échappait, a Être chéri, répondit-elle à l'invisible inconnu, ce n'est pas moi qui t'enlèverai la vie que tu tiens de Dieu I > Brigitte parvint à dominer sa tristesse. Elle ^revêtit ses habits de fête, et, à défaut de gaieté, elle apporta aux hôtes d'Ulfâsala sérénité chrétienne, « cette lumière des yeux qui, selon la Bible, réjouit le cœur ^ > Son âme surmonta l'épreuve, mais son corps en fut brisé. On dut l'emporter mourante des fêtes du mariage. Sous l'étreinte des douleurs de la maternité, elle se débattait contre la mort. Si l'énergique femme se remettait elle-même en toute paix à la volonté de Dieu, elle éprouvait de vives angoisses pour l'enfant menacé de périr sans baptême, avant d'avoir vu le jour. Pressées autour d'elle, ses femmes lui prodigaient des soins peu efficaces. L'apparition lumineuse d'une grande et belle dame les rendit immobiles de surprise : « Je suis Marie, disait la céleste vision à Tagonisante en la bénissant; je viens à ton secours. i> Le premier cri d un Douveau-né répondit à la voix de la Vierge Mère. Brigitte était accouchée d'une fille et renaissait ellemême à la vie '.

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