‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 33 sur 132 · S, Tkom, p. /. q, L, art · texte numérisé non relu

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1 Les apparitions de la Vierge sont généralement impersonnelles, comme cdles de Notre-Seigneur après son Ascension. Dieu se sert alors du ministre des anges pour représenter Marie auprès des hommes. Les anges et les uiats peuTent apparaître aussi ; ils se montrent ordinairement sous une tonne bamaine. Ces corps prennent, par mirncle, certaines dispositions ext«neares ; ils se meuvent, pourtant les anges et les saints ne les vivifient pas c^nae fait l*Ame dans le corps. On peut en dire autant des âmes du purplotre. Avee la permission de Dieu, les mauvais anges nous apparaissent; c'est aa fait incontestable ; ils le font ordinairement sous des formes im- *^det et eflrayantes. mais ils se transforment aussi en anges de lumière* ^Bt aux apparitions des damnés, elles sont possibles ; néanmoins, comme ^ iortes d'apparitions sont capables de porter la terreur dans les âmes, «ttesiont forireres. Cfr. P. Meynard. II. 400-402.

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soumis à sa volonté» Les autres, épris de leur propre beauté^ cédant sans lutte à leur première mauvaise pensée, envieux de la gloire du Seigneur^ jaloux de sa puissance, s'étaient révoltés pour l'en dépouiller. Leur chute ne laissait aucun espoir de salut. Nul ne les ayant invités au mal, il ne peut pas y avoir de Rédempteur pour eux.

Dans rinfinie multitude des anges fidèles, qui remerciaient Dieu de les avoir créés, le louaient de conserver la création, lui rendaient grâces de leur révéler le passé, le présent et ^avenir, dans le chœur céleste qui célébrait l'incarnation du Yerbe, en demandant que la charité divine demeurât sur Thomme^ Brigitte discernait son ange gardien :

« J'ai amené vers vous celle que vous m'aviez con- € fiée, dit au Maître Tesprit de lumière ; je vous la M rends. 9 De nouveau le Christ remit son épouse à range :

« — Quelle est la volonté de cette femme? deman-dat-il.

« — Seigneur, elle n'a d'autre volonté que la « vôtre.

€ — G'estce que jecherche, ce queje veux, cequim'est « le plus agréable dans mes créatures, » continua le Christ. Il expliqua ensuite à l'Ange les trois sortes de miséricordes de Dieu envers l'homme. L'une accorde sur la terre les forces de rintelligencc, les satisfactions de la volonté et les joies du cœur à ceux qui font quelque bien, mêlé à de grands crimes. L'autre frappe le corps des fidèles afin qu'il porte la peine de leurs pé^ chés, tandis que, dès cette vie, leur âme jouit^ dans un

corps souffrant, d'un avant-goûl des béatitudes éterr Belles. La troisième afflige Tètre entier afin qu'il arrive au seuil de réternilé pleinement purifié.

L'ange gardien de Brigitte né la consulta pas. Il implora ponr elle les peines qui brisent Tâme avec le corps, et laissent l'amour de Dieu subsister seul en nous.

Bien que le përe du mensonge ne puisse instruire, le Christ voulut qu'au cours de ses visions Textatique con- ▼ersftt avec l'esprit du mal. c Au moment de sa chute, la mémoire de Lucifer a été envahie par les ténèbres. Il ne se souvient pas delà bonté de Dieu, de celle qui réside dans les créatures. Il ne se souvient que des iniquités humaines dont il tient registre. Le bien, la jus* ticene lui apparaissent plus au sein de la lumière ; il les perçoit en sa conscience, ainsi qu'un homme, dans robscurité d'un cachot, saurait ce que contient une lettre qu'il a lue avaiit sa captivité et qu'il possède sans pouvoir la relire. Itfais la nature du démon n'a point changé quant à ses connaissances naturelles. » Il n'ignorait pas le lien d'amour qui unissait la pieuse veuve au Bédempteur et il dut lui avouer qu'il n'avait aucune puissance sur elle. Le cœur de Notre^Seigneur, dont les hommes ne comprennent pas l'infinie miséricorde^ s'onvrit alors à Brigitte, pour lui faire deviner d'insondables secrets d'amour.

< Pourquoi, dit le Sauveur à Lucifer, ne demandesc ta pas miséricorde ?

< — Je préférerais souffrir davantage encore, pluiâl < que d'implorer mon pardon ou de fléchir le genou « devant toi, > répliqua l'ange déchu. Par celte expression tout humaine de son aversion, il donnait l'idée

du mouvement immuable qui le détourne de Dieu. Après ces révélations sur les esprits, Notre-Seigneur voulut montrer à Brigitte ce qu'est rhumànité, depuis son origine jusqu*à son terme, et la faire assister au terrible jugement que chacun de nous affronte à son tour. D'abord, elle contempla le Tout-Puissant créant l'homme doué de libre arbitre, afin qu'il pût peupler le ciel au lieu des anges déchus. Cette créature nouvelle se serait reproduite, grâce à une chaste union que Tamour divin eût fécondée, mais le démon la tenta par le spectacle de destinées supérieures à sa vocation. Sans haine contre Dieu, sans rivalité avec sa toute-puissance, elle tomba en se détournant de lui. Après leur chute, Adam et Eve n'eussent point osé engendrer et concevoir d'enfants, si la miséricorde divine ne les y avait pas encouragés. Privée du ciel par le péché, sauvée de Tenfer par le repentir, leur race était, sur terre, dans l'affliction. Satan la portait à douter des paroles de TËternel, à désespérer de son salut. Abraham, Moïse, les prophéties messianiques ranimèrent la foi. Le ten-: tateur prétendit alors prouver à Thumanité que la. loi divine^ n'était pas tolérable, que les espérances, de rédemption étaient mensongères. Au moment où rhomme allait peut-être briser le joug divin, le Sauveur parut. Pourtant le démon ne se rend pas. Il souffle à Toreille des hommes Toubli des bienfaits de la rédemption. Dieu lui suscite des rivaux : ce sont les amis du Crucifié et parmi eux, Brigitte.

Elle n'ignorait plus rien de la destinée humaine. Alors Dieu lui fit contempler une âme que les anges de ténèbres entraînaient devant le souverain Juge»

€ Cet homme, disaient les démons, est à la fois « notre inférieur, notre supérieur et notre égal. Il est « notre inférieur par la dissimulation et l'hypocrisie, c bassesses dont n'otre nature même nous rend incapa* « blés. Il est notre égal par Torgueil, la cupidité et Tent vie, ces trois vices qui causèrent notre chute. Enfin il « est notre supérieur, car il est prêtre et, sans trembler, K il a tenu en ses mains indignes et reçu dans son cœur « corrompu le corps et le sang du Christ. i>

L*ange gardien du mort n'avait rien à dire. Pour riostruction de Brigitte, le Seigneur contraignit F&me elle-même à parler.

f Ma volonté, dit-elle^ fut de pécher jusqu'à ma « dernière minute.

« — Ta conscience te condamne, répliqua le Juge ; ff quel doit être ton châtiment ?

« — Le plus dur et le plus amer, » s'écria ce prêtre indigne, et les puissances infernales l'enlevèrent aussitôt

Dans une nouvelle vision, Brigitte discerna Tâme d'un noble seigneur qu'elle connaissait. Ce chevalier était mort en blasphémant le nom sacré de Dieu et en injuriant les saints.

c Pourquoi es-tu morte ? disait le Juge à l'âme immortelle.

ar — Parce que je ne vous ai poii\t aimé. Quand « finira mon supplice?

« — Il ne finira jamais; le principe de toutes choses « n'a pas de fin. » Tourné vers les élus, le Maître ajouta: « 0 mes amis, si toutes les étoiles, si toutes les planètes « étaient changées en langues ; si tous leQ saints me

« suppliaient, jene ferais pas mjaéricorde & cette àme, « parce que la justice veut qu'elle soit damnée. »

L'&me disparut. Déjà, au milieu des démons, l'extatique en contemplait une autre.

v Cette &me nous est semblable, assuraient à Dieu H les esprits infernaux ; comme nous elle reconnaît M que vous êtes le souverain bien, et elle se détourne « de vous. »

L'ange gardien du mort intervint.

ff J'ai suivi votre créature depuis le jour de son « entrée dans la vie, dit-il. Sa dévotion était hypocrite a et superstitieuse. Elle a plus reçu de vous, Seigneur, ■' qu'elle ne vous a donné. La santé, de beaux enfants, « des richesses, des honneurs ont été son partage, el « vous l'avez gardée des souffrances. Le bien qu'elle « a fait est récompensé au centuple. »

Directement interrogée par Jésus-Christ, l'âme coupable blasphéma.

<c Afin que vous n'ayez de moi aucune consolation, « vociféra-t-elle, je préfère les peines de l'enfer aux « joies du ciel. Je vous hais au point que mes tourc ments me seront moins cruels si je ne vous cause pas < d'allégresse. »

Le démon s'approcha.

« 0 Juge, dit-il, cette àme est comme un autre moi- « même; décrétez qu'elle doit m'appartenir.

< — Si lu consentais àt'humilier, répondit le Rédenlpa tâurà Satan, je te donnerais la gloire, et si à son c dernier instant cet homme avait imploré mon par- « don avec le ferme propet-de s'amender, H ne serait M pfàai entre (et mains. ÎSitaom k celte bwure, ses quel-

« qnes bonnes actions Je défendent contre ta méchan- « ceté, et tu ne peux le faire souffrir au degré où tu c le souhaiterais. Je suis plein d'amour au point c qae, si c'était possible, j'endurerais pour chaque « damné et chaque démon le supplice de la croix, et « cela jusqu'à ce ^ qu'il n'en restât plus un seul en « enfer. »

Brigitte, encouragée par tant de miséricorde, osa cour fesser au Sauveur qu'elle se sentait Tesprit troublé à la pensée des peines éternelles. De son cœur sortit cette terrible question que, depuis le premier péché, l'humanité pose à la Providence, a Comment, demandât-elle à son Époux, punissez-vous d'un châtiment sans fin ceux qui ne peuvent pécher durant l'éiemité?

« — Je sais la vérité et la justice mêmes, je vois les oœors et les volontés, et je donne à chacun selon ses oeuvres, répartit le Maître. Mes voies et mesjugemenU sont différents des intelligences humaines. Ceux qui voudraient toujours vivre et toujours pécher ne sauraient entrer dans mon éternité infiniment pure. Jamais je ne fais justice sans miséricorde. J'en use même envers les damnés. L'homme est mon frère par inhumanité dont je me suis revêtu, et c'est en frère que je le juge. Sa conscience seule dicte sa peine. Moi, je lui dis : J*ai porté ta souffrance et j'ai expié la faute, que tu étais impuissant à racheter. Je t'ai préparé les voies; je t'ai manifesté mon amour; mais tu m'as fui. Tu es digne de ma justice, parce qae lu as méprisé ma miséricorde; cependant, fil m'était possible de mourir de nouvMU pour toi,

<K plutôt que de te juger, je préférerais souffrir encore a tout ce que j'ai souffert, >

Brigitte obligea la miséricorde divine à se répandre sur les agonisants qu'elle aimait ou qu'on lui recommandait. Pour soutenir et récompenser sa foi, le Seigneur les lui montrait, comme il lui avait montré Tâme d'Ulf. Elle les voyait arrachés à l'enfer et sauvés, grâce à Tacte de contritioA sincère que leurs lèvres, glacées par la mort, avaient articulé, grâce surtout au iferme propos de s'amender qui était le dernier sentiment de leurs cœurs. Ils entraient au purgatoire, dont les supplices dépassent la pensée des mortels. Là, chacun de leurs péchés était châtié d'une peine spéciale, et cela plus sévèrement, s'ils q*avaient pas subi les tribulations d*ici-bas. Il leur fallait entendre des plaintes, rencontrer des misères, éprouver de3 douleurs, jusqu'à ce que la Mère des Miséricordes adoucît leurs souffrances. A l'intercession de Marie, à celle. dessaints, s'ajoutaient les mérites de l'Eglise militante : les héritiers scrupuleux restituaient le bien mal acquis ; de fidèles amis accomplissaient des actes expiatoires; leurs prières, leurs aumônes jetaient au purgatoire les indulgences octroyées par les souverains pontifes ; le saint sacrifice de la messe répandait sur les âmes exilées le sang de Jésus-Christ, Portées ainsi par l'amour des vivants et des élus, offertes par la Vierge Immaculée, elles montaient vers les clartés de l'aurore céleste. Brigitte entendait des voix sortir du purgatoire : « Seigneur Jésus-Christ, disaient les captives, envoyez <f votre amour aux vivants qui ont une puissance spiriu iueUe, récompensez leurs prières^ I^ura ^^crîfices.

« — Seigneur Dieu^ s^écriaient les &mes délivrées, « payez au centuple ces élres dont les œuvres nous élè- « vent à votre divine lumière, à la vision de votre « face *. »

Uo mois* après son arrivée à Alvastra, la pieuse veuve invoquait le Christ pour la sœur d'Ulf, Catherine, que Dieu venait de rappeler à lui. Durant sa veille, Brigitte vit passer cette âme éprouvée par les peines du purga* toire. D'abord la morte promit à sa belle-sœur Tintelligence des choses spirituelles, c Vous ferez de longs voyages, lui dit-elle ensuite, et vous mourrez à Rome. » Après avoir recommandé entre toutes les vertus rhumiiilé, elle disparut. Plus tard Dieu lui permit de revenir exposer les tourments qu'elle éprouvait pour 8*ètre abandonnée à jouir de ses richesses et à en convoiter de nouvelles. Elle réclamait des messes; elle suppliait Brigitte d'offrir en son nonk

\. Pour toot ce qui précède, Cfr. Rev, I. 1. 2, 3, 4, 5, 7, 8, 9,16, 20. a. «3, tt. 30, 33, 34, 36. 38, 39, 42, 45, 47. 49, 50, 62, 54. — II. 2, 10, ii. 16, 17, 18, 19, 21, 22, 23, 2i, 25, 26. 27, 33, W, — III. 10. 20, 30. - IV. 7,10, 11, 23, 29, 31, 63, 67, 74, 77, 82, 87, 92, 93, 98. iOO, 106, 110, 123, 134, 138. — VI, 2, 10, 13, U, 17, 21. 28, 30. 31, 38, 39, 42, 53, 56, 62. 75, 85, 88. 117. JSxtrav. L, LYII, LXXII, LXXIV.

Proc. f.an. Dep. Kattr, sup, 31 art. f. 131 r. et v. La fllle de la sainte

nomme une noble dame, Marguerite de Vourvourk, qui obtint de Brigitte des

rcréUtioas au sujet des morts de sa famille. .^

Cfr. S. Tkom. p. IIL q. VIII. art. 9, q. LXII, art. 1. q.' LXIIU art. 2,

56, f LXIWart. 1, 3, q. LXXX, art. 4, q. GVII, art. 4. q. CXII, art. 2< 1^2^, q. Xm, art. 6, q. CLXXV, art. 2. P. III, q. IV, art. 1. q. VI,

»t. 1 q. XVIIL art. 4, q. XLVI. art. 1. q. LXXXIX, art. 6. Suppl. q.

Xax, art. 7. .

2. VUa S. Birg. 197.— Le Diplomatarium (V. an. 1344, n* 3778) prouve qoe Cakherioe vivait encore le !•' mai. Ainsi que nous Tavons dit, les débuts 4iTen de Tanoée dans les provinces d'un môme pays expliquent ces contra- 'totÎMii apparentes.

des calices d*or, d'où coulerait'sur son âme le sang du Rédempteur. La vénérable veuve pria et obtint des prières ; elle se dépouilla de ses derniers bijoux et acheta des vases sacrés. De nouveau Tâme de sa bellesœur lui apparut. & Je jouis de Celui que j*aime et je u lui appartiens, s'écria-t-elle : Obéis au Maître ; a tu auras ta place parmi les plus grands d'entre

€ nous \ »

Brigitte concevait quelque idée de Fenfer et du purgatoire. DéfHUreuse de Taider aussi à deviner le sentiment des élus, la très sainte Vierge la mit en présence d'fngeborge.

> Âimes-tu ta fille Brigitte ? » disait la Mère de Dieu ^ cette mère tendre entre toutes.

c -^ Hi^adame, répondait la bienheureuse , vous sa- < vez notre condition : Si elle aime le Seigneur, elle a m'est chèr0 ; jsi elle ne Taime pas, elle m'ei^t haïs* (c sable *. »

Avec la simpliscité qui devenait en elle une seconde nature, Brigitte s'fl|genouilla un jour aux pieds du sousprieur d'Alvastra et lui dît : € Voici les ordres du « Christ : Recueillez, frère Pierre, les révélations € que le Verbe vous adresse par la bouche d'une a femme. Elles briseront les chaînes de certains captifs « du démon. Vous les traduirez en latin, et pour chaque € lettre vous recevrez, non point de l'or et de l'argent, ir mais un incorruptible trésor. » Le moine ne répondit pas. S*il croyait aux relations surnaturelles de la sainte, il ne se jugeait pas digue de les faire connaître aux chré-

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