Hew. vin
gouverné la Suéde pendant le récent voyage du roi, et il ne dissimulait pas le désordre des finances, causé par le luxe insensé de la maison royale, par la prodigalité de la reine envers ses frères *. Souvent, on n'en pouvait douter, Brigitte avait pleuré sur les plaisirs des jeunes souverains, d'autant plus que son fils Charles les partageait avec Tardeur d'un tempérament fougueux. Enfin Birger,le second fils de la sainte, déplorait la faiblesse du roi, près duquel il était retenu par une charge de cour. Docile à toute flatterie, le pauvre prince semblait plutôt le complice que l'auteur du mal fait en son nom. A l'heure présente , cette faiblesse même aida la mission de Brigitte.
Magnus se sentait environné d'un réseau de difficultés, œuvre de ses favoris ; ceux qui avaient causé le mal étaient impuissants à le combattre, et la sainte, dont le jeune souverain n'ignorait ni l'intelligence, ni Ténergie, fut bientôt une confidente et une conseillère. Magnus convint que si les paysans refusaient de travailler et laissaient les champs en friche, c'était que le fisc dévorait tout leur salaire. Brigitte lui démontra l'iniquité de transformer en impôts réguliers les taxes levées dans un moment de nécessité. Elle lui fit sentir combien il était criminel de falsifier les monnaies. Elle lui rapporta les paroles mêmes du Christ et l'accusa de se conduire comme un manant, lui qui dépouillait les voyageurs à main armée et qui permettait, sur les côtes de ses Etats, d'enlever aux naufragés les épaves de leurs biens. « Ajouter l'affliction à l'affliction, quelle
\. Croonkndael, 508.
cruauté impie ! ' » s'écriail-elle; enfin elle le pressa d'exempter d'impôt foncier, pendant dix ans, quiconque reprendrait la charrue et ensemencerait le sol natal. Grâce à ses manières douces et insinuantes, le prince avait gardé quelque popularité. Pour apaiser ses sujets il coQsentit à reconnaître ses torts avec franchise et le fit par une lettre publique.
La noble femme avait obtenu un effort vers le bien. Par tous les moyens en son pouvoir, elle garda son cousin dans cette voie nouvelle. Capricieux et frivole , Magnus entendait se soustraire à l'étiquette comme à un joug. De la part de Dieu lui-même, elle le retint dans le respect du cérémonial qui servait de frein à ses fantaisies. Chaque fois qu'il assistait aux offices des grandes fêtes chrétiennes, qu'il rendait la justice ou quMl créait des chevaliers, elle le contraignit à paraître plein de majesté aux yeux de ses sujets, à fuir avec soin les modes étrangères et inconvenantes. Elle ne voulait pas le laisser manger seul. Il devait employer l'heure du repas à s'entretenir avec ses conseillers du bien de l'Etat'; puis elle Tencourageait à se faire lire la vie des grands hommes, avant de s'abandonner au repos. Passant des actes extérieurs à des devoirs d'un ordre plus élevé; la sainte i*engageait encore à rendre et à faire rendre la justice avec une équité tempérée de miséricorde. • Le juge intègre, disait-elle, doit écouler, discerner,
< sUnformer, éviter les délais, confronter les témoins, M tout peser avec sagesse. Il ne se soucie ni des
< prières, ni des dons, ni des personnes, et il a sur
< toutes choses la volonté de se conformera la vérité. i>
t. fle». F///. 6.
ii6 SAINTE BRIGITTE.
Pour les hommes appelés à participer à son pouvoir, elle entendait que Magnus les choisit parmi les plus désintéressés du royaume, et qu'il nommât de préférence aux charges de TEtat, des seigneurs nourris dans la tradition du devoir quWles imposent, les fils de pères célèbres par leurs services *.
Sa connaissance de la cour aurait suffi pour dicter à la sainte ces sages avis. Cependant ils avaient une source surnaturelle, Téternelle Sagesse d*où Brigitte les puisait. Selon la promesse divine, Jésus-Christ luimême s'adressait au roi par la bouche de sa servante. Le roi Técouta* et des conversions afTermirent sa confiance.
Parmi ses plus chers amis était un parent de Brigitte, Magnus d'Eka. Ce chevalier, riche, beau, heureux, marié à une femme qu'il aimait, père de robustes enfants, s'abandonnait au bonheur et perdait peu à peu le goût des biens éternels. L'austère Prophétesse le fil appeler : « Tu verras mourir ta femme et tes fils, lui ditce elle, tu seras prêtre, et prieur d'un monastère. » L'âme qu'elle frappait de tels coups, elle le savait, était préparée à les recevoir. Le jeune courtisan se soumit aux arrêts divins. Dans la pénitence, il attendit les malheurs qui devaient ranimer son énergie^
Le gendre de Brigitte avait un compagnon d'armes, capitaine des troupes de son château de Falkenberg, qui se mourait alors, non loin de la cour. Depuis trois