Bev. IVy 102. - F///, 3. i
2. Diar. an, 1400. — Gesammelte Nachrichten ûber die einstbestandenen KlOster vom Orden der Hl. Birgitta. 6. Schuh und 6*'* in Muncken, 34.
jours il résistait au prieur d'Alvastra accouru pour le confesser. Sous le faux prétexte qu'il venait de recevoir labsolution, il refusait tout secours religieux. Brigitte intervint. Contemplant en une vision les sept démons dont le capitaine de Falkenbcrg était possédé, elle lui dévoila tout ce qu'il voulait cacher. Le moribond chercha d'autres arguments. N'avait-il pas trop offensé Dieu pour en espérer le pardon ? Soudain des larmes interrompirent ses discours, le repentir pénétra dans son àme, et il consentit à recevoir la sainte Eucharistie. « Pourquoi Dieu s'est-il tourné vers ce brigand ? » disaient le roi et les courtisans. Brigitte put leur répondre. Noire-Seigneur lui avait révélé que malgré son manque de foi et de vertu, le vieux pécheur gardait une sorte de compassion filiale pour les douleurs de la très sainte Vierge. Marie avait offert à son Fils ce faible mérite, et l'immense miséricorde du Sauveur daignait laccueillir*.
De tous les triomphes de la sainte, quelques-uns frappèrent plus vivement l'imagination de Magnus. Elle en remporta surtout d'imprévus dans les repaires où règne le vice. Là Brigitte exhortait à bien mourir et, chose plus difficile pour des femmes «viles et abjectes entre tontes », à bien vivre. Une belle créature, « pécheresse dans la cité », suivit un jour l'épouse du Christ comme la Magdeleine avait suivi le Maître. La lumière divine avait éclairé la pauvre fille, elle contemplait l'amour vrai, elle l'aimait, et celle résurrection morale fut
1. Hev. IV, 97. — Diplom. V, an, 1344, n* 3721. — Proc. Can. Dep, P. éf Attmiro $up. 34» art, f. 226 1». 2«7 r.
Il8 SAINTK BRIGITTE.
un témoignage d'aulant plus éclatant pour l'apostolat de la saiote, que la pénitente avait paru plus souillée '.
Le changement survenu dans les mœurs du roi, le soin jaloux avec lequel il rendait lui-même la justice S l'ordre qu'il prétendait rétablir dans les finances, toutes ces réformes soulevèrent beaucoup de colères. On les aurait fait retomber sur Brigitte, si Magnus, dominé par l'influence qu'il subissait, n'avait prouvé qu'il défendrait sa nouvelle conseillère.
Le roi était dans un de ses châteaux. On vît paraître certain collecteur de taxes que des malversations venaient de faire révoquer. Cet homme regardait, à bon droit, la grande maltresse du palais comme la cause de sa disgrâce, et il osa la maltraiter. Aussitôt le roi intervint avec sévérité. Les courtisans jugèrent diversement cette affaire. Ceux qui sentaient leurs intérêts menacés blâmèrent le roi ; d'autres l'approuvèrent. Mais dans toute la contrée les esprits furent frappés par la nouvelle qui se répandit trois jours après. L'officier du fisc s'élait éloigné du châleau la rage au cœur, et la mort venait de le saisir en pleine santé ; cependant, avant d'expirer, il avait déploré ses toris à l'égard de Brigitte et déclaré que sa fin était une juste punition'.
Au cours delà lutte que la sainte entreprenait pour
I . flrir. VI, 15.— Proc. Can. Dtp. P. de Ahailro ia/>. 31" art. f. 2Î9 reeU. i. Oœ Sveniks Eonungena domsratt. T. Odberg, 11, !03.
3 l'roc. Can. Dep. P. de AlvMlro lup. 19» Krt. f. 307, r. et v. Sur li fai d'une note ajoutée en marge à cette page du procès, on a suppoté qu'il t'agissail de Charles Naikonungsson. Nous trouTOns {Dipl. VI) de» pièceB nignées Je ca chevalier postérieure! au dépari de Brigitte pour Borne.
défendre le pauvre peuple, d'aulres interventions providenlielies affermirent le roi dans ses désirs de réforme. Magnus avait quitté Akersborg et séjournait sur les rives du lac Hieimar, où le collecteur d'impôts était un prêtre indigne de la confiance royale. Notre- Seigneur Jésus-Chrisl lui-même avait, révélé à Brigitte la corruption de cet homme. « Lorsqu'il se prépare « à célébrer le saint sacrifice de la messe , disait « le Verbe, les démons l'accompagnent. Au moment « où Tamict couvre ses épaules, ils jettent de telles € ombres sur son âme qu'il ne pense point combieti « il faut être pur pour monter à mon autel. Avecl'aùbe « il revêt la dureté du cœur. Son étole est le joug « de Satan. En prenant le manipule il trouve lourdes € les œuvres qu*on fait pour Dieu. Sa ceinture lie sa « volonté à celle de Lucifer. Quand il dit le Confiteor^ « les démons répondent : Nous sommes témoins que « cette confession est celle de Judas. Quand il consacre
< mon corps, les anges déchus s'enfuient, mais son « âme reste morte à mes yeux. Pourtant je suis misé-
< ricordieux au point que s'il s'écriait : Seigneur, ayez
< pitié de moi ! je me tournerais vers lui. » Brigitte rapporta au prêtre coupable les paroles du
Rédempteur, et s'efforça de le faire renoncer à sa place, origine de ses péchés. Puis, jugeant l'exhortation inutile, elle s'entremit auprès du roi, afin qu'il donnât les charges fiscales à des séculiers. Magnus répondit *QX désirs de Brigitte. En quittant Œrebro, elle rencontra l'officier du fisc révoqué.
< Qu'avez-vous gagné à me priver de mes hon-
< neurs ? lui dit-il rudement.
« — Ce que le roi a fait, je le lui ai conseillé pour le (L salut de votre âme.
a: — Laissez-moi traverser ce monde comme je peux, c mon âme saura se plaire dans Tautre.
« — Cependant, répliqua Brigitte, il est hors de « doute que si vous ne changez pas de vie, les juge- « ments de Dieu vous condamnent à une mort et à un € châtiment étranges. »
On s'interposa. La conseillère de Magnus continua sa route, et le pécheur ne s'amenda point ; il se fit interdire, chasser de son église, et la tin prédite par Brigitte fut de nature à frapper Timagination du roi comme l'imagination du peuple. Le prêtre indigne regardait fondre une cloche : soudain le métal en fusion brisa le moule, et le malheureux fut englouti \
Tout ce qui aspirait au bien dans l'épiscopat suédois se tournait alors vers la sainte : elle poursuivit de son zèle ceux qui s'éloignaient du Seigneur. Par ses premières révélations, elle était connue du savant archevêque d'Upsal, qui les avait approuvées. Tout entier aux devoirs d'une charge dont il eût volontiers repoussé les honneurs, ce prélat, ardent à sauver les âmes, qu'il allait chercher jusqu'en Laponie, s'occupait des intérêts politiques de sa patrie et secondait l'action de la sainte sur tous. Ses sufTraganls étaient aussi en rapport avec Brigitte, dont la science surnaturelle fut, par miracle, révélée à l'un d'eux, l'évêque d'Abo. Mandé à Stockholm pour traiter des affaires de son diocèse, il mangeait à la table royale près de la
i. Rev. VU 19. — Proc. Can. Dep. P. de Alvastro sup, 29' art, f, 217 r.
noble dame qu'il connaissait depuis leur commune jeunesse et, en silence, il regrettait de ne plus la voir jeûner. Aussi prompte que sa pensée elle y répondit, lui fit comprendre qu'elle pénétrait son âme, l'exhorta à modérer ses propres pénitences, incompatibles avec la vie apostolique, et lui transmit des promesses qu'elle reçut pour lui du ciel*. Les autres prélats suédois n'élaient pas pour Brigitte d'anciens amis ; partant elle se trouvait en relation avec eux. Grâce à son influence, les évéques de Linkœping et de Yexiœ se rendaient dignes de Tépiscopat où ils étaient entrés sans les vertas de leur état^ et celui de Strengnaes marchait dans le chemin de la perfection ; mais il semble que les pasleurs de Yesteras et de Skara étaient trop occupés de leurs intérêts matériels et de luttes contre leur clergé pour chercher la direction d'une main aussi ferme ^
Tout à coup Dieu ordonna à son humble servante de parler aux € anges ^ des sept Eglises de Suède comme saint Jean avait parlé aux anges des sept Églises d'Asie. Dans une vision il les fil passer sous ses yeux. Elle ne les vit pas, comme l'apôtre, sous l'aspect de chandeliers, elle les vit sous celui d'animaux fantastiques.
La première des apparitions figurait Thomas de Malstad, évèque de Yexiœ, fier de sa race et attardé par l'orgueil dans la voie du bien. La seconde représentait le chaste évèque de Linkœping^ trop altier pour un serviteur du Crucifié. La sixième le docte et humble archevêque d'Upsal. La septième l'évêque d'Abo, l'ami
1. Vita s, Birg. 199.— Proc. Can. Dep, P. de Alvastro $up, 3()o art. r. l\% 9. - Rev, VI, 87. Ejttrav, LXXIX, ÇIY.
de Brigitte. Pour les autres, les lumières de la sainte étaient sans doute aussi nettes, mais elle ne voulut pas laisser voir sur qui tombaient de graves reproches. Instruite par cette vision, éclairée par une suite d'entretiens surnaturels avec Noire-Seigneur et la très sainte Vierge, Brigitte s'adressa sans crainte aux évoques suédois.
« Le saderdoce n'est point un emploi qu'on puisse « souhaiter pour les honneurs qu'il donne, » répétaitelle à ces hommes que le siècle tentait encore par l'appâl de l'or, de l'ambition, du progrès dans les dignités ecclésiastiques; « c'est une charge, et si on ne « la porte pas sur la terre elle accablera durant l'éter- « nité. i> Pour tous les actes de la journée, Brigitte traçait aux prélats une règle propre à leur garder ce qu'elle nommait « la vigueur du sacerdoce ». — « L'évêque, « leur disait-elle, est le guetteur mis en faction par Dieu. « Il veille sur les âmes, il les entoure de sa charité. «£ Ainsi qu'un bon pasteur attire ses brebis en leur « présentant une gerbe de fleurs odorantes, l'évéque « attire son peuple par des paroles d'amour ; pour « leur salut il souffrirait tout, les tribulations de la vie a: et la mort. Sa carrière s'achèvera peut-être d'une :c manière vulgaire aux yeux des hommes ; mais lorsî qu'un tel évêque ira, selon la parole de saint Paul, « recevoir l'honneur qui lui est dû, les anges, les saints « et le Sauveur lui-môme se porteront àsa rencontre ' . i
i. Hev. ///, 1, 2, 3, i, 10, 13. 19.— /F. 97, 125, 126- K/, 22, 53. ExtrMv. LXXIX,— Sver, Hist, IL U. — Hist. mêtrop. eecles. Upsal. Scrip. Ill, 49, 50. — Chronicon de Archiepiscopis Up8aliensU)U8 — Chr. Episcoporum Finlandensium — Continuatio Ghronici Episcoporum Wezio-
Les simples prêtres n'étaient pas, pour Brigitte, l'objet d'une moins vive sollicitude. Comme à Tévèque, elle traçait au curé un règlement de vie plein de sagesse. Si elle Tentretenait surtout du spirituel, des mérites qu'il amassait, même quand sa paroisse semblait sourde à sa voix, elle n'oubliait pas Tadministralion du temporel. Payer- ses dettes était, à son avis, un devoir absolu au point qu'il fallait faire passer les droits des créanciers avant ceux des pauvres.
Ce que Brigitte ne se lassait pas de répéter au clergé, c'était l'adorable confiance du Christ en ses ministres. ( Les prêtres font une chose que tous les prophètes et les anges ^ seraient incapables d'accomplir. Leur parole appelle le Rédempteur sous les espèces sacramentelles; aussi comment comprendre que des prêtres aient la lâcheté de le trahir alors qu'il se livre sans défense? Leur trahison est de toutes la plus perfide, puisqu'ils sont liés au Christ par un indissoluble lien d'amour. »
Avec un élan où l'on sentait l'inspiration divine, Brigitte insistait sur les grâces infinies que le ministre de l'autel reçoit dans la célébration des mystères sacrés. Fùt-il indigne du respect des hommes et de la miséricorde céleste, ne crût*il même plus en Dieu, dès qu'il prononce les paroles Hoc est enim Corpus meum ', les
Mminiii.^ Chron, Hhytmicum Epiic. Lincopensium, — Chronicon Epi- Koponim Arosiensiiim — Chron. Rhyt. Episc. Scarensium. Script, //MOO. 10t. 133. 13MU6, 124, 118. -^ Ifhij%el, Episcopos. 331.
t. C(r. 5. Thom.p. lU. q. LXIV. art. 7.
î. Cfr. 5. Thom. p. III. q. LXXXlf. art 6. — En ce temps où les mnin du clergé étaient corrompues, Brigitte ne se lasse pas de répéter ^e le» vices du ministre n'empêchent pas la consécration des saintes espaces.
démons tentateurs perdent leur pouvoir sur lui. Il recouvre le libre exercice de sa volonté ; il peut, s'il ne garde pas d'affection à son péché, offrir son repentir à Celui qui le sauvera. Mais pour nombre de prêtres, rÉternel est une idole qui leur sert à exploiter la piété des fidèles. Brigitte rappelait encore au clergé suédois, difficilement plié au célibat par TEglise, que la chasteté est indispensable aux ministres des autels, comme elle le fut aux apôtres ; puis elle leur prouvait que leurs mauvais exemples perdaient les âmes, et souvent elle répétait : « Dieu vous fait des médiateurs c< entre lui et Thomme. Vous possédez les clefs qui ou- « vrent le ciel, et vous le fermez en répandant le mal « au lieu du bien. »
Terrible, foudroyante, comme si le dernier jour du monde était venu, la menace du Juge suprême traversait Textase de Brigitte. « Maudits soient ces prêtres '( infidèlesy disait le Seigneur ; maudit soit le pain « qui nourrit leurs corps destinés aux flammes de rente fer; maudite leur entrée dans la vie ! Malheur à eux 'C de ce qu'ils ont été prêtres ! nul ne souffrira davan- « tage durant Téternité. C'est par mon clergé et mon « autel que je commencerai mon jugement. L'Église « s'éloigne du Christ, et sans les prières de latrès sainte « Vierge il n'y aurait pas, pour elle, de miséricorde. »
Au cours de ces révélations, qui ne s'adressaient à aucune personne particulière, Brigitte en reçut de spéciales sur certaines âmes que le Seigneur poursuivait de son adorable tendresse. Un jour, la sainte entra chez un ecclésiastique dont la vie était pour la ville de Stockholm un véritable scandale.
SES RÉVÉLATIONS A LA SUÈDE. i 2.H
« Le Christ, lui dit-elle, me révèle que votre âme se « dérobe à Tamour divin et se donne au monde. Vous
< croyez pouvoir offenser Dieu ; mais moi j'ai assisté
< à votre jugement. J'ai vu votre âme réclamée par « Satan et défendue par la miséricordieuse Mère du « Rédempteur. Repentez-vous. »
Le prêtre sourit avec dédain. Brigitte ne se laissa point intimider, et lui raconta la condamnation d'un chanoine à laquelle une vision Tavait fait assister. C*était un homme d'illustre naissance. Il venait de se marier, grâce aune fausse dispense. Brigitte ne révéla point son nom; elle répéta seulement l'arrêt porté contre lui. « Malheur à cet homme d'avoir été créé ! » disait Dieu le Père; Jésus-Christ regrettait que sa passion ne rachetât point le pécheur, et le Saint- Esprit déclarait n'avoir pu pénétrer le cœur rebelle du mort. Puis les trois voix, fondues en une seule, proclamaient qu'on ne devait pas le ciel à l'âme jugée. La Mère des Miséricordes se taisait, les élus s'éloignaient, et les âmes du purgatoire repoussaient le damné, qui disparaissait en blasphémant. L'abandon final dans lequel reste la créature tant aimée, tant disputée aumal jusqu'au moment de la damnation, était bien fait pour émouvoir et frapper d'effroi. Les arguments ne manquaient pas d'ailleurs â Brigitte; mais son ardente charité resta impuissante contre les habitudes perverses du pécheur. Il mourut peu après. La foudre tombant sur lui consuma le corps souillé qui offensait Dieu, tandis que, ravie en extase, la sainte entendait l'âme coupable se juger elle-même et se déclarer digne du feu é*erncL
126 SAir<TE BRIGITTE.
Les deux terribles sentences auxquelles assista Brigitte Teussent découragée de sa mission, si le Seigneur ne lui avait adressé pour le clergé des paroles d'amour, dont rien dans TEcriture ne surpasse Tinfinie tendresse. « Courez avec moi, disait le Bon Pasteur à ses prêtres <t et même aux chrétiens de bonne volonté ; relevons, <r réchauffons les brebis que j'ai portées sur mes épau- « les meurtries, que j'ai payées d'un si grand prix. 0 (c mes amis ! j'aime si tendrement mes brebis que pour a: n'en être point privé je les rachèterais une à une au « prix de ce que j'ai souffert pour toutes sur la croix. « Mon cœur crie à mes amis, n'épargnez ni vos forces cr ni vos biens à mon service, puisque l'amour m'a fait « tout souffrir pour vous. J'ai supporté l'opprobre « afin de proclamer la vérité ; ne craignez pas de subir a des injures pour me rendre témoignage. J'irai au- (( devant de ceux qui travaillent avec moi et portent « mes brebis. Je les secourrai, et comme salaire je me ^ donnerai à eux *. »
Mieux encore que vers les prêtres, Brigitte se sentait attirée vers les ordres religieux. Elle comprenait, de plus en plus, que Dieu l'appelait par une vocation semblable à la leur, aussi était-elle portée à parler de Jésus-Christ à ces intimes amis du Maître, à leur redire les révélations qu'elle recevait du ciel. Lorsque, dans un cloître, il fallait ranimer les défaillants et prévenir les chutes, on y appelait la sainte. Elle ne semble pas s'être occupée des frères Mineurs ; rhum-
1. Rev, I, 28, 47, 48, 49, 59. - IJ. 2. - IV, 41,43, 58,59, dl, 65, 63, 65, 80, i32, 133, 134, 135. — VI. 26, 29.
ble tertiaire franciscaine n'eût sans doute pas été prophète en son pays. Elle se tourna vers Tordre des Prêcheurs, alors le plus influent de Suède, et devint Tamie des couvents de Stockholm, de Skokloster, de Skara, de Skeninge et de Calmar. Son action s'étendait même aux groupes répandus sur les vertes tles du Mslar, aux lointaines fondations de Visby, d'Arno et d'Abo, aux. Dominicains norvégiens et danois. Mais elle fut surtout en rapport avec deux maisons : celle de Skara et le grand couvent de Sigluna, fondé du vivant même de saint Dominique, et placé par Tautorité royale sous la protection du frère de Brigitte : Israël, lagman d*Upland^
Au couvent de Skara , la tille de Saint-François retrouvait la pauvreté, qui ne connaît d'autre négoce que celui des âmes. Les cellules des religieux, dans lesquelles ils consacraient avec amour la nuit au Seigneur, après avoir donné le jour au prochain; leur salle de chapitre où, parla pénitence, ils effaçaient, dès ce monde, la peine du péché ; leur réfectoire dont Tabstinence était la règle et le jeûne la coutume; leur cloître, qui même dans ce climat respirait le parfum de l'arbre de saint Dominique, toute la maison enfin, avait on aspect d'austère dénuement. Mais l'église off'rait au Dieu de TEucharistie une demeure où l'architecture traduisait, en quelque sorte sous sa forme propre, l'esprit de l'ordre, où le génie de Tartiste, comme la fantaisie de l'ouvrier, portait le sceau dominicain. Les sveltes ogives, forçant les pierres elles-mêmes à monter, s'élan-
UDiplom, V. an, 1344, n* 3198.
çaient vers le ciel ; el les forêts de colonnes présentaient Tordre el Tharmonie sans lesquels il n'y a pas de majesté. Pour Brigitte, la chapelle se peuplait des nombreux saints, qu'en un siècle, la jeune famille avait donnés à l'Eglise. Elle les connaissait grâce aux livres et aux sermons, et elle avait été éclairée au sujet de saint Dominique par la Reine du ciel. Marie lui confirmait ce qu'on raconte de la mort du bienheureux.
« Dominique a regardé mon Fils comme son il Maître, disait la Mère de Dieu, et moi il m'a aimée « plus que son propre cœur. Sa règle combat les trois « vices qui déplaisent le plus au Seigneur : l'orgueil, « l'avarice et la concupiscence de la chair. Le signe « spirituel qu'il imprima au bras gauche de ses frères c est une mystique croix rouge destinée à leur rappeler « la passion du Christ, et leur devoir de prêcher TEvan- « gile. Il leur a mis sur les lèvres la vérité, il leur a « ordonné de l'aimer. Quand l'heure vint pour Domi- « nique de recevoir son salaire, quand Jésus l'avertit <c qu'il allait l'appeler, le mourant se tourna vers moi a: et me dit : — Marie, Reine du ciel, que Dieu lui-même i a choisie pour unir sa divinité à son humanité, vous « êtes la Vierge et la Mère par excellence : la Toute- « Puissance est née de vous; écoutez donc celui qui « vous supplie, vous sachant toute-puissante. Adoptez « les frères que j'ai réchauffés sous mon étroit scapu- « laire ; que votre ample manteau les protège. Gouver- « nez-les, embrassez-les de telle sorte que l'antique « ennemi ne puisse prévaloir contre eux. Empêchez le a; démon dWracher la vigne nouvelle plantée parla
« main de votre Fils. En attirant les âmes, nuit et « jour je priais Dieu pour elles. Maintenant je vous
< confie mes fils, portez-les, instruisez-les comme une € mère. >
Avant d'entrer dans la gloire éternelle, Dominique fut honoré d'une réponse de la Vierge. Se servant des mêmes images que le moribond, Marie lui avait dit: € 0 Dominique, mon très cher ami, puisque tu m'as « aimée plus que toi-même, je soulèverai mon man- « teau, je défendrai et je protégerai tes fils. Tous ceux « qui persévéreront dans ta règle seront sauvés. Mon <f manteau figure ma miséricorde, que je ne refuse à c nul de ceux qui l'implorent. »
Cette protection de la Vierge-Mère s'étendait tout particulièrement sur le couvent de Skara. La sainte le sentait chaque fois qu'elle pénétrait dans le monastère. Elle y vena'it souvent s'édifier au contact des vertus du prieur, frère Algot, qui subissait depuis trois ans les tortures de la pierre. Ses yeux, usés par les veilles, ne voyaient plus, la volonté de souffrir subsistait seule en son être. Un jour pourtant, tandis que Brigitte Tentretenait, il désira quelque répit à ses douleurs et la pria d'en obtenir l'allégement, a: Algot est une « étoile brillante, répondit le Sauveur à celle qui l'in-
< voquait. Il ne convient pas que la santé de son corps « ternisse l'éclat de son âme. Sous peu son combat
< finira et il sera couronné. » Puis, ému de compassion, le Maître ajoutait : « Afin de te prouver la véritéde mes « paroles, j'adoucirai les peines d'Algot et j'accroîtrai son
< amourpourmoi. ]> Le religieux souffrit moins et aima plus encore le Seigneur Jésus, jusqu'au moment où la
1?0 SA13rnS BRIGITTE.
mort mit le sceaa aax douleurs de sou corps et délivra sou Ame. Brigitte priait près de lui. Elle fut ravie en extase et le contempla qui montait vers le ciel pareil à un astre au moment de son lever. « Vois, dit le Maître 4 i sa servante, durant sa vie cette âme brillait, « se consumait et m'aimait. Elle a subi le purgaf toire dans la prison de son corps ; maintenant € elle demeure en moi, et moi en elle pour son éterc nelle joie '. »
Les frères de Sigtnna ne vivaient point sous une direction aussi sainte et dans un esprit aussi conforme à la règle que ceux de Skara. Depuis 4265, le souverain pontife permettait aux Dominicains suédois de posséder. Le Grand Convenir devenu la résidence ordinaire du provincial de Dacie *, s'enrichissait ainsi par des dons successifs, au point de ne plus comprendre la pauvreté. La partie de édi&ce habitée par les religieux ne ressemblait guère à la « maison humble et modeste » exigée par les constitutions. L'église n'était pas, comme celle de Skara, l'acte de foi visible et tangible de l'ordre envers Dieu. Fastueuse, banale, elle respirait un luxe qui occupait les regards et troublait la prière. Ses voûtes immenses, ses nefs trop vastes lui donnaient l'aspect d'une grande solitude que les fidèles avaient de
i. Rev. vif 31, 35.— Vita S. Birç, 195.— Proc.Can. Dep. P. de Ahastro, êup, 39* art, f, 214 v. Algot n*appartenait pas à Tordre de Sainl-François, comme le veut Wadding, dont Terreur est reproduite par les auteurs mo« demes. Les confesseurs de la sainte disent quMl était prieur du couvent des frères Prêcheurs, et dans sa déposition Pierre d*AIyastra déclare que Thistoire d'Algot lui a été racontée par le provincial des Dominicains.
2. Le lecteur n'ignore point que Tordre de Saint*Dominique est divisé en provinces ; celle de Dacie comprenait tous les couvents Scandinaves.
la peine à remplir. Ils accouraient en foule aux offices, quoiqu'ils n'y fussent point attirés par des apôtres dignes de prêcher l'Evangile et d'en faire pratiquer la morale.On les y appelait par de pompeuses cérémonies ; par la beauté des chants, dans lesquels le musicien cherchait bien moins la gloire de Dieu que son propre succès ; par des prédications savantes, qui n'étaient plus un efifet de la grâce, mais un effet de l'art , où réloquence, toujours mondaine, triomphait parfois plus que la doctrme. Eu reprochant ces choses aux Prêcheurs, Brigitte ajoutait :
c LaMère de Dieu me révèle que dans ce vaste temple tt elleaperçoit des corps, mais pas de cœurs. Il y a moins c d'âmes sous son large manteau qu'il n y en avait
< naguère sous l'étroit scapulaire de Dominique. » Pour être mieux comprise, la protectrice de l'ordre avait parlé â Brigitte en parabole : « Vois cette vallée, • lai disait-elle, les brebis de Dominique y paissent, un « larron les attaque et le saint vient du ciel au secours
< de sa famille. Ce troupeau est à moi, assure-t-il, je « l'ai nourri, élevé, formé et enseigné. Mais le voleur
< lui répond: Tu conduisais tes brebis suivant la volonté c divine, moi je leur ai appris à n'aimer que leur volonté « propre. Mes flatteries l'emportent sur ton austère « bonté ; maintenant elles écoutent ma voix et recher- « chent mes pâturages. Leur libre arbitre m'a choisi. « Je les tiens pour mes brebis. — Voilà ma marque, ré- « plique le saint. — Reconnais aussi la mienne, répond > Satan ; et Dominique ne retrouve que bien rarement
< sa croix rouge au cœur des brebis. Elles ne veulent i plus chercher leur bonheur dans une vie pauvre et
132 SAlN'tE BUIGITTE.
« chaste ; aussi le chasseur les percera de ses flèches et « les pâturages demeureront aux plus fidèles. 0 mes a bien-aimés! s'écrie alors le père de Tordre, souvenez- <c vous que rhonneur céleste récompensera votre humi- « lité, la richesse éternelle votre pauvreté, la possession « de Dieu votre chasteté, et la vie bienheureuse votre ^ mépris du monde. Mais peu d'âmes, hélas I écoutent « Dominique et se résignent à ne posséder que ce que <i la règle permet. Le démon est là avec l'or, les volup- « tés et les joies du temps présent ; il les tente, il les « entraîne. — Regarde, continuait la très sainte Vierge, <c les enfants de mon illustre ami Dominique sont peu « nombreux à suivre la règle, moins nombreux encore a: à s'élancer sur les traces de leur père. Tous n'enlen- « dent pas la voix du Fils de Dieu qui répète : Venez a: à moi, et je vous soulagerai en me donnant à vous, if Du général, la sainte passait quelquefois au particulier. Sans le nommer elle donna des nouvelles d'un pauvre mort. Elle avait assiisté en esprit à son jugement et à sa condamnation. Appelé par la même vocation qu'Algot, ce malheureux était cependant plongé pour jamais dans la honte et les maux de l'enfer, au lieu de partager avec lui la gloire et la béatitude éternelles. Sept démons lui avaient inspiré la superbe, la cupidité, la rébellion, la gourmandise, la vaine gloire, l'esprit de propriété et le mépris delà religion. 11 s'étaitsoumis à leur empire durant sa vie, maintenant il leur appartenait. Brigitte révéla aussi le sort d'un frère qui expirait peu de jours auparavant d'une manière étrange. Depuis trois ans les infirmités l'accablaient. Son corps tombait en corruption et il ne
savait plus que répéter avec patience : « Seigneur « Jésus, ayez pitié de moi ! j> L'approche de la mort lui fit trouver d'autres paroles : « Je désire... articulaient € ses lèvres, jedésire... je désire... viens, ô mon désir ! :«) Interrogé sur ce qu'il souhaitait, il répondit : « Dieu ! « Je me réjouis tant de le désirer et de le voir, ajoutait- « il, que s'il fallait vivre cent années en cette infir- « mité, je vivrais content. » Minuit sonna et, entraînée par an élan de joie, l'âme du convers abandonna son corps. c( 0 ma lille, dit l'Epoux divin à son épouse, les « seigneurs et les maîtres ne veulent pas se faire i petits et venir à moi; aussi je recueille les pauvres et « les simples d'esprit. Ce pauvre, ce simple a trouvé « ane sagesse supérieure à celle de Salomon, des ri- € chesses qui ne vieilliront point, et une couronne qui « augmentera toujours dans la durée éternelle. Dis au
< frère qui faisait pénitence en le servant, que par ce « service il a mérité d'être délivré de ses tentations,
< d'avoir la force spirituelle et de mourir joyeusement *. d Les frères Prêcheurs, que les souverains pontifes érigeaient sans cesse en réformateurs des autres ordres, se recueillirent à la voix de l'humble tertiaire. Selon ses conseils, le prieur rappela le couvent à < l'obserc vance de la paix, à la garde de l'unité ». Le provincial, frère Katilmond, revint le premier à la pratique de la règle. Cet habit « ni trop fin, ni trop rude », que Marie montrait à sa servante au cours de leurs entretiens, ne lai plaisait pas. Il obéit pourtant aux ordres de la sainte etse dépouilla des vêtements riches qu'il portait, malgré