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son vœu de pauvreté ; il ne voulut plus désormais d'autre parure que son scapulaire, d'autres adoucissements aux rigueurs primitives des constitutions que les adoucissements permis par le pape. Il demandait en même temps des conseils et des lumières à l'extatique. « Votre volonté n'est pas assez unie à celle da « Christ, lui dit - elle. La Mère des Miséricordes, « voyant votre péril, vous a appauvri en biens, en santé, « en intelligence, aGn que votre soumission vous valût c Téternelle richesse, réternelle vigueur, la connais- « sance et la vision de Dieu. Mais vos prières réclament « ce que le Seigneur vous ôte et, pour votre malheur, « vous l'obtenez. Abandonnez- vous, au contraire, à votre « frère, le Verbe Incarné, et ne désirez que lui. » L'obéissance de Eatilmond fut si complète, sa pénitence fut si sincère, qu'elle lui valut la grâce d'une admirable vision. A la clarté des lumières célestes, il aperçut la réformatrice de son couvent. Le feu sortait des lèvres de Brigitte, il enflammait le Nord, le Sud, l'Orient et l'Occident, tout le vaste champ de travail que la famille dominicaine arrose do ses sueurs ou de son sang, et il fécondait les travaux des Prêcheurs *.
Parmi les religieux, il y en avait d'incrédules aux révélations de la sainte, de rebelles à ses conseils. On remarqua qu'ils périssaient misérablement ; punition de Dieu ou coïncidence, ces morts extraordinaires frappèrent les esprits et augmentèrent le prestige que la vénérable veuve s'était acquis par ses vertus.
Les Dominicains suivirent les inspirations de Bri-
1. R^v. ly, 30. — Proc. Can. Dep. Kater. sup. 31« art. f. 134 r.
gilte sur un sujet qui occupait singulièrement les chapitres généraux. Il s'agissait de Télévation des membres de Tordre à J'épiscopat. Depuis sa fondation, le couvent de Sigtuna était une pépinière de prélats. Son premier prieur, frère Jean, avait été appelé successivement aux sièges d'Abo et d'Upsal. Un provincial de Dacie, parent de Brigitte, venait do mourir dans cette dernière charge, en odeur de sainteté. Pour la seconde fois, le siège de Vesteras appartenait à un domim'cain. Cette participation aux honneurs de TEglise n'était point approuvée des pères primitifs. A Topmion dubienheureux Jourdain de Saxe, il valait mieux porter en terre un religieux que de le voir sacrer évêque ; ni lui ni ses successeurs ne permirent jamais aux Dominicains d'accepter Tépîscopat par l'élection des chapitres; il fallait que la volonté du souverain pontife les y contraignit. Même en ces conditions, le religieux, devenu prélat, était comme étranger à la famille ; une grâce du chapitre général pouvait seule lui rendre l'entrée de son clottre. C'était là une situation complexe, et la sainte transmit aux frères Prêcheurs les enseigne* ments de leur Reine. « Ceux qui désirent Tépiscopat « pour l'amour du monde ne sont pas dans la règle « de saint Dominique, déclarait Marie. Ceux qui
< Tacceptent pour un motif raisonnable n'en sont point
< exclus. Si, à l'exemple du bienheureux Augustin, ils « ajoutent l'austérité de la règle à la charge de l'épîs- « copat, ils méritent même une double récompense. « Malheureusement la plupart des frères oublient le « cloître et sa loi, non point à cause des travaux, mais « à cause des honneurs de leurs fonctions. » Afin de
!36 SAINTR BRIGITTE.
mieux définir sa pensée, la très sainte Vierge montrait à Textatique deux évêques de Tordre. L'un, entré dans Tépiscopat pour y parvenir aux dignités, pour commander au lieu d'obéir, cachait sa cupidité sous des dehors pauvres et humbles; il voulait qu'on le supposât un saint. L'autre acquérait de grands biens, et les distribuait d'une main libérale, espérant qu'on célébrerait sa miséricorde et sa charité. Ces Dominicains, l'un vieux, l'autre jeune, n'étaient point des êtres fictifs, mais bien des prélats contemporains. Le plus coupable méprisa les avis de Brigitte, et l'on assure qu'il mourut au moment où, durant une extase elle l'entendait condamner par l'éternelle justice. Quel étaitil ? Vivait-il en Norvège, ^n Danemark ou dans quelque pays parcouru autrefois paria sainte? On ne sait; seulement on a la preuve qu*il ne résidait point en Suède. A cette époque, le seul prélat qui appartînt à l'ordre était l'évèque de Vesteras, et ses contemporains ne purent le considérer comme le coupable désigné^ puisqu'il resta, longtemps encore, à la tête de son diocèse *.
Sur ces entrefaites, un message de Pierre Olafsson rappela Brigitte au monastère d'Alvastra. Elle se hâta d'accourir, croyant retrouver la paix de sa cellule. C'était la croix qui l'attendait. Son fils Benoît faisait ses études parmi les écoliers du couvent. Dès son entrée, on l'avait, suivant l'ancien usage bénédictin,
1. Bev. in. 3, 15, 16. — Chron, Episc. Finlnnd. et Aroxifn. — Chron, de Anh. Upsal. Srrip. ///, 133,124,48 et 100. -^ Diplom. V, n"* 4002, 4U03, 4010. — Ericus Benzelius, monum. veter. Eccles. Sveogotica. MDCIX, IIL 40. - Quetifet Echard. I. 25 et 2*^.
revêlu de Thabit de l'ordre, pieuse cérémonie qui n*engageait point l'avenir; mais Benoît ne semblait pas devoir quitter le froc blanc des Cisterciens. Par sa piété? sa mortification, sa charité, il appartenait à saint Bernard, et maintenant la mort menaçait cette jeune vie. En qui espérer, sinon en Brigitte dont les prières étaient si souvent exaucées? Lorsque la pauvre veuve, rentrant à Alvastra, vil son enfant torturé par la maladie, elle se troubla. Pourquoi cet innocent, pur comme au jour de son baptême, sou(Trait-il ainsi? Et le problème de la douleur, le plus redoutable que Dieu présente à Thomme, et que l'homme ne résoudra jamais par ses propres lumières, se dressa devant elle. Benoit n'avait mérité du ciel aucun châtiment. Expiait-il donc les péchés de sa race? A cette pensée, la malheureuse Brigitte se frappait la poitrine, elle s'offrait à la place de son fils en victime expiatoire. Soudain Satan lui apparut sous une forme visible. € Femme, disait l'esprit de ténèbres, pourquoi « t'affaiblis-tu la vue en versant des larmes? Crois-tu " Jonc que l'eau monte au ciel ? » Brigitte se détourna du séducteur. Elle redoubla ses prières à Jésus-Christ, et il lui fut donné de contempler le corps ressuscité du Fils de Dieu. « Je vais mettre un terme aux souf- « francesde cet enfant, qui seront éternellement récom- " pensées, dit le Mail re à sa servante. Tu appelais
< Ion fils Benoît, le béni de Dieu ; appelle-le main-
< trônant le fils de tes prières. i> En même temps une douce harmonie remplissait la cellule de l'enfant et berçait ses maux. Il entendait l'écho des chants célestes, il sentait tomber sur lui l'ombre de l'éternelle paix, toute
138 SALNTE BRIGITTE.
souffrance avait cessé! Cinq jours après, sans lultc el sans angoisse, il s'endormit dans les bras de sa mère et s'éveilla dans ceux de la Mère de Dieu ^ Brigitte ferma doucement les yeux dont elle avait vu le premier regard, la bouche dont elle avait entendu la première parole, et ne murmura point. Les déportements de Charles, son fils aîné, lui faisaient connaître des douleurs pires, des séparations plus complètes que les douleurs et les séparations causées par la mort.
La sainte resta au monastère d'Alvastra. Notre- Seigneur l'avait avertie qu'elle y demeurerait pour un temps, non point en dépit de la règle bénédictine, mais grâce à une exception favorable aux décrets providentiels. « Ne voit-on pas, même dans l'ancien Tesla- « ment, disait le Christ, la lettre de la loi se plier à la « nécessité, et David n'a-t-il pas été nourri des pains de « proposition ? » Cependant, si le sous-prieur Pierre et lés anciens compagnons de Brigitte à Compostelle jugeaient sa présence un sujet d'édification, plusieurs moines étaient scandalisés. Tant qu'on avait supposé que la veuve s'éloignerait du tombeau de son mari, ses premières larmes séchées, on avait gardé le silence; mais en la voyant s'installer près du couvent, les murmures éclatèrent. « Cette femme est folle! » s'écriait Dom Paul, exprimant la pensée d'un grand nombre de religieux. Un jour on lui rapporta ces propos. « Béni « soit Dom Paul ! répliqua-t-elle. Il me connaît f( bien. Oui, j'ai été folle, j'ai aimé le monde plus que « mon Dieu. Demandez-lui de prier pour moi ; main-