VitalS. Birg. p
SES RÉVÉLATIONS Â LA SUÈDE. i39
« tenant je désire aimer Dieu seul et ne plaire qu'à
< Dieu. » Eclairés par tant d'humilité, les moines recon- Dorent que si la recluse d^Alvastra était foUe^ c'était de lafolie de la croix prèchée par TApôlre. La vertu de la pauvre veuve suffisait à la faire tolérer. Notre-Seigneur entendit que son épouse ne fut point subie^ mais vénérée.
Il y avait au monastère d'Alvastra un saint homme, DomGerekin, qu'on savait en relations surnaturelles avec la Vierge-Mère et les neuf chœurs des anges, et qui voyait, assurait-on, l'hostie sacrée s'animer en ses mains. Il gémissait lui-même devant le Saint-Sacrement de ce qu'au mépris des anciens usages, on souf^ frait la présence d'une femme dans l'enceinte du monastère. c< Brigitte est l'amie du Seigneur, dirent Us
< anges au religieux, leur familier ; elle est venue près « de ton couvent afin de cueillir, à l'abri de la monta- « gna, des fleurs qu'elle emportera au delà des mers, « pour guérir les peuples. » Ces paroles, qui prêtaient anx fleurs du mont Omberg comme un parfum mystique, destiné à répandre au loin l'esprit de saintBernard, retentissaient encore aux oreilles de DomGerekin, lorsqu'il aperçut la pieuse veuve dans la chapelle. L'extase soulevait Brigitte de terre et la soutenait au centre de la belle nef romane de l'édifice. Mille rayons lumineux jaillissaient de ses lèvres entr'ouvertes. « La sagesse sort « de la bouche de cette femme, continua la voix des « anges; comme signe de la vérité de ce que tu en-
• tends, sache qu'elle t'annoncera Theure de ta mort,
* de la mort que tu désires, et qui t'emportera afin que ^ ta ne voies pas les maux prêts à fondre sur cette mai-
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« son. 3> Au sortir de son ravissement, Brigitte pré- (lit à Gerekin que la suprême libératrice TaUendait. Sans hésiter, le vieillard appela trois de ses frères : « Venez, Pierre, venez Olaf et Thordo, hâtez-vous, » s'écria-t-il, cédant volontiers à la mort. Ceux qu'il appelait à l'éternelle vie, le suivirent joyeux.
Brigitte lisait dans Tâme des Cisterciens qui traversaient le chœur de Téglise. Parfois elle constatait que les trois vœux de religion n'étaient pas observés de tous les moines, et si la souffrance du corps, les doutes de l'esprit ou les défaillances de Tâme assaillaient les moins courageux, elle les invitait à lui demander du secours.
Frère Nicolas ne pouvait plus, depuis de longues années, croire à la présence réelle de Jésus- Christ dans l'Eucharistie, ni aux faveurs célestes prodiguées à la très sainte Vierge. Brigitte lui parla du Dieu vivant en termes de feu. Nul ne le pouvait mieux faire ; car, le jour de la Pentecôte, elle avai t vu l'hostie sous laforme d'un agneau environné des flammes que seul l'Esprit-Saint allume. Après avoir raconté cette vision, elle lui rapporta aussi qu'un autre matin elle avait contemplé, au moment de l'élévation, le Christ ressuscité. «Je vousbénis, croyants, « disait l'apparition, je serai le juge de ceux qui ne « croient pas. » Grâce aux raisonnements et aux récits de la sainte, le moine retrouva la foi et mourut dans un élan de charité. Pendant la nuit de Noël, Brigitte obtint la guérison d'un infirme attristé de ne plus pratiquer sa règle. Quant à ses visites aux malades, leurs fruits ne se comptaient plus. Frère Pierre, le portier du couvent, avait atteint ua haut deçré de vertu.
.Naïvement il demanda à la vénérable femme s'il valait mieuxsouffrir pour Jésus-Christ, ou mourir afin des'unir à lui. Aussitôt Brigitte prédit que le soir même Téternelle Sagesse rappellerait, et le soir même il mourut. Le lendemain on . mena la sainte auprès d'un convers dont Tagonie semblait ne pas devoir finir. On ne comprenait point comment la vie pouvait lutter ainsi contre la mort. C'était la miséricorde divine qui disputait le malheureux frère au démon. Brigitte le décida à se confesser de péchés qu'il cachait depuis longtemps, et il expira en disant: Benedictus Deus qui te misit ad me. Un vieux moine finissait sa vie comme un hérétique. Pendant dix-huit années il s'était tenu loin de son couvent, oublieux de sa règle, et il y avait rapporté une foi vacillante et faussée. La terreur des jugements divins lui faisait prétendre qu'il n'y aurait point de damnés. Incapable de concevoir les visions des âmes pures, il assurait que Dieu ne parlait à aucun vivant, et que les hommes ne le verraient point avant la fin du monde. Brigitte trouva des arguments que le Cistercien goûta. Elle lui prouva la toute-puissance divine et, hardiment, elle lui parla de la mort. D'abondantes larmes inondèrent le visage du vieillard ; les ténèbres dont son orgueil lavait enveloppé se dissipaient. Lorsqu'on lui apporta les derniers sacrements, il réunit ses frères et leur dit avant de mourir : « Dieu m'a fait miséricorde. Il a reçu « ma contrition. Priez pour moi, je crois tout ce qu'en- < seigue la sainte Eglise notre mère^ ». Vers cette époque, un grand seigneur fut enterré
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dans la chapelle d'Âivastra. On demandait aux belles cérémonies des moines de jeter un dernier éclat sur ce pauvre corps, usé au service du monde. L'office touchait à sa fin^ quand Brigitte apprit par révélation surnaturelle que rhomme auquel on accordait les prières solennelles de l'Eglise était excommunié. Le prieur, qui ne l'ignorait point, consentait, pour de l'argent, à enfreindre les lois ecclésiastiques ; aussi le Verbe disait avec sévérité : t Ce prieur pèche contre Dieu le Père, « qui défend de faire acception de personnes et d'ho- 4 norer le riche. Il pèche contre FEsprit-Saint qui est € la communion des fidèles, puisque parmi eux il ence terre un impie. Enfin il me méprise, puisqu'il rend des « honneurs à un homme que TEglise a condamné. La « mort va châtier ce religieux indigne ; la première « fosse ouverte après celle de Texcommunié sera la « sienne. » Pressée par la charité, la sainte rapporta cette vision et d'autres encore qu'elle avait eues à son sujet, au coupable prieur. Il se repentit. Quatre jours après son dernier péché, il quittait la terre dans les sentiments auxquels le Rédempteur promet le pardon *.
Dom Pierre fut alors nommé prieur d'Alvastra. Sans tenir compte dos changements que les défaillances, suivies de réformes, avaient apportés à la règle de saint
Dep. P. de Alvastro sup, 17* art. f, 206 r., sup. 30o. 34», 33o et 37' art. f, 218, 223. 225 v. et 227 r.
1. Hev.I, 13.— /F, U,23. — VUa S. Birg. 197-201. Les textes disent simplement, « Prior Ordinis Cisterciensis ; d mais Tenseinble des documents fait supposer qu'il s'agit du prédécesseur de Pierre comme prieur d'Alvastra .
Benoit, Brigitte entretint le monastère des révélations de la très sainte Vierge sur leur premier fondateur, le patriarche des moines d'Occident, a: Le bon abbé Benoit^ « déclarait la Reine du ciel, aurait pu se sanctifier dans « le monde ; mais le Seigneur l'appela sur la montagne c afin d'exciter d'autres hommes à la perfection^ (c par son exemple. Pour qu'il devînt un foyer^ la 't Providence entoura Benoît de nombreux compagnons, « Il leur écrivit une règle, qui guidait chacun selon sa « disposition^ fût-il confesseur, ermite, docteur, ou ff même martyr, de sorte que plusieurs moines devin- € reat parfaits à l'égal de leur père. Maintenant, on « juge l'ordre de Saint-Benoît en décadence ; sa lumière, « sa chaleur, son parfum, disparaissent sous les fumées « de la luxure et de la cupidité ; ses torches dispersées < sont éteintes, mais si on les réunissait, elles repren- « draicnt leur ancienne ardeur ^ »
Joignant la prophétie à l'exhortation, Brigitte annonçait aux moines d'Alvastra que, ravie par l'extase^ elle avait vu dans l'avenir la mort de trente-lrois d'entre eux. Ils vont partir. Notre-Seigneur les lui désigne ; les simples, les purs s'envolent vers le ciel sous la forme de blanches colombes, d'autres, moins parfaits, traversent le purgatoire '•
Le monastère accepta l'arrêt de la Providence. Serrés sous l'étendard de la croix, tous les moines attendirent l'appel, afin que les élus de la mort fussent prêts à lui
1. Aer. ///, 20 et 2t. Il semble que certaines do ces paroles aiont trait aox divisions de la famille bénédictine* 1 Htv. VI, 113.
H\ SAINTE BRIGIITE.
faire accueil et à Tembrasser, lorsque sonnerait l'heure prédite par la sainte.
C'était aussi au grand départ que Brigitte préparait les souverains, la cour et le clergé suédois, quand elle les exhortait à la pénitence. En voyant se réaliser à bref délai sa prophétie aux Cisterciens et trente-trois tombes s'ouvrir à la fois, chacun repassa dans son cœur les conseils que la prophétesse lui avait donnés.