BRIGITTE PRÊCHE LA PÉMTENCE
lettre de la eainte au pape Clément VI. — Magnna rappelle ea coDBioe à la cour. — Elle j est pereéculée. — Querrea contre les Basses. — Prophéties de Brigitte. — Sa retraite «n monastère d'AlTastra.
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La règle de l'inslitut du Sauveur était écrite ; les évèques suédois l'approuvaient. Brigitte dotait, pour soixante frères et vingt-cinq sœurs, le monastère de Vadstena *, dont elle avait posé la première pierre. Déjà elle s'y voyait consacrée à Dieu. Ainsi, non loin du tombeau de son mari, dans des lieux témoins de sa
('^ Magma.
1. Proc, Can. Dep. P. de Alvatbro mp. art. 20, f. !09, tl Atforui £plic. Ghn.tap.art. SU,/. 153 w.
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vie, elle attendrait la béatitude éternelle de Tâme. Là, son corps ressusciterait à la voix du Christ. Les nuits de la sainte s'écoulaient à veiller et à prier. N'ignorant point que notre sommeil, si différent de celui d'Adam avant le péché, est une des suites de noire chute, elle tendait à s'y soustraire. Prosternée aux pieds de Jésus vivant dans le tabernacle, elle écoutait, selon la parole du Psalmiste, a: la nuit révéler à la nuit la connaissance de FEternel \ » puis elle était ravie en extase et trans. portée au-dessus des soucis humains. Le jour, son âme s'apaisait dans la solitude. Dégagée de tout commerce avec ceux dont les amours, les aspirations et les vœux avaient un autre objet que les siens, délivrée de la pesante conversation des mondains, où les mots mêmes prenaient pour elle un autre sens que pour eux ; soutenue, ranimée, consolée par son entretien avec le ciel, patrie de toutes ses tendresses, elle se croyait à la veille de se reposer au couvent de Vadstena. Jésus- Christ, qui sans trêve pousse ses fidèles hors de leurs abris terrestres, la rejeta sur les voies de l'action et du sacrifice. « Ta règle est écrite, lui dit le Maître au « cours de Tannée 1346 % les couleurs et les fleurs s'y « trouvent. Le fruit viendra en son temps ; il s'échap- « perade l'épi et l'on recueillera le grain. Pars pour « Aome. Là les rues sont pavées d'or et rougies «t du sang des martyrs. Là les indulgences obtenues « par les saints abrègent la route qui mène au ciel '. »
1. î^-nw nSnS nS>S. Ps. xvm (Heb. xix), V, 3. t. Proc. Can. Dep. : P, de Àlvastro svp. art, 5, f, 202 r. 3. ifeff. Estrav, S elii, — Vita S.Blrg. 202. La version latine rendrai
Maintenant que la douleur, la fondation de son monastère , ses sollicitudes maternelles enracinaient Brigitte au sol natal, il lui fallait le quitter. Sans hésiter elle accepta la séparation d'avec tout ce qu'elle aimait. Ce voyage de Rome, tant souhaité autrefois, lui était imposé, à présent qu'il ne lui semblait pas une joie^ mais une pénitence ; elle adora les incompréhensibles desseins providentiels, son humilité toucha le Verbe, et il la fit parler comme nulle femme n'avait encore parlé au sein de l'Église.
€ Ecris de ma part au pape Clément ^ ce que je <{ te dicte, » ordonna le Seigneur. La sainte obéit et écrivit :
€ Moi, Jésus-Christ, je t'ai exalté. Je t'ai fait passer (( par tous les honneurs. Lève-toi afin de mettre la paix (c entre les rois de France et d'Angleterre ; ce sont des « bêtes dangereuses qui dévorent les âmes. Puis viens (c en Italie contempler les lieux arrosés du sang de mes « saints. Si tu prêches ma parole, l'année de salut - et « l'amour de Dieu, je te donnerai une récompense
avec plus d*élégance la pensée de Brigitte si le traducteur 8*était souVenU
des beaux vers :
if!re atque argento sterniint iler omne TiaiUm Largifica stipe ditantes ; ningunlque rosarum Floribtts umbrantem matrem, comitumqiw catertas.
Lucreliit lib. II.
Nous avons séparé en deux parties distinctes le récit des Extravagantes ^ Catherine de Suède (Proc Gan. Dep, »up art. 3^, f. 135) et Magnus Persson {Dep, sup. 29o art, f, 1102) assurant que Brigitte eut, à Rome, la révélation qui concerne le pape et Tempereur.
1. Sixième du nom. Élevé au trône pontifical le 7 mai 1342, il appartenait à la famille de Roger de Beaufort.
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« éteraelle. Souviens-toi du passé, tu as suivi ta voc loDté j opposée à ton devoir , tu as provoqué ma ff colère, et j'ai été patient. Maintenant mon temps est « proche. Le tien va finir. Je te demanderai compte de « tes négligences, de Taudace de ta vie. Si tu n'obéis « point, tu descendras tous les degrés spirituels que tu ff as montés. Ton corps et ton âme sentiront l'épreuve : c ta langue ne parlera plus avec facilité, ton nom, que
< tu as fait résonner sur terre, sera en opprobre devant t ma face et devant celle de mes saints. C'est par ma c permission que tu as monté tous les degrés; mais je
< te demanderai compte de l'avoir fait sans en être
< digne. Je rechercherai ta lâcheté à négocier la paix, « ta partialité pour l'une des deux causes. Jemesou- « viendrai que sous ton règne, l'ambition, la cupidité,
< florissaient dans l'Eglise. Tu pouvais réformer, amé-
< liorer beaucoup de choses, tu ne l'as pas voulu I Avant « ta dernière heure, anéantis tes fautes passées par « ton zèle final. Si t« te demandes quel esprit inspire
< de telles paroles, sache que tu connais celle qui t'é- « crit, ainsi que le royaume oîi j'ai accompli des pro-
< diges. Ta conscience d'ailleurs te déclare que la raison
< dicte mes avertissements, la charité mes exhorta-
< lions. Si ma patience ne t'avait point soutenu, tu « serais descendu plus bas qu'aucun de tes prédéces- « seurs. Scrute le livre de ta conscience et reconnais « que je dis la vérité ^ d
1* Htv, VL 63. Les paroles de Brigitte à son propre sujet sont obscures ^^ U version latine : a Ecce regnum et persona nota sunt in quibus mirac bilit et stupor facta sunt. » La traduction suédoise du xiv« siècle, publiée ^ M. Uemming, n'est pas plus claire que le texte.
Quelque inattendues que fussent pour Brigitte les paroles du Christ, elles ne touchaient point à des sujets inconnus d'elle. Par ses relations avec le haut clergé régulier et séculier de la presqu'île Scandinave, par ses fréquents rapports avec la cour de Stockholm, il lui avait été donné de connaître Thistoire de TEglise et de l'Europe, Elle savait le mal incalculable qu'avait fait Clément V à la chrétienté, lorsque, refusant d'habiter la ville des Apôtres, lui, successeur de Saint- Pierre, évêque de Rome, il s'était mis, à Avignon, sous la suzeraineté de la France. Elle avait vu avec tristesse Jean XXII, Benoît XI [ et Clément VI se succéder au trône pontifical et préférer la patrie de la terre à la patrie spirituelle. Elle reconnaissait les funestes perturbations que l'exil de la papauté avait produites dans le monde chrétien. Le vicaire de Jésus-Christ était en quelque sorte le prisonnier du roi de France, dont l'influence s'étendait comme une ombre sur Avignon. La vénérable femme sentait que l'autorité du Saint-Siège n'était plus respectée, que sa médiation entre les princes ennemis n'avait plus de force, et que les guerres et les désordres se multipliaient à la face de l'Europe.
Brigitte s'intéressait à toutes ces luttes; pourtant il y en avait une qui l'occupait davantage, celle-là même dont parlait le Christ à Clément VI : la guerre entre les rois de France et d'Angleterre. Un oncle delà reine de Suède, Robert d'Artois, avait été mêlé d'une manière grave à l'origine de ces hostilités; aussi lorsqu'elle était à la cour de Stockholm, la noble Suédoise suivait avec attention les vicissitudes des partis. Dans l'espoir
de se faire rendre des biens qu'il disputait à sa tante, Robert avait d'abord soutenu les droits de Philippe de Valois à la succession de Charles IV droits fondés sur le mode d'hérédité de la couronne, qui passait exclusivement de mâle en mâle. Mais le nouveau roi lui ayant laissé perdre son procès. Robert, pour se venger, était passé en Angleterre et avait encouragé Edouard III à élever d'injustes prétentions au trône de France. Avec l'Église et tous ceux que l'intérêt n'aveuglait point, Brigitte condamna la trahison que le prince venaitde commettre, l'annéemèmedu mariage de sa nièce Blanche de Dampierre. Par rancune il avait, en effet, provoqué une guerre meurtrière & laquelle nombre d'étrangers prirent part dans l'un. et l'autre camp. Après le désastre des Français àrÉcluse, Brigitte espérait le rétablissement de la paix. Au con~ Iraire, les hostilités furent rallumées par l'ouverture de la succession de Bretagne, dans laquelle les deux rois soutenaient des droits opposés à ceux qui les divisaient. La sainte était plus favorable â la cause de Philippe de Valois, le roi de la noblesse, qu'à celle d'Edouard III, qui recrutait son armée parmi les roturiers (t faisait alliance avec les brasseurs de la ville de (land. Mais avant tout elle désirait la fin des hostilités. De nouveau elle crut ses aspirations satisfaites, après la mort de Robert d'Artois sous les murs de Cannes. A la voix du pape Clément VI les deux partis avaient déposé les armes. Une bulle pontificale, signe d'espérance et de pacification, réglait le retour des frands jubilés, établissait qu'ils auraient lieu tous les Claquante ans, et convoquait à Rome pour celui de
1350 les fidèles de la chrétienté. On attendait même la rentrée prochaine du Souverain Pontife dans la ville de saint Pierre. Brigitte apprit avec douleur la rupture de la paix et, contrairement à ses espérances, ClémentVI continua de tenir dans Avignon une cour dont les premiers chrétiens se seraient enfuis comme d'un lieu de scandale. La bataille de Grécy venait de mettre en deuil la France et la chevalerie de toute TEurope, lorsque le Christ dicta sa lettre au pape. Pierre d'Alvastra la traduisit en latin, puis afin de la remettre à Clément VI, il partit pour Avignon en compagnie de Hem* ming,évèque d'Abo.
La sainte transmit à chacun de ses deux ambassadeurs les instructions précises qu'elle recevait du ciel pour eux. La mission spirituelle appartenait au moine cistercien ; la négociation politique au prélat. Des paroles de la Reine du ciel à l'extatique faisaient présager une victoire difficile à remporter : « Quand bien même Lucifer occuperait le saintce siège, disait-elle, les volontés de mon Fils s'ac- « compliront ^ »
Le pape Clément VI était un grand seigneur ; ses qualités, comme ses défauts, tenaient plus de sa condition que de son état. Lorsque le prieur cistercien et Tévèque finlandais parurent devant lui, il les reçut en prince qui connaissait son empire et le détail des affaires de la chrétienté. Quelques années auparavant, il avait écrit à Magnus II une lettre empreinte d*une paternelle sollicitude pour les faibles que le roi opprimait. Souvent