Rev. I. 36. - IV. 91, 92, 134. — VHI. 57. Extrav. LKXiy
Voilà qu'on peut injurier Brigitte impunément, pensa-t-on dans la ville lorsqu'on y apprit Tincident du château. Sans tarder, un indigne neveu du saint évêque Brynolf prétendit se venger de la noble femme dont Tinfluence avait ruiné son crédit à la cour. Il guetta Tinstant oh elle passait sous ses fenêtres, et Tinonda d'un déluge d'eau glacée, a Dieu soit béni de m'avoir envoyé une si bonne mortification, s'écria-t-elle avec gaieté, pourvu que Canut n'en soit pas puni ! » Puis elle secoua sa robe de bure, entra dans la cathédrale et assista aux offices. Présent sur l'autel, Notre-Seigneur lui parla : « L'homme qui t'a insultée, disait le Maître, est « altéré de sang; qu'il prenne garde de mourir bai- « gné dans le sien. :» Prompte à rendre le bien pour le mal, Brigitte envoya son frère Israël prévenir Canut du ch&timent dont il était menacé. ^ Je ne m'oc^ « cupe pas de vains rêves, répliqua le noble seigneur ; < Dieu est miséricordieux et ne damne personne, d Peu après, un simple saignement de nez lui faisait perdre la vie qu'il aimait avec passion. Sa renom, mée était si triste, que le peuple de Skara enleva les restes de Brynolf du sépulcre de famille, lorsqu'on y apporta le corps de son neveu : « Protégeons, disait- « il, les reliques du saint évèque, éloignons-les de ce porc fangeux *. »
Les chaleurs de l'été décidèrent la cour à quitter Stockholm et la poussèrent sous les bois humides et frais qui entourent Arboga. Là, dans ce lieu d'un séjour
1. Hct. IV. i2î. — Proc. Can. Dep. P. deAlvastro sup. 19» art, f. 207 r. UoMQ de c Kanut Folkasson » a été ajouté dans la marge de cette pageda Foeè^ VUa S. Brynolphi. ScHp. III, Ul.
agréable, Magnus Invita toute la noblesse de Yestmannie à de splendides festins. L^assemblée était nombreuse. Le favori s'efforça donc de mettre la circonstance à profit pour traduire Brigitte en ridicule et ruiner son prestige. Au milieu du repas, un convive, feignant de s'être enivré avec l'excellente bière de cette contrée, se tourna vers elle : a Femme, lui dit-il à haute voix, ce vous veillez et vous rêvez trop. Il faut boire, manger a et dormir davantage, car vous ne ferez pas croire que « Dieu abandonne ses serviteurs du cloître pour s'en- <c tretenir avec les orgueilleux du siècle. On serait fou « d'ajouter foi à vos discours. » Ces paroles trouvèrent de Técho chez les ennemis de Brigitte. Elle en comptait parmi les courtisans, qui l'eussent volontiers tuée s'ils avaient osé frapper une personne d'aussi haute naissance ; mais elle ne manquait pas de défenseurs. L'impétueux Charles tira l'épée. Birger et Israël, suivis de plusieurs chevaliers, saisirent le soi-disant ivrogne. Brigitte les arrêta : a Dieu m'est témoin, déclara-t- « elle avec fermeté, que pour lui je préfère supporter ces (( dérisions et ces mépris à sentir toute ma vie sur ma < tête la couronne royale! » Puis elle ajouta doucement : « Laissez parler Nicolas, le Seigneur me l'en- « voie afin de me punir. N'ai-je pas cherché la vaine « gloire, et blasphémé le très béni nom de Dieu ? Ses « reproches sont fondés *. »
L'instrument des rancunes de Benoît Algotsson était le seigneur de Hammerstad, mari de la sœur aînée de Brigitte. S'il avait cédé à une colère que déjà il regret-
1 . Rev, IV. 11:^. — Proc. Can. Dep. P. de Âlvaatro sup. 19* art, /. 207 r.
tait, c'est que la majeure partie de la famille blâmait l'attitude de la véoérable veuve. Sa sainteté était chère quand elle attirait le respect des hommes. Elle effrayait maintenant qu'elle faisait redouter la disgrâce royale. Les parents de la noble femme Taccusaient donc de s abandonner aux fantaisies d'une imagination surexci* téc par les austérités corporelles. Les insensés allaient jusqu'à lui conseiller de se remarier I Ce fut alors que la veuve d'Ulf souffrit de son isolement. Au monastère d'Alvastra, elle était abritée contre les jugements du siècle. Rejetée dans le monde, obligée de défendre ses actes, elle regrettait, malgré Tintrépidité de sa nature, le soutien de celui qu'elle aimait par-dessus toutes les créatures de Dieu; elle cherchait à ses côtés Tamiqui, souvent guidé par elle , l'avait toujours protégée de la main et du cœur. Jadis il portait la moitié de ses fardeaux, aujourd'hui elle marchait seule. Comme le Cyrénéen avait secouru Notre-Seigneur, Ulf Tavait secourue; mais Ulf, lui aussi, disparaissait avant la fia de la route et avec lui tout auxiliaire humain. Brigitte s'impatienta, s'attrista des sots discours qui Tassiégeaient; aussitôt le Christ lui rappela sa propre palieoce au prétoire et au Calvaire. A partir de ce jour elle écouta tout en paix. Quand on lui répétait qu'elle était téméraire d'entreprendre des choses qui glacent le cœur d'effroi, que sa faible nature serait contrainte d'y renoncer, elle répliquait avec simplicité qu'elle sarréterait si elle ne pouvait aller plus loin. « Je < o'ai pas commencé pour vousà mener cette vie, ajou- « tait-elle, ce n'est pas pour vous que je changerai. J'ai « promis dans mon cœur de supporter le blâme^ de-
« mandez à Dieu de me faire persévérer. » Les prêtres indignes, les orgueilleux, les incrédules, Tattaquërent alors au sujet du sacrifice coupable^ prétendaient-ilSy qu'elle faisait de ses richesses, de ses honneurs et de ses forces. Ne lui restait-il pas des devoirs à remplir au milieu du monde ? N'en avait-elle pas de sacrés à l'égard de ses enfants ? C'était affectation et folie que de s'en créer de nouveaux. Brigitte laissa parler, et ne fit autre chose que la volonté de Dieu.
Magnus revint d'ailleurs à des procédés plus courtois^ à mesure qu'avançaient les préparatifs de guerre. Heureux d'échapper aux difficultés du gouvernement, il entendait commander l'expédition et, comme il l'avait fait lors de son départ pour la Norvège, remettre le pouvoir aux mains d'un conseil de régence, où le séné* chai d'Upland aurait joué un rôle prépondérant. Hais celui-ci préférait suivre la croisade plutôt que de rester aux prises avec d'insolubles problèmes financiers. Il fallait donc que sa sœur ledécidât à demeurer en Suède. De nouveau le roi eut recours à Brigitte, et Brigitte, persuadée qu'elle servait les intérêts de l'État, inter-^ vint en sa faveur. Au fort des hésitations d'Israël, elle lui répéta des paroles de la Vierge Marie : t Que de- € viendra le royaume, disait la Mère de Dieu à l'exta- « tique, si ceux qui aiment la justice et peuvent « l'exercer, se refusent à porter des charges, à tra- « vailler pour l'amour du Seigneur ? La Suède ne sera « plus qu'une caverne de voleurs et de tyrans, où les « impies fouleront les justes aux pieds ! C'est à « ceux-ci de remplir les charges de l'État, de faire « le bien, et d*être utiles au grand nombre. Que mon
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< ami Israël accepte la dignité de régent Que la « vérité soit sur ses lèvres, le glaive de la justice en c ses mains. Qu il ne fasse aucune acception de per- « sonnes. Qu'il ne compte ni avec ses parents, ni avec « la faveur des hommes. Plus tard son tour viendra. « On dira de lui : Ce citoyen a courageusement com- « battu loin de sa patrie. Il a honoré la Hère de son « Dieu et s'est montré fidèle au Seigneur. Je le c conduirai à moi par un autre chemin \ > Le sénéchal prit avec soumission des engagements envers le roi*.
11 importait fort à Hagnus d'accentuer le caractère religieux de la guerre qu'il voulait déclarer aux Russes. Dans ce but, il fit partir des ambassadeurs pour la ville hanséatique de Novgorod, avec cette singulière requête : c Envoyez vos théologiens, et j'enverrai les miens. Ils raisonneront ensemble sur la foi. Si la vôtre est meilleure^ je m'y convertirai. Si c'est la nôtre, vous viendrez à nous. Si vous refusez, je marche sur vous &vec toutes mes forces. > Le grand prince de Russie, Siméon Ivanovitch^ ne voulut point se mêler de cette affaire. Les autorités religieuses et civiles de Novgorod, quelque peu surprises de cet accès de théologie du souverain suédois, le prièrent d'adresser sa proposition au patriarche de Constanlinople de qui ils tenaient leur doctrine. « Nous n'entendons point, répliquèrent-ils, 1er avec toi. Si nous t'avons offensé en quelque
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* Itrail porta le titre « d'allmaa embetsman », qui suppose un pouvoir bftél«iulii.
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chose, nous consentons à un congrès. » Hagnus répondit par une déclaration de guerre ^
Brigitte ne considéra pas avec confiance l'armée réunie sous Tétendard de la croix. L'exemption d'impdts, attachée au service militaire, avait attiré beaucoup de paysans dans les rangs des hommes d'armes. Un certain nombre de Suédois et de Norvégiens poussés par un mobile religieux étaient venus prendre part à une campagne utile à leur patrie et à leur foi. Seulement ils se perdaient au milieu d'une foule de mercenaires danois et allemands, rassemblés au hasard, troupeau d'hommes de toute nation qu'aucune pensée commune n'unissait. La vaillante chevalerie Scandinave entraînerait-elle cette horde à la victoire? C'était possible. Mais si de tels soldats pouvaient remporter un succès, ils ne lutteraient pas avec persévérance, pendant toute une campagne , et manqueraient de l'énergie morale nécessaire pour réparer un revers.
Par commandement exprès du Seigneur, la sainte s'efforça d'animer ces bizarres croisés et leur singulier capitaine, du souffle divin qui transforme le caractère des hommes. D'abord elle parla aux hospitaliers de Saint-Jean, moines guerriers de l'ordre de Saint-Benoît, qui ajoutent aux trois vœux de religion, celui d'être prêts à répandre leur sang pour Jésus-Christ. Bien qu'en Suède leur renommée ne fût plus ce qu'elle était au siècle précédent, ils devaient avec leurs frères les chevaliers Porte-glaives et les Teutoniques marcher à la
1. Istoria rossii s drevnieichix vremen. Sotchineniâ Ser^eia Solovieva. Moskvùf 1858.///. 822.
tète delà chevalerie. Partout leur manteau rouge orné de la croix de Malte serait au poste le plus périlleux. « Le Seigneur m'a révélé, leur écrivit Brigitte, qu'il K vous aime entre tous les ordres, parce que vous avez € juré de donner votre sang pour son sang. Il a formé c de vous un faisceau. Jadis votre nom était une dignité, « votre habit le signe extérieur de Tanéantissement de € votre volonté, de vos serments envers la foi ; vous € étiez fortifiés contre votre faiblesse par le vœu d'o- <r béissance; vous preniez soin de vous purifier par « l'observance de votre règle et la charité ; vous n'a- « viez point confiance en vous, mais en la miséricorde « divine. Si vous persévériez, vous seriez parmi mes plus « chers amis; seulement vous ne suivez plus votre divin « Maître, ce chevalier généreux qui sortit de Jérusalem « afin de livrer un fort et rude combat. Vous ne donnez c plus votre vie pour la justice et la vérité, vous la < donnez par cupidité dans des guerres que l'orgueil € fait entreprendre. Vous livrez votre âme à réternelle c honte, sans recevoir d'autre salaire que de vaines « paroles ^ . »
Brigitte étendit ensuite ses révélations à toute la chevalerie et rapporta les avis de Celui qui affirmait sa présence en répétant : Cesi moi Jésus-Christ qui parle. Jt/oi, vrai Dieu et vrai homme, un et éternel avec h Pire et F Esprit-Saint. « Autrefois, leur écrivit-
I. Rectebdahl il 497, 498. Ces révélations de Brigitte firent supposer qi'eUe avait fondé un ordre militaire. Hermunt, Histoire des ordres militaires (XLl, 293) le dit institué en 1366 et en donne les constitutions. Schoonebech (U. 47) ajoute le cérémonial de la réception de Brigitte. Justice est faite de ces romans par Hélyot, VI, 46.
(( elle, le Seigneur se plaisait à regarder vivre ses « chevaliers. Ils étaient pleins de foi en la présence « réelle dans la sainte Eucharistie, ils renonçaient aux « honneurs, aux biens de ce monde et à leur volonté € propre. Us se faisaient les porte-épée de Dieu à <L l'exemple de saint Georges. Leurs armes étaient la c< mortification delà chairet la contrition. La cuirasse « delà sagesse et de la charité les défendait. Maintenant « ils donnent Texemple de l'apostasie et passent sous « la bannière de Satan. Us ne croient plus au secours « céleste, ils se fient en la noblesse du sang et en « l'eflort personnel. 3>
Quand elle s'apercevait que les leçons abstraites de la morale ne pénétraient pas l'intelligence, Brigitte cherchait à frapper Timaginalion par des tableaux et, dévoilant ses visions, elle faisait en quelque sorte assister les chevaliers au jugement suprême porté sur deux des leurs, l'un infidèle, l'autre fidèle à ses serments. L'orgueilleux qui a quitté la milice du Christ pour celle du diable, voit se reconstituer au fond de l'enfer l'armée où il combattait. A mesure que chaque damné rentre dans le rang, sa misère se greffe sur la misère des autres. Dieu et les saints se détournent du traître. Cependant la sainte Trinité appelle son chevalier endormi dans les bras de la mort. « Viens à « ton Créateur, lui dit Dieu le Père, l'héritage éternel « est dû à ton obéissance. — Jeté reconnais comme « mon frère, continue le Christ. Tu m'as rendu vie « pour vie, entre dans mon éternelle joie. — 0 mon « généreux défenseur, ajoute l'Esprit-Saînt, que mon « repos te délasse des fatigues de ton corps, que mes
tf consolalions effacent les peines de ton intelligence, « que le don éternel que je te fais de moi-même ré- «< ponde à la charité I » Cinq légions d'anges environnent Télu. « Bénie soit l'heure de ma naissance 1 1> s'écrie-t-il. La gloire céleste est son partage, il possède tout ce que son cœur a désiré et il en jouit à jamais. Magnus restait étranger à l'action de Brigitte. Derechef, elle lui rapporta des paroles du Christ et de la Vierge-Mère, c Le roi est un enfant, disait le Verbe, il M âe confie en soi et non en moi. Il met sa force dans « le nombre des mercenaires étrangers, dans l'argent c qu'il extorque. Il n^aperçoit pas la famine, la misère, « les angoisses qui planent sur sa grande armée. Une « poignée d'hommes humbles de cœur et pleins d'es- « poir en Dieu, voilà ce qui donne la victoire. Nul ne c peut vaincre sans ma permission . Si Magnus gouverne « avec des juges intègres, s'il soulage les pauvres, s'il « récite l'office de la sainte Vierge, s'il construit le mo- « nastère de Vadstena, s'il désire la conversion, non « les richesses des infidèles, s'il est prêt à donner sa « vie pour l'honneur de Dieu, s'il se prépare à la mort « par la contrition de ses péchés et la réforme de ses < mœurs, le Seigneur protégera ses armes. » La Vierge Marie ajoutait : « Que Magnus tienne ses engagent tnents envers moi, et je ne me séparerai point de lui. << S*il me méprise, il sera lui-même méprisé. » Le Christ voulait donner èdux drapeaux : celui de la miséricorde et celui de la justice, à la troupe d'élite qu'il jugeait digne de prendre la croix. Le drapeau de la miséricorde couvrira les païens disposés & la paix. On leur offrira le baptimeet la liberté. De savants clercs, des religieux fîdèïr^s
à leurs vœux, de zélés évéques les instruiront, on leur bâtira une église. Des prêtres resteront parmi eux, et au cas où ces serviteurs de Dieu mourraient avant d'avoir établi son règne, leur bonne volonté leur tiendra lieu de succès. Sous l'étendard de la justice on combattra sans reculer. Si le roi ne se juge pas le cœur assez haut pour braver le danger en tèle de son armée, qu'il garde la paix. Avant de se jeter dans une entreprise, il faut être sûr de ses forces. Heureux les soldats qui succomberont pour Dieu ! Ils seront récompensés au centuple, car leur Maître ne laisse point sans salaire même une fugitive pensée d'amour *.
Magnus n'écouta rien. Il s'élança comme un fou sur les Russes, mit le siëge devant Nœteborg, s'empara de la ville, fit une foule de prisonniers, relâcha au prix d'une rançon ceux qui se laissaient baptiser, et emmena les autres en esclavage. C'était une singulière façon d'entendre la croisade ; mais c'était le succès de ses armées. Il riait des prophéties de Brigitte quand une droujina de Novgorodiens tomba sur lui et tua cinq cents soldats suédois en ne perdant elle-même que trois hommes. Déjà le roi était las de la campagne. Quoique Nœteborg fût un point stratégique important, dont la possession permettait de couper la communication entre la Neva et Novgorod et de ruiner le commerce de cetle république, il l'abandonna sous la garde d'une garnison insuffîsanle que l'ennemi tailla en pièces dès le mois de février 1349 '.
1. Hev. I. 5,6. — II. 7,8,9, 10. 11,12,13.-111. 13. — IV. 89, 95.- VI. 23, 4t, 43. — Vill. 2, 32, 33. 40, 43, 45, 4i>. Exlr, LXXilI.
2. La chronologit des divers historiens variant d'environ une année, nous avons suivi celle qui ntus paraît la plus exacte.
Déshonoré par sa conduite, et chargé de dettes nouvelles, le prince se présenta devant sa cousine. Elle lui déclara aussitôt de la part du Christ que ses soldats avaient péri parce qu'il les menait non point à la croisade, mais à la conquête des terres russes. D'un ton sévère, elle lui répéta les reproches de la très sainte Vierge. < Le démon a conduit le roi; disait Marie, per- « suadé que les amis de Dieu n'ont point la science « des combats, il s'est environné d'impies, qu'il juge ff meilleurs hommes de guerre. Ainsi il a repoussé les « conseils célestes pour cuivre ceux de l'enfer. Devant tt lui étaient des schismatiques qu'il fallait convaincre « et attirer. Près de lui se trouvaient des fils de saint « Dominique, de saint François, de saint Bernard, doc- « tes et pieux. Au lieu de les envoyer sur les terres « que je voulais lui donner, il a jeté au milieu des « Russes un clergé ignorant et cupide. Une dernière « fois je m'adresse à Magnus et je lui dis : Mon fils, « toorne-toi vers moi, je reviendrai vers toi. >
Le roi, qui roulait dans son faible cerveau de nouveaux projets de guerre, prêta une attention distraite aux révélations de la sainte. Soudain elles devinrent terribles et menaçantes. «Le prince pour lequel tu pries, « déclarait l'apôtre saint Jean à Brigitte, est un voleur, < un prodigue qui dissipe ses richesses. C'est le pire des « traîtres, car il trahit son peuple, et le livre au mal en « exaltant les impies. C'est le pire des voleurs, car il « prend ce qui lui est confié et dépense les biens du « Seigneur, non pour les intérêts de Dieu, mais contre « eux. Qu*il imite l'enfant prodigue. Qu'il retourne à « son Père, et s'élance sur les traces du Crucifié, d En
« même temps le Christ disait : « Les démons établis- (K sent ici leur règne, ils allument dans les créatures le (L feu de la gourmandise et de Tivresse. Ils possèdent les « corps et les âmes, et les poussent aux vices abomina- € blés entre tous par lesquels ont péri Sodome et Go- (c morrhe. Aussi je retournerai cette terre en l'accablant <( de tribulations jusqu'à ce que ses habitants implorent « ma miséricorde. Je me lèverai dans ma majesté. Je ne « pardonnerai ni au jeune homme ni au vieillard, ni au < riche ni au pauvre. Chacun sera jugé suivant ses « œuvres, et mourra dans son péché. Ma charrue pas- « sera sur le monde. Elle déracinera les chaumes et les •( arbres. Les maisons resteront sans habitants. Les « peuples seront décimés. Les puissants tomberont, « et les oiseaux de proie s'engraisseront de leurs dé- « pouilles. » Brigitte voyait la colère du Tout-Puissant s'abattre sur la terre. La peste noire qui de TOrient à l'Occident, du Nord au Midi fauchait les hommes comme des épis trop mûrs, marchait à grands pas vers la Suède. En vain la sainte supplia le Christ de faire avertir d'un tel danger tous les peuples de l'univers. Dans dès termes qui rappellent la parabole du mauvais riche, il lui répondit : a Les hommes ont les prophéties, les Evan- (( giles, les exemples des docteurs ; ils sont doués d'ina telligence et de raison. Vous ne pourriez, toi et mes « amis, crier assez haut pour être entendus, i^ Et le Tout-Puissant ajoutait : « La mémoire de Magnus ne « sera pas en vénération comme celle de mon bien- « aimé 01af;ilne sera pas couronné dans l'éternité « comme mon bien-aimé Eric; il ne fera point, àl'exemple <( de David, uqç fin pénitente ; et les mainsqai travaillent
cr au scandale ne m'édi lieront point une maison ainsi a que l*a fait Salomon. Celui qui bâtira mon monastère, M tu le connaîtras plus tard. Peut-être verras-tu ces a choses ici'bas, peut-être de l'autre monde \ i>
La révélation du Christ était précise. Un terrible fléau allait tout briser sur son passage, tout jusqu'à la première pierre du couvent de Yadstena qui portait les dernières espérances terrestres de Brigitte. La sainte fit coooaltre à son roi et à son peuple les terribles châtiments que la justice divine suspendait sur leurs têtes, pais elle quitta la eour. Elle avait prêché la pénitence, et aucun repentir ne jaillissait du cœur de la Suède. Son énergique volonté accepta donc, comme s'ils eussent été siens, les péchés de tous. Chargée de ce lourd fardeau, elle rentra dans la solitude d'Alvaslra où, derechef, elle trouvait un refuge , et elle s'oiFrit en victime expiatoire pour sa patrie.
I. Rev. IV. iel 37. — Vl. 80. - VIIL 47. Exlrav, XXVI!, LXXl\,