‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 50 sur 132 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Bulle du 18 août 1349. — Brigitte hésite à quitter ses enfants. — Sa vision. — Son départ pour Rome. — Stralsund. — Mayingen. — Milan et saint Ambroise. — Quarto. — Gênes. — Ostie. — Arrivée à Rome.— Entretien avec Tapôtre saint Pierre. — Mission de Brigitte dans l'Eglise. — La maison du cardinal de Beaafort.— Ouverture du jubilé. — La sainte apprend le latin. — Ses lettres au vicaire apostolique et au cardinal légat du jubilé.

Natos, Deui quos donauit, lam sincère ertucauit, quos pordoctos informauit vUa, fide, moribus.

Dcum forliler amare, inatrem Christi honorare, sanclos oiunes collaudare voUi et operibus.

Ci'acio de Banda Birgitta, II Pars.

Au mois d'août 1349, une bulle du pape arriva en Suède et fut publiée dans toutes les paroisses. De nouveau Clément VI annonçait le jubilé de 1350 et appelait les fidèles à Rome.

Brigitte fut troublée par cette invitation, à laquelle rien ne l'empêchait de répondre. Ne se sentait-elle pas impuissante à fonder le monastère de Yadstena, ou à »'^"— ^er les Suédois vers la pénitence ? Dans ce naufrage

SES EXHORTATIONS A LA PÉNITENCE. 2l5

de ses désirs, Rome n'était-elle pas un port où l'appelait Jésus- Ghrisl ? Cependant, pour la première fois^ sa volonté hésitait à se soumettre à celle de Dieu. La prophétesse voyait déjà sa patrie dépeuplée par la pesle, désolée par la guerre civile et étrangère. Que deviendront mes enfants ? se demandait-elle. Les reverrai-je jamais ? S'ils échappent à la peste, peut-être ne garderont-ils la vie du corps que pour exposer celle de Time aux vices de la cour, à la violence et aux injus* tices qu'engendrent les discordes dont le royaume est agité. Jeunes^ riches, puissants, ils seront plus tentés que d'autres. Les laisserai-je orphelins ? Et pleine de ces sentiments, elle en concluait que partir serait une désertion ^

Les destinées des enfants de Brigitte étaient diverses ainsi que leurs natures. Sa fille aînée, Marthe, avait trouvé dans son alliance avec Sigvid Ribbing les honneurs et la richesse. Mais, au contact decet être indigne d'elle, sa force d'&me, sa vertu et sa charité s'étaient affaiblies. Son jugement suivait celui du siècle, sous le toit de Falkenberg, où Sigvid, devenu gouverneur da Halland méridional, s'efforçait, par tous les moyens^ de se créer un royaume indépendant.

Combien souvent Brigitte n'avait-elle pas mêlé à ses prières le nom de ce pécheur et réclamé sa conversion de la Mère des Miséricordes I Plusieurs fois elle avait contemplé son gendre tel qu'il était devant Téternelle justice : coupable de calomnies, de vols, de meurtres, voluptueux, fier de ses vices, chargé de désirs

1. Proe. Can. Dep. P, de Alvaslro sup, 20» art, f. 20*.) t;. et 210 r«

coupables et d'iniquités. La Vierge Marie rappelait au Dieu juste l'éducation de Sîgvid, tout entière tournée vers le mal, son désir de mieux vivre el d'être sauvé. Elle obtenait que ce « larron » reçût de nouvelles lumières, de nouveaux secours célestes. Sous l'indueuce de aabelle-mère, il se repentait, se confessai t, s'approcbait de la table sainte, et jurait de vivre en chevalier chrétien. Pourtant Brigitte n'avait pu lutter toujours contre les séductions du mal. « Votre abus H de la grAce sera rigoureusement châtié, > lui répétait-elle, et il ne {'écoutait plus. Le Rédempteur déplorait la perte de celle ftme. « Ma justice, disait-il, < le frappera, ses jours seront abrégés, sa postérité H périra ; d'autres dissiperonlles biens qu'il s'est acquis, 0 et il sera conJamnécomme un fîts rebelle'. » En 13i6, on avait vu prendre d'assaut et détruire le chAteau de Fulkeiiberg. Sigvid était mort; mais Mariho ne se courbait pas sous la main de Dieu. L'humble état de veuve ne convenait point à son ambition, Par un second mariage avec Canut Algotsaon, le frère du favori, elle accroissait sa richesse et son crédit k la cour. Cet attachement extrême aux biensdu monde venait-il de son éducation? Brigitte lo craignait, n Dans ma jeunesse, « disait-elle à la Vierge-Marie, je supposais que mes u parenls ayant pratiqué la vertu sans renoncer à " leurs biens, je devais les imiter. Ma mère marchait •< fie pair avec les premiers du royaume, elle était

t. Fier. 17. (3. U. Î5. — DIptom. IV an. 1336, n" 3254. — MunCB, M, ia, SC^, S6S, Lei fils de ÏJgvid ne laissèrent point de postérité, el deux enfanta en bat ije, dernier» de la race, furent égorgé» par ordre de Chrit-

LE JUBILÉ DE 1350. 2l7

<( somptaeusement vêtue ; elle entretenait un nom- M breux domestique, et nous élevait dans la splendeur. « Je croyais donc qu'il devait en être ainsi de mes ( filles. Je leur apprenais à tenir leur rang au sein (c du luxe. Je pensais qu à leur tour elles hérite- « raient de moi et mourraient environnées d'honneurs et <c de respect ^ » Maintenant la sainte veuve était con*-^ vaincue qu'il n'est point d'orgueil légitime pour une créature tirée du néant. Elle désirait donc convertir sa fille, la porter à l'abandon de ce qui passe, à l'a^mour du seul bien qui reste et puisse remplir le cœur : le Seigneur Jésus.

Si Brigitte se tournait vers son fils Charles, c'étaient dessoucis plus sérieux encore. Elu sénéchal de Néricie^ le jeune courtisan de Magnus se dérobait aux labeurs dont Ulf avait porté dignement le poids. Il se laissait même armer chevalier ' par son compagnon de plai-» sirs, sans avoir fait briller sa valeur hors du champ clos des tournois. Cette légèreté causait des inquiétudes à Brigitte. Mieux encorequ'au jour où son noble époux avait reçu l'accolade, elle comprenaitles devoirs du che<» valier, le Christ l'en avait instruite. « Celui qui est « fidèle à l'esprit de son ordre, lui avait-il dit, s'en*>

< gage à mener une vie plus dure que celle du cloître. « Il combat les ennemis du dehors, tandis que le moine « ne combat que lui-même. Il dort sous les armes, et le

< moine a un grabat. Il expose son corps à la mort^ le

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