Cfr. halos LXi, 1 et 2, Luc. xviii
1 Satat- Pierre, Saint- Jean de Latran, Sainte-Marie-Mageure et Saiute- Mide Jérusalem •
240 SAINTE BblGlTTE.
pendant, Técho des ruines qu'on traversait, portait aux oreilles de Textatique les lamentations des prophètes Isaîe et Jérémie. « 0 Romel Rome! pleurait une « voix, tes murailles sont détruites, tes portes brisées, « tes autels désolés ! » La vision de Brigitte était douloureuse, et Notre-Seigneur vint accentuer plus encore le contraste entre l'ancienne ville des papes et la ville privée du successeur de Pierre. Gomme sa très sainte Mère, Je Christ faisait épanouir aux regards de la voyante les plus belles plantes de l'Eglise primitive, réunies en un jardin mystique. Les roses rouges, emblèmes du martyr, s'y mêlaient aux lis, qui symbolisent les confesseurs, et aux épis dorés, image des pénitents. « A cette époque, assurait le Maître, la justice régnait c( à Rome. Maintenant, ce lieu choisi par mon amour, « est devenu Técume de la terre. Les défenseurs de ses (c portes se sont laissé acheter. On vend les sacrements, « et c'est au milieu du monde où habite son âme, que « le clergé dresse mon autel. j> L'espérance de Brigitte défaillait devant ce tableau de l'heure présente. Son Maître ajouta : <c J'ai encore ici de fidèles amis. Il faut ce leur venir en aide : ils crieront vers le Seigneur et (c obtiendront miséricorde. »
Au sortir de l'extase, la sainte comprit que pour ranimer la foi et grouper les âmes autour de ces amis du Christ, il fallait se prodiguer par la charité. Sur-lechamp elle se mêla aux pèlerins, les exhorta au repentir, secourant les pauvres et les malades, excitant les riches et les valides à l'imiter. Malgré l'hospitalité des couvents, des confraternités, de la noblesse et du peuple romain, malgré la charité du clergé , qui répandait d'une
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main Taumône qu'il recevait de Tautre, les étrangers ne trouvaient pas tous un abri. Le soir on voyait des masses d'hommes, de femmes et d'enfants se rassembler autour d'immenses feux, qui les aidaient à braver les rigueurs d'un hiver exceptionnellement froid. Si, dans ces groupes, Brigitte entendait la langue de sa chère patrie, elle accourait, et de la part de Dieu méme^ elle assurait à ses concitoyens que les indulgences du ju-* bile purifient les ftmes repentantes encore plus qu'elles Delecroient. Gomme celles des apôtres, ses leçons étaient appuyées par des miracles : elle guérissait les malades en leur présentant quelque objet béni ou même par la simple imposition des mains. L'une de ces guérisons eut de nombreux témoins. Brigitte quittait l'église Sainte-^Praxède où, près de la colonne de la flagella* lion, elle avait vénéré le Suaire du Christ, exposé au culte des pèlerins. En descendant la pente de l'Ësquilin, elle cherchait à convaincre un seigneur de son pays de la vérité de la tradition concernant Véronique, que JésQs-Ghrist lui avait affirmée ^ ; le chevalier l'arrêta et lui montra une Norvégienne qui se débattait dans la plus terrible crise d'épilepsie. AussiLôt la vénérable femme releva l'infortunée et la délivra, par un signe de croix, de ce mal sans remède ^
Avec le titre de confesseur des fidèles Scandinaves, ïnattre Pierre avait reçu du vicaire pontifical l'autorisation d'absoudre les pèlerins de sa patrie. Aucun d'eux o'ignorait donc la présence à Rome de la sainte du Nord. I^arfois même, lorsque les Suédois trouvaient le prêtre
t. fUv. m. 27. — lY. 81. — VI, 102.
t Proc Can. Ùep. Kater. »iip. 34* art, f. 136 n,
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trop sévère, ils venaient se consoler chez elle. Un courtisan du roi Magnus avait accusé au tribunal de la pénitence de si honteux péchés, que mallre Pierre crut devoir lui refuser l'absolution. Le pécheur consentait à attendre; mais il fallait réformer sa vie, et ii se mit sous la direction de Brigitte. Elle eut pitié de lui, invoqua le Verbe, et apprit par révélation qu'en dehors des pécheurs frappés de censures publiques et des criminels notoires, qui doivent être jugés par les évoques, le Tout-Puissant exigeait de Pierre Olafsson qu'il purifiât de leurs fautes les coupables humbles et contrits ; si jamais le divin Maître voulait lui faire repousser des impies^ une voix intérieure l'avertirait de ne pas prononcer les paroles sacramentelles. Sur ces entrefaites, le confesseur se trouva aux prises avec une singulière difficulté. Devant lui était un Finlandais, venu du diocèse d'Abo, dont il n'entendait pas la langue. Que faire? Consultée, Brigitte répondit de la part du Rédempteur: c La bonne volonté suffit. Si cet homme retourne dans « son pays , il s'y soumettra au directeur de sa cou- (c science. S'il meurt en chemin, le Christ lui dira comme « au bon larron : Aujourd'hui tu seras avec moi en « paradis I »
Pécheurs, malades, pauvres, tout ce qui souffrait dans la nation Scandinave vint donc consoler sa peine sous le toit de Brigitte. Sa demeure hospitalière était peu meublée et frugalement approvisionnée; mais la pensée du Dispensateur de tout bien y maintenait, avec l'esprit de pauvreté, la reconnaissance envers Celui qui accorde le pain de chaque jour. Dans le moindre objet de ménage, le plus simple aliment, Brigitte voyait
la figure des dons invisibles que Dieu fait à i'âdie. Avant d^en user, elle récitait à haute voix des prières que son Maître lui enseignait. Elle avait soumis sa propre vie à la règle; elle y trouvait un frein pour sa nature iodépendante. Chaque matin elle se levait à. quatre heures, se confessait, entendait la mes^e, puis, quel que fût le temps, elle sortait afin d'assister à Saint- Pierre ou dans les autres basiliques aux offices nacrés. Les dimanches et à de nombreuses fêtes elle communiait. Vers neuf heures, les Suédois se réunissaient au réfectoire. Ils prenaient leur repas en silence et se contentaient de la nourriture la plus grossière et la plus indispensable. Le repas achevé, la sainte faisait oraison, et souvent elle se confessait de nouveau. Jusqu^àTheure des vêpres son temps se partageait entre la prière et le travail manuel qui laisse la pensée unie à Dieu, Si l'organisation intérieure, établie par maître Pierre, l'obligeait à garder d'assez nombreux serviteurs, elle trouvait néanmoins unegrande joie à s'employer aux plus humbles ouvrages. Elle raccommodait les vêtements de tous, même ceux de ses femmes, et elle se joignait aux mendiants pour demander l'aumône à la porte des monastères. Le soir venu, elle allait dans une des grandes basiliques réciter vêpres et complies. Selon les jours, les Suédois soupaient ou coUationnaient ensemble. Quelques entretiens sur des sujets édifiants étaient la seule distraction qu'on se permit, avant de se séparer à huit heures. La sainte commençait alors ses pieuses veilles. Hais tout était réglé par maître Pierre ; prières, pensées, paroles, sorties, aumônes, il contrôlait tout. Cette femme énergique, pleine d'initiative et de
spontanéité, ne levait même plus les yeux sans permission. Quand elle avait failli, elle demandait pardon à deux sfonoux, et quand maître Pierre exigeait d'elle quelque action particulièrement pénible, c'était alors qu'elle obéissait avec le plus de diligence *.
Au moment où Brigitte prouvait sa docilité à la conduite du Seigneur et se courbait sans réserve ni regret sous la main des divers confesseurs que la Providence lui imposait, Dieu exigea d'elle un sacrifice nouveau. Elle priait devant les reliques des apôtres pourmattre Matthias, qui le premier l'avait formée à la vie intérieure. Ravie en extase, elle apprit par des voix célestes l'entrée de cet élu dans la gloire, l'union éternelle du docteur de rÉglise avec la Vérité. Brigitte se plaignit de sa douleur à ses amis, et bientôt des messagers envoyés de Suède confirmèrent la vision *.
Dieu mortifia aussi Brigitte dans son esprit, et il lui imposa un travail qu'elle n'avait pas prévu. A la veille de parler des enseignements du Christ à des gens de divers pays, il lui ordonna d'apprendre la langue de l'Eglise, répandue dans toute la chrétienté, et de se faire enseigner le latin par maître Pierre. Aussitôt, cette femme de qua* rante-cinq ans s'appliqua, comme un écolier, à décliner des noms, à conjuguer des verbes, à se familiariser avec ide nouveaux mots. Tandis que les pèlerins visitaient les sanctuaires et vivaient, par la foi, avec les martyrs, elle
1. Rev. IL 27. — IV. 94 si H5. — VI. 71, U4 et 115. Extrav. LXV. — Proc. Can. Dep, Magni Pétri sup. 18®. art, /.106 v. ei 107 r, Kater. sup. t5», 160, 17- et 180 art. f. 127, 128. Laur. de Egidiis sup. 4' et 5- art. f, ii9r.etv. Alf. Gien mp. 12o, 15', 17% 18'> art. f. U9 v.