‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 54 sur 132 · Rev. !. 3 et Declaratio · texte numérisé non relu

Rev. !. 3 et Declaratio

LS JUBILÉ DE 13o0. 245

devait rester dans sa cellule penchée sur une grammaire. Si elle se plaignait au Seigneur ou à la Vierge Harie^elie n*étailpoint écoutée. Ils la renvoyaient à des études qui eussent charmé sa studieuse jeunesse, mais qui lui semblaient arides dans la maturité de son âge forcée qu^elle était d'y appliquer son intelligence/ toujours absorbée parla connaissance de Dieu '. Pourtant, son maître applaudissait à ses progrès. 11 lui donnait surtout à traduire des sujets d'oraison. « Que signic fie: meltus est promerere quam promereri ? » lui demaoda-t-il un jour. — « Mieux vaut mériter qu'obtenir, » répondit la sainte à qui cette morale était familière. Peu i peu elle par la correctement, congntey comme disaient ses maîtres ' ; elle put lire le texte de la Vulgate, les œuvres des Pères de l'Eglise latine et les livres de mysticité. Un opuscule écrit par saint Bernard pour sa sœur : Uber de modo bene vtvendi, ne la quitta plus ^ et de-

1. Rev. IV. 105. Proc. Can. Dep. P. âe Alvastro tup. 38* art, f, 227 v. Dans la vie de Brigitte écrite par ses confesseurs (202) il est dit : <r Egressa • de pttria preceptum est sibi divinitus in visione.... addiscere grammaticam € obi beata Agnes data est sibi in solacium et Magistcr Pelrus... in magis- € tnim... tantum autem profecit in scientia grammaticali quod scivit pro « parte légère, întelligere et proferre sermonem latinum. j>

1 Hev. IV, 14 Proc. Can. Dep. P. de Alvatlro tup. 3S» art. f. 227 v.

3 Ce manuscrit enregistré : Cod. Teol. 8, à la bibliothèque dTpsal, a 13 c. Ifî de haut, sur 9 de large et contient 131 feuillets reliés en parchemin. L'écriture est de la première moitié du xiv* siècle. Feuillet 3 on lit ces paroles : « Aqst. iibroordeno sant Bernard ap. qarias de unasua hermana aloor di Jhesu Cbristo. » EUea prouvent que le copiste était espagnol, car il est facile de les reeoDstiluer ainsi : c Aquesto libre ordeno san Bernardo a question de una suya herroaoa a laude de Jésus Christo. » Le plat porte Tinscription suivante :

< Hune libruro qui intytulatur doctrina Bernardi ad sororem portauit beata c mater nostra saucta Birgitta continue in sinu suo ; ideo inter reliquias suas

< «ervaiidas. 3 Entré à Upsal avec d'autres dépouilles de Yadstena,ce volume n'est pas désigné par des lettres et des numéros commo les manuscrits ayanl

vint le complément de ce qu'elle avait appris chez les Gislerciens d'Alvastra. Sous ses yeux se succédèrent les riches manuscrits des bibliothèques romaines. Mais pour cela encore elle avait trop vécu. Jadis la jeune châtelaine d^Ulfâsa, avide de s'instruire^ aurait passé les jours et les nuits courbée sur ces in-folios aax larges lettres, encadrés de miniatures. Maintenant^ tout intermédiaire entre elle et son Dieu lui pesait. Qu'étaient la science, la sagesse humaines, auprès des leçons qu'elle recevait du Verbe? La théologie dogmatique, morale ou même mystique en comparaison de la voix de Téternelle Vérité? Certes son professeur n'ignorait pas que la science acquise est inférieure à la science infuse. Il n'ignorait point non plus que dans la vie spirituelle, comme dans la vie terrestre, l'amour ne peut se mesurer à la connaissance. Il voyait des docteurs descendre de la chaire afin de se faire apôtres, il ne rencontrait jamais d'apôtres jetant le bâton et la besace pour solliciter le bonnet de docteur. Cependant il comprenait que le Tout-Puissant obligeât Brigitte à suivre le chemin frayé où la raison, guidée par la foi, cherche Dieu. Au moment oii elle venait de quitter sa terre natale, son clergé et ses proches afin de parler en pays étranger à des inconnus, il semblait

appartenu au monastère; les moines le regardant comme une relique, il était conservé non dans la bibliothèque, mais à la sacristie. Nous devons ces renseignements à M. C. Annerstedt, conservateur de la bibliothèque d'Upsal (Lettre du 5 juin 18R8). Les conseils de saint Bernard à sa sœur ont été souvent imprimés sous le titre de : Liber de modo bene viTendi scriptns ad sororem, et en particulier dans la Patrologie latine de Migne (183i, CLXX, XIV, 1199-1306). Le manuscrit d*Upsal témoigne en faveur de Tauthenticité de cet écrit parfois .mise en doute. Cependant le mot ordeno convient plutôt à une compilation qu*à une œuvre originale.

nécessaire qu'elle eût assez de sens critique pour combattre ses détracteurs^ et les empêcher d'attribuer à rignorance ou à la naïveté certains passages de ses écrits. Du reste, Dieu ne laissait pas la sainte au seul enseignement des hommes. La Vierge Marie, Heine des Docteurs, Favertissait que le latin de maître Pierre n'était point un langage magistral^ et la plus charmante des martyres romaines, Agnès, une des premières épouses deTAgneau, apparaissait à la nouvelle épouse du Verbe afin de lui enseigner la langue universelle des chrétiens.

Quelques semaines suffirent pour que Brigitte pût se faire comprendre des plus grands personnages de Rome : du vicaire pontifical et du cardinal légat, chargé des pèlerins pendant le Jubilé.

Celui qui tenait la place de Clément VI, Ponzio Peroiti, ne Técouta pas. « La terre, dit Jésus-Christ « à sa servante, cache le ciel au prélat. Gomme une « brute se prend aux amorces d*un piège, il se laisse « séduire par Fappât de richesses que la mort ne tar- « dera pas à lui ravir ^ i>

Quant au cardinal Annibaldo Gaetani, Brigitte lui adressa une longue lettre. Afin de gagner sa confiance, elle Tentretenait de ses révélations, de Texamen et de l'approbation dont elles avaient été Tobjet. L'avertissant d'une vision qu'elle venait de contempler à Sainte-Marie- Majeure et de Tordre de lui écrire, donné par la Reine du ciel, elle lui reprochait de ne point relever l'Église vivante du Christ, qu'elle comparait à un sanctuaire en

t. Extrav, LXIIl, Cil, CXIII.

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ruines; elle lui montrait la mort qui le menaçait; enfin de la part du Seigneur elle lui faisait une prophétie, dont le sens échappa pendant le Jubilé : € AvaîU de mourir^ disait le Juge suprême, beaucoup de vivants verront le soleil partagé et les étoiles obscurcies, La sagesse deviendra folie^ les humbles enfouiront le feu en terre ^ les audacieux prévaudront. Que les sages comprennent et interprètent mes leçons *. »

Mieux que la voyante elle-même^ Ânnibaldo avait des grâces d'état pour comprendre et interpréter cette révélation terrible. Il ne fut point un sage, ne pénétra pas le sens de la prophétie et laissa Tamour du plaisir, des richesses et des honneurs l'entraîner à sa perte '.

Le terme de simia, singe, que Brigitte lui appli* quait dans ses lettres, dépeignait d'un seul mot le cardinal légat ; c'était un tout petit homme, aux yeux louches, qui s'entourait d'un luxe royal et cherchait à imposer par la dignité du maintien. Bientôt le peuple chansonna Annibaldo et les lazzis devinrent amers lorsque celui-ci, voyant s'accroître la foule des pèlerins, réduisit à vingt-quatre heures la station de quinze jours prescrite pour la visite des églises. Un incident ridicule, la présence de quelques chameaux dans les jardins du Vatican, fit éclater des émeutes. Le peuple environna le palais, dont Nicolas III avait fait un chef-d'œuvre des urts, et sur les murs et les tours élevés par de célèbres architectes dominicains, tombèrent des projectiles plus

1. Ces paroles sont considérées comme une prophétie du g;rand schisme «rOccident ; elles complètent la révélation faite par BrigUAa- à Linkœping trois ans auparavant. (Voir chapitre V, pages 162 et 163.)

2. Hev. ni. 10, 11, 12. -/F. 78. Une partie de celtes <V¥ièC^ i;éY^tJiliott reproduit le chapitre X du livre III.

lourds que des chansons. Le cardinal répondit à Tattaque par le châtiment, et diminua de huit jours la durée du Jubilé. C'était faire souffrir les Romains dans leurs inlérëts matériels, aussi bien que les chrétiens dans leurs intérêts spirituels. Les colères s'aigrirent ; le second légat pontifical s'enfuit devant elles, mais plus courageux, le cardinal les brava. Un matin qu'il entrait avec une procession solennelle dans la basilique de Saint-Paul, son chapeau rouge fut percé d'uoé flèche et on ne retrouva pas le coupable, avec lequel conspiraient les rancunes populaires. Alors Annibaldo jugea que de tels scandales réclamaient une éclatante punition. Il frappa la ville d'interdit durant huit jours. Les pèlerins accouraient^ croyant trouver la rémission de leurs péchés, les joies de la table sainte, et nul ne pouvait les absoudre ou les nourrir du corps sacré de Jésus. De nouveau les Romains s'insurgèrent. Le cardinal dut quitter leur ville ; il se dirigeait vers Naples quand, chemin faisant, il mourut empoisonné. Chassé de Rome^révêque d'Orvieto rendit le dernier soupir à Avignon^ en regrettant les richesses qui charmaient sa vie K Le pape Clément YI; dont Tabsence causait ces désordres, échappait, pour un temps, à la justice de Dieu. Hais avant la 6n du Jubilé Brigitte voyait s'accomplir avec tant d'exactitude ses prophéties, que, pleine de crainte, elle attendait Texécution des menaces du ciel contre l'orgueilleux pontife.

1. Proc. Can. Dep. P, de Alvasiro, suf>. 29* art. f. 226 r. — Extrav, CIL f- Gragorovins Geschichte der Stadt Rom im Mittelalter. Slultgard, 1N6, 1882. VI, 312-314.

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