‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 55 sur 132 · A ROME · texte numérisé non relu

A ROME

Séjour de Brigitte chez les Bénédictins de Farfa. — Catherine vient

retrouver sa mère en Italie. — Mort de son mari, — Vie des deiii

- saintes à Rome. — Des gens de toute condition recherchent leurs

conseils. — Action diverse de Brigitte et de Catherine sur les âmee.

Brigidasancta, o dcgna PrincipesM Hor ti rallegra di questa Banibina Di to usciia o magna Profetcssa.

Laude délia B. V. Chaterina. Msi. del xr» geeolo.

A l'annonce de Finlerdît, des milliers d'étrangers s'étaient éloignés de la ville. Sur Tordre du divin Maître, Brigitte aussi Favait quittée, pour aller, comme autrefois les apôtres, à la conquête des âmes. Le Seigneur l'envoyait chez les Bénédictins de Farfa et lui révélait qu'elle y trouverait « une chambre préparée ». Sans hésiter, elle prévint ses familiers, et tous la suivirent, sauf maître Pierre. On partit à pied. Les voyageurs traversèrent la campagne Sabine sous les ardeurs du soleil de juillet, que nulle ombre ne venait tempérer, et après avoir marché tout le jour ils s'arrêtèrent sur les rives delà Farfa. Devant eux se dressait

un immense château fort, environné de somptueuses dépendances.

Brigitte n'ignorait point que l'ordre auquel appartenait ce monastère, avait donné à l'Eglise vingt-quatre papes, des centaines de cardinaux, des milliers d'évèques et des millions de religieux, parmi lesquels on comptait de nombreux saints. Elle savait aussi combien la faveur des hommes et l'abondance des biens nuisaient à l'antique vertu des moines noirs. Selon les instructions précises du Christ elle sonna la cloche du couvent et demanda Thospitalilé. Sa renommée la devançait et elle fut mal reçue; les pénitents n'étaient point en honneur à Farfa. Le frère portier refusa même de l'admettre, la règle interdisant, assurait-il, de recevoir des femmes. Après mille détours on daigna eofin lui assigner un logement dans une misérable cabane, qui offrait le plus étrange contraste avec l'abbaye. Les chiens et les faucons du seigneur abbé avaient un meilleur gite que la grande maltresse de la cour suédoise ; mais c'était a la chambre de salut :d que le Sauveur offrait à son épouse. Emue de pitié pour les Bénédictins, Brigitte accepta le sacrifice en expiation de leurs jouissances et de leur orgueil. A la splendeur du monastère elle avait deviné leur genre de vie et se demandait si elle devait les exhorter à la réforme. Au lieu de les amender, ses avertissements ne les rendraient-ils pas plus coupables? Dieu la reprit. Est-ce que les Apôtres convertissaient tous les hommes ? Ils avaient cependant sauvé des âmes et acquis des mérites par leur prédication. Voici ce qu'elle devait dire à ses hôtes : < Le Seigneur a détourné les yeux de

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« cette maison parce que les moines s'y glorifient de (( leurs péchés et travaillent les uns les autres à leur <r perte. Mais la sainte Vierge a touché le cœur de son (K Fils. Il veut sauver le petit nombre de ceux qui sont « restés fidèles, et aussi ramener les coupables. Il faut « s'humilier, et chercher la miséricorde diviue prête à tf vous accueillir, sinon vous serez châtiés comme des <c voleurs de l'habit religieux, que vous avez pris sans « volonté de bien vivre. »

L'abbé fut obligé d'accorder une audience aux importunités de la grande dame. Il s'appelait Dom Arnold, et bien qu'il ne fît qu'entrer en charge, depuis quinze ans il administrait l'abbaye. Venu de Cluny pour remplir cet office, il n'avait apporté ni l'esprit de réforme ni les mœurs pures, d'un Pierre le Vénérable. Rarement il célébrait le saint sa* orifice de la messe. Sous l'habit séculier, il poursuivait le plaisir, la richesse et les honneurs. Dieu avait fait de lui un ange de lumière, comme Lucifer il apostasiait.

<c Seigneur abbé, t> lui dit Brigitte qui, au cours de Ses extases, avait été éclairée sur Dom Arnold et le connaissait mieux qu'il ne se connaissait lui-même, c au « lieu d'être un miroir de vertu pour vos moines, vous « fréquentez de viles courtisanes. Vos fils, les enfants « de votre honte, grandissent à vos côtés. Trésorier des t pauvres, vous les pillez, et loin de votre cloître dépen- « sez dans les camps les aumônes qui leur sont desti- « nées. N'espérez pas retourner en France. Si votre « repentir tarde, Dieu vous enlèvera vos dignités, nui <t religieux ne conservera de rapports avec vous, et

SON APOSTOLAT A ROMK. 253

(I VOUS serez exclu de la patrie céleste ^ i^ Dom Arnold écoulales leçons que Dieu lui donnait par la bouche delà sainte, et un soufQe puriQant passa sur l'abbaye deFarfa.

Le Ciel sembla même prêter un secours inespéré à Brigitte, en mettant sous les yeux des Bénédictins l'image (le la virginité, éclairée par la grâce divine : la belle châtelaine d'Ëggertsna3S qu'on croyait dans sa patrie se présenta au monastère. Le sentiment de vénération que Brigitte éveillait en Dom Arnold fit recevoir Catherine avec empressement ', et Brigitte reconnut lauxiliaire que Jésus*Ghrist lui avait promis à Stral^ sund. Désormais Catherine serait sa compagne d'âme, de vie et de travaux. Elle la trouvait au premier pas de son apostolat en Italie, et dès que sa mission fut terminée à Farfa, elle Temmena près du tombeau des apôtres. L'interdit était levé, les étrangers accouraient, et maître Pierre, qui avait quitté Rome pour escorter la châtelaine d'Eggertsna^s, devait y reprendre ses fonctions de confesseur.

Sous le ciel bleu de la Sabine, marchant vers la Ville éternelle, Catherine racontait le début de son pèlerinage. Après le départ de Brigitte, elle était tombée dans un

1. Hev. ///, 22. — VI. 5, 7; 8. Exlrav. XCVII el CV. — Proc. Can. Dep. P. de Ahastro tup, 18* art, {. Î807 r. et iup. 31» art. f. 219 v. 220 r.

2. Il est difficile de se prononcer absolument sur le sort de Dom Arnold. L<H chroniques bénédictines disent peu do chose à son sujet. La phrase par laquelle le prieur d'Alvastra termine s:i rédaction do la CV* révélation des Kxlravagantes ferait supposer que l'abbé de Farfa mourut dans rimpénitcnce finale et serait le pécheur mentionné par la déclaration ajoutée au chapitre xxii du livre III des Révélations. D'autre part, le moine Birgittin Ulf, dans sa «iede Catherine 'Scrip. II f, 248), rapporte que la jeune sainte fut bien reçue par Dom Arnold a propter devotionem dominoe Birgitto), cujus exhortationi- < bas sauctis ad meliorem vitam jam conversns fnerat ».

8AISTE BBIOITTE. 8

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état d'invincible tristesse qu'elle ne put cacher aux regards attentifs de son mari. Il fallut avouer qu'elle se sentait poussée vers Rome par un désir plus fort que sa volonté, plus fort que les liens qui l'attachaient à son foyer et à sa patrie. Pour l'amour d'elle, Edgard avait renoncé au monde, à l'ambition et même aux joies de la paternité. Il se résigna aussitôt à sacrifier le bonheur de la voir, de l'entendre, de vivre à cœur ouvert dans son intimité. Le devoir et une maladie qui minait sa jeunesse le retenaient en Suède, mais sa bienaimée était libre ; elle pouvait faire son lointain pèlerinage, il l'approuvait, il la bénissait, sa sollicitude, ses vœux la suivraient. Sur ces entrefaites, un messager du sénéchal de Néricie était arrivé à Eggertsnaes portant des lettres qu'une erreur ou un calcul firent remettre à Catherine. Charles écrivait à son beau-frère avec la plus excessive vivacité et s'opposait, par tous les moyens en son pouvoir, au départ de sa sœur. Le voyage d'une belle dame de dix-huit ans à travers l'Europe était une folie telle que si Edgard y consentait, il le tuerait I La jeune châtelaine scella le pli et l'envoya sur l'heure à son oncle Israël, dont l'autorité n'était point discutée dans la famille. Ce chrétien sage et fervent prit le pèlerinage de sa nièce sous sa protection. Gustave Tunesson * (Sture), oncle paternel de Catherine par sa première femme % et beau-frère d'Edgard parla seconde ^, par-

1 . Ce noble seigneur est qualifié de Riksmarskeni ou connétable, dans les déclarations des Révélations et par Olof Dalin (Svearikes Historia, Stockholm, Salvius^ 1750, II, 499). Cette opinion ne s'appuie sur aucun document contemporain.

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