‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 56 sur 132 · Mechtilde Lyddersdotter · texte numérisé non relu

Mechtilde Lyddersdotter

tait pour Rome. Quelques nobles dames dont Tune, Ingeborge * , appartenait à la société intime d'Eggertsnœs, lui étaient confiées. Sous aussi bonne escorte, rienn'empêchaitCatherine d'aller gagner les indulgences du jubilé.

La volonté du sénéchal d'Upland prévalut. Sa nièce partit donc, accompagnée de deux dames d'honneur, de serviteurs et de servantes. Les vœux de la jeune femme étaient exaucés. Mais, bien qu'elle ne partageât pas les lugubres pressentiments d Edgard, elle éprouva une poignante douleur quand, sur le bateau appareillé pourLûbeck, il fallut se séparer de son meilleur ami, qui n'espérait plus la revoir. Le voyage sur mer fut dangereux, et le trajet au travers de l'Allemagne pénible. En arrivant à Rome, où elle croyait se jeter dans les bras de sa mère, Catherine éprouva la déception de ne point Vy trouver. Huit jours entiers elle erra çà et là, avant de rencontrer, dans la basilique du Vatican, maître Pierre, qui la guida vers Farfa ^ Bientôt Dieu prouvait à la jeune femme que le cœur ne se repose point en l'amour terrestre. Dès qu'elle eut gagné les indulgences du jubilé, elle désira retourner en Suède avec une impatience, une ardeur, égales à celles qui l'avaient fait partir. Brigitte fut avertie qae les desseins providentiels s'opposaient à ce voyage. Une vision lui montrait son gendre au seuil de Télernité, et le Christ déclarait que désormais il dirigerait Catherine, la ferait rentrer dans sa patrie et en sortir

t. Proc. Can. Dep. Kaler, sup. 3\é art. f, iUr.

î. rUa Kal. Sctip. ///, 248. — Om. sk. Katarina, 527, 53.

pour l'accomplissement d'une œuvre à laquelle il la destinait ^

La sainte plaignit sa Fille et fut tentée de rappeler au divin Maître, avec le bienheureux Henri Suso, que la manière dont il traite ici-bas ses amis n'en accroît pas le nombre *; pourtant elle n'hésita'pas à retenir la pauvre enfant. Sans l'avertir du malheur qui la menaçait, elle lui ordonna, au nom de Dieu, de rester à Rome. Déjà la voyageuse était sortie des murs de la grande cité, comme d'une prison, déjà elle s'élançait vers sa terre natale^ vers ses vertes forêts, vers sa chère demeure, vers celui qu'elle aimait plus encore que sa mère. Quand elle reçut l'ordre céleste, la belle vierge laissa errer ses regards sur Thorizon. Enfin elle se retourna, et d'un pas lent et lourd elle se dirigea vers le campo di Fiore. Dans les rues et les carrefours romains elle ne voyait plus couler le sang des martyrs ; la voix des saints ne s'échappait plus, pour elle, de leurs sanctuaires ; la lumière de midi ne l'éclairaitplus ; le soleil ne la réchauffait pas ; elle laissait tomber des regards voilés sur cette terre étrangère ; elle s'efforçait de ne point entendre les paroles italiennes qui lassaient son oreille. Peu à peu elle hâta sa marche, elle ne suivait plus sa mère, elle la devançait. Arrivée au terme, le visage transfiguré, radieuse de l'austère joie du sacrifice, elle énuméra tout ce qu'elle quittait pour l'invincible amour: richesses, honneurs, amis, parents, patrie, et surtout son jeune époux; puis, d'une voix assurée, elle déclara qu'elle restait à Rome.

\. Rev. F/, 118.

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