‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 59 sur 132 · Proc. Can. Dep, Kater. sup. 29* aW. f . 13S v · texte numérisé non relu

Proc. Can. Dep, Kater. sup. 29* aW. f . 13S v

SON APOSTOLAt A ROME. 263

son bien-aimé, ne s'açloucissait point à la pensée qu'il voyait tout dans réternelle vérité, qu'il l'attendait au sein de clartés sans ombres, l'aimant de l'amour réservé aux tendresses que rien de périssable n'a effleuré. Même les promesses du Sauveur, même l'espérance que Jésus- Christ remplacerait tout secours auprès d'elle, ne parvenaient point jusqu'à son cœur. Elle oubliait que, de sa misère, Dieu pouvait faire jaillir une joie intense ignorée des heureux de ce monde. Elle ne sentait qu'une chose, la souffrance présente et future. Cette vocation , elle l'entendait, comme Notre-Seigneur à Gelhsémani^ résonner au sein des ténèbres. Avec l'humanité du Christ « elle s'effrayait, elle s'ennuyait, elle sentait son âme trisle jusqu'à la mort ^ j>. Les yeux de l'entendement se fermaient aux espérances de sa vocation, à la connaissance de l'héritage infini de gloire qui l'attendait. Que deviendra ma fille si Dieu Tabandonne durant cette agonie ?se dit Brigitte. Et la pauvre mère songeait à tant de créatures que leur désir passionné d'échapper à la douleur porte à l'abdication de la vie. La foi préservait Catherine du suicide ; mais elle pouvait laisser mourir son âme. Ne serait-elle pas bercée par la voix énervante qui abaisse l'homme jusqu'au niveau des bêtes destinées i périr ', qui lui enseigne à se diminuer afin de moins souffrir, et qui le mène à l'insondable abîme d'une éternité sans amour ? Brigitte secourut sa fille, non

t. Kai lipÇfltTo ÎK^eifA.CiMaii xat oiS'vi/xonTi . — Kai \îytt avrofr* TTipi'- Av»M iVrir n ^vyj fA9v'tu( dacvarov. 2darc, xiv, 33-34. î. iBia ntenas StflDJ lU' nSi 1p»3 DIK Ps. xlvih (Heb. XLix), 21.

tlSTE BRIGITTE.

par des paroles, mais par le spectacle d'une vcriu forte et vaillante. L'indifférence où plonge la douleur, rendait la jeune femme docile aux exemples ; l'insliiirt plutât qu'un acte de volonté lui fit suivre ceux de sa mère. Dans la mortification extérieure elle rencontra le soulagement que la tristesse du cœur trouve an milieu des soufTrances du corps. Bientôt des motifs meilleurs encouragèrent ses pénitences. Elle voulait être pure aux yeux de Dieu ; puis, il lui était dous, lorsqu'elle mourait de douleur, de soulager la peine d'autrui, de jeter, par ses austérités, la grâce des indulgences divines dans les tourments du purgatoire. Semblable au roi de France saint Louis, elle no se contentait pas de prendre en secret de sanglantes disciplines, elle se précipitait aux pieds de son confesseur et, aidée de Brigitte, elle obtenait de lui qu'il fit couler le sang qui, uni à celui du Kédempteur, expie les fautes et rachète les âmes. Toujours elle encourageait maître Pierre à frapper. Pourtant un jour, le visage joyeux, elle l'arrêta. « C'est assez, s'écria-t-elle, je sens mon cœur changé, toute tentation a cessé. »

Pendant la nuit, les deux saintes femmes se rejoignaient devant le tabernacle du Dieu vivant; avec une louclianle sollicitude, la fille attendait l'heure où sa mère s'endormait, prosternée sur le pavé, pour la couvrir do son propre manteau '. Pendant le jour elle l'accompagnait au ht des malades et l'aidait à leur donner des soins ; elle pénétrait même, à sa suite, chez les lépreux. Les larmes qu'elle avait répandues sur ses

I. l'poc. Can.Dep. Kaler. 'I Pr. dt Ahat- sup. 1' arl.[A% r. elSOÎr.-.

tristesses lui laissaient dans les veux une douceur consolante. Ainsi que les apôtres, elle disait aux âmes éprouvées : « Je connais votre souffrance, moi-même je Tai ressentie ^ » Au terme de chacune de ses journées, Catherine acceptait avec résignation l'inconnu du lendemain et les ang^oisses qu'elle y pressentait

Soit que la très sainte Vierge voulût encourager Brigitte à exercer envers la jeune femme des actes d'humilité; soit qu'elle voulût lui rappeler que la vertu ne réside pas dans les faveurs extraordinaires du ciel, mais dans Tabandon complet à la volonté divine, elle intervint d'une façon singulière entre les deux saintes. Un matin elle arracha Tépouse du Verbe àTextase pour lui dire : '< Ta fille préfère la bure aux étoffes pré- € cieuses ; va recoudre sa robe. En décidant Edgard « à leur union virginale, Catherine s'est immolée « pour Jésus-Christ ; en se séparant de celui dont Tàme « lui est plus chère que leurs deux vies, elle s'est sacri- « liée. Elle a renoncé à la présence de ses frères et de « ses sœurs et les soutient de ses prières. Ses péchés lui «sont remis; si elle persévère, le ciel lui sera donné « en échange de la terre, j)

Catherine s'était relevée de son abaissement. Elle devint la première disciple de sa mère. Brigitte la façonna non point à sa propre image, mais dans la forme où Dieu la voulait. D'abord elle l'obligea de nouveau a s'assurer de sa vocation. Plusieurs Romains, séduits par l'incomparable beauté de la noble Suédoise, osaient solliciter sa main. Par ordre du ciel, Brigitte, força la,

I Hfius •fitr.'xa.hiU is-^fv vfjiTv. Acta, xiv, 15.

jeune vierge, veuve de son seul amour terrestre, à écouter les voix qui l'appelaient au mariage et à la maternité. Les rôles avaient changé : maintenant Catherine se cachait au fond de sa demeure, et c'était la mère qui entraînait sa fille au dehors ; avant de sortir, celle-ci forçait Brigitte à interroger le ciel, à répondre de la sûreté des chemins, et même Thabitude de se rendre à Saint-Pierre en traversant le pont Saint-Ange, ne familiarisa point Catherine avec la trop ouverte admiration que lui témoignait la garnison groupée autour du môle d'Adrien. Elle plaignit peu ces pauvres soldats, lorsque Brigitte prédit que des étrangers les chasseraient du château *.

Les jours de fête, qui réunissent les fidèles dans les sanctuaires des saints, étaient pour Catherine des jours de terreur. Le 10 août elle refusa de se rendre hors des murs de Rome à la basilique de Saint-Laurent. Ses démarches, elle le savait, étaient épiées par l'un des Orsini de Rome, puissant seigneur qui prétendait Tépouser; ne chercherait-il pas àTenlever à la faveur de l'espace désert dont Téglise est environnée? Brigitte n'écouta rien. « Dieu et saint Laurent sauront nous défendre, ]> dit-elle à sa fille, qu'elle entraîna. Le pèlerinage des Scandinaves n'était point un secret et les craintes de Catherine se réalisèrent. Pendant la nuit, le prince remplit de mercenaires allemands les vignes

1. Rev. F/. 118 et 120. Exirav. LIX, — Vita Kater. 255. — Om. sk, Kater. 543.— Proc. Can. Dep. Fr. Papuierœ sup. 29 art, fA9\ r. et Alf. Ep' Gien. sup. 23o art. f. 154 v. Les mercenaires bretons appelés en 1375 à Rome par Grégoire XI occupèrent le fort Saint-Ange après en avoir expulsé la garnison.

qoi séparent la basilique de la ville ; avec eux il se proposait d'emporter la belle veuve, et nul n'oserait la reprendre. Cependant les pèlerins passaient recueillis dans leur oraison ; sans rien deviner, Catherine traversait le danger. Arrivée au sanctuaire, elle y priait depuis de longues heures, quand les serviteurs du prince interrogèrent leur maître sur la durée de la faction. Le soleil de midi brûlait la terre; pourtant le Romain répondit qu'il attendait l'aurore. Comme aux impies dont parle l'ancien Testament, « les ténèbres « lui cachaient le jour; à midi il tâtonnait dans la • nuit *. » Averti de son erreur, il comprit le châtiment du ciel. N'était-ce point ainsi que les persécuteurs païens des vierges chrétiennes étaient frappés d'aveuglement? Conduit par ses soldais, le jeune chevalier alla s'agenouiller près des saintes, s'accusant et demandant miséricorde. Rendre le bien en échange du mal fut une infinie douceur pour les servantes du Christ. A leur prière les yeux du coupable se rouvrirent ; mais son regard n'était plus le même. Avec le grand poète de sa patrie l'Italien pouvait dire de sa bien-aimée :

Fa gentile cib ch* ella mira

E oui saluta fa tremar lo core.

Sicche bassando il viso tutto smuore, E d*ogni suo difetto aller sospira ^.

Les religieux qui gardaient les reliques de saint Laurent exerçaient l'hospitalité à Tégard des pèlerins.

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