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Guéri et repentant, Taveugle d'un jour apprit d'eux que le martyr apparaissait en ces lieux à Brigitte, et lui révélait l'état d'àme des pécheurs *. Mais le miracle dont il était lui-môme l'objet, bien plus que les récils des moines, fit du noble romain le disciple de la sainte et le zélé défenseur de Catherine. Laliberté de la jeune femme était abritée contre la violence grâce à sa vaillante épée, et par lui les deux Suédoises furent introduites dans le cercle de famille des fiers Orsini.
Tout d'abord, le Seigneur manifesta la puissance de Brigitte par un de ces prodiges qui frappent les sens. Le comte Latino, chef des Orsini qui régnaient en maîtres au Campo di Fiore, était la proie d'une fièvre maligne. Emue des prières de sa femme Golizia, une Orsini comme lui, la sainte se pencha sur le lit du malade : « Dieu ne veut pas que vous mouriez au- « jourd'hui, d dit-elle à voix basse. Le comte Latino se redressa ; il était guéri. Outre ces deux époux que la reconnaissance attirait vers Brigitte, d'autres membres de la famille recherchaient sa société. De ce nombre était Nicolas Orsini, comte de Noie. Avec sa jeune femme Gorizia de Sabran, il venait de Naples pour les fêtes du jubilé et prolongeait son séjour à Rome. Il comptait à peine vingt ans ; malgré l'intimité de Boccace, il avait conservé des mœurs chrétiennes, et dans le commerce de Brigitte, il puisa de nouvelles forces pour résister aux séductions qui Taltendaient à la cour de Jeanne P®. Sa cousine Seiena, la compagne de son pèlerinage, se plaisait aussi près de la
i. Jiev. I. 23. — VI. .9.
sainte \ Bientôt tous les Orsini prièrent Brigitte de faire cesser le scandale que donnait un de leurs parents en gardant des richesses mai acquises.
« Seigneur, écrivit la noble Scandinave au baron a romain, je vous avertis du danger de votre âme. Ne (c la perdez point pour des choses périssables, rendez (c pleinement ce que vous avez pris. Dieu m'est témoin ( que je ne vous écris pas ceci de moi-même, je ne vous « connais pas. Mais une personne qui veillait et ne <« dormait point a, durant son oraison, entendu ces « paroles d'un ange : — LVsa, quelle audace contre « Dieu et sa justice! La volonté a vaincu en vous « la conscience; au jugement de Dieu elle se taira, « et ce sera votre conscience qui vous jugera selon « l^équité ^ »
Parmi les femmes et les (illcs des Orsini, Catherine semblait une de ces chastos figures voilées que l'art antique a léguées aux palais romains. Si la puissance de sa mère éclatait par des paroles et des actes, la sienne reposait tout entière dans son attitude et son silence recueilli, dans les grâces miraculeuses qu'on voyait descendre du ciel sur elle comme des rayons de lumière, destinés à éclairer ceux qui la regardaient. Sa présence était singulièrement douée, et ses nouveaux amis l'associaient à leurs pèlerinages et parfois même à leurs promenades. La veuve ne quittait ni son deuil
1. Proc. Can. Dep.Latino Omini Daronis Romani svp. 2 A** art. f. 148 r. Teêt. Nieolai Comilis de Nota sup. 3 art f. 92 r. et v.— G^« Pompeo Litta lamiglie celebri italiane. Milano, 1844. VII. XI. \X.
2. Hev. IV, 46. Ursa, ourse, est Télymolo^ic du nom des Orsini, et raoimal figure ttur leur blason.
SAIHTE BRIGITTE.
ni ses voiles noirs pour suivre les nobles femmes, parées de vêtements somptueux aux mille couleurs. Brigitte n'avait pu les décider à répudier ce luxe éclatant. Un miracle leur en montra la vanité. Le soleil avait disparu; partout, selon l'ordre du pape Jean XXII, les cloches de l'Ave-lUaria « semblaient pleurer le jour mourant ». A cette minute qui, au dire de leur pofete, attendrit le cœur, les Italiennes entraînaient hors des rues de Rome la princesse suédoise. En passant sous des vignes, suspendues aux branches d'un ormeau, on désira cueillir quelques grappes de raisin, et comme, par sa haule taille, Catherine dominait ses compagnes, elles la prièrent de prendre les fruits placés hors de leur portée. La belle jeune femme se dressa sur la pointe des pieds, puis, se rejetant en arrière, elle arracha les grappes. Tous tes yeux, captivés par sa grâce, suivaient son mouvement, quand il parut aux dames romaines que toute brillante de pourpre, tout étincelante de pierreries, Catherine éclairait le crépuscule et faisait reculer les premières ombres du soir. « Sainte Vierge, s'écrièrent' elles, quels ajustements I s Aussitôt elles reconnurent que le Seigneur seul en revêtait Catherine. Tel, au matin, le soleil jette les feux du prisme stir les herbes lourdes de rosée.
Ce mirage ne fut pas le seul dont Jésus-Christ se plul à environner la tertiaire franciscaine, qui pratiquait le détachement des biens d'ici-bas à un degré héroïque. Elle était malade ; l'un des Orsini, torturé de cruelles angoisses, insistait pour lui parler. On ne voulut point le contrister, pourtant il sembla pénible aux femmes de Catherine de montrer leur mat-
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tresse sur le grabat où elle gisait. D'un œil humilié elles regardaient la botte de paille qui lui tenait lieu de lit, le manteau rapiécé qui lui servait de couverture. Cependant le noble baron était entré avec son escorte. Il vit la jeune femme sur une couche somptueuse, ensevelie dans des tapis d'or et de soie. « C'est singulier, « dit-il ; ces dames étrangères passent pour pauvres, « parfois même elles empruntent leurs grossiers ah- « ments ; ne feraient-elles pas mieux de vendre ces € merveilles H » Mais déjà les merveilles s'évanouissaient et le riche seigneur devait reconnaître qu'on ne vend ni n'achète les dons du ciel \
Les amis, les alliés des Orsini ne tardèrent pas à former autour des deux saintes un groupe uni de désirs et d'efforts, auquel une très jeune femme, Françoise des Papuzeri *, donnait l'exemple de la vie chrétienne et mortifiée. Pour cette élite de l'aristocratie romaine, les mœurs ne répondaient pas à la foi. Brigitte connaissait la lâcheté, la cupidité, l'hypocrisie qui se cachaient au fond des consciences. Son langage vigoureux le faisait sentir. « Vous qu'on appelle nobles, disait- « elle, humiliez-vous devant le Seigneur ; si vous f Finvoquez sans charité, vos prières lui sont en abo- « mination. Seule, la Providence a désigné les parents ^ doot vous sortez ; vous êtes de même nature que < votre prochain, quoique de qualité plus haute. « Purifiez votre corps par l'abstinence discrète qui « tue le péché, non la chair, et ne détruit pas la
t. Proe. Can. Beat» Katerinœ. Dep. Fr, Johannh in art. 3* et 9* f, 21 r. el 9. Î2 r, et 30 r.
î Proe. Can. Dep, Fr, Papuura sup. art. S» f. 18S r.
« force de TEspril. Ne tendez pas où vous n'èles pas « appelés ; si certains êtres se dépensent sans compter, « c'est que Dieu les soutient miraculeusement. 11 vous « permet les richesses, les honneurs, le mariage ; usezi< en selon sa loi. Purifiez votre âme ; confessez-vous, « communiez souvent. Le corps du Christ est un remède (( et une nourriture ; les sens ne le comprennent pas, « mais Tesprit le conçoit. Entrez à l'école du Seigneur, « où Ton reçoit des lumières spéciales. Saint Jean et < saint Paul onl su des choses qu'ignoraient Aristote et « Salomon. Avec le mot aimer on a tout appris: à vivre « et à mourir. Vous vous prétendez chevaliers et vous « combattez le bon combat à Tarrière-garde ! Quelle « misérable folie est la vôtre quand vous dites : la (( dernière place au paradis me sufiit, je ne veux pas « être parfait. Commenly aurait-il quelque chose d'im- « parfait au ciel ? Tout être sauvé doit être purifié par a la pénitence ou par les flammes du purgatoire. Pré- <c parons-nous à mourir comme le Christ : innocents, « patients et consentants. »
Deux exemples vinrent augmenter la confiance que Brigitte inspirait et prouver qu'elle recevait des révélations surnaturelles au sujet des âmes. « Vous me « paraissez médisante, coquette, curieuse, avide de « louanges, personnelle, avare, éprise de la beauté « créée, indifférente à la beauté du Créateur, j> avait-elle dit à une grande dame qui réclamait ses prières. Cette pécheresse, terrifiée de se voir comme dans un miroir, déclara qu'elle s'entendait dire la vérité pour la première fois et se réforma. En même temps, la sainte ne cessait de répéter à un familier des Orsini : <£ Vous
€ mourrez au milieu des rires et des jeux. s> II ne la crutpas, et un soir qu'il rentrait après avoir soupe avec ses compagnons de plaisir, des assassins se jetèrent sur lui et le tuèrent *.
Le cercle d'action des saintes Scandinaves ne tarda pas à s'élargir. Comme au début de son apostolat en Suède, la vénérable veuve éprouvait de la répugnance à enseigner les gens d'un état différent du sien ; son Maître fit cesser celle répugnance en lui prouvant que si elle possédait la sagosse, son devoir était de la répandre partout sans distinction de personnes. Elle éclaira donc tous les malheureux que la Providence plaçait sur son chemin. Les êtres confiés à ses soins formaient trois groupes. Le premier reconnaissait la toute-puissance divine, mais ne demandait au ciel que les biens de la terre ; Dieu exauçait ces pécheurs : après los avoir récompensés ici-bas de leurs pauvres petites vertus, il les privait de leur héritage éternel. Ceux du second groupe s'inclinaient sans charité et par la seule peur du châtiment, sous la loi du souverain Juge ; leur éternité, exempte des peines afflictives, se passerait encore dans la damnation. Le troisième groupe, épris de charité, travaillait pour Dieu seul ; là, selon les vocations, on usait avec retenue des biens temporels, ouTon s'offrait sans réserve au Crucifié ; aussi, à l'appel de la mort, on trouvait le chemin facile et court. C'était moins à ce troisième groupe que la sainte devait parler qu'aux autres : cl Va, lui ordonnait la très sainte
1. nev. L 33.- ///. 28,33. — IV. 13, 26, 27, 19, 30, 40, 53, 8o, 10S. 115. — V»Rev, 5 int, 17/, rtip, int, 2. Htv* 7. inl. Xll, retp. int. 4. Extrav,
274 SAIIO'E BRIGITTE.
(( Vierge, agis, persévère, il faut du temps pour « accomplir l'œuvre de Dieu. »
Jamais, dans ses conseils ou ses exhortations, Brigitte ne se fiait à ses lumières personnelles. Si, pressé par quelque trouble de conscience ou par le désir de connatlre la volonté de Dieu, on venait la trouver, elle répondait: « Rectifiez votre intention et priez comme Notre- « Seigoeur nous a enseigné à prier ; dites au Verbe « présent sur Tautel : que votre volonté soit faite et non n la mienne. Bien que pécheresse indigne, je réfléchi- « rai et je ferai ce que je pourrai pour votre âme. » Après deux ou trois jours, ou même, selon Turgence des avis demandés, après quelques instants, elle rappelait ses visiteurs. Elevant les mains au ciel elle répétait: « Je suis une misérable pécheresse, » puis elle ajoutait: « Voici ce que le Seierneur vous fait dire. » C'étaient alors des décisions précises imposées par les besoins de chaque personne. Si elle était malade, si on lui écrivait de loin, maître Pierre rédigeait ses révélations, les lui relisait et les transmettait. Aux uns elle traçait un règlement de vie, aux autres elle montrait la nécessité de la persévérance. Des pécheurs furent convertis par ses lettres; des possédés qu'elle n'avait jamais vus se trouvèrent délivrés du joug de Satan.
Brigitte ne se demandait pas quel serait l'effet de ses prières^ près de Dieu, ni l'action de ses paroles sur les hommes. Prêcher est en soi-même un mérite, elle le savait, et sans y rien changer elle répétait les leçons qu'elle avait reçues du ciel. Sur les points de doctrine et de morale, elle disait peu de choses que les Pères et les docteurs n'eussent pas dites avant elle ; mais sa cha-
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leur d'expression était unique quand elle dépeignait la justice et la miséricorde divines, le feu de TEsprit- Saint, Tamour du Rédempteur ; sa logique semblait merveilleuse quand elle montrait la prise de possession par Dieu de Tintelligence humaine, lors même qu'en dehors de la révélation on se tourne vers lui afin de le chercher. Puis l'originalité, l'abondance des images dont se servait la sainte aidaient puissamment la compréhension de ses auditeurs \
Le séjour de Brigitte à Rome durait depuis une année à peine, et déjà, dans cette grande ville, son influence s^exerçait à tous les degrés de l'échelle morale ou sociale. Comme à Stockholm elle s'était penchée vers les èlres faibles que la misère porte au vice. Elle recueillait les pauvres créatures qu'elle trouvait au coin des rues et des carrefours, prêtes à vendre leur honneur pour s'assurer le pain quotidien. Si le démon, maître de leurs sens, les empêchait de voir le bien, elle les délivrait d*un signe de croix. Sa prière les jetait dans les bras de Marie, leurs larmes effaçaient la honte de leur passé. Rendues à la foi, à Tespérance, au véritable amour, elles étaient, selon leur vocation, guidées par Brigitte vers la purification de Tâme dans le cloître ou le dévouement au sein de la famille.
La sainte redisait aux époux chrétiens les longs enseignements qu'elle recevait au cours de ses extases
1. Hev. I. 14, 19, 21, 22, 25, 29, 41, 43, 44, 49.— ///, 26, 35.- IV, 2, 15, 17» tO, 24, 28, 39, 54, 66. 76, 19, 80, 90, 92. 95. 96. 101. 116, llî, 118. «0 133.- F. 2. 3. 12.— VI. 4. 17, 21, 29, 47, 50, 65.- Extrav, LXXXVl, IXXXVII, LXXXIX. — Proc. Can. Dep. P. de Alvaslro sup. 34* art.^ VUa S, Birg. 196.
sur le sacrement de mariage. Elle rappelait Tétat de nos premiers parents, leurs corps purs et beaux, temples d'esprits dont la force et la vertu égalaient presque celles des anges ; leur réciproque amour qui, uni à la charité, aurait donné naissance à des êtres comme eux. Brigitte décrivait la miséricorde divine, permettant le mariage à l'homme déchu et assurant ainsi l'avenir de la race humaine, dont naîtrait le Sauveur. « La crainte « et Tamour de. Dieu, le désir de lui obéir doivent por- « ter au mariage, disait-elle; mais les richesses, la vo- (r lupté, l'orgueil personnel et l'orgueil qui se perpétue « dans la race, conduisent trop souvent l'homme et la « femme à l'autel. Ils n'y trouvent point l'Elernel qui « était le lien d'Adam et d'Eve ; leur union se fait sans « la charité du Fils ou la consolation du Saint-Esprit, « aussi l'amour de ces époux périt avec la chair que « rongent les vers du tombeau, tandis que Tamour dont « la source est en Dieu vit éternellement. i>
Lorsque le Seigneur demandait aux veuves les sacrifices qui sanctifient leur état, Brigitte cherchait à les y amener, en leur révélant leurs dispositions intérieures. Les orgueilleuses lui résistaient et perdaient leurs âmes. Les humbles se formaient à son école. « Yous avez la « volonté de pécher, » dit-elle, au sortir de l'extase, à une noble dame qui recherchait ses conseils ; « mais « grâce aux prières de l'apôtre saint Pierre, vous n en « trouvez ni le temps ni l'occasion, ou, s'ils vous sont « laissés, la Mère de Dieu dirige votre volonté. Faites <K pénitence, dépouillez-vous de vos parures en souve- « nir de la nudité qu'endura l'apôtre dans les prisons. » La matrone romaine obéit. Saint Pierre lui fit alors de-
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mander si elle voulait devenir sa fille ; il aurait d*elle le soin qu'il prenait jadis de Pétronille. « De tout mon cœar ! d dit la veuve. Fut-elle paralytique comme Pétronille, on ne sait ; mais à partir de ce jour la souffrance du corps devint sa compagne et son amie. Quand la mort s'approcha, le chef des apôlres et cet autre Pierre que l'Eglise et Tordre de Saint-Dominique nomment le Martyr, précédaient notre libératrice. L'agonisante les voyait, la joie transfigurait son visage, a: Que Diftu soit béni ! Me voici, je viens, » s'écria-t-elle*
Une autre veuve^ celle-ci suédoise, n'avait pu quitter la Ville éternelle à la fin du jubilé. De récentes infirmités la retenaient sur un grabat près duquel Brigitte s'asseyait souvent. nA. Rome nous trouvons la rémission de nos peines, dit un jour la malade à son amie ; le contraire n'est point impossible à Dieu, car moi, loin d'en êlre délivrée, je les y rencontre, h Cette gaieté, qui acceptait la souffrance le sourire aux lèvres, plut à Brigille. Prévoyant la mort prochaine de l'infirme, sachant du divin Maître que sa pénitence ne rachetait pas encore ses péchés passés, elle l'exhorta à gagner des indulgences et sut si complètement la rendre digne du ciel, qu'elle l'y contempla, près du Christ, au moment même où elle lui fermait les yeux.
L'humble Brigitte adressait moins de conseils aux vierges vouées à Dieu. Cependant elle rappelait à celles qui ne répondaient point à leur vocation, et abandonnaient rÉpoux divin pour les créatures, combien le mariage offre de tentations à qui n'y est point appelé, quels prodiges de la miséricorde céleste il faut pour sauver des âmes infidèles à leur serment d'amour en-
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vers Jésus-Christ. Puis elle leur déclarait nettement que la fidélité à la vocation et non les conditions matérielles de l'existence constituent Tétat d'âme dans lequel on vit. Si des êtres consacrés à Dieu sont, malgré eux, souillés par des impies, ils gardent leur pureté intacte, et la violence subie leur est une cause de mérite. Si, au contraire, des femmes demeurent vierges non par amour du Christ, mais à défaut d'une alliance qui égale leur ambition, elles ne peuvent se prévaloir, pour Féternité, de leur état dans le temps. « Lorsqu'elles en con- « çoivent de l'orgueil, elles sont même exposées à de « tristes chutes, > ajoutait Brigitte, et dans son auditoire on la croyait d'autant mieux qu'une noble demoiselle suédoise, arrivée à Rome, fière de sa verlu sans tache, venait de partir à jamais déshonorée *. Une vérité enseignée par l'Eglise se dégageait d'ailleurs des leçons de Brigitte avec une vive clarté ; c'est que chacun reçoit, dès l'heure où il est capable de l'entendre, l'appel auquel il peut répondre, la lumière dont il peut s'éclairer, la grâce dont il peut profiter, afin d'arriver au terme de la perfection qu'il peut atteindre. Elle n'enseignait point son mode de faire pénitence, de travailler, de vivre ou de mourir, et nul ne lui aurait objecté que, comblée de dons et de privilèges extraordinaires, la sainteté lui était facile. Elle ne menait point par sa voie, elle guidait dans la leur ses disciples divers, et ce qu'ils devaient imiter en elle, ils le savaient, ce n'étaient pas ses actes intérieurs ou
i. Rev. /. 16. 26. —Z^'. 20,26, 51.— VI, 16, 93, 102. — Cfr. S. Thom. p.2d«2«ï»ç. CLI. art. U 2.
extérieurs, c'était son abandon sans limites à Timpulsîon divine *. Toutes les âmes, vivantes par la vertu, ou assez énergiques pour se relever de la mort du péché, profitaient de la direction de Brigitte ; elle aidait Tascension des justes vers Dieu; elle convertissait les pécheurs; là s'arrêtait sa puissance. Elle ne guérissait pas les malades d'esprit et de cœur.
Cependant Catherine, qui avait appris le latin * et se familiarisait avec Titalien, ouvrait sa cellule à tous les êtres -désireux de s'instruire des vérités et des promesses de la foi. Elle accueillait l'ignorance deTesprit, facile à dissiper, Tignorance du coeur pour laquelle il n'est que des remèdes divins. Autour d'elle se groupaient les âmes infirmes, blessées, demi-mortes. <i: Tibi derelictus est pauper, » lui disait-on avec le Psalmiste, en voyant sa porte assiégée par les pauvres de foi, de volonté, d'espérance et d'amour, par des malheureux indifférents aux joies de la terre et incapables de comprendre les joies de l'éternité. Brigitte restait sans parole devant de tels découragements, fruits amers de la douleur, qui tous renfermaient quelques germes d'incrédulité. Rien dans sa nature ou dans les « grâces gratuitement données » qu'elle recevait de TEsprit-Saînt', rien dans son expérience ou ses révélations surnaturelles ne la rendait familière avec cette épreuve indéfinissable où l'on croit ne pou-