‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 66 sur 132 · Rev. vin · texte numérisé non relu

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t He». VllI, 21. Cfr. Àcta m, 19. La sainte semblait prévoiries requêtes que rassemblée de Jœnkœping^ adresserait au roi en 1359, et d'avance luicon- •eiller d*y faire droit.

fils cadet Haquin sur le Irône héréditaire de Norvège, et laissait Tavenir de Taîné soumis aux chances de l'élecliondes Suédois. « Si vous ne défaites pas ce que î( vous avez fait, ajoutait-elle alors, le royaume n^en (( sera plus un, les malheurs engendreront la discorde, « l'amertume remplira les jours des jeunes princes; « selon la parole de l'Ecriture : Potentes transmi- « grahunt a sedibus suis, et qui ambulabunt in terris « elevabuntur *. » Or, loin de pallier le mal, plus de dix ans après, le roi le rendait définitif. Eu 1355 Haquin prenait possession du trône de Norvège et, à la cour de Stockholm, Eric était un simple Junker qu'éclipsait le favori. « L'amertume » prophétisée par la sainte envahit Tâme de son filleul. Il devint le chef de la noblesse, mécontente des privilèges accordés à Benoit Algotsson, et lorsqu'il épousa Béatrix de Brandebourg, nièce du roi Valdemar de Danemark, celui-ci fut pour

1. Rev. IV* 3. La supériorité du trône héréditaire sur le trône électif était une vérité incontestée à cette époque. Un livre aussi célèbre en Suède que le furent dans le reste de r£urope les ouvragées de saint 'I homas et de l'abbé bénédictin Engilbert : de Regimine principum, le prouve. Cfr. Om Styrilsi konunga och hOfdinga publié par Robert Geete, dans rfiiSTORiSRT Biblio- TEK II, XXXIX No'dstedt och Sdntr, Stockholm, 1878. Le désir d'excuser Magnus entraine M. H. Hildebrand (^Kult. Hist. sk. //, 6, ///, 401) à attaquer la sainte. II voudrait la mettre en contradiction avec elle-même, et à cette fin il assure, chose incompréhensible pour le lecteur français, que les tendances aristocratiques de Brigitte devaient la porter à préférer le trône donné par Télection au trône héréditaire. Il déclare ensuite que le roi n'uyant en dehors d'Haquin qu'un fils, £ric, ce d> ruier était sûr d'être roi de Suède. Devant cette assertion, on se demande pourquoi les électeurs ne pouvaient pas réunir les deux couronnes sur la tête d'Haquin comme ils le firent en faveur de Magnus lui-même. Enfin on est tenté d'interroger le savant archiviste pour savoir si c'est sérieusement (Cfr. Historisk Tidskrilt utgifven af Svenska Historiska fôreniag af E. Hildebrand, 1882, 183) qu'on attache de Timportance au vain titre de roi de Norvège accordé i Eric dans quelques prières publiques.

lui i^n conseiller habile et un allié. La guerre civile éclata; le père et le fils en vinrent aux mains. Le sénéchal de Néricic, Charles Uifsson, et le nouveau sénéchal d'Upland, Charles de Tofta qui, par sa femme Hélène Israelsdotter, était le neveu de Brigitte, prirent parti contre Magnus. Voulaient-ils, comme on les en a accusés, élever le pouvoir de l'aristocratie aux dépens de la puissance royale * ; on ne saurait le dire, mais ils faisaient partie des belligérants, et dans ces luttes entre concitoyens ils restaient exposés à des dangers plus terribles encore que ceux delà guerre.

Au cours de ces événements, le cuisinier de la colonie Scandinave, prétendant rapporter les paroles de quelques pèlerins, annonça la mort du sénéchal deNéricie, mort honteuse, car le noble seigneur avait été pendu! Le premier mouvement de Brigitte la jeta aux pieds de Marie. Elle voyait Tâme de son fils implorer du secours. « Ta sauras, au temps marqué par la Providence, lui « répondit la Vierge Mère, si ce chevalier est mort ou « vivant. Prions Dieu pour qu'il vive mieux qu'il n'a « vécu 1 » Le cuisinier s'était permis un cruel mensone^e, la sainte le sut bientôt. Elle s'acquit des mérites en lui pardonnant et aida ce malheureux à sortir du purgatoire, où la mort le fit descendre ^.

Quelle que fût l'opinion de Brigitte surla guerre entre Hagouset Eric, il ne semble pas qu'elle eût donné de conseils aux deux sénéchaux. KUe connaissait peu le mari de sa nièce, etla conduite de Charles, à cette époque,

s. Rev. IV, 73. Extrav. CXIL

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fait supposer qu'il ne subissait en rien Pinfluence maternelle.

Le sénéchal de Néricie ne s'était point embarqué pour la Russie en 13S0 *. Sa vie s'écoulait, tout orientée vers le plaisir. Resté veuf de nouveau par la mort de Gitzia, il se remaria à Catherine Glysingsdotter, sœur de la femme que Birger avait épousée longtemps auparavant. Deux enfants animaient le manoir d'Ullâsa^ sans que les joies, longtemps attendues, de la paternité pussent y retenir le courtisan de Magnus. Il était même peu soucieux de sa famille. Son fils cadet étant tombé malade, Brigitte en reçut la nouvelle, non de lui, mais de la jeune châtelaine. « Vous obtenez tout de Dieu, « écrivait Catherine à cette belle-mère inconnue ; mon « enfant se meurt du mal caduc, guérissez-le ! » La promesse de la grand'mère n'avait point eu le temps de passer de Rome à Ulfasa, que déjà le petit épileptique recouvrait la santé loin des regards paternels ^. Charles était alors occupé à faire sortir du couvent sa sœur Cécile, qu'il mariait à un familier de la cour. Douleur p^ofondiB ppur Brigitte ! Elle croyait à sa fille la vocation religieuse et l'énergique résistance de l'âme qui triomphe de la violence. Maintenant elle prévoyait pour Cécile l'incurable tristesse dont la source est l'infidélité à la grâce. Quant au sénéchal de Néricie, sa conduite semblait sans excuses. Plus tard, sa mère

1. Le 25 octobre 1349, le sénéchal de Néricie relève de la gestion de ses biens son fidèle serviteur Linivard Holmgersson {Biplomatarium VI, n°" 4499 et 4500), Charles reprit donc l'administration de sa fortune au retour de la première campagne et ne retourna point à l'armée.

2. Proc. Can. f)ep. Katerinm uxoris Karoli, (. 27. Dep. P. de Alvastra, sup, 29' ^rt. f. 226 versç. '

comprit qu^il n'avait pas brisé les grilles du clollre, mais emmené par les portes ouvertes la postulante, dont Tordre de Saint-Dominique n'espérait point faire une religieuse.

Les larmes de Brigitte coulaient d'autant plus sur Cécile et sur Charles que la mort enlevait leur sœur Ingeborge. Celte pieuse Bernardine avait emporté au fond du cloître le souvenir de tous les êtres qu'elle aimait. En son âme elle les tenait sans cesse sous les yeux du Seigneur, quelquefois malgré leurs sentiments et malgré leur conduite. Ce secours allait leur faire défaut I De ses deux filles, la morte était celle qui semblait à Brigitte le moins loin d'elle. En apprenant le mariage de Cécile, elle avait courbé la tête; en apprenant la fin prématurée d'Ing^borge, elle s'écria; « Béni soyez-vous, € mon bien-aimé Seigneur, de ce que vous appelez ma c fille avant que le monde l'enveloppe dans ses c filets, ^ puis elle s'enferma dans son oratoire, seule avec Dieu. Le bruit de ses sanglots parvint aux oreilles de sa famille jusqu'à ce que le Christ l'eût attirée à lui par l'extase. «Fepame, pourquoi pleures-tu ?luî dit le

< Maître du ciel et de la terre ; bien que je sache toutes « cboses, je veux que tu me l'avoues.

— « 0 mon Dieu ! répliqua la courageuse chrétienne, «je ne pleure pas la mort de ma fille ; je pleure de lui € avoir enseigné l'orgueil.

— « La mère qui s'afflige lorsqu'elle voit sa fille offen-

< ser Dieu, est vraiment mère par la charité et par les

< larmes. Celle qui ne se soucie point des mœurs de sa « fille, pourvu que son enfant obtienne l'estime du « monde, n'est point une mère mais une marâtre, A

€ cause de ton amour et de ta bonne volonté, Ingeborge « va entrer dans la gloire. »

Comme récompense des larmes que la grâce, non la nature, faisait couler, le souverain Seigneur consola Brigitte du mariage de Cécile: « Tu me Tavais donnée, « dit-il, moi je la place où je veux. Certes la virginité « rend semblable aux anges, mais elle n'est point véri- « table si, résidant en la chair, elle ne s'impose pointa « l'esprit ; le mariage chaste vaut mieux. Une pieuse « épouse peut aimer Jésus-Christ plus que certaines « vierges, et il ne fau t pas demander à Cécile de dépasser « le degré de vertu auquel elle est appelée. »

Le regard de Brigitte cherchait son enfant dans sa lointaine patrie ; Jésus-Christ fit tomber ce regard sur le roi Magnus. Comparant le maître des terres Scandinaves, rebelle à sa haute vocation, à la femme qui remplissait la tâche ordinaire assignée à ses efforts, le Seigneur montrait à l'extatique la jeune mariée dans la voie du salut, et le roi au milieu des périls. Il a échappé au premier d'entre eux : la peste, maintenant il est menacé par ses sujets révoltés contre lui.. Deux partis rivaux sont en présence : le Tout-Puissant réservera sa bénédiclion aux humbles, qui demandent miséricorde ^

A l'instant où la sainte voyait se réaliser la prédiction qu'elle avait faite à Magnus au sujet des jeunes princes, les souverainsdont elle lui déconseillait Talliance étaient les premiers à le trahir et, sur tous les points, les prophéties de Brigitte s'accomplissaient. Le Seigneur choisit ce temps pour lui donner l'explication du spectacle que

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