‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 70 sur 132 · PÈLERINAGES DE BRIGITTE ET DE CATHERINE EN ITALIE · texte numérisé non relu

PÈLERINAGES DE BRIGITTE ET DE CATHERINE EN ITALIE

Prières des deux saintes dans les sanctuaires de Rome. — Elles apprennent la captivité du roi Magnus. — Leurs voyages : Assise, Ortone, le mont Gargan, Manfredonia, Barletta, Bari, Bénévent et Naples, où Brigitte prédit la mort de Nicolas Acciaioli. — La rentrée des saintes à Rome est signalée par la guérison miracalease de Gentile Orsini.

Loca sanctoruni adjit quam plurima dum vixit ; totum iter, quo<l (ransiit, Ghristus ai predixit.

HymnuSj Br. Lin. L. F.

Il y avait quatorze ans déjà que Brigitte et Catherine habitaient Rome et, depuis la clôture du jubilé, on ne voyait pas le motif de ce long exil. Seule la volonté de Dieu, qui s'était manifestée à Brigitte, pouvait l'expliquer. Ce que ces pieuses femmes font ici, disait-on, elles le feraient mieux encore dans leur patrie. On ne comprenait point que l'atmosphère de la ville des Apôtres, tout imprégnée des souvenirs et des traditions de la papauté, favorisait la préparation mystérieuse de leurs âmes et les disposait à ramener le pape à Rome, l'une par ses prophé-^

lies et ses avertissements, l'autre par son immolation volontaire. Plus leur séjour se prolongeait parmi les ruines de tant de grandeurs humaines disparues, mieux elles concevaient Tidéal impérissable auquel le sang des martyrs avait, en ce lieu même, rendu témoignage. L'habitude ne refroidissait point leur piété et elles visitaient assidûment les sanctuaires, où les souvenirs sacrés parlaient à leur foi. Les deux saintes avaient là des entretiens avec le ciel ; mais elles entendaient un langage différent. Agenouillée au pied des autels, Catherine empruntait à TËcriture quelque prière digne d'être écoutée des premiers saints de l'Eglise, et la réponse du ciel ne frappait directement ni son oreille ni son intelligence. Brigitte, au contraire, était ravie en extase. Les textes sacrés tombaient de ses mains ; elle contemplait les bienheureux, elle conversait avec eux et, près de leurs reliques, elle se tenait comme un voyageur au seuil de la patrie. Les apôlres même lui apparaissaient et lui donnaient dés commentaires sur la Bible, « plusjumineuse que le soleil, et féconde à l'égal < dune semence », lui disait saint Jean.

Dans leurs visites quotidiennes aux églises de Rome, Brigitte et Catherine n'avaient point d'itinéraire défini. Depuis le départ du pape, les catacombes, sauf les groUes vaticanes, étaient abandonnées des fidèles. Par révélation, Brigitte connaissait leur infinie richesse. Là reposaient les parcelles du corps divin de Jésus, tombées sous le couteau de la circoncision et les verges des bourreaux, et du sein de celte terre, où les restes des naarlyrs germaient dans l'attente de la résurrection, ^ servante de Dieu sentait s'échapper un parfum céleste

assez puissant, assurait-elle, pour réconforter les faibles et guérir les pécheurs ' ; aussi elle entralnaît, avec passion, Catherine à travers les voies de Rome souterraine. Au sortir des catacomhes les saintes visi* taienl les sept basiliques. Brigitte y obtenait du ciel des faveurs qui, parfois, appelèrent sur elle l'attenlion lies hommes. Sainle-Marie-Majeure semblait son pèlerinage de prédilection, puis l'admirable relique rapportée de Palestine par sainte Hélène l'attirait de Sainle-Marie-Majeure à Sainte-Croix-en- Jérusalem, Certain soir, oii elle s'y rendait en procession, une tueur dont lu foyer échappait aux regards, l'inonda de lumière. Tous les pèlerins, au nombre desquels le comte de !N<ile, furent frappés de ce miracle et suivirent, après l'orflce, la vénérable veuve. Elle ne les remarqua pas, son entrelien avec l'autre monde l'absorbait, et elle laissa deux Ermites de Saint-Augustin pénétrer jusqu'à sa cellule. Desdiscours pleins d'amour pour Dieu s'échappaient de ses lèvres ; soudain les rayons lumineux s'éliei^niîrent ; elle se tut, et devant les deux religieux il no se tiouva plus qu'une vieille femme pâle, sous son maiiteaudebure.

La saiote entrait quelquefois à Sainl-Jean-de-Latran au milieu d'une escorte de malheureux. Comme les apùtrc^s devantle Temple de Jérusalem, elle guérissait les malades ou elle exerçait même une sorte de justice. — Pourquoi retiens-tu ce petit juif que tu as volé à ses paveiils? demanda-t-elle au sortir de la messe à utt vieux mendiant, et elle voulut s'emparer de l'être

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