‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 71 sur 132 · jy. 1,107. ~vi · texte numérisé non relu

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SES PÈLERINAGES DE 1364 à 1367. 329

infirme qu'il tenait par la main. Le superstitieux Italien, s'imaginant que la sainte avait lu son crime dans sa conscience, tandis que le type de Tisraélite suffisait à tout révéler, ne répondit pas, et s'enfuit avec sa proie. Mais on Tarrèta : il dut confesser qu'il avait enlevé Tenfant au Ghetto. Le peuple, assemblé sur la place, délivra le captif et le remit à Brigitte. Toute la région la connaissait, et la vénérait comme une thaumaturge, depuis qu'au cours du jubilé, pendant un office solennel de Saint-Jean-de-Latran, elle s'était élevée vers le ciel et avait plané au-dessus des fidèles réunis.

Brigitte partageait, en effet, le privilège accordé, dès celte vie, à beaucoup de saints. Elle traversait l'espace comme si son corps eût été doué de l'agilité qu'auront les bienheureux. A Rome, on la voyait souvent courir sans toucher terre, ainsi qu'en Suède on Tavait vue s'avancer sur les eaux du lac Velter. Un vendredi elle faisait le Chemin de la Croix au Colisée. Son regard ne portait ni sur les splendeurs de Rome antique, ni sur les dévastations contemporaines, ni sur les ruines d'un récent tremblement de terre. Une vision lui montrait les martyrs dont le sang avait fécondé ce sol ; elle partageait leurs généreuses ardeurs ; elle enviait leur mort glorieuse. Son âme les suivit et entraîna son corps jusqu'aux nues ; emporté par un souffle céleste, il fendit les airs, de même qu'une barque portée par le courant fend les flots. Un religieux fort estimé, qui venait d'arriver à Rome, Jean de Pornacio, fut lo premier à s'apercevoir du prodige et à le signaler aux passants. Ceuxci, s'appelant les uns les autres, formèrent bientôt des groupes et poussèrent de joyeuses acclamations ; mais

Urif^'tlle les dominait de trop haut pnurles enteniire. La foule ne contemplait point un spectacle nouveau. Souvent, (lisait-on autour de Jean de Pornacio, nous avons vu cMe vénérable femme s'élancer ainsi de Saint-Jean à Saint-Pierre et de la basilique Vatîcane à Saint-PauU liors-lcs-Murs ' ; elle partage nos sentiments, elle rend au précurseur et aux deux grands apôtres un culte particulier dont ils la récompensent par des communications extraordinaires.

Di-puis 1350, la basilique de Saint-Paut était ud sanctuaire favori de la servante de Dieu. Elle y allait en ptïlerinage avec les processions ou bien elle suivait seule la route que Pierre et Paul avaient parcourue, avant d'être séparés à l'heure du martyre. Chemin faisant, Brigitte repassait en son âme les ressemblances et les diversités de leurs caractères, telles que le Christ les lui avait révélées. Paul, vierge et défenseur de la foi, n'avait ni vu le Verbe ni écouté ses leçons, il l'avait contemplé et compris dans une vision spirituelle; son amour Ht de lui un apdire el on lui en reconnut la dignité. Pierre, marié avant l'appel de Jésus-Christ, instruit par les enseignements du Maître, était l'apAtre (le la foi et de la doctrine. Tous deus avaient poussé le déluL'hement des biens de ce monde jusqu'à mendier k'ur pain ; tous deux avaient possédé le pouvoir de répandre la grâce divine el d'accomplir des miracles ; Ions deux avaient vécu pour les âmes et étaient morts

). l'IDC Can. Dep. Ingtburgh Ericii f. ^ti r. Joh. de Pornacio t- B'. />. A'Kj. de Vipanla lier, de Montecorvo f. "9 ii. et B r. Fr. Aud. de Lmaf. mr.et 86 v. Dal MfonsI F.p. Gltn. mp. 21« oit. f. Il» r. flnl Ci-r. Xlci,M (.sonU.f. 187 ».

pour elles. Leur martyre semblait différent par le fond et la forme. L'apôtre un instant marié et chef de TEglise, souffrit un supplice humiliant, conforme à la passion du Rédempteur. L*apôtre vierge et militant tomba sous le glaive, ainsi qu'un soldat au champ d'honneur. Pierre reposait dans sa ville épiscopale, au milieu des hommes ; Paul au sein de la solitaire et silencieuse campagne romaine.

La basilique élevée sur le tombeau de TApôlredes gentils se composait de cinq nefs, soutenues par des colon* nés arrachées aux temples païens ; dans un angle re« Cillé, Pimmense édifice offrait à Brigitte une retraite où, durant de longues*heures, elle se tenait à genoux. . C'était devant le crucifix du fameux sculpteur romain Pierre Gavallini. Sur la figure du Christ, de grandeur naturelle, la divinité se révèle au travers du corps agonisant. La bouche du Yerbe est fermée, les paupières retombent et voilent son dernier regard, la tète s*incline sous la couronne sanglante ; dans la plaie du côté, on aperçoit le cœur dePÂmant divin des âmes, percé de part en part. Un tel spectacle faisait entrer Brigitte en extase : elle voyait le Christ s'animer, elle s'entretenait avec lui, et dès Pannée du jubilé le bruit s'accrédita parmi le peuple que le crucifix de Saint-Pau^ « parlait » à la vénérable étrangère *. Le clergé se fit le

I. Rev. II. 7, li. - ///. 19, 27. - IV. 5, 48, — VIIL &,Exlrav. XXXIV. I/ioscription placée dans la basilique :

Pcndentifl pendentc Dci vcrba accepit aure, Accipit at vcrbum corJo Birgilta Deuro,

Anno jubilci II.OCCL.

rappelle ce prodige.

défenseur de cette légende ; elle fut répandue dans les hautes classes parles Bénédictins chargés du service de la basilique, d'autant plus que Brigitte les avait ramenés à Tobservance de la règle '\ Les Franciscains se plurent à raconter au peuple un fait qui rappelait les entretiens de leur patriarche avec le divin Crucifié, et continuait, dans leur famille, la tradition d'une telle faveur par une sœur du tiers ordre.

Brigitte priait souvent au couvent d'Ara Cœli, sur la montagne du Capilole. L'escalier neuf qui menait à l'église était le seul monument que les papes eussent élevé à Rome depuis leur départ pour Avignon. La sainte se demandait si lé pieux et sage bénédictin Guillaume Grimoard de Grisac, qui, sous le nom d'Urbain V, occupait depuis 1362 le siège pontifical, gravirait jamais ces degrés. A l'hospice Saint-Biaise, elle retrouvait aussi sa famille religieuse, mais elle ne semblait point éprouver d'attrait à se mêler aux Mineurs. Dans leurs sanctuaires elle cherchait surtout le souvenir de leurs saints et, en particulier, celui de leur fondateur. L'église San Francesco a Ripa renfermait dans ses murs une chambre habitée au siècle précédent par le séraphique patriarche. Brigitte y faisait oraison le 4 octobre 1364, quand devant elle parut le chevalier de Dame Pauvreté , plus beau encore qu'il ne l'était aux regards de ses contemporains : t Viens manger et «• boire avec moi dans ma cellule, » dit le saint du ciel à la sainte de la terre, La vénérable veuve comprit qu'elle était conviée au pèlerinage d'Assise et se

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