‹ Sainte Brigitte de Suède, sa vie, ses révélations et son œuvreChapitre 76 sur 132 · Proc. Can. Test. Nie. Corn, de Nota sup^ 3° ar^ f, 92 v · texte numérisé non relu

Proc. Can. Test. Nie. Corn, de Nota sup^ 3° ar^ f, 92 v

î. LiTTA, VU, I. I

vées dans deux unions bien diflérentes, la reine venait encore de mendier le bonheur à la terre, par son mariage avec un de ses parents, Jacques d'Aragon, infant de Majorque, le plus beau prince de ce temps. De nouveau elle s'était hâtée de conclure Talliance^ avant d'avoir reçu l'autorisation du saint-siège. Telles étaient les fautes de Jeanne et, à Naples, Brigitte comprit le langage que le Verbe lui avait tenu ailleurs.

La reine voulut voir la sainte. De sa première éducation la princesse gardait une foi vive. Sa grand'mère Tavait élevée dans la crainte du Seigneur, et ce sentiment revenait dominer Jeanne sitôt que se taisait autour d'elle la voix des flatteurs et en elle la voix des passions. L'austère veuve fut écoutée ; elle donna des conseils qui semblèrent compris, et elle pria pour une âme que tant de généreuses vertus disputaient aux entraînements des sens. La cour suivit l'exemple de son idole. Les seigneurs napolitains sortirent volontiers (le leurs palais de la rue Gapouane ou de la rue du Nil, pour se mêler aux pauvres et aux infirmes qui assiégeaient la maison de la sainte. Dans le groupe de ses visiteurs, celle-ci distingua un jeune étudiant de l'Université de Bologne, proche parent de la comtesse de -Noie : Elzéar de Sabran. Comme Brigitte, il descendait d'une race de preux, comme Brigitte aussi, il pouvait s'instruire à l'exemple des saints de sa famille. Son oncle, dont il portait le nom, était vénéré de TEglise, qui se préparait à le canoniser ; la légende de sa lante Delphine^ épouse d'Elzéar, faisait battre les cœursd'un meilleur amour que les chants du gai savoir ; enfin son cousin germain occupait le trône pontifical

SOUS le nom d'Urbain V. L'étudiant avait, par hasard, rencontré la sainte chez un malade que tous deux visitaient. Avec l'abandon de la jeunesse, il s'était approché d'elle pour invoquer le secours de ses prières et réclamer uii règlement de vie, puis, apprenant qu'on pouvait lui parler au palais Buondelmonte, il s'y était rendu et se proposait de lui confier tout ce qui s'agitait en son âme de désirs contradictoires. Il ne se comprenait pas lui-même ; le plaisir l'attirait, et s'il se mêlait aux joyeux de la terre, leur joie le remplissait de tristesse ; il ne pouvait s'égayer avec eux, et ne se sentait consolé qu'en séchant les larmes de quelque malheureux. Au lieu de le recevoir, la sainte lui envoya aussitôt par son chapelain un pli scellé. Dès leur rencontre, l'àme d'EU zéar laissait deviner à la voyante Tagitation qui précède les grands renoncements et la paix ; mieux que l'adolescent, elle comprenait le secret de sa jeune vie et, sous rinspiration de la très sainte Vierge, elle lui avait écrit :

« Monsieur, vous devez veiller sur votre corps, « demeure de votre âme, et défendre celle-ci par « tous les efforts de votre volonté. Les uns vous ré- « pètent : restez dans le monde, épousez une femme « belle, noble et riche, réjouissez-vous de transmettre « l'héritage de vos ancêtres à votre postérité, ainsi « vous échapperez aux tribulations de la chair. Soyei « prêtre si vous le voulez, reprennent les autres, mais w appliquez-vous aux arts libéraux; soit par des solli- « citations, soit par des présents, vous obtiendrez les « biens de l'Eglise; les honneurs seront le prix de « votre science,vos richesses vous procureront des amis

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« et des serviteurs. Votre raison doit répondre aux « premiers, que vous endureriez volontiers toutes les K tribulations de la chair pour garder la chasteté, et « aux seconds que si vous êtes docteur es arts, ce sera a pour la défense de la foi catholique et la confusion a de l'erreur. Quant aux dignités ecclésiastiques, ajou- « terez-vous, il en sera ce que voudra la Providence ; « si elles m'arrivent, je tâcherai de les employer à « l'honneur de Dieu et au bien du prochain. Certes, « Tamour des créatures disputera votre cœur à « JésuS'Ghrist. Priez en ces termes : Seigneur, je pré- « férerais la mort plutôt que de vous offenser; ma « volonté vous sacriBerait vie, biens, honneurs, et « jusqu'à la tendresse de mes proches 1 Vous aurez « soin , Monsieur , de n'écoiiter ni les molles har- « roonies des instruments, ni les douces chansons, <( ni les contes qui exaltent l'orgueil et éloignent du « Christ. Fermez les yeux aux richesses de la terre, « sous quelque forme qu'elles vous apparaissent ; « dites-^vous d'avance : si jamais je possède ces biens, « je les placerai dans le lieu où ils sont à l'abri de la « rouille etdes voleurs. Après avoir écarté le superflu, « vous réglerez le nécessaire ; vous donnerez à « votre corps ce dont il a strictement besoin pour « conserver la santé, utile au service du Seigneur. (c Ainsi vous arriverez à jouir des quatre plus grandes « béatitudes que réserve l'éternité : vous posséderez << Dieu ; vous entendrez les symphonies angéliques ; « vous louerez le Seigneur, vous serez uni aux purs « esprits et aux saints. »

EIzéar fut surpris de trouver dans cette lettre la

AiJNTX BBiaiTTE. lO**

réponse aux conseils secrets de deux amis, dont il subissait l'influence ; l'un voulait qu'il se mariât^ l'autre qu'il poursuivît les honneurs de l'Eglise. La sainle lui donnait des arguments contre tous deux. A partir de ce moment, l'étudiant devint le disciple de la vénérable veuve. Elle le traitait en fils et lui révélait les plus intimes mouvements d'âme qu'il éprouvait. Sans cesse il relisait le feuillet de parchemin qui lui semblait le gage tangible de leur union spirituelle. Un soir il ne le retrouva plus. Que faire ? L'adolescent s'ouvrit de sa peine àmaître Pierre.Le vieux prêtre, un peu rigide, imposa une dure pénitence, mais il donna copie du document ^

Elzéar de Sabran entra avec énergie dans la voie du sacerdoce. 11 fut raillé des poètes, des musiciens, des courtisans de la reine ; mais les graves jurisconsultes, connus de TEurope entière, qui faisaient l'ornement et la dignité de la société napolitaine, le défendirent non moins vivement que les prêtres et les religieux de la ville. Les philosophes païens, disaient-ils, demandent à la jeunesse des sacrifices semblables à ceux que Brigitte exige d'Elzéar, et ils n'ont ni les mêmes mobiles à invoquer, ni les mêmes récompenses à promettre.

Plus d'une année s'était écoulée depuis que le pèlerinage Scandinave avait quitté Rome.L'évêque de Vexiœ pressa la sainte de songer au départ ; les intérêts de

1. nev, VIII. 5. — Proc. Can. Dep. Ehearii card. Thci';. sup. 30» art. f. 103 r. 104 V. Dep. Kater. Alfon. ep. Gien. »up. 30" art. f, i32, 156 r. et 227 V. — Légende de Delphine de Signe. Bib.nat.de Paria^n' 1816, Réserve. — Discorsi deUe famiglie nobili delreg^o di Napoli delSig. Carlo de Lellis. Napoli, 1654, 157. 164.

son diocèse le rappelaient : il fallait quitter Naples. L'heure fixée pour les adieux allait sonner, quand une prédiction, tristement réalisée, fit éclater dans tout le pays le don prophétique de Brigitte. Au sortir de l'oraison, elle révéla à Jacqueline des Buondelmonti que les jours du grand sénéchal étaient comptés. La noble dame, qu'une tendre affection unissait à son frère, voulut le voir. Ne le trouvant point chez lui, elle se précipita sur le quai et entra au palais royal \ Fort bien portant , Nicolas Acciaioli traitait avec la reine des affaires de TEtat. Il s'agissait peut-être de la rançon de Jacques de Majorque, fait prisonnier en Espagne, ot il défendait les intérêts de son père. La réalité démentait les prévisions de Brigitte ; son hôtesse rentra délivrée de tout souci. Le sénéchal avait cinquante-six ans à peine ; il était plein de forces ; avant le coucher du soleil il se sentit néanmoins terrassé par la maladie. A son chevet, Brigitte veillait et priait. Ravie en extase, elle contempla un palais incompréhensible par sa grandeur. Le Juge suprême s'y tenait sous la forme d'un éblouissant soleil. A ses côtés était la Vierge ; autour d'eux siégeaient d'éclatantes multitudes d'êtres, dont chaque unité semblait occuper la place qui lui était propre. Les hymnes mystérieux des anges et des élus retentissaient. L'accusé parut devant ce tribunal. C'était une âme revêtue de son corps : un vivant. Gomme dans les scènes de l'ancien Testament, le démon se mêlait aux enfants de Dieu, c Juge équi-

1. Descrixione deUa città di Napoli del D. Giuseppe Sigismondo Kapolitano. Frat, Ferres, i788. //. 320.

3S2 SAINTE BRIGirrE.

table, » disait Satan, représenté sous les traits d'un Ethiopien, « cet être touche au terme de son existence. « Lais8ez*moi le châtier dans son corps et dans sonàme « avant leur séparation. » A ce moment, un ange, qui avait la forme d'un guerrier, déclara que la miséricorde divine suivant Thomme jusqu'à la dernière limite de la vie, il ne pouvait être question de jugement. Le débat s'engagea entre les puissances du bien et du mal. Le démon prouvait que la crainte, non la charité, était le mobile des actes chrétiens de ce malheureux : il se confessait, mais il n'avait jamais éprouvé de contrition. Semblables aux étincelles échappées d'un feu ardent, les démons accouraient. « Pourquoi ne nous adjugez- « vous pas le coupable? » disaient-ils à rEternel. Un son pareil à celui de la trompette éclata. Tout se tut. a: Bons « anges et démons, murmura une voix douce, écoutez la « Mère de Dieu ! » Ouvrant les plis de son manteau, la Vierge Marie laissa voir une église où priaient, avec des moines, les amis de Taccusé. Ensemble ils s'écriaient : « Pitié, Seigneur miséricordieux 1 » Marie se joignit à eux. « La foi parfaite soulève des montagnes, arti- « cula la Reine du ciel : cet infortuné a supplié ks « croyants d'intercéder pour lui, leurs larmes et leurs « prières lui obtiendront la contrition, j'y ajouterai « mes requêtes, les saints qu'il honorait m'imiteront. <c Quant à vous, démons, je vous ordonne d'observer ce w que décide la justice du Juge. — Vos prières tournent a cette justice vers la miséricorde et Tamour, » s'écrièrent les esprits impurs. Une voix sortit alors de la splendeur : « Grâce aux prières de mes amis, « déclarait le Christ, cet homme se convertira avant sa

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« mort ; mais il expiera ses péchés avec ceux qui souf- (i frentles plus graves peines du purgatoire. »

Un abîme se creusa devant Brigitte. Les âmes y étaient exposées à la vue des esprits impurs avant de s'élever jusqu'au lieu où Ton souffre seulement de son infirmité. Puis s'ouvrait la demeure où Ton ne connaît pas d'autre châtiment que la séparation d'avec Dieu. L'homme dont la sainte regardait le supplice était puni dans les membres qui avaient offensé le Seigneur. « Malheur à moi^ répétait l'infortuné, je n'ai c pas aimé le Créateur qui m'avait doué de vertus et c de grâces I Malheur à moi, je n*ai pas craint la jus- € lice divine ! Malheur à moi, j'ai recherché la volupté ! € Malheur à moi j'ai voulu les richesses et les honc neurs I Malheur à moi, de ce que je vous ai connus, c Louis et Jeanne ! »

Le feu roi Louis et Jeanne I^*^ pesaient sur la destinée de ce pécheur. Par intérêt il avait aidé à leur mariage, célébré contre les décrets de l'Eglise ', et il aurait subi sa peine jusqu'au jugement final, si un saint vénéré de lui, le martyr Laurent, n^avait pas fait à Brigitte une révélation. Il y était dit qu'en expiant au lieu et place du sénéchal les péchés dont il venait de s'accuser, et en obtenant pour lui le pardon du saint-siège, on relèverait du gouffre des tortures aux sommets où l'on espère la vue de Dieu. « Un seul Pater nosier a des ailes et tire de l'abîme, d dé-

1. Le texte latin de la révélation : c qui non minus quadam consanguinitate € conjuncti eruni quam si fuissent de proxima parentela » semble sous-entendre oon seulement la parenté, mais une cause plus grave qui, selon le droit canon, met obstacle au mariage.

3o4 SAINTE BRIGITTE.

claraient les élus groupés autour de saint Laurent. « Béni soit celui qui dans le monde aide les âmes de « ses oraisons, de ses œuvres et de son travail, » ajoutait l'ange gardien d'Acciaioli.

La sainte révéla ses visions à Dom Pierre. Il en rédigea le récit, et le remit à la famille du sénéchal, au moment où celui-ci expirait entre les mains de Brigitte. La vénérable veuve veilla le mort et jeta dans les balances de Téternelle justice ses oraisons, ses larmes, ses pénitences sanglantes et son amour * ; puis après s'être inclinée sous la bénédiction du nouvel archevêque de Naples, le Français Bernard de Bosquet *, elle s'embarqua pour Osiie avec ses compagnons.

Une prophétie avait signalé le départ de Brigitte ; un miracle marqua son retour. Elle arrivait à Rome, lorsque la comtesse Orsini la fit mander en hâte. Son dernier fils, son Gentile, se mourait à douze ans. Il était dévoré par la fièvre, et sous l'ardent soleil d'août les médecins déclaraient tout espoir perdu. Seule, car le comte Latino était retenu au loin par les intérêts du saint-siège, la malheureuse mère luttait encore. La thaumaturge entra escortée de Catherine, de Françoise des Papuzeri et de quelques amis. « Si vous touchez « m©n enfant, il guérira, d s'écria Golîzia avec un grand élan de foi. Eloignant tout le monde, la vénérable servante du Christ appuya son visage sur la pâle figure qui lui rappelait ses fils Gudmar et Benott,

i. Rev. IV, 7, 8, 9. — Pioc. Can. Dep, Kater. et P. de Aloastrosup. 33* art. f, 135 et 221 v, — Muratori, XHI, 1228.

2. Antistitum pr. Napolitanas Ecclesiae catalogus. Anct. B. Cbioccarello.iVcflp. 1643, 234.

à leur dernière heure. <r Dors, Lello, dors, ï> répétât-elle à voix basse, jusqu'à ce que Gentile fût plongé dans un calme sommeil. Golizia s'approcha : d Votre fils ne mourra pas, » dit simplement Brigitte. Au réveil, Tenfant ne gardait nulle trace de son mal *.

Le pèlerinage des Scandinaves durait depuis deux ans. Ils avaient quitté Rome dans les derniers jours du mois de juillet 1365, ils y revenaient au cours du mois d'août 1367 et, las de les attendre, les Suédois arrivés avec Tévêque de Vexiœ et la sénéchàle d'Upland s'étaient éloignés du tombeau des apôtres. Cette nouvelle consterna Thomas de Malstad. Ses diocésains, ne le voyant pas rentrer en Suède avec les autres pèlerins, allaient, pensait-il, s'inquiéter à son sujet. Gomme Brigitte avait calmé ses souffrances corporelles elle apaisa le trouble de son âme. « Vous partez le dernier^ « mais vous arriverez le premier, lui dit-elle. Vous « ramènerez au sénéchal d'Upland sa mère saine et » sauve. » Puis détournant des chemins de la terre les regards du prélat, pour les porter vers ceux du ciel, elle ajouta : « Vous aimez à ménager votre corps et « vous perdez votre temps à désirer des honneurs. « Souvenez-vous des promesses que vous avez échancr gées avec la Reine des anges au sommet du mont « Gargan; elle ne peut y être fidèle si vous ne Têtes

1. Proc. Can. f. 15. Dtp, sup. 34* art. GoHliœ vx. Lat. de Urtinin, La- (ini, Magni Pétri, Alfonsi ep. Gien., Fr, Papuierœ, f. 134 r. 147 r. et v. Le romte Litta (VII, Xi) dit que ce miracle eut lieu au cours de Tannée i'^iTi en faveur de Gentile, flls de Nicolas Orsini, comte de Noie. L'erreur de personne el Pcrrenr de date du célèbre généalogiste sont évidentes, car dan» <a déposition le comte Latino Orsini dit que son fils fut guéri au mois d'août

« vous-même. Rompez donc toute attache au péché, a pour que à votre dernière heure Marie vous reçoive « sous sa garde. » L'évêque de Vexiœ reprit la route de son diocèse, et la prédiction de sa vénérable amie se réalisa. Il devança en Suède ses compagnons, partis de Rome avant lui.

Cependant Rrigitte résumait et repassait en son esprit les lumières que, depuis sa grande révélation de 1346, elle recevait au sujet de Tépiscopat suédois. Plusieurs des prélats dont la très sainte Vierge lui parlait alors étaient entrés dans le rovaumede Dieu. Dès 1351, « le Juge miséricordieux avait rappelé l'archevêque « d'Upsal et lui avait épargné la vue des maux avenir». Son premier successeur était cet évoque de Linkœping, dont Brigitte prophétisait la marche ascendante vers le bien et aussi vers les dignités ecclésiastiques. Au cours de ses pèlerinages, à Naples sans doute, la vénérable Veuve avait contemplé Tàme du primat quittant la terre. Celte âme effleurait à peine les ombres du purgatoire avant d'entrer dans Téternelle lumière. Dèsson retour à Rome, la sainte y apprit la fin de Tévéque 4'Abo ; il mourait de la mort de prédestiné qu'elle lui prédisait vingt ans auparavant. Plein de santé il s'était agenouillé, pour faire oraison, devant le tabernacle, et sans qu'on la vit partir, son âme atteignit l'union avec Dieu *.

De telles visions étaient consolantes. Sous le regard

1. Rev. m. 12, 13. — IV. 125 et 130. -- Jo. Magni. HUU melr. Ece. Dptal- Chron. Rhylmic. Ep. Scaren. Chron, Episc. Arosensiitm eont, Chron. Episc. Wexion. Chron. Ep. Finlanden, Script. IIL 1% 51. 118. 119. 124, 123, 131, 132, 13H, 134. — Hhy^eliù Episcoposc. il, 331.

de Textalique^ ceux que le siècle appelait des morts habitaient la terre des vivants. Mais dans ses révélations, il était des évèques qu'elle ne nommait pas plus qu'autrefois. En l'un d'eux on reconnaissait le nouvel évéque de Liukœping. Au mépris de la volonté des chanoines, le roi Albert P' l'avait substitué à leur élu Nicolas Hermansson, et la sainte semblait bien en droit d'exhorter cet Allemand à considérer la manière dont il prenait possession de son siège. Ci Venez à Rome expier vos fautes, disait-elle, ( sans quoi la Mère de Dieu m'avertit que vous tom- € berez comme Joab et ne verrez la vérité qu'en subis- € sant l'arrêt de notre juge S ]> Livrés à d'insatiables cupidités^ à d'infinies ambitions, d'autres prélats traversaient les visions de Brigitte. Pour eux et pour la Suède, elle multipliait ses prières dans les églises romaines et surtout près des reliques d'une martyre qui l'honorait de fréquentes apparitions, sainte Agnès.

La dernière parole proférée par Brigitte avant de quitter la ville des apôtres relevait l'espérance d'une veuve; l'acte qui signalait son retour consolait une mère ; la première prière sortie de ses lèvres militait en faveur de ses compatriotes. Les circonstances fortuites qui l'avaient fait parler, agir et prier, semblaient favoriser ses penchants naturels ; mais en elle un amour l'emportait encore sur les autres : c'était son amour pour TEglise. Sans doute, au cours de ses pèlerinages, elle eotretenait les saints de l'âme d'Ulf, restée vivante en la sienne par le lien mystérieux, plus fort que la mort,

!. Hev. ni. 30, 33. - IV. il, 17, 08, 97, 12G. 130.

358 SAINTE BIUGITTE.

dont Dieu se fait le nœud dans le sacrement de mariage ; sans doute elle attirait le regard des bienheureux sur les huit enfants qu'elle voulait trouver à ses côtés au jour de la résurrection ; sans doute elle recommandait singulièrement aux héroïques serviteurs du Christ son peuple, sou clergé, et Tordre qu'elle avait entrepris de fonder en Suède ; cependant son premier intérêt était pour la mission particulière qu'elle avait reçue du Seigneur, et dans les sanctuaires de la Ville éternelle, dans ceux d'Assise, d'Ortone, du mont Gargan, de Bari, de Bénévent et de Naples, elle demandait surtout au ciel la réforme de la chrétienté par le rétablissement du saint-siège à Rome.

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